INTRODUCTION CI
Leucius, disciple de saint Jean, qui aurait combattu aux côtés de son maître les doctrines de Cérinthe et d’Ébion. Il en faut conclure qu’à l’époque où écrivaient Épiphane et Pacien le nom de Leucius n'avait pas encore pris la fâcheuse renommée dont nous le voyons entouré peu d’années plus tard, au moment des luttes priscillianistes et néo-manichéennes. Quant à préciser d’après l'indication rapide — et peut-être inexacte — de Pacien, le rapport du Montanisme à la littérature apocryphe confectionnée par ce personnage, c'est là une tâche qui ne serait possible qu'au prix des conjectures les
plus fantaisistes.
Les chapitres relatifs au Montanisme qu'on lit dans le Περὶ Τοιάδος (de Trinitate) de Didyme l’Aveugle (n° 102 et 5.) sont à rapprocher de la Μοντανιστοῦ καὶ ᾿Ορθοδόξου Διάλεξις (n° 79) : je dirai pourquoi tout à l'heure.
Didyme est revenu à plusieurs reprises sur les erreurs trinitaires des montanistes : c'est principalement, sinon uniquement, à ce titre qu'ils figurent dans son traité. Il leur reproche de réduire à une seule personne les trois hypostases (p. 154, 15) : tel est son grief principal, et il le leur oppose en bloc, sans distinguer entre montanistes orthodoxes et montanistes hétérodoxes. La pratique rituelle des Églises, — l'obligation qu’elles imposaient à tout « Phrygien » converti de recevoir à nouveau le baptême en raison de l’invalidité dont les fausses idées de la secte sur le rapport du Père, du Fils et de l'Esprit frappaient le baptême conféré dans son sein (n° 102) — devait l’incliner à imputer globalement cette incorrection doctrinale à tous les partisans attardés des prophètes.
Il élargit d’ailleurs plus que ne semblerait le comporter l’objet propre du de Trimitate sa controverse avec eux. Outre leur monarchianisme modaliste, 1l réfute l'interprétation erronée qu’ils donnent des textes par où ils croient justifier la mission de leurs prétendus voyants et l'identification de Montan au Paraclet 1. 1] blâme, au nom de la tradition, la licence que se sont arrogées les prophétesses d’enseigner autrui, — et cela non pas seulement de vive voix, mais par des ouvrages où elles ont eu l’audace d’apposer leur nom 3.
1 Sources, p. 156-150.