‹ Les sources de l'histoire du montanismeChapitre 39 sur 207 · CXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXVIII INTRODUCTION

qu'Augustin n'avait pas cru devoir formuler. Sans même en reproduire la description, il affirme qu'aucun de ceux qui ont écrit contre le Montanisme n’a mentionné cette accusation : c’est de leur silence qu'il autorise son scepticisme.

De quels polémistes antimontanistes veut-il parler ? Des polémistes des premiers temps, la contexture même de ses phrases le prouve : « Hi enim qui contra eos scripserunt, nihil hinc penitus memorarunt. Scripsit contra eos librum sanctus Soter papa Urbis, et Apollonius Ephesiorum antistes. »

Éliminons tout d’abord cette qualification d’évêque d’Éphèse qu'il décerne à Apollonius, et qu’il répétera à la fin du $ xxvr 1. Il est le seul à la lui attribuer. Eusèbe appelle Apollonius ἐχχλησιαστιχὸς συγγραφεύς à sans plus. Saint Jérôme, qui travaille d’après Eusèbe, dans son de Varis ullustribus 3, mais qui avait pu connaître le de Ecstasr de Tertullien dont le septième livre était dirigé spécialement contre Apollonius, n’incorpore pas non plus celui-ci à la hiérarchie : il se contente de le nommer « uir disertissimus ». La donnée du Praedestinatus est donc isolée. 51 l’on se rappelle combien il aime à mettre en rapport avec chaque hérésie un polémiste orthodoxe haut placé, on sera tenté de la juger fort suspecte. Sans doute le choix d’'Éphèse a-t-il été suggéré au Praedestinatus par la double allusion qui est faite à cette ville dans les extraits d’Apollonius, découpés par Eusèbe 3, et que le Praedestinatus avait peut-être lus dans la traduction latine de Rufin.

Le renseignement relatif à un ber que Soter, évêque de Rome, aurait lancé contre le Montanisme, et à la réplique qu'il se serait attiré de Tertullien, est également isolé. Il est assez délicat d’en déterminer la valeur avec quelque certitude.

Tout d’abord, on n’y peut opposer aucune impossibilité chronologique. Soter fut évêque de Rome de 166 à 175/5. Même si l’on accepte la date assignée par Eusèbe aux origines du Montanisme (172), on peut admettre

. à l'extrême rigueur que, quelque temps avant sa mort, Soter, prévenu de l’impression hostile des évêques d’Asie, ait eu le temps de diriger contre

1 Voir aussi ὃ LXXXVI « contra Apollonium episcopum orientis. »

AA RON τ ESEV ITA τ 8 De Viris ill., xL.

HSE ANS ERNTITIO ET AE

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la nouvelle prophétie un Zbrum, — à condition d'entendre par ce mot, non pas un ouvrage développé, mais un opuscule de dimensions très modestes, peut-être même une simple lettre.

S1 réellement 1l avait pris cette initiative, il serait naturel que Tertullien l’eût visé personnellement, au même titre que les autres ennemis de la secte qui lui était chère, — dans le de Ecstasi, par exemple, ample apologie en sept livres où 1] s'était donné la place de tout dire.

D'autre part, le chapitre 1 de l’aduersus Praxean de Tertullien incline certains critiques à ne pas sacrifier trop allègrement l'indication du Praedestinatus, où leurs combinaisons personnelles trouvent un appui. Je rappelle le texte même du morceau : « C’est Praxéas (affirme Tertullien) qui, alors que l'évêque de Rome reconnaissait déjà les prophéties de Montan, de Prisca, de Maximilla, et, en raison de cette reconnaissance, accordait la paix aux églises d'Asie et de Phrygie, l’obligea par ses rapports mensongers sur les prophètes eux-mêmes et leurs églises, et en alléguant les avis autorisés (des évêques), ses prédécesseurs, à retirer la lettre de paix qu'il avait déjà émise et à renoncer à son projet de recevoir les charismes. » L’évêque en question n'est pas nommé. 51 on l’identifie avec Victor, comme le font. Langen, Hilgenfeld, Zahn, Voigt, Monceaux, Preuschen, Esser 5; on est bien aise de rencontrer le témoignage du Praedestinatus qui permet de compter Soter, avec Éleuthère, parmi les praedecessores dont Praxéas avait invoqué l'autorité.

