XXXVI INTRODUCTION
Ici un préambule me paraît indispensable. Dût la digression sembler un peu longue, il convient de rappeler comment se pose présentement la question de cet opuscule perdu d'Hippolyte de Rome, de ce Syntagma, qui aurait été la source capitale d'Épiphane pour sa description de l’hérésie montaniste, si l’on en croit certains savants d’une indiscutable compétence.
Au début des Philosophoumena, Hippolyte fait allusion à un travail antérieur sur les hérésies. Voici en quels termes : « ὯΩν (αἱρετιχῶν) xai πάλαι μετρίως τὰ δόγματα ἐξεθέμεθα οὐ χατὰ λεπτὸν ἐπιδείξαντες, ἀλλὰ ἀδορομερῶς ἐλέγξαντες, μηδὲν ἄξιον ἡγησάμενοι τὰ ἄρρητα αὐτῶν εἰς φῶς ἄγειν; ce qui signifie : « De ces hérétiques, nous avons jadis exposé brièvement les théories, sans les expliquer par le menu, et (nous contentant) d’une réfutation en gros : 1] nous paraissait inutile de mettre en lumière leurs doctrines secrètes. » — Cette indication est confirmée par une série de témoignages. Eusèbe cite d'Hippolyte un Πρὸς ἁπάσας τὰς αἱρέσεις (H. E., VI, xx11); saint Jérôme, un Aduersus ommnes haereses (de Vir. 1ll., 111, Lx) ; Nicéphore Calliste, un Σύνταγμα πρὸς πάσας τὰς αἱρέσεις βιωφελέστατον {ΠῸ ΠῚ IV, xxx1). La description fournie par Photius dans sa Brblothèque, CXXI est particulièrement importante, en raison de sa précision même :
σύνταγμα χατὰ αἱοέσεων λβ, ἀρχὴν ποιούμενον Δοσιθεανοὺς χαὶ μέχοι Νοητοὺ χαὶ Νοητιανῶν διαλαμβάνον. Ταύτας δέ φησιν ἐλέγχοις ὑποβληθῆναι ὁμιλοῦντος Eisrναίου, ὧν χαὶ σύνοψιν ὃ Ἱππόλυτος ποιούμενος τόδε τὸ βιβλίον φησὶ συντεταχέναι ». « J'ai lu un opuscule d'Hippolyte. Hippolyte était un disciple d’Irénée. Il s’agit de l'ouvrage contre trente-deux hérésies, qui commence avec (l'hérésie) de Dosithée et conduit la discussion jusqu’à celle de Noétos et des Noétiens. Hippolyte déclare que son exposé s'inspire des réfutations (recueillies dans) la conversation d’Irénée, et que c’est en faisant un résumé
synoptique de ces réfutations qu'il a composé ce livre » 1.
1 Cette dernière phrase est diversement interprétée. Lipsius, Quellenkr. Epiph., p. το, pensait qu’'Hippolyte faisait allusion à des conférences ovales (mündlichen Vorträge) d’Irénée, qu’il aurait réunies, lui, disciple d’Irénée, selon un ordre synoptique. — HARNACK (ZHT., 1874, p. 175 et s.; 211 et 5.) estime qu'Hippolyte fait allusion à des réfutations écrites d’Irénée. Il traduit « ὁμιλοῦντος Εἰρηναίου » par « indem Irenäus Vorträge hielt » ou mieux encore par « indem Irenäus sich mit ihnen
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