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B. — LES SOURCES ARTIFICIELLES

D'UMVIERUS

Le virus rabique ne se rencontre dans la nature que chez les seuls animaux atteints par le fléau.

Mais on le trouve aussi dans les laboratoires, cultivant dans les centres nerveux d'animaux appartenant soit à des espèces naturellement réfractaires à la rage, mais qui ont été expérimentalement infectées et sont par là même devenues à leur tour une source de virus, soit à des espèces susceptibles de contracter l'affection dans les conditions ordinaires, mais chez lesquelles, en fait, celle-ci n'a été que rarement ou jamais encore constatée.

Nous envisagerons successivement la manière dont se comportent, à l’égard de la maladie conctractée expérimentalement, les mammifères, les oiseaux et les animaux à sang froid.

La rage expérimentale des mammifères

À Madagascar, les Lémuriens où makis, très répandus, ont été accusés de transmettre la rage, mais jamais la preuve expérimentale de la maladie chez les animaux mordeurs n’a pu être établie.

Aussi Carougeau a-t-il pensé, il ÿ a une vingtaine d’années, qu'il serait intéressant d'étudier la sensibilité du maki (Lemur mongoz) au virus rabique.

Tous les makis inoculés par trépanation avec une émulsion de virus fixe ont traduit la rage et sont morts dans les dix jours, tous les autres modes d’inoculation ayant échoué. Le passage par les makis n'a augmenté la virulence ni pour le maki, ni pour le lapin. Les glandes salivaires du maki ayant succombhé à la rage peuvent être virulentes.

Anselmier, Vers la même époque (1908) poursuivant des recherches sur la nature des corps de Négri, inocule un grand macaque avec le virus des rues. L'animal meurt de rage paralytique après 14 jours d’incubation.

Un renard mâle est inoculé par le même auteur, dans le cerveau, avec une émulsion de virus des rues, il traduit la maladie sous sa forme paralytique dès le neuvième jour et meurt 14 jours aussi après l’inoculation.

Enfin Anselmier inocule encore deux hamster (Cricetus frumentarius) l’un avec du virus de passage, l’autre avec du virus des rues frais. Le premier meurt le dixième, le second le vingt-deuxième jour après l’opération.

Carlos França, en 1905, opérant sur vingt sujets, a montré que le hérisson (Erinaceus europaeus) avait pour la rage une grande réceptivité ; 60 pour 100 des animaux inoculés contractent la maladie.

Les principales caractéristiques de celle-ci ont été les suivantes : paralysie progressive à début postérieur, lenteur de l’évolution de la rage avec périodes de rémission quelquefois nombreuses, pendant lesquelles les animaux semblent revenir à la santé. L’appétit est conservé jusque dans les premiers jours de la période d'état. L’on constate une soif vive, des phénomènes spasmodiques localisés au pharynx et des cris rauques consécutifs, un écoulement uréthral chez les mâles, de l’amaigrissement au début de la maladie, qui se termine par la paralysie complète des membres antérieurs et postérieurs, le hérisson «harpe » et le même symptôme apparaît à la phase terminale de l'affection.

Dans la plupart des cas, l’animal ne peut pas redresser ses piquants. Quelques-uns de ces hérissons bavent abondamment.

La période d’incubation oscille entre 21 et 50 jours. Elle est supérieure à 30 jours chez 64 pour cent des sujets inoculés.

La guérison peut survenir (8 cas sur 20) après des manifestations caractéristiques. C’est bien de guérison qu’il s’agit, écrit l’auteur, un lapin ayant survécu après avoir été inoculé, par trépanation, avec le système nerveux d’un hérisson ayant présenté des symptômes.

Carlos França a pu, de plus, transmettre la rage au hérisson luimême, ainsi qu’au lapin, en inoculant à ces animaux l’érnulsion du bulbe des hérissons morts de rage.

