‹ Les sources de l'histoire du montanismeChapitre 17 sur 207 · INTRODUCTION XXX VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXX VII

C’est Richard Adelbert Lipsius qui ἃ, le premier, mis en relief l’importance historique du Syntagma d'Hippolyte dans sa célèbre étude sur les sources d’Épiphane 1. Je voudrais donner ici un résumé rapide de cet ouvrage, qui a fait époque pour la critique de nos sources hérésiologiques, et marquer les points où il est le plus solide, ceux aussi où il apparaît le plus vulnérable.

Lipsius prend pour point de départ la constatation que voici : dans l’Aduersus omnes haereses faussement attribué à Tertullien (—Pseudo- Tertullien), d’une part ; dans le Panarion de saint Épiphane, et le Liber de Haeresibus de Philastre de Brescia, d’autre part, les « hérésies », soit antérieures au christianisme, soit postérieures à lui, sont énumérées selon un ordre qui est sensiblement le même.

ο΄ Jlne peut pas y avoir là un simple effet du hasard. Il faut qu’Épiphane et Philastre aient travaillé d’après un même catalogue, dont 115 ont reproduit les données, en se contentant de les grossir de tous les renseignements supplémentaires qu'ils s'étaient procurés par ailleurs. L'examen intrinsèque de leur œuvre polémique démontre, selon Lipsius, que Philastre est indépendant d’Épiphane dans tous les morceaux où ils ne s'accordent pas l’un et l’autre avec Ps.-Tertullien. Philastre n’a donc pas dû connaître le Panarion ; et cela est naturel, étant donnée la quasi simultanéité de l'apparition du Panarion et du Liber de Haeresibus.

( — les hérésies) befasste ». — Lipsius, qui ἃ repris la discussion dans ses Quellen ält. Ketz., p. 126-7, déclare que, des termes un peu énigmatiques employés par Hippolyte, il résulte 1° que c’est Hippolyte lui-même qui est l’auteur des ἔλεγχοι 29 qu'il s’agit bien réellement dans les mots ὁμιλοῦντος Etpnvaiou de conférences oyales, ὁμιλεῖν ne comportant pas d’autre sens que celui-là (— colloqui, et non, comme le voudrait HARNACK, alicuri rei studere). Lipsius est disposé à admettre que le mot ἐλέγχοις désignerait le Syntagma lui-même, et σύνοψιν, un résumé mis en appendice au Syntagma. Photius, n'ayant plus que le résumé, n’aurait pas très bien saisi la portée de l'observation d'Hippolyte : d’où le tour embarrassé dont il use, en rapportant l'indication de celui-ci, — Rorrrs (Urkunden, p. 152 et 5.) accepte l'explication de HARNACK, mais contrairement à HARNACK et à Lipsius, il rapporte le relatif ὧν. non pas à ἐλέγχοις, mais à ταύτας = : « Hippolyt hat seiner Widerlegung der zeitgenôssischen Häresien eine Uebersicht über die von Irenaeus widerlegten Häresien. » — DRÆSEKE (ZWT., t. XLVI [1903], p. 75) marque sa préférence pour un sens analogue à celui que j'ai donné ci-dessus dans ma traduction. 1] repousse l’idée d’une dépendance entre le Syntagma et l œuvre elle-même d’Irénée.

Dans Chron., II, 224, HARNACK paraît renoncer à toute intelligence sûre de cette phrase.

1 Cette importance avait été pressentie avant lui, v. g. par VOLKMAR, Π tppolytus und die rm. Zeitgenossen, 1855, p. 9, 84 et s., mais non pas démontrée avec la même

rigueur.

XXXVIIT INTRODUCTION

Conclusion : « Alle jene Stellen also, wo beide sich wôrtlich berühren, müssen jedenfalls schon in der Grundschrift gestanden haben. » (p. 29).