Au fond, c'est cette dernière raison qui a le plus contribué à conserver quelque crédit à la donnée du Praedeshinatus. Sacrifier son affirmation, c'était compromettre une exégèse qui semblait bien aménagée.

.- Mais voici que les travaux de Schubert et de Faure nous imposent à l'égard du Praedestinatus une défiance dont auparavant on avait le pressentiment, sans doute, non pas pourtant au degré désormais requis 3.

Or, il faut observer qu'il se plaît à incarner l'orthodoxie militante dans la personne des évèques romains. 11 fait pourfendre Ménandre par Linus ($ 11), Marcus par Clément (ὃ Χιν), les disciples d’'Héracléon par

! L'usage latin ne s’y oppose nullement. Voir FORCELLINI-DE VIT, Lexicon, 8. τι.

‘2 Voir la Crise montaniste, livre II, chap. τι, ὃ Iv.

# On mesurera le chemin parcouru en lisant les indulgentes appréciations que M. A. HARNACK portait en 1895 sur la véracité du Praedestinatus. Cf. TU., XIII, τ p. 45 et s. — Le coup d’œil de LE NAIN DE TILLEMONT avait été plus pênétrant. Il traite le Praedestinatus d’ « ouvrage sans autorité... et qui est plein de fautes et d’ignorances. » (Mémoires pour servir à lhist. ecclés., 2Me éd., 1701, t. 11, p. 43.)

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Alexandre (8 xvi), les Cathares par Sixte II ($ xxxvint). Et 1l se trouve que ces diverses désignations sont ou douteuses ou certainement inexactes. Voilà qui crée un préjugé médiocrement favorable à celle qui nous occupe en ce moment. — D'autre part le Praedestinatus ouvrira ainsi le ὃ LXXXVI : « Tertullianistas olim a Sotere papa Romano damnatos legimus. » Il va de soi que Soter n’a pu condamner les Tertullanistes, puisque la secte se constitua plus de quarante ans après sa mort. Dira-t-on qu'il y a là simple erreur de terminologie, et que par « Tertullianistes », 1] entend les « Montanistes », le prestige des écrits de Tertullien favorisant cette confusion verbale ? Mais non ! 1] sait très bien à quoi s’en tenir sur ce groupement tardif, puisqu'il travaille sans presque quitter des yeux l’opuscule d’'Augustin, qui les avait très nettement distingués les uns des autres.

Ces bévues dénotent chez le Praedestinatus une telle légèreté, disons mieux, un goût de mystification si désobligeant, qu’elles ôtent toute envie d'ajouter foi à une donnée que la chronologie, sans la rendre inacceptable, ne favorise guère, et qui n’a, en tout cas, d'autre garant que lui.

Si, comme l’admet Zahn 1, le Praedestinatus l'avait puisée directement dans le de Ecstasi, on s'explique mal la façon dont 1] résume la riposte de Tertullien à Soter : «... agens contra Soterem supradictum urbis papam, asserens falsa esse de sanguine vinfanhis, trinmitatem in unitate deitatis, paententiam lapsis, mystertis eisdem unum pascha nobiscum. » On serait : tenté de mettre en contradiction deux affirmations du Praedestinatus (dont la seconde a été déjà rappelée plus haut) τὸ « Tertullianus... asserens falsa esse de sanguine infantis. » 20 « Hi... qui contra eos (— les Montanistes) scripserunt, mhil hinc (— au sujet du meurtre rituel) penitus memorarunt. » — Admettons toutefois que Tertullien ait pu combattre ces rumeurs sans qu'aucun adversaire du Montanisme eût encore osé les présenter par écrit comme fondées. Aussi bien, 1l leur suffisait, pour nuire, d’avoir été accueillies par l'opinion 2. Mais l’asserens paemtentiam lapsis heurte trop rudement les vraisemblances. Il faudrait ignorer à fond les théories de Tertullien montaniste sur la pénitence, son inflexible rigueur à l'égard

1 Forsch., NV, 23.

? Peut-être n’y a-t-il chez le Praedestinatus qu’une réminiscence vague des chapitres vii-vrir de l’Apologeticus, où justement Tertullien traite la question du sacramentum infanticidii et démontre aux païens l’absurdité de ce grief dirigé contre les chrétiens en général. (Il ne pouvait être question des montanistes, que Tertullien ignorait encore.)

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des peccata capitalhia, pour se refuser à voir là une preuve nouvelle, après tant d’autres, de l’incurable inexactitude du Praedestinatus.

