‹ Les sources de l'histoire du montanismeChapitre 41 sur 207 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Coup d’œil sur les Sources postérieures

Grâce ἃ Eusèbe, à Épiphane, à Jérôme, à Augustin, les traits caractéristiques du schisme montaniste étaient fixés désormais. Il se constitua, d’après leurs écrits, une sorte de compendium de l’histoire des voyants et des « erreurs » qu'ils avaient propagées. C’est ce résidu élémentaire que l’on rencontre, diversement paraphrasé ou enjohvé, chez la plupart des écrivains d’Église, à partir du Ve siècle. Non que les comptes rendus ou les allusions tardives soient le moins du monde négligeables. On y suit la fortune du Montanisme, soit en Orient, soit en Occident ; ou, pour mieux dire, — car bien des lacunes subsistent dans notre documentation, — on y recueille deux ou trois fois par siècle quelques données significatives sur les destinées de la secte, sur les sévices exercés contre elle par le pouvoir civil et l’Église établie, sur son attachement invincible à l'idéal religieux hér té des prophètes phrygiens. Butin modeste, mais de qualité solide 1, — Ici et là, le courant traditionnel est troublé par l’afflux subit d'éléments tout à fait inattendus. Certaines notices nous dépeignent un Montanisme de fantaisie, auquel se seraient mêlées des spéculations tout à fait hétérodoxes, et de caractère assez vo sin à celles où s'étaient complu les gnostiques ?. Je ne doute pas qu'il n’y ait là méprise pure et simple d'auteurs mal informés. Cette confusion est particulièrement sensible chez les auteurs syriaques.

Il faut encore, avant de conclure, nous arrêter un instant devant quelques-uns des extraits postérieurs à ceux que nous avons examinés déjà.

1 Noter surtout les lois insérées dans le Code Théodosien (n°5 1538 et 5.) et dans le Code Justinien (n° 188 et 5.) en y joignant les morceaux de Procope (n° 193), de Jean d'Asie (195), de la Vita Nicephori (211), de Théophanes (212), etc.

2 Voy. n° 151, 197, 210, 217. Comparez le n° 192. Ce que dit Germain de Constantinople (n° 204) doit provenir de quelque apocryphe.

INTRODUCTION CXXIX

Repérer les sources de Sozomène est chose délicate. Quoiqu'il ne fût dépourvu n1 d’un certain goût pour la vérité n1 même de quelqu’esprit critique, Sozomène a donné dans cette petite supercherie de ne citer parmi ses autorités que les moins importantes, et de passer systématiquement sous silence celles auxquelles 1l a le plus constamment emprunté 1.

On ne met plus en doute aujourd’hui qu'il ait travaillé d’après l’Hstoire ecclésiastique de Socrate, tout en prenant la peine de compulser par lui-même les ouvrages dont Socrate s'était déjà servi, et d’y puiser, le cas échéant, des données supplémentaires. Contestée jadis par Fr. A. Holzhauser 2, cette dépendance est aujourd'hui bien établie, depuis les travaux de Güldenpenning 3, de Jeep # et de Schoo.

Dans les passages où Sozomène a eu l’occasion de toucher au Montanisme, nous relevons l'influence directe des historiens qu'il exploite, spécialement de Socrate ; mais nous y pouvons noter aussi quelques détails plus originaux.

Le $ 3 du chap. IT, xvur procède de Socrate, [, xxIII, 7 5. — IT, XXXII, 1 est un rappel de la loi constantinienne citée par Eusèbe, dans la Κα Const., IIT, LxXIV6. — VII, xvir1, 5 reproduit pour l'essentiel Socrate, V, xxI : (au surplus, je croirais volontiers d’après le contexte que le mot Phrygien ? n’a 101 que la portée d’une dénomination de race, et qu'il ne s'agit point spécialement des montanistes).

D'autre part, Sozomène ajoute dans II, XXXII, 1 une remarque intéressante, d’où il résulte que, de son temps même, les montanistes étaient nombreux encore en Phrygie. — Le chap. VII, xIX, qui, dans sa contex-

1 Voir G. ScHoo, die erhaltenen schriftlichen Hauptquellen des kirchenhistori- Rers Sozomenos, thèse Münster, 1911, p. 19 ets.

2 Commentatio de fontibus quibus Socyates, Sozomenus ac Theodoretus 1n scribenda sacra historia usi sunt, Gôttingen, 1825.

8 GüÜLDENPENNING u. IFLAND, der Kaiser Theodosius d. Gv., Halle, 1878, Pp. 26-31.

4 Quellenunters. zu den griech. Kirchenhistorikern, dans Jahrb. f. Klass. Phil. Suppl. Bd. XIV (1885), p. 130.

5 Comp. DUCHESNE, Hist. anc. de l'Église, ΤΙ, 161.

Page 1