Ce Grundschrift, cet écrit-base, c’est Ps.-Tertullien qui — au gré de Lipsius — en ἃ le plus fidèlement reproduit la contexture. Toute l’originalité du rédacteur de l’Aduersus omnes haereses consiste à avoir introduit dans son travail quelques noms qui ne figuraient pas dans sa source — comme le prouve une simple comparaison avec Épiphane et Philastre —, ceux, par exemple, de Proclus et d’'Eschine ($ vit), de Blastus, de Praxeas et de Théodote (ὃ vit), et à avoir resserré, condensé son modèle, lequel devait être plus développé que l’Aduersus omnes haereses, si l’on en juge à maints détails qu'Épiphane et Philastre y ont sans nul doute recueillis.

Lipsius aboutit (p. 35) à restituer, d’après les trois ouvrages dérivés, la liste des hérésies qui se succédaient dans l'écrit originel. Il en compte trente-deux : la première est celle de Dosithée, la dernière, celle de Noétos. Ce signalement coïncide d’une façon si frappante avec ce que nous savons du Syntagma d'Hippolyte que l'identification s'impose. Au surplus, Épiphane cite une fois Hippolyte, à côté d’Irénée et de Clément d'Alexandrie, dans le chapitre du Panarion relatif aux Valentiniens 1. C’est évidemment une allusion au Syntagma, car Épiphane ne paraît pas connaître l’autre grand ouvrage hérésiologique d’'Hippolyte, les Philosobhoumena, et nous ne savons rien d’un: écrit où Hippolyte aurait combattu spécialement les Valentiniens.

Enfin Lipsius expose les raisons qui l’inchnent à croire que « l’homélie » d'Hippolyte contre Noétos formait la conclusion du Syntagma. Et 1] tire parti de cette hypothèse pour localiser la composition du Synlagma en Asie-Mineure, vers 190-195.

C’est seulement une dizaine d’années plus tard, en 1874, que le système de Lipsius, tel que je viens de l’esquisser, fut soumis à une revision attentive. M. A. Harnack, alors aux débuts de sa carrière scientifique ?, y consacra une longue étude dans le tome XLIV de la Zestschrift für historische Theologie, p. 143-226, et Lipsius lui répondit peu après dans un nouvel opuscule, die Quellen der ältesten Ketzergeschichte neu untersucht

L Pan., XXXI, xxxri1 (Corp. Haer., Il, 1, p. 380):

? Il n'avait composé antérieurement que sa thèse de doctorat (Zur Quellenhrihik der Gesch. des Gnosticismus, 1873) et son opuscule de Apellis gnosi monarchica, 1874. Cf. MAx CHRISTLIEB, Harnack-Bibliographie, Leipzig, 1912, p. 1.

INTRODUCTION XXXIX

(Leipzig, 1875). De leurs courtoises controverses, je ne retiendrai que ce qui intéresse le Montanisme.

D'une façon générale, Harnack se ralliait aux combinaisons de Lipsius ; il en proclamait la haute importance ; en particulier, l'hypothèse de la Grundschrift, commun à Pseudo-Tertullien, Épiphane et Philastre lui apparaissaient comme « unbestreitbar richtig » (p. 168). Sur un certain nombre de points de détail, 1l formulait cependant des réserves ou des objections.

19 Il élevait d’abord une difficulté au sujet de la division des Cataphrygiens en deux sections, celle de Proclus et celle d’Eschine. Selon lui, cette répartition qu'indique Ps.-Tertulhen ne devait pas figurer dans le Syntagma, car ni Philastre, ni Épiphane n’y font allusion. Épiphane distingue bien deux ou plusieurs sectes à l’intérieur du Montanisme, mais ce n’est pas sur le « monarchianisme » de l’une et de l’autre qu’il se fonde. Harnack ne compromettait du reste pas le chiffre de trente-deux hérésies, nécessaire pour l'identification de la Grundschrift au Syntagma, car dans la liste primitive 1l incorporait les « Aloges » qui, d’après la parenté de la notice de Philastre ($ Lx) avec celle d’Épiphane (8 LI) avaient dus, lui semblait-1l, en faire partie.

Dans sa réplique, Lipsius maintient son point de vue. Il observe que les Philosophoumena ne font pas mention des Aloges, ce qui incite à croire qu'Hippolyte les avait également négligés dans le Syntagma. Il ajoute qu'il n’y ἃ nulle raison de supposer que Ps.-Tertullien se soit écarté de la source qu'il utilisait, en opérant, ainsi l'élimination du passage relatif aux Aloges.

