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LES CARACTÈRES ET LES PROPRIÉTÉS DU VIRUS RABIQUE

Parmi les propriétés les plus typiques du virus rabique, le pouvoir qu'il possède de passer, dans certaines conditions, à travers les bougies, sa puissance aussi de diffusion méritent d’être envisagées tout d’abord.

FILTRABILITÉ DU VIRUS

Dès 1881 Pasteur émettait l'opinion que le virus rabique était trop petit pour être vu au microscope. Malheureusement les expériences de Nocard, de Paul Bert, lesquels faisaient passer à travers du plâtre la salive d'animaux enragés et constataient l’absence de virulence du filtrat semblaient infirmer cette hypothèse.

Ce n’est qu’en 1903 que Remlinger et Riffat Bey, et presque en même temps Di Vestea, démontrent l’exactitude de la supposition de Pasteur, en prouvant que le virus rabique peut traverser certains filtres imperméables à la plupart des microbes.

Les travaux de Celli, ceux de de Blasi, puis de Bertarelli, enfin les recherches de Schüder et celles de Volpino ont confirmé ce fait de la filtrabilité du virus rabique. toutefois avec des résultats quelque peu différents.

Des expériences de Di Veslea semblent prouver que la résistance du virus filtré n’est pas aussi considérable que celle du virus non filtré. En particulier, l’action de la glycérine et des températures basses se fait sentir beaucoup plus énergiquement sur le filtrat que sur le virus des centres nerveux, peut-être parce que se trouve supprimé le rôle protecteur joué par les substances colloïdales de ces centres.

Cumming, sous une pression de vingt pouces de mercure, a pu filtrer le virus rabique au travers d’une bougie Berkefeld.

De leur côté, Levaditi et Nicolau indiquent en 1922 que les dimensions du virus de la rage lui permettent de traverser les sacs de collodion. Aussi le classent-ils au nombre des ultra-virus.

En résumé, il est aujourd’hui unanimement admis que l'un des principaux caractères du virus rabique est sa filtrabilité, cette propriété permettant plusieurs applications d'ordre pratique. Ainsi est-il indiqué, lorsque l’on veut savoir si un cerveau putréfié provient d’un animal mort de rage, de filtrer l’émulsion de substance nerveuse avant de l’inoculer.

DIFFUSIBILITÉ DU VIRUS

Du système nerveux, où il demeure surtout du vivant de l'animal malade, le virus rabique possède le pouvoir de diffuser après la mort dans les tissus environnants. C’est à cette propriété qu'est due principalement l’inconstance des résultats obtenus par les auteurs qui, chez l’homme ou lanimal atteint de rage, ont cherché — comme nous le verrons plus loin — à établir la virulence des glandes salivaires, du pancréas, des capsules surrénales.

Ce caractère, ce pouvoir diffusif, a été mis nettement en évidence par Bujwid, puis par Nitsch.

Bujwid recouvre par un cerveau rabique un cerveau de veau sain. Il place pendant huit jours ces deux organes sur de l'acide pyrogallique dans une atmosphère dépourvue d'oxygène Après ce laps de temps, il vérifie que le cerveau du veau est capable de communiquer la rage au lapin.

Nitsch (1) a répété la même expérience avec le foie et le cerveau d’un animal neuf mis en contact immédiat avec un cerveau infecté dans une atmosphère d'hydrogène. Après 2 ou 3 jours, il a pu constater l’existence du virus dans le foie et dans le cerveau normaux à la profondeur de 2 à 4 millimètres.

Selon l’expérimentateur, il ne s’agit pas d’un phénomène dû à la culture du virus, mais à des conditions d’osmose.

Nitsch a montré de plus que si l’on plonge dans l’eau distillée ou dans une solution physiologique un cerveau rabique, le virus apparaît rapidement dans ces liquides.