Il n'y a donc aucun fond à faire sur la donnée relative à Soter 1. Elle ne mérite pas l’indulgence ou même les épithètes flatteuses que Zahn et Harnack ? lui ont octroyées. Elle doit être considérée comme dépourvue de toute autorité sérieuse.

La dernière partie du ὃ xxvI depuis Qui cum omnia, etc., ne figure pas dans le ὃ xxvi d'Augustin. J'ai déjà fait remarquer que l’idée générale du morceau, sinon les détails, ἃ été suggérée au Praedeshinatus par la lecture du ὃ LxxxvI d’Augustin. Parmi ces détails, quelques-uns ont été critiqués plus haut. D’autres méritent d’être retenus ici. M. H. von Schubert 5 veut que la phrase : « Hoc solum.….. recusamus » procède d’une lecture directe du chapitre 1 du de Terunio aduersus Psychicos de Tertullien #.

Praed. ΠΟΥ να ΤΟΣ RU RNE Da 274)

Hoc solum discrepamus, inquit, Hi (— psychici) paracleto conquod secundas nuptias non recipi- trouersiam faciunt ; propter hoc mus, et propheham Montanr de nouae prophetiae recusantur.… De futuro rudicio non recusamus. modo quidem nubendi 1am edibimus

monogamiae defensionem.

Il cite à l'appui l'avertissement par lequel le Praedestinatus clôt son chapitre LXXXVI : « (Tertulanus) nos catholicos psychicos titulat. Ubicumque autem legeris Tertulliani aduersum psychicos, scias eum contra catholicos agere. » M. Schubert souligne les mots aduersum psycmcos, comme si c'était le sous-titre du de Teiunio que le Praedestinatus rappelait ainsi. En réalité agere tombe sur aduersum psychicos comme sur contra catholicos. Le Praedestinatus veut dire : « Quand on lit que Tertullien plaide

! On peut observer supplémentairement ici que, si réellement Tertullien avait combattu Soter, saint Jérôme aurait sans doute relevé le fait là où il parle du de Ecstasi, qu’il semble bien avoir lu. Or il dit simplement qu'il écrivit aduersus ecclesiam (de Vir. 1l., XXIV ; LItIt).

2 ZAHN, Forsch., V, 51 ets. ; HARNACK, Chron., I, 369 « Dagegen ist die kostbare Mittheilung des Prädestinatus.. von hohem Werthe. »

OPA CID 50. δὺ 5:

4Ἃ HARNACK, lui, la croit extraite du de Ecstasi (perdu) : TÜ., XIII, 1 (1895), p. 45 et Chron., II, 276.

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contre les psychiques, il faut savoir que c’est aux catholiques qu’il en à. » Cette indication s'applique évidemment au de Zeiunio, mais elle ne s’y applique pas exclusivement. Elle intéresse tous les traités où le mot psychicus est employé pour désigner les catholiques, c’est-à-dire aussi l’aduersus Marcionem, le de Monogamia, V'adu. Praxean, le de Pudicitia. Dès lors il n’y a d’autre point d'attache entre la phrase discutée et le Ier chapitre du de Teiumo que le verbe ecusare, employé dans l’une et dans l’autre. Il faut convenir que le lien est un peu frêle.

Le Pyaedestinatus n'a pas reproduit la discussion esquissée par saint Augustin au chapitre LXxxvI relativement à la corporéité de l'âme. Il y substitue une petite phrase assez sournoise qui ne doit pas passer inaperçue : « Obiiciunt quidam Tertulliano quod animam ex traduce, id est animam dixerit ita gigni ex anima sicut ex corporibus corpus ; quod catholica fides uehementer execratur. » Le dernier χῶλον (avec son verbe au mode indicatif) montre que le Praedestinatus prend à son compte la réprobation des quidam contre le traducianisme. Il reviendra à deux reprises encore sur cette question au chapitre LXXXVI : (« Tertullianum autem catholica hinc reprehendit auctoritas, quod animam ex anima nas dicit.. » Et plus

bas « … Animam ex traduce uenire adserit.… »). Une telle insistance ne s’expliquerait guère, si l’on ne se souvenait des perplexités de saint Augustin sur la question de l’origine de l’âme, — perplexités d’où, vers la fin de sa vie, 1] n’était pas encore dégagé :, — et aussi ses sympathies

de théologien pour la doctrine traducianiste, dont 1l n'osait pourtant se déclarer convaincu ?. Les pélagiens, eux, avaient adopté, comme infiniment plus favorable à leur doctrine, la thèse créatianiste, et ils ne manquaient pas d'incriminer les complaisances (pourtant bien hésitantes) d'Augustin à l'égard de la thèse adverse 5, Le traducianisme, longtemps en faveur parmi les théologiens d'Occident, si l’on en croit saint