Mais alors pourquoi la subdivision des Cataphrygiens en deux clans n’a-t-elle pas été reproduite par Épiphane ni par Philastre ?

Ici l'explication de Lipsius est assez embarrassée. Il reconnaît que cette omission pose un problème. Il se hasarde pourtant à signaler chez Philastre, au $ LI, une allusion (bien douteuse !) aux montanistes patripassiens. [1 suppose d'autre part qu’'Épiphane, disposant pour le chapitre relatif aux montanistes, d’autres sources fort abondantes, y aurait oublié les données un peu minces du Syntagma.— Puis, revenant encore à la question des Aloges (p. 101-111), il conteste de nouveau l'hypothèse de Harnack. ΤΠ ne peut se résoudre à penser que les Aloges aient figuré dans le Syntagma, à moins qu'Hippolyte — c’est l’unique concession que Lipsius croit devoir faire — ne les ait rangés sous la même rubrique que Théodote de Byzance, avec lequel les Aloges soutenaient plus d’un rapport.

ΧΙ, INTRODUCTION

2° Harnack signalait aussi certaines divergences entre le Syniagma, hypothétiquement reconstitué, et les Philosophoumena, et il se demandait s'il n’y avait pas quelque hardiesse à attribuer ces deux ouvrages à un même auteur, en l’espèce Hippolyte. — Lipsius, par un coup hardi qui ressemble quelque peu à un paradoxe, insiste sur le caractère conjectural de l'attribution des Philosophoumena à Hippolyte, et 1] paraît tout prêt d’envier à celui-ci cet ouvrage, — avec quelle conviction, on se le demande, si l’on observe qu’un peu plus loin (p. 138) 11 tire parti pour un calcul chronologique relatif au Syntagma d’une donnée des Philosophoumena eux-mêmes !

3° Harnack ne savait également comment concilier l’image que l’on peut se former du Syntagma, d’après les écrits qui en dérivent, avec le mot βιβλιδάριον par lequel Photius le désigne.

Sur ce point, Lipsius corrige ‘légèrement son impression première. Il suppose que le Syntagma devait avoir à peu près une étendue double du ΧΘ livre des Phlosophoumena, (il lui avait assigné dans son premier ouvrage des dimensions plus modestes) ; et 1l admet que Photius ait connu, non pas l'ouvrage lui-même, mais un sommaire qui y était sans doute annexé, et qui se trouverait reproduit dans l’Aduersus omnes Haereses de Pseudo-Tertullien.

4° Enfin, en dépit de Harnack qui ne voulait voir dans l’Homélie contre Noëtos que la conclusion d’un traité de polémique dirigé par Hippolyte contre « tous les monarchiens », Lipsius maintient que le morceau devait appartenir au Syntagma, et clore l’ouvrage. 1] maintient également la date de 195 environ pour la composition du Syntagma (Harnack préférait rapporter l’ouvrage au pontificat de Zéphyrin). En revanche, il reconnaît (p. 138-139) que rien ne prouve que le Syntagma ait été rédigé en Asie, et 1] ne paraît pas loin de préférer à sa première conjecture celle de Harnack qui en plaçait à Rome la rédaction.

Les dissentiments de Harnack et de Lipsius ne portaient, à tout prendre, que sur des points secondaires. Ils s’accordaient sur l'essentiel, à savoir sur l’existence d’une source commune à Ps.-Tertullien, Épiphane et Philastre, source qu’une série de données concordantes — titre, nombre des hérésies y incluses, notice initiale et notice finale, lieu probable de composition — obligeraient à identifier avec le Syntagma d’'Hippolyte.

Soutenue par la pénétrante érudition d’un Lipsius, victorieuse de l'enquête approfondie d’un Harnack, on comprend que l'hypothèse se

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soit imposée à la critique, et qu’elle ait pris les airs d’une vérité désormais acquise 1.

Cependant on aurait tort de s’imaginer qu'elle ne soit pas assujettie à quelques incertitudes et qu’elle n’ait pas subi, en ces dernières années, quelques retouches ou quelques déficits.