Nitsch a également vérifié que l'absence absolue d'oxygène n'était pas une condition indispensable à la diffusion du virus. La seule diminulion de ce gaz qui se produit après la mort chez le cadavre est suffisan£e.

Mais si l’on peut faire état de ces expériences positives, il faut ‘ajouter que beaucoup d’autres expérimentateurs ont cherché en vain à mettre en évidence ce pouvoir diffusif.

C'est pourquoi la question a été reprise, ainsi que le Professeur

(1) Bulletin de l’Académie des Sciences de Cracovie, 1904,

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Marie l’a récemment exposé. D. W. Poor et E. Steinhardt (1913) après avoir immergé pendant une à deux semaines, dans la glycérine neutre, les glandes sous-maxillaires d’un chien rabiqué, reconnaissent que les couches supérieures du liquide ne renferment aucun élément cellulaire et conservent leur virulence pendant près de deux centsjours.

Les mêmes auteurs dialysent cette substance chargée du virus rabique à travers un sac de collodion et constatent que le virus ainsi extrait dés glandes sous-maxillaires des chiens rabiques passe aisément au travers de la bougie Chamberland F,

Remlinger, interprète également dans le sens d’une diffusion du virus, les cas où, après filtration sur papier, des cerveaux rabiques immergés dans l'eau physiologique ont donné la rage aux animaux.

Toutefois, dans ces cas, peut-on supposer que des cellules nerveuses chargées de virus ont franchi le papier Chardin.

Mais le même auteur constate ensuite qu'après avoir inoculé dans les muscles de la nuque trente lapins ou cobayes avec de la glycérine dans laquelle des cerveaux rabiques s'étaient trouvés plongés, six de ces animaux ont contracté la rage. Et à la suite de cette expérience, il semble à Remlinger que «le virus rabique, à la fois filtrable, diffusible et susceptible de reproduire la maladie en série, occupe une place intermédiaire aux microbes et aux diastases ».

Ce fait d'observation, ajoute-t-il de plus «susceptible de se produire à la glacière comme à l’étuve et qui prouve en faveur de la diffusibilité du virus, cadre mal avec l'hypothèse du rôle pathogène des corps de Négri ».

D'autre part, une nouvelle expérience très démonstrative de Remlinger vient apporter encore une preuve du pouvoir de diffusibilité du virus rabique.

«Cinq ou six cerveaux de lapins ou de cobayves morts de la rage sont placés dans un pot ban renfermant 50 c.c. de glycérine stérilisée. Dans cette même glycérine on immerge également des cerveaux neufs d'animaux sensibles à la rage (lapins, cobaves) ou réfractaires (poules, tortues) ou encore des fragments de foie ou de rein. Dans un tiers des cas environ après quelques jours de contact, l’émulsion de ces organes donne la rage au lapin, le virus ayant diffusé dans la glycérine, puis, par l'intermédiaire de celle-ci, ayant imprégné les organes neufs. Les corpuscules de Négri sont absents des cerveaux et organes ainsi devenus rabiques ».

A. C. Marie fait remarquer que « ces faits du passage du virus dans la glycérine.et dans les organes sont en faveur de l'opinion qui voit dans les corps de Négri un simple processus de défense contre le microbe ou la toxine rabique®.

Cependant, l’on peut expliquer les résultats obtenus ‘par tous ces expérimentateurs par le passage dans le liquide d'un micro-organisme très fin et capable de se coller sur les corps en suspension dans le milieu.

Il y aurait déplacement de fins organismes rabiques plutôt que diffusion à la manière d’une substance soluble.

C’est l'opinion de Murillo et Fananas, qui concluent de leurs expériences que l’on se trouve en présence moins d’une diffusion du virus que de l'entraînement de parcelles très ténues de substance nerveuse chargée de virus, détachées au cours de la macération et susceptibles de traverser un papier filtre.

Quels sont à présent les autres caractères de ce virus et comment se comporte-t-il en particulier à l'égard des divers agents extérieurs, physiques, mécaniques et chimiques ?

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