1 Cf. Rétract. [426-7], I, 1, 3 : « Nam, quod attinet ad eius originem, utrum de 110 uno sit qui primum creatus est quando factus est homo in animam uiuam, an similhter ita fiant singulis singuli, nec tunc sciebam, nec adhuc scio. »

? Cf. TurMEL, Le Dogme du Péché originel dans saint Augustin, RHLR, VII {ΟῚ λον 5.

3 Voy. Contra Iulianum opus imperf., 11, 178 : « Credis ita esse animarum traducem in Tertulliani olim et Manichaei profanitate damnatam sicut est etiam corporum tradux » [phrase de Julien citée par Augustin]. Zbid., IV, 104 ; de Peccat. mer. et vem., ττι, 5 ; Contra duas Epist. Pelag., 111, 26.

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Jérôme 1, perdait beaucoup de son crédit depuis le début du Ve siècle, grâce à la campagne menée par saint Jérôme lui-même. Mais il n’était nullement abandonné ?. Présenter cette opinion libre comme réprouvée par la fides catholica, ce n’est rien d’autre qu’une fiction destinée à atteindre Augustin, et où se satisfont les secrètes rancunes du Praedestinatus.

Le chapitre XxvI1 est calqué sur le chapitre qui porte le même numéro dans le de Haeresibus liber. Ce que le Praedestinatus ajoute à sa source est faux sens ou déduction purement logique. Aïnsi saint Augustin avait écrit : « Dicunt enim Quintillae et Priscillae in eadem ciuitate Pepuza Christum specie feminarum reuelatum... » Le Praedestinatus transcrit ainsi : « Dicunt enim duas ecclesias Quintillae et Priscillae, in eadem ciuitate Pepuza. » La phrase commence de même, puis, soit lecture trop rapide, soit manie de déformation, elle s’achemine aussitôt vers une invention tout arbitraire. — Le Praedestinatus laisse tomber la mention du crime rituel, ayant déjà, au chapitre précédent, donné son avis sur ce sujet. — 51] attribue aux Pépuziens un orgueil spécial, c’est pas réflexion personnelle sur le texte d’Augustin. Il ἃ jugé vraisemblable que des gens qui vivent là où leurs prophètes ont vécu, en tirent quelque fierté. Et 1] convertit aussitôt en affirmation une hypothèse psychologique, qui n'est pas déraisonnable, mais qu’on aurait tort d'accepter comme une donnée de première main. — On remarquera qu'il supprime le petit débat relatif à la dénomination qui convient à Pépuze, ciuitas où μία. Il ne retient que ce dernier mot, comme moins prestigieux sans doute. — Le paragraphe se clôt sur la victoire remportée sur ces dissidents par Apollonius, « évêque des Éphésiens ».

Le chapitre XXVIIT reproduit, sauf d’insignifiantes modifications de forme, le chapitre correspondant de saint Augustin. Pour une si minuscule hérésie, le Praedestinatus ne prend pas la peine d'imaginer un réfutateur particulier. Il remplace cette désignation superflue par une phrase dédaigneuse : « Contra quos nullus dignatus est nec loqui. »

Le chapitre LXXxXvVI s'ouvre sur une erreur chronologique qui a déjà été appréciée plus haut. Cette transition fâcheuse permet au Praedestinatus d’amorcer (assez maladroitement du reste) l’histoire d'Octauiana et de

1 Ép. cLXV (parmi celles de saint Augustin).