10 Un premier point sur lequel on ne s'entend guère, ce sont les dimensions que devait avoir le Syntagma. Chacun se jugeant libre de l’imaginer comme 1l lui convient, les opinions les plus divergentes se font jour. Ainsi tandis que KR. A. Lipsius le considérait comme « eine summarische Ketzerbestreitung ? »; que J. Kunze le réduisait aux proportions modestes de l’Aduersus omnes haereses de Pseudo-Tertullien 3, A. Harnack appelle l'ouvrage « ein ziemlich umfangreiches » 4 et croit que les réfutations y prenaient un assez large développement.

Il est évident que ces fantaisies individuelles trouvent leur limite ou leur contrôle dans le témoignage des écrivains anciens qui ont pu lire de leurs yeux ce livre, pour nous énigmatique, et surtout dans la description qu'en donne l’auteur lui-même.

Or, Photius, qui ἃ compulsé le Syntagma, l'appelle (on l’a vu) un βιβλιδάοιον, autrement dit un }bellus, un opuscule. M. J. Draeseke a essayé fort ingénieusement d’atténuer la portée du mot $. Il fait observer que l’'Ansderric περὶ τῆς θείας σαρχώσεως d’Apollinaire de Laodicée, telle qu'on peut la reconstituer d’après la réfutation de Grégoire de Nysse, ne comprenait pas moins de douze pages de trente-cinq lignes, et devait être environ quatre fois plus longue — il est légitime de le conjecturer — dans sa teneur primitive. Or, Théodoret, qui a eu l’œuvre originale en main, la désigne par ces mots : Περὶ σαρχώσεως λογίδιον. — M. Rolffs, d'autre part, a montré par des exemples tirés de Photius lui-même qu'il arrive à celui-ci d'employer le mot βιβλίδαριον à propos de traités assez volumineux ὅ.

1 Cf. N. Bonwetscx, GM., p. 38 et s.; A. HiLGENFELD, Ketzergeschichte DUC DEA 7ZAAN GK Ti223/et s:eNVOrer, Mersch: Urk., pi et s.; KUNZE, de Historiae Gnosticismi fontibus, Lipsiae, 1894, p. 45; BATIFFOL, Lattér grecque chrét., Ὁ. 150, BARDENHEWER, AKL., II, 512 et Patrol., 3me éd., p. 187; A. d'ALÈS, la Théol. de saint Hippolyte, Paris, 1906, p. 71, etc. |

2 Quellenkr. Épiph., p. 38. — Dans Quellen ält. Ketz., LipsiUS corrige un peu, je l’ai dit, son opinion. Il estime que l'ouvrage devait être au moins deux fois aussi étendu que le Xe livre des Philosophoumena.

8 De Historiae Gnosticismi fontibus, cf. TLZ., 1894, col. 340.

4 Chron., II, 222.

EEZWZ ΙΓ (1003), p.73:

8 Uykunden, Ὁ. 156. Cf. Photius, Biblioth., LXXXI ; CLXXXV ; ΟΧΧΝῚ ; CLXXXVI,

XLII INTRODUCTION

Admettons avec Rolffs et Draeseke qu'il ne faille pas trop presser le sens de ces diminutifs qui, passés dans l'usage courant de la langue, tendaient à perdre deur valeur expressive spéciale. |

Mais les locutions employées par Hippolyte relativement au Syntagma comportent-elles le même doute ? A trois reprises, dans le memento (cité plus haut) qu’il accorde à son ancien travail, Hippolyte répète qu'il n’y présentait que de succinctes réfutations : metofws..,où κατὰ λέπτον.., ἀδρομερῶς. Ces formules sont sans équivoque. Une affirmation ainsi réitérée avec cette insistance, doit prévaloir contre toute « combinaison » qui n’en voudrait pas tenir compte.

