Adémar de Chabannes. Paris, Picard. 1897, in
Il est plus lettré, moins superstitieux et plus véridique que Raoul Glaber. Sur ce dernier chroniqueur M. E. Petit a écrit une notice biographique et critique intéressante *. Il a surtout bien montré que tout l’intérêt consiste en ce que la chronique est avant tout bourguignonne et locale, mais qu’elle n’en est pas moins une des plus précieuses du moyen âge et une des plus célèbres pour une époque qui offre si peu de sources historiques. A la même époque M. Heinrich Kuypers écrivait une étude sur Raoul Glaher ^ Quelques recueils de miracles de cette époque, légende et tradition mises à part, peuvent être tjenus pourdessources historiques, mais de moindre valeur. Citons le Livre des miracles de saint Martial ^ et le Recueil des miracles de sainte Foy de Conques, publié par M. l’abbé Douillet Dans ce dernier livre, en grande partie écrit par Bernard l’Écolâtre, élève de Fulbert de Chartres, on trouve peu de ces miracles courants «qui encombrent les productions hagiographiques du moyen âge, sortes de thèmes reproduits à satiété par les écrivains. La plupart de ces récits, caractère miraculeux à part, rapportent des faits réels. Le tout constitue un recueil de premier ordre pour l’histoire politique et sociale du Midi de la France, pour un pays surtout qui ne nous a laissé que des chartes, fort utiles sans doute, mais ne donnant que des noms ou des dates, et rien de plus.-— Enfin le 13® fascicule de la Collection de textes pour servir à l’étude et à l’enseignement de l’histoire nous fournit une excellente édition d’un texte du xi® siècle jusqu’ici peu connu La Vita domini Burcardi est la biographie d’un grand vassal qui fut l’ami d’enfance du chef de la dynastie capétienne, plus tard son conseiller le plus fidèle et celui de son successeur Robert le Pieux : on comprend l’intérêt que doit présenter pour l’histoire encore obscure de cette époque, aussi bien que pour l’étude de l’organisation féodale, la vie de ce grand seigneur. J’ajouterai que pour tout ce qui touche à cette période du xi® siècle pour laquelle les documents sont peu nombreux, l’histoire se fait autant par le secours des chartes que des chroniqueurs. L’un des plus importants de ces recueils est, à coup sûr, celui des Charles de Cluny publié par M. Bruel dont le 4® volume (1027-1090) contient tous
1. Ernest Petit. Raoul Glaber, Revue historique, tome XLVIII, 1892, p. 283-299.
2. Heinrich Kuypers. Studien über Rudolf dem Kalhen [Rodulfus Glaber), Goch., 1891, no p. in-8o.
3. L’abbé Arbellot. Livre des Miracles de saint Martial. Limoges, in-8% 1889.
4. L’abbé Bouillet. Recueil des Miracles de sainte Foy de Conques. Paris, Picard, 1897, in-8* (Collection de textes pour servir à l’enseignement de l’histoire^
5j Eudes de Saint-Maur. Vie de Bouchard le Vénérable, comte de Vendôme, de Corbeil, de Melun et de Paris ei xi® siècles), publiée avecune introduction par Charles Bourel de la Roncière. Paris, Picard, 1892, 1 vol. in-8% xxxvi-45 p.
G, Recueil des Chartes de l'abbaye de Cluny, Paris, Imprimerie nationale, 188.8, in-4o, 831 pages (Documents inédits sur l’histoire de France).
