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LA DIVERSITÉ DES VIRUS VIRUS DES RUES ET VIRUS" FIXE

Or, il existe deux sortes au moins de virus rabique : le virus rabique des rues ou virus des animaux mordeurs que l’on rencontre dans la nature et qui peut présenter des variations extrêmement accusées dans sa nocivité ; le virus rabique fixe, obtenu dans les laboratoires et utilisé pour les vaccinations.

En passant en revue les caractères du virus rabique, nous avons vu que la plupart des expérimentateurs avaient, pour étudier ceux-là opéré sur le virus fixe.

Il importe, avant de faire connaître les suppositions variées qui ont été émises sur la nature du virus rabique, d'examiner en quoi consistent les différences profondes qui existent entre les deux sortes de virus.

1° La différence capitale entre les deux virus est marquée par leur action sur les centres nerveux. Lorsque l’on inocule sous la dure-mère d’un lapin ou d’un autre mammifère le virus des rues, la mort ne survient qu'après 15 à 20 jours en moyenne, parfois beaucoup plus tard. Après l'injection du virus fixe, la mort arrive au contraire du 72 au 10e jour.

L'on a d’abord considéré que si le virus fixe injecté dans le cerveau donnait ainsi la mort plus vite que le virus des rues, c’est que celui-là produisait une toxine plus active que celui-ci.

D'après Nitsch, un millionième de gramme de substance grise provenant des parties antéro-supérieures des hémisphères du lapin tué par le virus fixe provoque sûrement la mort lorsqu'on l’inocule sous la dure-mère d’un autre lapin Au contraire, dix et même vingt millionièmes de gramme de substance grise des mêmes parties du cerveau d'un lapin ayant succombé au virus des rues ne constitue pas encore une dose mortelle pour le lapin. Il existe donc entre les deux virus une différence quantitative nettement marquée.

Le même auteur, ainsi que nous le verrons à propos de l'étude des sources de la virulence rabique chez le malade, a montré qu'il existait une différence notable entre les activités nocives de la substance blanche et de la substance grise du cerveau prélevées pendant les dernières heures de la vie ou imméditatment après la mort.

Avec un cerveau infecté par le virus fixe, la substance grire se montre de 10 à 100 fois plus virulente que la substance blanche ; avec un cerveau d’un animal de même espèce ayant succombé au virus des rues, la substance grise ne serait qu'environ deux fois plus active.

D'autre part, si l’incubation est généralement plus longue avec le virus des rues qu'avec le virus fixe, (ous deux inoculés sous les méninges, c'est que celui-ci s’est, au cours de nombreux passages, adapté aux cellules des centres nerveux.

Le virus fixe, en effet, dans les laboratoires, est entretenu par des passages de cerveau à cerveau et tout naturellement il se renforce dans sa virulence vis-à-vis du système nerveux central dans lequel on l'introduit directement. Selon Nitsch, son affinité pour les cellules nerveuses serait 50 à 100 fois plus forte que celle du virus des rues.

En revanche, ce dernier, quelle que soit l'espèce animale considérée, se communique toujours de la même façon par une morsure ou par une plaie soullée. Il cultive d’abord de proche en proche et pendant plus ou moins de temps dans les filets nerveux avant d’atteindre les parties centrales du neurone et c’est en somme vis-à-vis des parties périphériques de celui-ci qu’il se trouve exacerbé dans son activité.

20 Le virus des rues est pour le singe, pour le chien, pour l'homme beaucoup plus dangereux que le virus fixe dont l’affaiblissement sinon l’innocuité ont pu être souvent démontrés.

Inoculant deux singes dans les muscles avec de grandes quantités de virus fixe, Marx n'obtient qu'un résultat négatif cependant que les deux singes témoins recevant dans les mêmes muscles la même quantité de virus des rues meurent de la rage.

Helman, antérieurement, avait inoculé huit singes sous la peau avec du virus fixe provenant de bulbes frais de lapins en leur injectant en huit jours de un à dix grammes de matière virulente. Et il n'avait observé aucun fâcheux effet.