29 Autre question, connexe à la précédente. L’ « Homélie » contre Noétos faisait-elle, ou non, partie du Syntagma ἡ C’est à tort que la tradition manuscrite donne à ce morceau le titre d'homélie 1. L'erreur s'explique par le tour oratoire des derniers chapitres ($ IX à xXvI1), là où l’auteur se tourne vers une « démonstration de la vérité ». Il formait en réalité la conclusion d’un traité dirigé contre des hérétiques. Ce qui le prouve, c’est le début même, qui indique que la réfutation qui va suivre a été précédée de réfutations analogues : « 7{ en est d’autres qui introduisent secrètement une autre doctrine (ἕτεοοί τινες ἑτέραν διδασκαλίαν παρεισάγουσιν) : ils se sont faits les disciples d’un certain Noétos, originaire de Smyrne, qui vivait 1] n’y ἃ pas bien longtemps. » Plus significative encore est la conclusion du ὃ ΤΙ, où l’auteur se propose d'établir « la vérité, contre laquelle toutes (ces) hérésies si nombreuses (πᾶσαι τοσαῦται αἱρέσεις) Se sont produites, sans pouvoir rien formuler (de décisif) ». D'autre part le pape Gélase cite un assez long passage du ὃ xvu du Contra Noetum dans ses Testimonia de duabus naturis in Christo ? et il amorce cet extrait par les mots « Hippolyti..… 2n memoria haeresium ».

Lipsius 3. n’hésitait pas à considérer cet important fragment comme détaché du Syntagma, dont 1] devait former la conclusion. Il invoquait le caractère dogmatique du morceau, tout à fait semblable à la péroraison des Phlosophoumena. 11 s'appuyait aussi sur le πᾶσαι τοσαῦται αἱρέσεις qui lui semblait exclure l'hypothèse de Harnack, d’après lequel « l’homélie » en question serait la terminaison d’un traité où Hippolyte combattait les

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8 Quellenkr. Epiph., p. 37-40 ; Quellen ält. Ketz., p. 130 ets.

INTRODUCTION XLIII

diverses tendances monarchiennes (Théodotiens, Aloges, Melchisédéchiens), et à plus forte raison celle de Volkmar qui la croyait dirigée contre le seul Théodote.

Depuis lors M. Draeseke est entré en lice pour Lipsius 1. M. Harnack lui-même est venu à résipiscence 2. Seul, Bardenhewer ὃ, si judicieux pourtant, et si sage, maintient que l Ὁμιλία εἰς τὴν αἵρεσιν Νοήτου fermait un travail écrit par Hippolyte contre les théories d’Artémon et de plusieurs autres hérétiques, et qui, d’après les témoignages confrontés d’Eusèbe, de Théodoret et de Photius devait être intitulé ‘O σμικρὸς Λαβύρινθος.

Lors même que l'opinion de Lipsius et de Draeseke, soutenue maintenant par Harnack, devrait l'emporter, on remarquera que notre évaluation de l'étendue du Syntagma ne serait pas compromise pour autant. Il est très possible qu'Hippolyte qui considérait l’hérésie contemporaine de Noétos comme particulièrement dangereuse (notez les mots ὃ μέγιστος ἀγών, Plulos., IX, vi), y ait réservé une réfutation beaucoup plus ample qu’à n'importe quelle autre des doctrines hétérodoxes précédemment recensées 4. Pareillement Irénée fait aux Valentiniens la part du lion dans son grand traité. L'on sait aussi que le Praedestinatus, après avoir dressé un catalogue hérésiologique assez court dans son premier livre, réserve deux livres entiers à l’hérésie prédestinatienne. I] n’est pas invraisemblable qu'Hippolyte ait annexé à une série de brèves notices cette discussion spéciale, qui comprend quatorze pages de trente lignes dans l'édition de Lagarde (Hippolyti quae feruntur ommia graece, Lipsiae, 1858, p. 43-57) et quinze colonnes dans le tome X de la Patrologie grecque.

3° Sur le lien de l’Homélie contre Noétos avec le Syntagma, la tendance actuelle de la critique est en somme plutôt favorable à Lipsius, encore que toute objection ne soit pas levée.

Mais voici un autre problème, d'importance très grande, qui tend à recevoir une solution différente de celle que Lipsius avait défendue : c’est celui de la relation de Philastre à Épiphane.

Lipsius les considérait comme absolument indépendants l’un de l’autre. C'était, à cette époque, une opinion nouvelle, et Lipsius avait

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Chron., II, 121.

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