‹ Les sources de l'histoire du Montanisme, textes grecs, latins, syriaquesChapitre 29 sur 339 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

plus juste d'y voir un scrupule ou un éclair de bonne foi. On n’imagine guère Apollonius s’attardant à des réserves de cette sorte.

29 Quelque défiance que ces textes méritent, comme tous ceux où les questions de personnes oppriment les questions d'idées, il est cependant possible d’en tirer un certain nombre de données suffisamment caractérisées pour que l’histoire ait le droit d’en faire état. L’Anonyme et Apollonius ont bien été forcés d'alimenter leurs polémiques, 51 partiales fussent-elles, de quelques données positives. [ls connaissaient par expérience et contact personnels les adversaires auxquels 115 avaient affaire. 51 leurs réfutations eussent été vides de griefs précis, d’allusions pertinentes, elles eussent manqué le but qu'elles visaient. Il n’est donc que de relever une à une ces allusions — avec les précautions requises —, et d’en marquer le sens et la portée.

Puis, toute question d’historicité mise à part, les acteurs de la lutte se peignent à leur insu par la méthode même qu'ils emploient de part et d'autre, pour justifier leur thèse. C’est ainsi que les apologies montanistes, telles qu'on les entrevoie à travers les excerpta d'Eusèbe, portaient la marque du même «traditionnalisme » dont les catholiques auraient volontiers revendiqué le monopole. Je ne développe pas ici ce point, n’ayant présentement d'autre objet que de signaler la richesse documentaire des extraits de l’Anonyme et de ceux d’Apollonius, et le parti qu’une exégèse attentive en peut tirer. Qu'on y joigne les indications consignées ςὰ et là par Eusèbe sur l’époque des débuts du Montanisme, sur le jugement formulé par les chrétiens gaulois à propos de la secte phrygienne, sur la polémique qui mit aux prises, à Rome même, Caius et Proclus, et l’on se rendra compte qu’en dépit de son incuriosité des paroles authentiques des prophètes (c'est à peine, je l’ai dit, s’il cite, par voie d’allusion, quelques mots de Maximilla), Eusèbe reste notre meilleur guide pour la période des origines.

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Épiphane de Salamis

A côté d'Eusèbe de Césarée, c’est Épiphane de Salamis qui nous fournit, dans son Panarion, la contribution la plus abondante à l’histoire du Montanisme primitif, surtout au point de vue proprement doctrinal.

À qui douterait encore que l’érudition la plus étendue puisse s’allier dans le même esprit avec une réelle médiocrité d’inteligence et les partispris les plus entêtés, on pourrait présenter Épiphane comme un spécimen assez réussi de ce déplaisant amalgame.

Quoi qu'il en soit, sa notice sur l’hérésie cataphrygienne renferme nombre de données importantes. Il est indispensable de l’analyser tout d’abord, pour marquer ensuite l’origine et la valeur de chacun de ses éléments.

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Épiphane ouvre son exposé par un renseignement chronologique. Il place la naissance de l’hérésie cataphrygienne « vers la dix-neuvième année du règne d’Antonin le Pieux », c’est-à-dire vers 156. Il se donne à peine le temps de signaler quelques points où la doctrine montaniste est d'accord avec celle de l’Église, tant il est pressé d’entrer dans le vif de ses réfutations, pour lesquelles 1] se sent largement approvisionné. Un propos familier aux Montanistes, qui sommaient les catholiques d'accueillir les charismes ! lui sert de transition pour aborder son objet propre. Il leur objecte aussitôt qu'il y a charismes et charismes, et que l'Écriture elle-même inivite tout chrétien à faire le départ entre ceux qui sont authentiques et ceux qui ne le sont pas.

1 Sources, p. 115, 1]. 19.

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