FÆLes expériences entreprises par Mme Phisalix sur quatre autres hérissons confirment ces premières recherches. Et l’auteur, après

les avoir rapportées dans le détail, se basant à la fois sur la longue évolution de la maladie, les périodes de rémission qu'elle présente, la guérison spontanée pouvant survenir sur un certain nombre de sujets (1 sur 4 dans ses expériences), l’inconstance aussi avec laquelle l’encéphale des hérissons morts de rage est susceptible de transmettre cette affection aux animaux très réceptifs, considère que l’organisme du hérisson, s’il ne jouit pas d’une haute immunité, se défend néanmoins assez bien et paraît capable de détruire ou au moins d’atténuer le virus rabique.

D. Jonnesco a cherché à vérifier ces constatations. Dans une preniière expérience, dix lapins sont inoculés sous la dure-mère avec 0,02 c.c. d’un mélange constitué par du sérum de hérisson (5 c.c.) et une émulsion de cerveau (virus fixe du lapin) soumis pendant 24 heures à la température de la glacière. Tous les lapins tombent paralysés les septième, huitième ou neuvième jour après l’inoculation. Il en est de même de cinq chiens qui deviennent paralysés après une incubation variant de 8 à 10 jours.

Dans une seconde série d'expériences, dix hérissons sont trépanés et inoculés avec du virus rabique fixe. Tous contractent la rage avec des phénomènes paralytiques au-bout de 9 à 21 jours. Enfin une troisième expérience a consisté dans l’inoculation à dix hérissons, sous la dure-mère, de virus des rues (loup). Neuf d’entre eux ont succombé à la rage après une incubation variant entre 10 et 25 jours. Un hérisson a survécu.

Jonnesco conclut de ses observations que si le hérisson présente sans doute une certaine résistance à l'infection par le virus rabique fixe ou de la rue, ce n’est qu’exceptionnellement qu'il offre un état réfractaire, le pouvoir rabicide du sang constaté par Mme Phisalix rentrant dans ces cas singuliers.

D'autre part, Carlos França a poursuivi des recherches non seulement sur la rage expérimentale des insectivores, mais encore sur la rage expérimentale des carnivores des deux familles des mustélidés et des canidés et de certaines familles de rongeurs : Arvicolidés, Hystricidés et Muridés.

Nous avons examiné plus haut ses travaux sur les muridés, avec ceux de Galli-Valerio, de Fermi et de Remlinger, à propos de la rage de la souris et du rat.

Parmi les mustélidés, l’auteur a étudié la maladie sur la fouine (Mustela foina), la belette (Putorius vulgarus) et le blaireau (Meles taxus).

Deux fouines, inoculées avec un même virus’ des tues'sont prises

de rage après 14 et 17 jours d’incubation, la première succombant 4 jours, la seconde 2 jours seulement après l'apparition des premiers symptômes.

Pendant la maladie, les animaux ont montré des tendances nettement agressives et la paralysie s’est développée progressivement.

Les lésions histologiques ont été inconstantes.

Deux belettes ont été inoculées avec des virus différents. L'incubation a été de 23 et de 29 jours et la durée de la maladie respectivement de 4et de 2 jours. La rage a été paralytique chez les deux belettes, l'une ayant eu une conjonctivite. Comme pour l'espèce précédente, les lésions histologiques constatées étaient d’inégale intensité, très accusées chez un sujet, à peine marquées chez l’autre.

C. França a étudié la rage chez cinq blaireaux en employant trois virus et il résume ses observations dans le tableau ci-après :

\alure Inseulation Durée orme du Virus de la maladie de la malädie

Blaireau 1 a 17 jours 6 jours paralytique Blaireau 2 a 17 jours 9 jours furieuse

Blaireau 5 b 19 jours 12 jours paralytique Blaireau 4 b 27 jours 5 jours paralytique Blaireau 5 C 28 jours 17 jours paralytique

Les nodules de Babès étaient abondants et intenses chez trois des blaireaux et très peu nombreux chez les deux autres.

Les infiltrations périvasculaires prononcées chez trois animaux étaient rares chez le quatrième et manquaient chez le cinquième.