les actes relatifs à la fin du gouvernement de l’abbé Odilon et de l’abbatiat de saint Hugues. A défaut de chroniqueurs, on écrira l’histoire de cette époque avec les chartes contemporaines : il est donc juste de rappeler que pour ces périodes reculées de notre histoire les recueils de chartes sont plus encore que pour les siècles postérieurs de précieuses sources historiographiques h
Au fur et à mesure que nous descendons vers des époques plus rapprochées de nous, les travaux parus deviennent plus nombreux, précisément parce que les sources sont elles aussi plus nombreuses. Les successeurs de Hugues Capet ont trouvé en M. Luchaire un véritable historien qui a su faire revivre avec beaucoup de clarté et d’érudition critique une période encore peu connue. Après avoir donné un Catalogue des actes de Louis VII, il a donné un volume excellent et une étude très approfondie sur LouisVI le Gros, annales de sa vie et de son règne ^ ; l’introduction se compose de huit dissertations sur les événements de la vie de Louis VI, les annales de sa vie d’après les actes diplomatiques, les lettres et les chroniques ; en un mot, des études critiques dont l’éloge n’est pas à faire sur toute l’historiographie des premiers Capétiens. H republiait en même temps son Histoire des Institutions monarchiques de la France qui avait eu un si grand retentissement lors de son apparition . Pour le règne de Louis VII nous avons l’excellente édition de la vie de Louis le Gros par Suger, suivie de V Histoire du roi Louis F//et donnée par M. Auguste Molinier ^ ; nous avons eu aussi la dissertation de M. Richard Hirsch sur l’histoire de ce même prince où l’auteur n’a écrit, en quelque sorte, que les annales du règne de Louis VII avec une exactitude minutieuse et les a interprétées judicieusement. Hya à la fin du volume des dissertations sur la valeur de XHistoria
1. Je mentionnerai également certains articles, comme celui de Julien Havet :
Les couronnements des Rois Hugues et Robert (Revue Historique, tome XLV, 1891, p. 290-297), où l’on peut trouver d’excellentes dissertations critiques sur la valeur des sources historiographiques, ou les travaux d’ensemble comme ceux de Compain sur Geoffroy de Vendôme (L. Compain, sur Geoffroy de Vendôme^
Paris, 1891, in-S», xiv-296 p., 86’ fascicule de la Bibliothèque de l’École des Hautes Etudes).
2. Achille Luchaire. Louis Vile Gros, Annales de savie et de son règne [1081-1137). Introduction liistorique, 1890, Paris, Picard, in-8o, cc 395 p.
3. Ach. Luchaire. Histoire des Institutions monarchiques de la France sous les premiers Capétiens [987-1180), 2’ édition. Paris, Picard, 1891, 2 vol. in-8% xiv-338- 379 p.
4 Suger. Vie de Louis le Gros suivie de l’histoire du roi Louis VII, éditée par Auguste Molinier. Paris, Picard, in-8o, l-19() p. (Collection de textes pour servir à l'étude et h l’enseignement de l’histoire).
5. Richard Hirsch. Studien zur Geschichte Kœnig Ludwigs VII von Frankreich [1119-1100) ; Inauqural-Dissertation. Leipzig, Gustav Fock, 1892, IV, in-8°, iii-
francorum auctore anonymo ^ de la Coniinuatio Præmonstratensis de Sigebert^ el ôe VAuclarium Ursicampinum et de la Chronique de saint Mariend' Auxerre. Au point de vue historiographique, M. Hirsch a soulevé un certain nombre de questions intéressantes pour l’histoire des premiers Capétiens. Son livre sera doue consulté avec profit par les érudits français qui ont fait de cette histoire leur domaine incontesté. Une chronique inédite écrite en langue vulgaire par un contemporain de Philippe- Auguste a été signalée par M. Léopold Delisle, qui l’a nommée la Chronique dun anonyme de Béthune et qui sera prochainement publiée au tome XXIV Historiens de France. M. Petit Dutailiis a fait une étude assez détaillée de ce morceau historiographique dont la partie originale embrasse une longue période du règne de Philippe- Auguste de 1187 à 1217. Pour les années 1 i 80-1184, l’auteur s’est contenté de traduire du latin VHistoria Regum Francorum ab origine gentis ad annum 1214 ^ ; pour les autres années du »ègne, il estoriginal, intéressant, et constitue une source historique de premier ordre. 11 faut encore citer pour le xiP siècle la Chronique de V abbaye de Saint-Biquier par Harnilf, et le Livre des reliques de V abbaye de Saint-Pierre-le- Vif de Sens publié par M. Proux ^ Je signale l’intérêt particulier que nous offrent ces chroniques pour la connaisancedes idées populaires et du sentiment religieux et pour Putilité que l’hagiographie peut en tirer: car l’auteur s’est servi de martyrologes et de vies de saints. Pour le xiP siècle il faut également consulter les sources étrangères : M. Testier a repris la question de la Chronique d' Ekkehard ^ et des Annales Herbipolenses, déjà étudiée par Wattenbach ", c’est-à-dire d’une des sources capitales du xiP siècle. Les historiens grecs du xne siècle ont été tout spécialement étudiés par le D'’ Cari Neumann : on y trouve des renseignements critiques très précieux sur Anne Comnène^ Theodoros Prodromus et Jean Cinnanus^. — M. Gaston Paris a publié une en vers de la