Le même auteur opérant sur trente chiens leur inocule, sous la peau, du virus fixe : aucun d’eux ne succombe.

Babès, introduisant du virus fixe dans des plaies profondes du nez et de la région sous-orbitale de douze chiens provoque la rage dans cinq cas au lieu que les chiens de contrôle infectés de la même manière avec du virus des rues périssent sans exception.

Chez l’homme, Ferran, dès 1888, Bareggi, en 1889, injectent d’emblée du virus fixe sous la peau de personnes mordues. Ferran traite de la sorte 85 mordus qui survivent. Bareggi, au contraire, déplore cinq décès, les malades ne présentant d'ailleurs ni hydrophobie, ni photophobie, ni exaltations sensorielles, ni convulsions, ni délire, mais de la fièvre, des maux de tête, des vomissements, puis une paralysie des membres inférieurs.

De son côté, Wyssokowicz, en 1902, inocule sans accident du virus fixe dans les veines de 70 personnes et Nitsch, l’année d’après, s’injecte sous la peau du ventre, sans éprouver aucun trouble, 4 à 5 millimètres de moelle dorsale d’un lapin mort du virus fixe.

Enfin, il existe plusieurs observations de vétérinaires ayant contracté la rage après inoculation de virus des rues lors de l’autopsie d'animaux rabiques ; au lieu qu'aucun accident n’a jamais été enregistré parmi le nombreux personnel des instituts antirabiques manipulant continuellement le virus fixe.

Aünsi est-on fondé à admettre que le virus rabique fixe présente à l'égard de l’organisme humain, une atténuation manifeste.

. 30 Le danger qui menace l'organisme après l’inoculation souscutanée où intra-musculaire du virus des rues dépend de la quantité de virus injecté.

I semble qu'au contraire, le danger qui menace l'organisme après l'inoculation du virus fixe dans les Lissus autres que le tissu nerveux soit jusqu'à un certain point inversement proportionnel à la dose injectée,

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Le virus des rues étant introduit sous la peau d’un chien, d’un lapin, etc... la maladie se produit d'autant plus sûrement que la quantité inoculée est plus considérable.

Au lieu que, surtout chez le chien, plus est grande la quantité de virus fixe injectée sous la peau et dans les muscles et moins l’inoculation paraît susceptible de provoquer la rage.

En 1887, Pasteur signalait déjà ce point particulier. I utilisait d'une part un virus des rues, d'autre part un virus des rues qu'il avail fait passer à travers un nombre plus ou moins considérable de lapins, en les’inoculant sous la dure-mère, c'est-à-dire un virus qui se rapprochait le plus possible du virus fixe. Il avait observé que la rage paraissait se déclarer plus sûrement après l'injection d’un quart de seringue qu'après celle d’une ou de plusieurs seringues, el en conclusion de ses expériences, il écrivait à Duclaux :

«Plus on s'éloigne du virus de début et du virus des premiers passages, moins l'inoculation hypodermique est susceptible de déterminer la rage, principalement par des grandes quantités de virus, tout en donnant cependant lieu à un état réfractaire ».

Kraiouchkine a, dans la suite, confirmé le fait. Sur 17 chiens inoculés sous la peau avec une quantité d'émulsion de virus fixe inférieure à 1 c.c. par kilog d'animal il en est mort 7, tandis que sur 13 chiens injectés avec une quantité supérieure à 1 c.c. d’émulsion par kilog d'animal, il n’en est mort que trois.

49 L'un des caractères du virus des rues est la diversité de ses origines tant sont différentes les espèces animales susceptibles dans la nature de le transmettre.

Schiffmann, en 1906, au laboratoire de Kraus, avait déjà insisté sur les variations dans les propriétés pathogènes du virus rabique. Certains virus sont fixes d'emblée et dans ce cas ne montrent pas de corps de Négri.

Marx a fait observer que cette véritable multiplicité des virus rabiques permettait de comprendre pourquoi les animaux immunisés contre la rage pouvaient ne pas résister à une épreuve d’inoculation par n'importe quelle souche de virus des rues.

