Les prodromes de la Révolution
Tout d^abord, les prodromes de la Révolution, à partir de 1780 environ.
L'influence nersonneU g d^évéques philo sophes comme J -G. du Coëllosquet etDuplessis d^rgenlré, -- celle d'un intendanl comme Turgot et ses deux successeurs; — l'esprit de la Société d'agriculture qui réclamait l'abolition des privilèges de la noblesse dès 176i , la liberté du commerce des grains en 1762, la suppression de la dime ou tout au moins sa conversion en argent (1762), la réduction du nombre des fêles ecclésiastiques (1762 et ss.)» l'instruction du peuple (176S), l'unité des poids et mesures (1768), l'amélioratioa du sort des enfants trouvés (1766), etc. (1); — les conciliabules de In. I.nprfl mar.qpDiyift établie à Limoges en 1767 ; — les mœurs nouvelies introduites dans notre ville par l»;s officiers du régiment de Royal-Navarre-cavalerie ; — la suppression de certains ordres religieux tels que les Clunisles, les Jésuites, le.s Grand montairis; — la fondation d'une Gazette hebdomadaire en 1775 ; — - la tenue d'une Assemblée provinciale eni787,sont autant défaits dont l'exposé devrait servir d'introduction au sujet principal.
Le mouvement d'idées réformatrices qui se propagea par tous CCS canaux prit corps dans les écrits politiques qui pullulèrent alors et plus particulièrement dans les cahiers de doléances des paroisses. Ceux que nous retrouvons sont si rares (douze seulement sur plus de deux cents qui fftP^nH^dlgés pour le territoire que nous envisageons), qu il importe à tout prix d'en augmenter le nombre si l'on veut apprécier l'état des esprits au commencement de l'année 1789; Une recherche patiente dans les études de notaires el dans les liasses non encore explorées de la sénéchaussée de Limoges ne serait sans doule pas sans récompense. Si par impossible elle ne produisait rien, on en serait réduit, comme l'ont été^ MM. Baudouin et Guiberl, à lirer des cahiers des trois ordres la matière principale du sujet, c'esl-à-dire un tableau de l'ancien régime, nettement délimité au point de vue territorial; un exposé de ses faiblesses, de ses abus el deâ remèdes qu'on y proposait.
Après l'étude des doléances, celle des élections aux Etats- Généraux. Si la procédure fut partout la môme, il n'en est pas moins certain que (suivant les lieux) les compétitions personnelles, les luttes des partis, ies intrigues qui s'y lient toujours, changèrent les effets. Et c'est ce qu'il iniporterait de ressaisir.
(1) Voy. notre notice sur la Génér&lilé de Limoges (1391, in-4'', p. CIX). .
N. — ANALYSE DE L*HIST01RB DU oéPARTEMENT 133
Une remarque préalable s'impose dès maintenanl : c'est que les populalioDs de la Haute-Vienne n*ont point fait la Révolution. EUes Q*y ont pas même aidé à la façon du Dauphiné, de Bordeaux ou de Marseille. Elles l'ont simplement suivie. Elles n*ODl pris aucune initiative, comme elles n'ont tenté aucune réaction. Leur rôle a été purement passif. Leur département n'était du reste, à considérer le chiffre de sa population et de sa fortune, Timporlançe de son cheflieu et rintensité de la vie publique, qu'un département de troisième rang au plus. Dès lors les divisions générales de celte hisloire se ramènent aux grandes phases de Thisloire générale de ce temps, aux règnes successifs des assemblées qui délibéraient dans la capitale. Et l'historien du département aura pour préoccupation première de donner réponse à la série des questions qui se posent :
Quel écho les événements de Paris trouvèrent-ils chez-nous?
Comment les lois nouvelles furent-elles reçues et appliquées? Quels furent leurs effets?
Quels hommes travaillèrent à instaurer le régime nouveau?
Quoi que la division en départements ne remonte qu'à janvier i790, il paraît bien qu'il serait indispensable d'en parler d'entrée, pour siluer le théâtre des événements (1).
Il ne faut point en tout cas ignorer que cette division ne fut pas du premier coup définitive, et que les 6 districts, 40 cantons et 247 communes primitivement établis dans la Haute- Vienne subirent en 1791 et 1792 des modificalions dont il faut toujours lenir compte. Seule la superficie resta la même : environ 5.516 kilomètres carrés.