Parmi les Mustelidés étudiés déclare l’auteur, c’est le blaireau qui présente presque toujours les lésions les plus typiques de la rage. La fouine et la belette, au contraire, n’offrent souvent que des altérations insignifiantes.

Avec Arvicola incertus, la période d’incubation a varié de 10 à 15 jours et a été en moyenne de 12 jours, la conjonctivite étant un phénomène fréquent, et qui, dans 6 pour 100 des cas, n’a été accompagné par aucun autre.

Dans 53 pour 100 des cas étudiés l’on a pu, avec la conjonctivite observer la forme paralytique. Enfin, dans 20 pour 100 des cas, il existait seulement de la paralysie.

Deux pores-épics (Histrix crislata) ont été inoculés et tous les deux sont morts de rage, l’un d’eux ayant dû recevoir auparavant. une seconde inoculation. L’incubation a été de 21 jours chez le premier, de 49 jours chez le second. La durée de l'affection qui s'est traduite d’abord par des tendances agressives, ensuite par de la paralysie, a été de six jours. Des lapins inoculés avec les centres nerveux

de ces animaux ont présenté les premiers signes de rage 12 et 13 jours après l'injection,

En employant, comme pour le blaireau, trois virus différents, C. França inocule cinq renards (Vulpes melanogaster). Deux d’entre eux traduisent une rage furieuse et meurent au bout de deux jours de maladie. Les trois autres présentent la forme paralytique, la durée de l’affection variant pour eux de quatre à six jours.

Nature Inoculation Du'ée Forme du Virus de la maladie de la maladie

Renard 1 a 16 jours 2 jours furieuse Renard 2 a 21 jours 2 jours furieuse Renard 3 b 19 jours 4 jours paralytique Renard 4 b 21 jours 4 jours paralytique Renard 5 c 11 jours 6 jours paralvtique.

Le même auteur inocule encore quatre loups qui contractent la rage paralytique après une période d’incubation de 20 à 23 jours et meurent après trois jours de maladie.

Et Carlos França croit devoir conclure de ses recherches en ces termes :

« Les particularités de la rage du hérisson sont à rapprocher de celles de la rage des oiseaux. Cette maladie doît être une zoonose des mammifères, mais des mammifères supérieurs. Au fur et à mesure qu’on descend dans l’échelle animale, on assiste à une plus longue durée de la maladie (hérisson, oiseau) à la guérison spontanée (très rare chez les rongeurs, fréquents chez le hérisson et les oiseaux) et à une atténuation du virus rabique (oiseaux) (1).

Finalement, les animaux à sang froid semblent être réfractaires à la rage ».

Plusieurs autres savants ont procédé également à des recherches expérimentales sur la rage des petits mammifères.

Opérant également sur un Arvicolidé, la marmotte (Aretomys) E. Bertarelli a observé les phénomènes suivants :

Sur sept de ces animaux en léthargie ou réveillés, inoculés dans le sciatique, cinq ont pris la rage : deux l’un, en léthargie, l’autre à l’état de veille ont résisté.

Chez les marmottes réveillées, la maladie évolue en 19 à 32 jours. La période d’incubation est beaucoup plus longue chez les marmottes en léthargie (64 et 88 jours). Le virus rabique ne subit aucune atténuation après son passage par l’organisme de cet animal.

(1) Carlos França. Pathologie comparée de la rage. Archiv. de l’Institut Pasteur de Tunis, 1925, p, 309.

Aux États-Unis, G. Walters démontre expérimentalement, en 1917, la sensibilité au virus rabique d’un rongeur américain, le chien des prairies (Cynomys ludovicianus) fort répandu dans les régions occidentales des États-Unis d'Amérique.

La sensibilité à la rage de cette espèce dont les individus sont groupés en colonies immenses dans les vastes plaines du far-west laisse entrevoir l'existence possible d’un nouvel agent de diffusion du virus rabique.

Déjà l'attention est retenue depuis quelques années sur le rôle que paraît jouer son ennemi naturel, ie coyote ou loup américain dans la propagation de l'infection.