Bouffard a signalé en 1921, en Afrique Occidentale française, la maladie du «chien fou » des Bambaras de la boucle du Niger et ses recherches, comme celles entreprises antérieurement par Cazalbou, permettent d'établir qu'il s’agit bien d’une affection en lLout semblable à la rage européenne, mais qui ne se communiquerail pas à l’homme.

Commes, depuis cetle époque, a confirmé l'existence de la rage canine au Soudan français, mais l'enquête poursuivie auprès des

vieux Soudanais lui a toujours révélé que les individus mordus ne présentent aucun trouble particulier.

Des cas de rage du chien ont encore été signalés par Teppaz au Sénégal, par Aldigé en Guinée française et Heckenroth, se livrant à une étude approfondie de la rage au Sénégal, conclut à la possibilité de l'existence, au Sénégal comme au Soudan, d’un virus rabique non transmissible à l’homme. Cet auteur montre toutefois que, contraiment aux données jusqu'alors admises, la rage humaine se rencontre aussi au Sénégal et s’il est possible que celle-ci s'explique par limportation d'un virus rabique différent du virus rabique indigène, Heckenrolh fait remarquer que rien n’est venu encore démontrer que le virus indigène n’élail pas capable, sous certaines conditions, encore inconnues, de devenir virulent pour l’homme.

Des observations d'ordre analogue ont été faites en Asie Mineure par Tschitchatscheff (1) et A. Marie remarque que ces constatations autorisent à se demandér si un vaccin polyvalent ne devrait pas être préparé pour les vaccinations humaines. -

De son côté, R. Repetto signale en 1923 qu'à Boma, capitale du Congo belge, 2 chiens morts spontanément après avoir montré les symptômes de la rage furieuse avaient mordu 9 personnes dont 3 Européens, de nombreux autres chiens ou chats et une antilope.

Des corpuscules de Négri furent trouvés dans la corne d’Ammon des deux animaux, mais les inoculations en série ne purent être entreprises.

Si les individus mordus, traités par le sérum-vaccin de l’Institut de Sassari, n’ont pas contracté la rage, le fait intéressant est que l’antilope, les chiens et les chats, également mordus, n’ont jamais présenté le moindre trouble morbide. D'où Repetto conclut justement que le virus autochtone du bas Congo est un virus peu actif.

Cependant, dans l'Urundi, province nouvelle du Congo belge, située à l’est du Tanganika, dans l’ancienne Afrique Orientale allemande, C. Cerruti a observé trois cas de rage du chien aux manifestations cliniques ne prêtant à aucun doute.

Dans un cas, ila pu inoculer avec succès la maladie à 4 lapins et mettre en évidence les corpuscules de Négri dans la corne d'Ammon. Or l’auteur donne l'opinion des indigènes et des missionnaires par lui rencontrés dans le pays et qui croient tous à la transmussion de cette rage du chien à l'homme.

S. C. J. Benett fait remarquer que, de toute manière, nombre d’expérimentateurs inclinent à penser qu'il existe un virus africain

(A): A. Marie, Sur la nalure du viius rabique. Rapports prélinunaires à la Coniérence de la rage, Genève 1927, p. 6.

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caractérisé par l'incapacité d’être exallé par les passages chez le lapin et par sa non-transmission probable à l’homme et sans doute à d’autres animaux que le chien.

Benett a opéré avec un virus qui était certainement originaire de l'Afrique Centrale puisqu'il provenait de cas de rage furieuse constatés dans la province de Kordofan. Or, la maladie a été transmise à l'homme, l’inoculation au lapin tue dans des délais irréguliers et quelques passages laissent supposer que la virulence n’augmente pas.

I est d'autre part tel virus énigmatique à propos duquel on a longuement discuté pour savoir s'il devail être réellement considéré comme un virus rabique. .

C’est le virus d’abord étudié par Koritschoner qui lui a donné son nom, puis par Silberstein, par Doerr et Zdanskv, par Schweinburg et par plusieurs autres auteurs.

Schweinburg a pu prouver que le virus n'était pas, comme on l'avait cru d’abord, un virus de l’herpès et de l’encéphalite, mais qu'on devait le regarder effectivement comme une souche de virus des rues.