Les enquêtes qui précédèrent la constitution du département, les rivalités qui s'élevèrent, les tiraillements qui se produisirent sont parmi les faits principaux de l'année 1790. Les documents de cette affaire ne sont malheureusement pas nombreux à Limoges, la plupart se trouvant aux Archives nationales.
Il faudrait examiner aussi d'où provient la différence entre les 247 communes de ce temps et le chiffre actuel, 205, pour savoir si la Constituante a simplement maintenu les chefs-lieux de toutes les paroisses alors existantes ou si elle a multiplié les chefs-lieux de communes pour donner satisfaction aux ambitions locales. Dès
(1) Pour corriger ce qu'il y a d'arbitraire à parler d'un département de la Haute- Vienne en 1789, il suffirait de stipuler que jusqu'en février 1790 on ne prend en considération, dans les anciennes provinces de Marche et Limousin, que les sénéchaussées de Limoges et Saint- Yrieix, Le Dorât et Bellac, et la vicomte poitevine de Rochechouart.
134 SOUACfiS DE L*1IIST0IRB DE LA névOLUTION
Van IX, le Conseil général du département demandera la réunion de plusieurs de ces communes en une seule, tant il était malaisé de trouver partout des maires à la hauteur de leur modeste t&che.
Le grand mérite de la circonscription départementale, ce fut son homogénéité et la subordination de toutes ses parties à un cheMieu unique. Le choix de Bellac, Le Dorât, Saint-Junien, Saint-Léonard et Saint-Yrieix pour chefs-lieux des districts fut aussi des plus heureux. C'étaient bien, avec Limoges, les six localités les plus importantes du territoire.
A la constitution du déparlement, des districts et des communes, se lie naturellement celle des pouvoirs nouveaux (politiques, administratifs, judiciaires, etc.) qui leur furent préposés. Mais cette étude sera mieux à sa place dans le chapitre des institutions.
Le territoire une fois connu, quel était le chiffre de sa population, en d'autres termes combien d'acteurs entrèrent en jeu 7
La réponse ne parait pas susceptible de toute la précision désirable. Nous sommes en présence de trois données. D'après un renseignement recueilli par la Statistique de ta Haute Vienne de 1808 (p. 58), le département comptait en 1790... 369.900 habitants.
D'après une autre donnée, qui n'est peut-être qu'une évaluation, il comptait en 1793, 266.910 habitants (1).
Enfln un troisième chiffre, afférent à Tannée 1798, lui attribue )S9.584 habitants (2).
On ne saurait dire que ces chiffres se contredisent, puisqu'ils ne s'appliquent pas à la môme année. Il serait essentiel d'en vérifier chaque fois Texactiude pour savoir si, en tin de compte, notre département a subi en dix années une diminution aussi considérable (8). La vérification sera malaisée si les rédacteurs de la Statistique de 1808 ont dit vrai lorsqu'ils ont écrit ces mots (p. 57) :
« Plusieurs recensements ont été faits depuis la Révolution (c'est-à-dire depuis 1789); presque tous ont été exagérés par divers intérêts de localité. Le désir immodéré que manifestoient presque toutes les communes d'acquérir de Timportance, la rivalité qui s'étoit établie entre quelques villes pour obtenir des élablisscroens, l'ambition de quelques hommes qui couroient aux places, tout contribuoit à grossir les dénombremens. »
(1) Pr,-verb. du Corn. d'Imtr. publ., V (1904), p. 678.
(2) Cité par le Calendrier civil de 1799 et par la Statistique de 1808, p. 58.
(3) Voy. plus loin Tavis contraire des membres du Conseil général de l'an IX.
9f. — Jk3IAI.TSE DC L^BOSTOIRC DU DÉPAaSBODCT i3S
En lout cas b TèrilicaticMi defrait se faire par disiricts. Or, d*après le receDsenent de 1793, la population était ainsi répartie : District de Limoges 58.376 batiitants
— deBellac 43.374 —
— daDorat 4i.665 —
— de Saint-Janien 4i.ioO —
— de Saint-Léonard 40.804 —
— de Saint-Trieix 37.541 —
Total 966.910 habitants (1).