La rage expérimentale des oiseaux

Si nous laissons de côté les travaux récents que nous avons précédemment exposés et auxquels la rage du coq a donné lieu, l’on peut écrire que les oiseaux, qui ne paraissent pas sensibles à la rage dans les conditions naturelles, la prennent au laboratoire avec assez de facilité, le meilleur mode d’inoculation étant la voie intracérébrale et les sujets très jeunes étant moins résistants à l’infection rabique (42,85 pour 100 de réussites) que les sujets adultes (29,24 pour 100 de succès) (Marie).

Le virus rabique se modifie profondément dans leur organisme. Ainsi Marie a constaté qu’en passant par l’encéphale des oiseaux, le virus s’affaiblissait au point de ne plus donner la maladie non seulement aux oiseaux, mais encore aux mammifères.

Ce fait de la transformation en vaccin du virus rabique a été établi en inoculant à 15 lapins la matière cérébrale de 10 poussins qui avaient succombé à la paralysie rabique (2€ et 3° passages). Tous les lapins se sont montrés réfractaires à une injection oculaire. Malheureusement, la diminution progressive de la virulence limite le nombre des passages et on ne peut utiliser pratiquement, pour la vaccination, cette intéressante propriété du virus aviaire.

Par ailleurs, il n’en reste pas moins que lors d’un premier passage, les sujets inoculés constituent à proprement parler des sources de la contagion.

Par inoculation sous la dure-mère de virus fixe ou de virus des rues, l’on peut infecter facilement la poule, le hibou, l’oie, le pigeon.

Les rapaces, le très jeune poulet, le très jeune caneton constituent les animaux de choix, au lieu que le pigeon adulte ne peut être contaminé qu’à la suite d’un jeûne prolongé. |

L'incubation, de 14 jours en moyenne, peut atteindre et dépasser

40 jours chez la poule, la forme observée étant toujours la forme paralytique.

Chez le pigeon l’incubation a été des plus longues : 61 jours chez l’un, 54 jours chez un autre inoculés dans le cerveau avec du virus des rues. Ù

Chez les jeunes, écrit Marie, la mort peut arriver rapidement, dès le septième jour après l’inoculation, les signes accusés se réduisant seulement à un léger assoupissement et à une paralysie des deux pattes ; d’autres fois les poussins ne succombent que plus de deux mois après l'injection virulente.

Les volailles adultes présentent des symptômes intermittents. « On trouve les poules assoupies, la tête cachée sous l'aile ; ce sont les premiers signes survenant un mois environ après l’inoculation. Bientôt l’animal cesse de pouvoir voler, garde les ailes écartées, comme pour maintenir son équilibre, marche avec peine, en titubant. Après plusieurs jours de cet état, il est presque de règle de voir les poules se remettre. Plus tard, nouvelle attaque, quelquefois hémiplégique ; après plusieurs crises de ce genre, les oiseaux succombent ou se rétablissent tout à fait.

«Les pigeons présentent du tremblement, de la somnolence, du frémissement des ailes, ils ne volent plus qu’à une faible hauteur et difficilement. D’autres fois, on constate une hémiplégie ; l’animal, en marchant, s'incline sur le côté paralysé, puis ne tarde pas à tomber sur le bec ; les ailes sont difficilement maintenues le long du corps. Après le vol, on voit parfois le pigeon tomber d’un côté, ou même rouler sur le dos, dès qu’il cherche à se remettre en marche » (1).

La résistance des animaux à sang froid

L'on a essayé également de communiquer artificiellement la rage aux animaux à sang froid. mais ceux-ci semblent être absolument réfractaires à l'infection et si, en 1906, Von Lôte a pu conclure, en inoculant des grenouilles dans le cerveau, que la rage était transmissihle des animaux à sang chaud à la grenouille, de la grenouille à la grenouille et de la grenouille aux animaux à sang chaud, après une très longue incubation variable entre 162 et 465 jours, il semble que les causes d'erreur se trouvant multipliées par suite de la très longue durée de ces expériences, l’on ne puisse tenir celles-ci pour définitives.