2 TURMEL, avt. cité, p. 137.

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son prêtre tertullianiste, anecdote dont 1] est l’unique garant. Il y aurait, dans cette unicité de témoignage, de quoi éveiller une certaine suspicion. Pourtant M. von Schubert (qui, d'ordinaire, perce fort bien à jour les petites fourberies du Praedestinatus) ne voit pas de raison décisive de la rejeter. Il observe 1 qu’on n’y peut apercevoir aucune trace des préoccupations et visées dogmatiques propres au Praedestinatus. 11 est exact, en effet, qu’à ce point de vue le récit paraît vierge de toute arrière-pensée. — M. von Schubert note également que les allusions historiques sont correctes. Il écrit : « Die allgemeinen Daten sind richtig. Im Jahre 387/8 nahm Maximus, dessen Haupistütze der Franke Arbogast war, Italien und Rom in Besitz, liess aber gegen Theodosius im folgenden Jahre Leben und Herrschaft. » Je crains que Schubert ne répète par inadvertance une erreur du Praedestinatus lui-même, qui représente Arbogast comme « tout puissant auprès du tyran Maxime ». En réalité, c'était sous les enseignes de Théodose que guerroyait Arbogast, à titre de magister militum ?. Loin d’être le favori de Maxime, il fut son plus redoutable ennemi, et 1l acheva la victoire de Théodose sur Maxime en dispersant, après la mort de celui-ci, l’armée qui tenait encore en Gaule sous la conduite de Victor, le fils de l’usurpateur 4. Le Praedestinatus renouvelle un peu plus bas sa méprise, quand 1] parle du châtiment dont fut frappé « le satellite de Maxime, de la puissance duquel se prévalait » le prêtre tertullianiste. D'après le contexte, ce « satellite » ne peut être un autre qu'Arbogast. Or Arbogast ne fut nullement puni pour une rébellion qu’il n'avait n1 approuvée ἢ] soutenue, et que, bien au contraire, 1] avait contribué à étouffer ; à telle enseigne qu'en quittant l'Italie pour Constantinople, au printemps de 391, Théodose le laissa comme conseiller auprès de Valentinien IT, qui n'avait alors que dix-neuf ans.

Le rôle d’Arbogast par rapport à Maxime est donc entièrement faussé dans la narration du Pyaedestinatus. [1 est très probable, selon l'hypothèse de Tillemont 5, que le Praedesthinatus a confondu Maxime avec Eugène.

1 Op. cit., p. 69 et 8. — De même G. Sazmow, DCB, III, 838, qui observe que cette notice « has the air of being more historical than the bulk of the stories resting on the authority of the author ». SALMON est d'ordinaire fort peu indulgent à l’égard du Pyraedestinatus.

2 Philostorgius, H. E., X, vitt ; Zosime, Hist. noua., IV, LIII, 1.

FROTOSCRN IT INSEE SEVEN"

4 Voy. RAUSCHEN, Jahrbücher der christlichen Kirche unter dem Kaïser Theodosius dem Grossen, F. 1. B., 1897, p. 283.

5 Mémoires, etc. [1701], III, 232.

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Si l’on substitue le nom d'Eugène à celui de Maxime, tout s'explique. On sait, en effet, qu'Arbogast, trahissant la confiance de Théodose, fit assassiner Valentinien et conféra la dignité impériale à Eugène, un ancien rhéteur devenu magister Sscrimorum, c'est-à-dire chef d’un des bureaux impétiaux Le ΠΑ ΠΤ Πρ θὸ Mt ApasWattendre »En\.mai 304, Eugène était battu et tué à Aquilée par Théodose. Arbogast, pourchassé, se voyait réduit à se donner la mort 1.

Il n'y a guère de doute sur l'erreur du Pyraedestinatus et sur la correction qu'elle comporte. Les péripéties qu'il raconte se placent donc entre 392 et fin 394.

Les autres éléments du récit ne heurtent aucune donnée établie, et tirent plutôt une certaine confirmation de ce que nous pensons savoir par ailleurs. Le martyrium de Processus et de Martinianus se trouvait sur la Via Aurelia, près de Rome, à un mille et demi à l'Ouest du Forum ?. D'après les Actes Apocryphes de Einus 5, Processus et Martinianus étaient deux soldats à qui la garde de saint Pierre avait été confiée et qui furent convertis par lui, avec quarante-sept autres compagnons de détention dans la prison Mamertine. Le martyrologe du Chronographe romain de l’année 354 ne mentionne pas encore leur depositio ἃ. Lipsius suppose que le culte de ces martyrs, ou pseudo-martyrs, commença pendant l’épiscopat de Damase (366-384), dont on sait la pieuse sollicitude à l'égard des saints de l’Église romaine. — L’Hesperius que nomme le Praedestinatus pourrait être identifié avec le comes Hesperius, dont parle Symmaque dans une lettre datée de 385 5, et en qui il faut sans doute reconnaître le petit-fils d'Ausone ὅ.

