‹ Les sources de l'histoire du Montanisme, textes grecs, latins, syriaquesChapitre 111 sur 339 · INTRODUCTION CIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION CIX

Le Liber de Haeresibus de saint Augustin fut écrit à la prière du diacre Quoduultdeus. Nous possédons la correspondance qui s’engagea entre Augustin et Quoduultdeus à ce sujet 1 Le diacre écrivit à l’évêque pour lui demander de rédiger un précis des opinions de chaque hérétique et de la doctrine que l’Église y opposait : «... Breuiter, perstricte atque sammatim et opimiones rogo cuiuslibet haeresis poni et, quid contra teneat ecclesia catholica, quantum instructioni satis est, subd1... » Ce commonitorium (c'était le terme même dont Quoduultdeus se servait) 2, Augustin s’excusa d’abord de ne pouvoir l'écrire, en alléguant la difficulté du sujet. Il renvoya Quoduultdeus aux recueils similaires de Philastre et d'Épiphane. Il marquait en même temps la supériorité de celui-ci et proposait à son correspondant de lui expédier un exemplaire du Panarion pour qu'il le ΠῚ traduire en latin. Quoduultdeus, qui ne connaissait ni le travail d’Épiphane ni celui de Philastre, insista encore auprès d’Augustin dans la lettre ccxxin. Il n’espérait pas en effet y trouver exactement ce qu'il souhaitait : à savoir une réfutation précise et sommaire de chaque hérésie. Il appelait aussi l'attention d’Augustin sur l'incertitude des traductions, sur la nécessité de faire mention des hérésies postérieures à ces deux écrivains. Finalement il le conjurait de déférer à son désir, qui était aussi le vœu de tous. Augustin songea à se mettre à la tâche, mais des affaires plus importantes le détournèrent quelque temps de ce dessein. De nouvelles instances emportèrent enfin ses dernières hésitations, et le de Haeresibus ad Quoduultdeum liber parut en 428.

Dans la préface, 1l rappelait les circonstances qui l'avaient induit à l'écrire et 1| marquait ainsi son objet : « Ego hoc magis uolo facere, si et Deus uelit, unde possit omnis haeresis, et quae nota est et quae 1gnota uitari, et unde recte possit quaecunque innotuerit iudicari. » À cet exposé didactique 1l s'était résolu à ne joimdre aucune réfutation, pour ne pas enfler outre mesure l’opuscule. C’est ce qu'il remarque dans sa conclusion : « Quid enim contra ista sentiat catholica ecclesia, quod ἃ me dicendum

1 Ép. CCXXI-CEXXIV (GOLDBACHER, dans ΟΝ ΘΙ VENT [rotr]| Ρ.. 442 οὖ 8. Comp..la préface du de Haer. (ŒHLer, Corp. Haer., 1, p. 192-194). 2 Épr ccxx1,,3. (Go D8., p.444, L 6).

Cx INTRODUCTION

putasti, superfluo quaeritur.. Quomodo. quae contra haec ueritas habet, asserendo ac defendenda sint, modulum huius operis excedit. » Il annonçait une seconde partie où il devait traiter certaines questions d'ordre général, par exemple celle-ci « quid faciat haereticum ». Mais il n’eut pas le temps de l'écrire ; sa mort survint, comme on sait, le 28 août 430.

Saint Augustin avait pris une connaissance générale du Montanisme bien avant que l'occasion lui eût été donnée d’en tracer la description théorique. La secte était encore vivante de son temps en Afrique : il la compte dans une lettre à Dioscore ! parmi les conuenticula dont on entendait les infatigables « clameurs ». Mais il dut la juger relativement inoffensive, car 1l y prêta une attention médiocre et ne se jugea guère obligé par les devoirs de son apostolat à s'orienter de ce côté-là. Il savait que les Montanistes affirmaient que le Paraclet promis par le Sauveur était apparu en Montan, et en ses prophétesses. Les Manichéens en disaient autant de Manès, et cette analogie lui avait permis de les réfuter en même temps les uns et les autres par le rappel des textes décisifs qui condamnaient leur chimère. Il savait également la fermentation provoquée chez les Montanistes (comme aussi chez les Novatiens) par la question de la licéité du second mariage, et l'attitude incorrecte que Tertullien avait prise en ce débat.

Identification de pseudo-prophètes au Paraclet ; condamnation illicite de la réitération des noces, voilà les deux points qu'il semble avoir retenus de la doctrine cataphrygienne. Encore n'en évoque-t-il le souvenir que par voie d’allusion ou à propos d’autres erreurs d’une plus dangereuse virulence ?.

Ce qu'il en a appris, c’est — au moins pour l'essentiel — à Tertullien qu'il le doit 3. Mais on ne voit pas qu'il ait jugé utile de pousser une enquête approfondie sur les origines historiques et les particularités doctrinales du Montanisme.

Ayant besoin sur le tard de s’en former une idée plus complète pour

! Sources, n° 141.

ἢ Sources, 139 à 143 ; 146.

Le texte de JEAN, XVI, 13, qu'il cite dans le Contra Faustum, XX XII, xvrt, comme étant de ceux qu’arbore le Montanisme, compte parmi les textes favoris de Tertullien. Voy. RoExscH, das Neue Test. Tertullians, p. 283 et 5. — J'ai fait toutefois une réserve ci-dessus, parce que les deux autres textes indiqués par Augustin dans le même passage du Contra Faustum (à savoir I Cor., XIII, 9-10 et JEAN, XIV, 17), quoique

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