De son côté, Marie, inoculant 18 grenouilles (Rana temporaria) chacune avec 0,025 c.c. d’une émulsion au 1 /10 de virus fixe, cons-

. DA Marie. L'étude expérimentale de la Rage, p, 37. -

tate bien une paralysie sur l’une d’entre elles, mais l’inoculation de son cerveau ne donne rien à un lapin, ni à un cobaye et il se garde bien de conclure.

Sans doute, Hügyes a déclaré avoir pu infecter la grenouille en la faisant vivre à la température des mammifères, mais ni Babès, ni Remlinger, ni Galli-Valerio n’ont pu jamais réussir à répéter cette expérience.

La tortue terrestre (l'estudo graeca) même placée à 35°, a résisté à tous les modes d’inoculation sous-cutanée, intra-cérébrale, intraoculaire, intra-musculaire qui ont été tentés sur elle par Remlinger et Osman Nouri puis par Carougeau.

Les expériences de Remlinger et Osman Nouri ont été faites avec du virus fixe. Flles ont porté sur 15 tortues. Aucune de celles-ci n’a présenté le moindre symptôme morbide à la suite des inoculations. Pourtant les auteurs ont vérifié que le sang ou la substance nerveuse de ces animaux étaient dénués de tout pouvoir rabicide.

L’immunité de la tortue vis-à-vis de la rage, écrit Remlinger, n’est peut-être pas sans rapport avec l’état si rudimentaire du système nerveux ou périphérique des Chéloniens.

Chez ces animaux, réduits pour ainsi dire à la vie végétative, l’encéphale en particulier est si peu développé que des tortues de 15 kilogs ont des cerveaux pesant à peine 4 ou 5 grammes.

Babès et Cerchez avaient signalé dès 1891 que la lymphe de la grenouille atténue le virus rabique en le transformant peu à peu en vaccin, cette même lymphe neutralisant in-vitrs l’émulsion de virus fixe.

Les auteurs trouvent, 15 jours après l'introduction de particules de moelles rabiques sous la peau de grenouilles, ces moelles enrore virulentes.

D'autre part, d’après Bertarelli, le virus rabique disparaît en cinq à huit jours du système nerveux des vertèbrés à sang froid.

En 1914, Mme M. Phisalix a fait connaître les résultats des inoculations de virus fixe par elle pratiquées selon les modes les plus divers: tissu conjonctif sous-cutané, péritoine, chambre antérieure de l’œil, sur huit espèces difiérentes de batraciens et de serpents.

Ces résultats ont été très nettement négatifs en ce qui concerne la plupart des animaux en expérience (en particulier la grenouille et ie crapaud) même pour trois séries de ceux-ci mises à l’étuve à 35".

En revanche, salamandres et vipères sont mortes constamment après l’inoculation de virus fixe avec des troubles paralytiques semblables à ceux présentés par les animaux rabiques, mais Mme Phi-

salix a prouvé que ces exceptions étaient dues à l’intoxication de

ces animaux par la substance nerveuse même du lapin et non à l’action propre du virus fixe. :

En somme, des expériences de cet auteur, il résulte que le crapaud, l’orvet, les couleuvres tropinodontes, la salamandre terrestre et la vipère aspic sont comme la grenouille, les poissons et la tortue mauritanique réfractaires à la rage expérimentale.

L'immunité naturelle des poissons, admise sans discussion, n'a cependant été vérifiée qu’en quelques circonstances par P. Remlinger à Constantinople sur le cyprin äoré et une autre espèce indéterminée vivant dans les eaux saumâtres de la Corne d'Or, par Mme Phisalix sur l’anguille. Huit de ces murénidés inoculés dans les muscles de la nuque avec une émulsion épaisse de virus fixe se sont exactement comportés comme les huit témoins, lesquels avaient reçu seulement les mêmes doses d’une émulsion épaisse de cerveau de lapin normal.

