INTRODUCTION LXXXIX
la niaïserie des livres qu'ils révèrent 1. Ce ton cavalier surprend un peu : comment Hippolyte a-t-1l pu faire si bon marché d’un mouvement religieux auquel un écrivain tel que Tertullien avait coopéré avec tant de talent, d'éloquence et de passion ? Même si l’on évite de donner dans les conjectures de Rolffs qui dresse Tertullien en polémique directe contre Hippolyte dans le de Teïumo et le de Monogamia, il demeure incroyable que celui-ci n'ait pas connu le rôle joué dans l'affaire montaniste par l’illustre champion carthaginois ?. |
PLANS Dre
? Une énigme enveloppe encore cette question des rapports d'Hippolyte et de Tertullien. Hippolyte ne nomme nulle part Tertullien et nulle part Tertullien ne nomme Hippolyte, là même où il aurait eu l’occasion de le faire, par exemple dans l’'adu. Val., ν (KR., p. 182, 1. 8), où il énumère ses antecessores dans la lutte contre l’hérésie, spécialement contre l’école du gnostique Valentin. — Il n’est pas sûr que Tertullien ait connu le Syntagma : (je suis moins affirmatif que ne l’est HARNACK, ZHT., 1874, p. 202 et s., car l’une des principales preuves qu’il donne, à savoir la non-mention chez Tertullien de ce Colarbasus, qui est cité dans l’Adu. omnes Haer., $ v, me paraît démentie par l’adu. Val., [KR., p. 181, 1. 5] où le co/ubroso des manuscrits se résout bien mieux en Colarbaso, d’après le contexte, qu’en colubro suo, comme le veut KROYMANN). — C’est aussi une question de savoir si Tertullien a utilisé Hippolyte dans son Aduersus Praxean. Ce traité a été rédigé vers 213-218. D’autre part, le Karx Νοήτου d'Hippolyte, si, comme on peut l’admettre, il formait partie intégrante du Syntagma, a dû être écrit dans les premières années du IIIme siècle. Tertullien a donc pu le lire et s’en inspirer. En fait, l’a-t-il exploité, c’est sur quoi les critiques ne sont pas d'accord. Au chapitre xvII de sa Dassertatio de uaria et incerta indole librorum. Tertulliani (dans ŒuLER, III, 688-695), SEMLER a mis en regard, sur deux colonnes, les passages parallèles de l Aduersus Praxean et du Κατὰ Νοήτου ; (beaucoup des rappro- Chements qu’il signale sont sans portée). Lipsius (dans le Jahyrb. f. deutsche Theol., 1868, 704, note 2) conclut de ces rapprochements que Tertullien s’est servi ἂν 1a discussion d’'Hippolyte. HARNACK, par contre, juge cette dépendaäce invraisemblable (ZHT., 1874, p. 202-205). Lipsius est revenu à la charge pour la défense de son opinion dans ses Quellen àält. Ketz., p. 167; 183-190. NOELDECHEN (/Jahrb. f. protest. Theol., XIV [1888], p. 576 et <. ; ci. son Tertullian, p. 429) et RoLFrs, Urhunden, p. 163-166, tranchent 15 Gébat dans le même sens que Lipsius. D'autre part, E. KROYMANN, Tertullian adu. Praxean, éd. minor, p. XVII-xIX, se montre très sceptique à l’égard des affirmations de NŒLDECHEN, qu’il prend spécialement à partie. Il est certain qu’il n’y a pas grand chose à tirer du parallélisme de certaines citations scripturaires qui, en un débat identique, s’offraient pareilles aux deux polémistes. Les métaphores, telles qu'æconomia, sol-radius, fons-fluuius se rencontrent antérieurement à Tertullien et à Hippolyte. D'autre part, l’analogie de plusieurs développements s’explique par l'identité du sujet lui-même, qui, depuis plusieurs années, était si vivement discuté dans les milieux romains. La comparaison de l’Adu. Praxean avec le Κατὰ Νοήτονυ fait ressortir l’éclatante supériorité de Tertullien, au point de vue de la pensée, de la composition et du style : mais la dépendance de la première œuvre par rapport à la seconde demeure
douteuse.
ΧΟ INTRODUCTION
Je serais tenté de croire qu’il y a chez Hippolyte affectation de dédain plus encore que mésestime sincère 1. Il aura cédé à la manie habituelle aux hérésiographes, qui se faisaient un devoir de ravaler aussi bas que possible le niveau intellectuel des dissidents qu'ils combattaient, tant 115 avaient peur de leur laisser une apparence de bon sens ou de bonne foi 2. Au fond 1] est plus inquiet qu'il ne l'avoue. Il ne peut se tenir d'observer que cette hérésie a fait du mal à bien des gens 8,. 11 semble même promettre de la combattre plus à loisir dans un ouvrage spécial #4 Voilà qui décèle quelque tracas secret, au moins rétrospectif, et ces préoccupations hostiles ne cadrent guère avec l’apitoiement ironique dont il se donne les airs en d’autres endroits de sa notice.
1 Voir surtout sa conclusion, Sources, p. 58, 6 ets.
2 Comp. ce qu'Hippolyte dit des Naasséniens, Philos., V, x; des Pérates, Ν, χνιπῖ; ἄς Μαζοίοῃ, ΝΙΪ, ΧΧιχ.
3 Sources, Ὁ. 58, 1. Je ne vois guère que l’hérésie de Noétos à propos de laquelle il formule une remarque analogue (Philos., IX, vi).
4 P. 57, 30. Il paraît probable qu’il réalisa ce dessein dans son Περὶ χαρισμάτων ἀποστολιχὴ παράδοσις : (peut-être convient-il de dédoubler en deux ouvrages distincts ce titre qui figure sur la statue d'Hippolyte). Comment eût-il écrit sur les « charismes » à cette époque, sans que le problème montaniste se dressât devant lui ?