C INTRODUCTION
« tous les livres qu'a faits Leucius, disciple du diable » 1 et Photius a eu entre les mains une collection d’Actes hétérodoxes des apôtres, laquelle comprenait les Actes de Pierre, de Jean, d'André, de Thomas, de Paul, et qu'il impute en bloc à « Leucius Charinus » ?.
Sans entrer dans les amples débats auxquels ces indications ont donné lieu 3, n'en retenons que ce qui intéresse le passage en question. Th. Zahn 3 en ἃ conclu que Leucius avait écrit entre 150 et 190 ; qu’il cherchait dans ses élucubrations à se faire passer pour un disciple des apôtres ; qu'il s'était acquis ainsi un prestige assez grand pour que les montanistes du parti de Proculus essayassent de se rattacher à lui (de même que les montanistes d’Asie invoquaient le nom des filles de Philippe, celui d’Ammia, etc.) ; et cela d'autant plus volontiers qu'ils trouvaient dans ses écrits des points d'appui pour leurs théories rigoristes et modalistes.
Cette hypothèse ἃ été vivement critiquée par R.-A. Lipsius5, G. Salmon 6 et A. Harnack 7. Ils reprochent à Zahn de faire trop de fond sur une donnée isolée, alors que son auteur trahit, dans le paragraphe même où 1l l’insère, la légèreté de ses informations.
Ce qui est sûr, c’est que, quel que soit le Leucius auquel pense Pacien, il le tient en haute estime, puisqu'il veut ôter aux montanistes le patronage dont ils se couvrent faussement (mentiuntur). 51 Leucius avait été disqualifié déjà comme auteur d'œuvres hérétiques, Pacien se serait empressé de flétrir les accointances suspectes que les montanistes avaient nouées avec lui. Il est possible qu’à la faveur des confusions créées par les Acées apocryphes, spécialement les Actes de Jean, où Leucius se donnait comme élève et compagnon de l’apôtre, Pacien ait cru réellement à la qualité que le faussaire s’était décernée. Ce serait une erreur analogue à celle que paraît avoir commise Épiphane quand, dans son Panarion ὃ, 1] cite un
1 « Libri omnes quos fecit Leucius, discipulus diaboli » (dans THIEL, Epist. rom. Pontif., Braunsbergae, 1868, 1, 462 et 5.).
2 CO: 2 CFIV.
3 ZAHN, Acta Iohannis, p. cxLiv et s.; R. A. Lrpsius, die Apokryphen Apostelgesch. u. Apostellegenden, Braunschweïg, t. I (1883), p. 44-113; CARL SCHMIDT, dans TU., IX, I (1903), p. 39ets. ; A. DUFOURCQ, Étude sur les Gesta Martyrum romains, IV (1950), p: 157, ἰδ:
4 Acta Iohannis, Ὁ. cx1iv. Cf. GK., II, 857 et Neue Kirchliche Zeitsch., X (1899), p. 211 ets.