Trois mois après, l'encéphale de trois des anguilles inoculées avec le virus fixe s’est montrée incapable de transmettre la rage. La survie des cinq anguilles restantes ayant été définitive, l’auteur en conclut légitimement que l’anguille est réfractaire au virus rabique inoculé dans les muscles.

Il apparaît donc établi aujourd'hui que les vertébrés à saug froid ne sont pas réceptifs à la rage.

Les résistances individuelles dans es espèces sensibles

Mais il a été vérifié également que chez certaines espèces des plus sensibles à cette zoonose, il peut exisier quelques individus paturellement réfractaires à la maladie,

Fermi cite le cas d'Hertwig qui aurait inoculé sans aucun succès un chien pendant irois ans par {outes les voies possibles et Hügyes cite des faits analogues.

Or, si l’on peut supposer que l’immunité apparente présentée par ces chiens ait été une conséquence d’une atteinte antérieure de la maladie dont ils auraient triomphé, pour le lapin, où des états réfractaires ont été également constatés, il est plus difiicile d’accepter cette hypothèse.

C'est ainsi que Babès rappelle les résultats de Frisch qui, sur 800 lapins inoculés sous la dure-mère,constate la survie de 14 d’entre eux, proportion vraiment élevée. Remlinger de son côté, a eu l’occasion d'observer un lapin sûrement et complètement réfractaire à la rage.

I s'agissait d’un animal acheté au marché de Stamboul quelques jours avant d'être trépané sans résultat le 22 février 1903 à l’Institut antirabique de Constantinople. Trénapé une seconde fois le 14 avril

suivant, il ne manifestait pas davantage le moindre trouble morbide, Le 9 mai, il était l’objet d’une troisième trépanation extrêmement sévère, mais toujours sans conséquence.

J. Viala a constaté de même la résistance au virus rabique d’une lapine inoculée sans succès par trépanation avec le virus fixe les 3 octobre, 3 novembre et 3 décembre 1909, les lapins témoins ayant succombé dans les délais habituels. La résistance de l'animal fut éprouvée une quatrième fois le 3 janvier 1910 par l’inoculation intracérébrale d'un virus humain. Les témoins succombèrent à la rage le 25€ jour, la lapine restant indemne.

L'auteur a pu vérifier que le sang de cette dernière présentait un pouvoir bactéricide marqué. Au contraire de leur mère, sept lapereaux qu'elle eut d’une seule portée n’ofirirent au virus rabique aucune résistance.

Ainsi, comme dans presque toutes les maladies infectieuses du reste, l'on doit admettre que certains sujets appartenant à une espèce réceptive ont une immunité naturelle à l'égard de l'affection.

Aussi bien est-il possible de mettre en œuvre divers moyens destinés à triompher de la résistance que quelques animaux des espèces sensibles peuvent présenter au virus rabique.

Les recherches de Kraïouchkine, des expériences de Babès, ont établi que la présence de microbes provoquant une suppuration ou un phlegmon était favorable à l’éclosion de la rage.

Si Kraïouchkine a montré que le jeûne incomplet ou une perte de sang considérable demeuraient sans influence, il a vu, par contre, que le refroidissement du corps favorisait l’infection chez les chiens inoculés sous la peau et Marie a prouvé qu'une injection sous-cutanée de sulfate de quinine ou d’extrait de substance nerveuse normale, un traumatisme cérébral, étaient susceptibles de déterminer aussi l’apparition des signes cliniques de la maladie.

Ainsi chez des animaux préservés contre l'infection rabique par des propriétés particulières et nettement individuelles de leur organisme, est-il malgré tout possible dans quelques cas de provoquer l’évolution du mal en affaiblissant leurs défenses, en les mettant en état de moindre résistance. |

Les procédés de laboratoire permettent. de la sorte de créer expérimentalement des sources de virulence, capables de devenir des foyers de contagion, à la fois chez des animaux d’espèces habituellement réfractaires à la rage et chez des animaux des espèces ordinairement sensibles à la maladie mais qui, pour des raisons diverses, manifestent à son égard une immunité non artificiellement acquise.

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