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Or ces exemples, fournis par le Pérou, le Grand-Duché de Bade, par la Bavière, par l'Angleterre, ne sont pas isolés.
A la suite de l'exécution rigoureuse des mesures sanitaires, la rage disparut en quelques années de la Norvège, de la Hollande, de la Suède. À Berlin, à plusieurs reprises, l'application d'ordonnances sur le musellement amena la disparition de la maladie.
Envisageons maintenant ce qui a été Lenté en France.
«La loi sanitaire française, pouvaient écrire encore en 1903 Nocard et Leclainche, prescrit les mesures les plus énergiques contre la maladie et la rage eût déjà disparu si certaines lois ne semblaient faites pour n'être pas appliquées. Nous possédons la législation la plus draconienne sur la matière et la rage, qui n’est plus qu’un accident dans les capitales étrangères, règne dans toute la France et trouve à Paris même un foyer d'élection unique au monde ».
Il est de fait que si les prescriptions de la loi du 21 juin 1898 (articles 16 et 38) et du décret du 6 octobre 1904 (articles 9 à 14) étaient correctement observées, la rage depuis longtemps aurait pratiquement disparu de notre territoire.
Car ces mesures comportent d’une part la déclaration immédiate à l'autorité de tous les cas de rage animale constatés ou soupçonnés, d'autre part et consécutivement, la recherche et l’abatage sans délai de tous les animaux qui ont pu être mordus.
Or, que se passe-t-il dans la pratique ? Le plus souvent, nous l'avons vu ici même (observations À et B), beaucoup de cas de rage restent cachés qui constituent des foyers d'infection d'autant plus redoutables.
De plus, nous l’avons constaté bien des fois aussi, il est très rare que les propriétaires des chiens mordus ou roulés ne cherchent pas à les soustraire à l’abatage qui est cependant l’une des conditions primordiales du succès dans la lutte contre une telle épizootie.
Ainsi se créent, ou se perpétuent en s'étendant, des centres de contagion qui auraient pu être étouffés dès le début de leur apparition par la seule observation des dispositions légales.
Mais la prophylaxie de la rage ne saurait être efficace que si à côté de la réglementation spéciale à mettre en œuvre lors de l’apparition d’un cas de la maladie dans une région déterminée, la destruction des chiens errants qui pullulent dans les grandes villes n’est pas, en tout temps, systématiquement poursuivie.
Rien n’est plus funeste à cet égard que l’activité de ces groupements spéciaux, ligues de protection ou de défense des animaux: réunissant des personnalités sans doute remplies des -meilleures intentions — mais qui, réservant souvent le meilleur de leur cœur,
de leur indulgence et de leur attention ‘à tout ce qui n'est pas le genre humain se trouvent être dans de nombreux cas, inconsciemment voudrions-nous croire, la cause d’épidémies ou d’épizooties qui auraient été évitées certainement sans leur détestable influence.
En s’opposant, comme ils l’ont fait en maintes circonstances, dans le cas particulier de la rage, à la libre action des pouvoirs publics, à la prescription du port de la muselière, par exemple, ils placent l'Administration dans l'obligation de ne recourir qu'à des réglementations provisoires, à des demi-mesures ‘qui, si elles peuvent ralentir la marche d’une enzootie, sont fatalement insuffisantes pour arriver à l'éradication totale de la maladie !
Paris a fourni à ce point de vue, à trop de reprises, des exemples navrants et qui devraient servir d'enseignement si nous étions perfectibles davantage.
En 1878, 502 cas de rage du chien sont constatés à Paris, cent personnes sont mordues, 24 succombent et parmi elles un jeune homme dont la famille possède une grande notoriété dans le monde politique et littéraire. L’on remet en vigueur les ordonnances oubliées et les cas de rage, qui avaient été respectivement de 141, de 175 et de 133 dans les trois premiers trimestres de l’année, ne sont plus que de 53 pendant les trois derniers mois. Pour arriver à ce résultat, il avait suffi de faire abattre 4.000 chiens errants en juillet et en août.
Dix ans plus tard, dans le seul mois d’avril 1888, l’on compte à Paris 125 chiens enragés ; une ordonnance prescrit de saisir et d’abattre tout chien qui ne sera pas muselé ou tenu en laisse. Immédiatement le nombre des chiens enragés diminue. Il s’abaisse successivement à 67 en août, 52 en septembre, 29 en octobre et 27 en novembre (1).
Ainsi, à diverses époques, alors que quelques cas retentissants ou que la multiplicité des manifestations rabiques observées provoquent une certaine alarme dans l'opinion, l’on intervient avec énergie, l’on impose les dispositions qui conviennent, l’on surveille leur correcte application. Mais dès que les événements ont disparu qui ont ému le public, celui-ci se retournerait volontiers contre ceux qui ont satisfait pourtant au désir de quiétude qu’il manifestait impérieusement peu de temps auparavant. Les mesures sanitaires sont délaissées, l’œuvre d'assainissement reste incomplète et la rage couve doucement pour réapparaître quelque temps plus tard, perpétuel phœnix renaissant de ses cendres mal éteintes !
La lutte contre la rage en France depuis 25 ans est cependant entrée dans une phase nouvelle à la faveur surtout de la réorganisa-
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(1) Nocard et Leclainche, loc, cit., p. 486.