Il s'agissait d’un homme mort de rage 24 jours après les vaccinations qu'il avait subies pour morsure par un chien dont l’encéphale était particulièrement riche en corpuscules de Négri. L’autopsie de l'homme permettait d’hésiter entre la rage et la méningo-encéphalite et les animaux infestés par ce virus humain succombaient après une incubation de 3 ou 4 jours à des troubles ne rappelant qu’incomplètement ceux des animaux rabiques. Leur cerveau ne montrait pas les corps de Négri qui peuvent, ilest vrai, manquer dans la rage.

La nature réelle du virus fut déterminée à l’aide des essais sériques : un sérum préparé avec du virus fixe neutralisait à un cinquantième le virus Koritschoner ainsi que deux autres souches de virus des rues, étant sans action sur le virus de l’herpès et de l’encéphalite ;

Un sérum préparé avec un virus des rues neutralisait également le virus Koritschoner et le virus fixe tout en restant inactif vis-à-vis du virus de l’herpès et de l’encéphalite ;

Réciproquement, deux sérums, préparés avec les virus de ces deux affections n’agissaient en rien sur le virus Koritschoner ;

Enfin le sérum préparé avec ce dernier virus agissait sur le virus fixe et sur le virus des rues.

Ces constatations permettent évidemment de conclure que le virus Koritschoner est bien un virus des rues, mais dont les caractères atypiques sont très accusés.

Un autre virus étrange, encore presque inconnu, est celui qui fut. mis en évidence en 1924 par Silberstein et ses collaborateurs. Ceux-

ci observèrent que des chiens porteurs d’une fistule d’Eck peuvent mourir en présentant des phénomènes de paralysie.

Le cerveau de ces animaux est infectieux et provoque chez les lapins auxquels on l’inocule une maladie semblable à l’encéphalite herpétique.

Du fait de cette circonstance, du fait aussi de la filtrabilité vérifiée eL des expériences d’immunité entreprises, Silberstein a cru qu'il s'agissail d'un virus herpès-encéphalite.

Mais de nouvelles recherches de Kraus et Takaki montrent que, si l'on réussit en employant la méthode de déviation du complément, à identifier avec le virus rabique le virus Koritschoner, en revanche, le virus Eck n’a pu être assimilé par cette méthode ni avec le virus herpès-encéphalite ni avec le virus de la rage.

5° Toutefois, de même qu'il peut exister une multiplicité de virus des rues susceptibles de varier dans leurs propriétés et de se distinguer par des activités différentes, de même l’on a pu vérifier que les virus fixes présentent des caractères également personnels et tenant aux souches des virus des rues d’où ils sont issus.

C’est ainsi que Fermi a montré que les virus de Sassari (virus des rues et virus fixe en dérivant) avaient, en injection sous-cutanée, des pouvoirs infectieux extrêmement élevés pour les muridés, les lapins et les cobayes.

Parmi les diverses souches de virus fixe, seules celle de Sassari et aussi celle de Palerme avaient une telle puissance que, par inoculation sous-cutanée chez les muridés, elles provoquaient la rage dans 100 pour 100 des cas, même avec des dilutions très grandes : 1 /30.000 à 1/60.000 pour le virus de Sassari.

Dans les mêmes conditions, les virus fixes de Turin et de Rome ne déterminaient l'infection que dans 60 pour 100 des cas, les virus de Florence et de Bologne ayant une activité beaucoup plus faible encore.

Kraus et Fukuhara ont pu confirmer les constatations de Fermi, Ils ont observé en outre que la maladie, chez le lapin inoculé sous la peau avec le Virus Sassari, se distinguait cliniquement par une incubalion plus courte que la rage provoquée par linoculation sousculanée, sur un animal de même espèce, du virus fixe de l'Institut

-de Vienne.

’ar Opposition, le virus fixe de l'Institut viennois (originaire de l’Institut Pasteur de Paris) el un virus fixe fabriqué par Hruda à ce même Institut de Vienne ne peuvent provoquer l'apparition de la rage chez les cobayes, lapins, souris et rats, ou seulement d’une manière très inconslante,

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