1 RAUSCHEN, P. 412.

ὃ 2 L'existence d’une basilique n’est formellement attestée que par les topographes du VIIme siècle (Rossi, Roma Sot., I, 182-3). Mgr DUCHESNE admet, d’après le témoignage du Praedestinatus, qu’elle existait déjà du temps de Théodose. (Liber Pontif., I, 424.)

8 Martyrium beati Petri apostoli a Lino conscriptum, ὃ V (éd. Lipsius, Acta Petri, 1891, p. 6). Cf. Lipsius, 1bid., p. XVI et die apokryphen Apostelgeschichten und Apostellegenden, 11, 1 (1887), p. 110.

# Monum. Germ. histor., Auct. antig., IX, p. 13 ets. J'utilise H. LIETZMANN, die drer aeltesten Martyrologien (Kleine Texte, n° 2 [1903], p. 3 ets.).

5 Rel., xxx111 (Mon. Germ., Auct. Antig., VI, 1, p. 296, 1. 20).

6 Et non /e fils d’'Ausone, comme le dit SCHUBERT, p. 69, note. Voy. SEECK, Mon. Germ., loc. cit., p. LXXV. SEECK remarque que ce nom d’Hesperius est très rare, ce qui rend moins audacieuse une identification de ce genre.

CXXVI INTRODUCTION

Sous réserve de la retouche indiquée plus haut, l’anecdote rentre assez bien, comme on voit, dans le cadre de l’histoire générale.

Vers le milieu du paragraphe, le Praedestinatus reprend saint Augustin comme guide. Π] reproduit les principales données du ὃ LXXXvI d’Augustin, non sans les modifier plus ou moins arbitrairement. Augustin avait parlé d’une basilique appartenant aux Tertulhanistes : le Praedeshinatus transcrit ainsi « Hic (— Tertullianus) apud Carthaginem basilicam habuit, ubi populi ad eum conueniebant. » Une « basilique » chrétienne à Carthage, dès le premier tiers du IIIe siècle, voilà qui ne cadre guère avec les conditions de vie qui y étatent faites aux chrétiens, ni avec la prudence que les circonstances leur commandaient 1.

On aurait tort de tirer d’une telle déduction, propre au Praedestinatus, les éléments d’une exégèse du de Anima, IX, où la critique hésite sur le point de savoir si l'assemblée qui y est mentionnée se passe entre catholiques et montanistes mêlés, ou seulement entre montanistes.

Le Pyaedestinatus raconte ensuite, sous forme de récit, la réconciliation des derniers tertullianistes, qu'Augustin avait présentée comme un souvenir personnel. On remarquera le rationabiliter cum ers disputante, cliché favori de notre auteur 2. — Les lignes qui suivent imitent le rythme de la notice d’Augustin et sont relatives comme celle-ci aux erreurs de Tertullien. Mais si l'allure générale de l'exposé est la même, le fond diffère. Le Praedestinatus néglige la discussion d’Augustin sur la théorie de la corporéité de l’âme et de Dieu. Il rappelle en revanche que « l'autorité ecclésiastique » blâme les idées de Tertullien sur le traducianisme, et il répète ce qu'il a dit (ὃ xxvI) sur les polémiques de Tertullien contre Soter et Apollonius. Ces indications ont été critiquées déjà, et 1] n’y a pas heu d'y insister à nouveau.

Dans les dernières lignes du paragraphe, il convient de relever, en la comparant à celle d’Augustin, l'explication que donne le Praedestinatus des mésintelligences de Tertullien avec ses propres partisans :

τ Voy. HARNACK, Mission und Ausbr., II ?, 67 et s. : H. ACHELIS, das Christentum in den ersten ἄγε Jahrh., 11, 420. — A. SCHWARZE, Unters. über die äussere Entw. der afrihan. Kirche mit bes. Verwertung der archäol. Funde, Gôttigen, 1892, p. 34 ets. ne cite aucune Église du IIIe siècle à Carthage : il admet cependant que l’ « Ecclesia restituta » ait pu être le lieu de réunion du Synode de mai 300.

2 Cf. $ 11, Hos [— Menandrianos] sanctus Linus episcopus..… docens ationabiliter… ; ὃν, Hos [ — Saturninianos] anathematizauit Thomas... docens rationabiliter… $ vi « Docens eos [— Gnosticos]| rationabiliter beatus Paulus apostolus, etc.

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