ACTION DES AGENTS PHYSIQUES ET MÉCANIQUES
Avant de passer assez rapidement en revue les différents agents physiques et mécaniques et d'examiner leur influence à l'égard du virus rabique, il convient d'exposer en quelques mots l’action simultanée de la température, de l'air et de la dessication laquelle, magistralement étudiée par Pasteur et ses élèves, constitue la base même de la méthode pastorienne de vaccination antirabique.
Pasteur, Chamberland et Roux, ont, en effet, en 1885, dans une communication qui restera célèbre, mis en évidence l’action atténuänte exercée sur ce virus par la dessication au contact de l'air. Des moelles de lapins, morts de la rage à virulence exaltée étant suspendues dans l'obscurité avec des précautions convenables d’asepsie dans des flacons à tubulure inférieure contenant de la potasse, munis de bourres de coton filtrant l'air et maintenus à la température de 22 à 23 degrés, perdent assez lentement mais régulièrement leur pouvoir pathogène Jusqu'à disparition complèle de leur nocivité.
Au bout de 5 à 6 jours elles ne donnent généralement plus la rage aux animaux, même par inoculation intracrânienne. On obtient de la sorte des virus de moins en moins dangereux, depuis le virus fixe qui tue si vite jusqu'à celui qui est absolument incapable de tuer dans quelque condition que ce soit.
L'aHaiblissement ainsi réalisé est du à l'influence combinée de la secheresse, de l'oxygène de l'air et de la chaleur. La virulence persiste 28 à 30 jours quand les moelles sont maintenues à 239 dans le vide ou en présence de l'hydrogène et de l'acide carbonique. Si l’on élève
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la température au-dessus de 280, la virulence disparaît plus vite ; elle se conserve d'autant plus longtemps que la température est plus basse.
E. Viala à étudié de près le mécanisme de cette atténuation qui lie, synthétiquement, les influences respectives dé trois agents physiques : la température, l'oxygène de l'air et la dessication, dont nous allons étudier à présent séparément l'action.
Action de la température. — À la chaleur, le virus résiste très peu.
Puscariu ét Vesesco ont montré, en 1895, que le chauffage entre 50 et 60° détermine un affaiblissement croissant de la virulence accusé par une survie des animaux inoculés.
Se basant sur ces faits, Puscariu, cinq ans plus tard, a préconisé un traitement antirabique au moyen d’un virus affaibli par la chaleur entre 80 et 400, Ce procédé fut répandu au Japon par Oshida cependant qu'en Europe Ivo Novi et Ouchakoff accusèrent le chauffage de donner une atténuation très inégale, considérant dangereuse son application au traitement préventif de la rage.
D'après Celli, une émulsion de moelle rabique perd sa nocivité en 24 heures à 45° et en moins d'une heure à 50.
Les expériences de Babès et Talacescu ont montré que, très affaïblie après 5 minutes de chauffage à 589, la virulence a disparu après 30 minutes à 600 et presque immédiatement à 700.
Di Vestea constate que les filtrats rabiques sont plus sensibles encore à la chaleur que les émulsions, dix minutes à 45° suffisent à les stériliser.
Les différences dans les résultats obtenus par les expérimentateurs tiennent à la quantité des germes spécifiques évidemment variables selon les émulsions.
Marie a éprouvé que dans un bain-marie réglé à 60° le pouvoir pathogène d’une dilution centésimale de virus fixe était détruite à coup sûr en trente minutes.
A une température voisine de celle des mammifères, soit 370, 389, le même expérimentateur a pu conserver, à plusieurs reprises, de la substance cérébrale virulente pendant 4, 5 et même 6 jours dans le vide et à l'écart de toute souillure.
Le froid, au contraire, est sans action sur le virus rabique.
Celui-ei n’est pas atteint par les températures les plus basses. Roux a établi que, placé pendant plusieurs heures à 609, le virus conserve toute son activité.
Maintenu à l'abri de l’air entre -- 49 et + 40 un cerveau de lapin rabique demeure actif pendant plus de cinq mois (Viala).
Galtier a montré que les matières rabiques, les centres nerveux d'animaux rabiques exposés entiers ou par fragments au grand air, à l’action du froid et des variations successives de température, à la congélation nocturne alternant avec des températures diurnes de
plusieurs degrés au-dessus de zéro, se maintiennent virulents, malgré
un commencement de putréfaction, pendant plusieurs semaines, un mois et au-delà.
Sur le cadavre d’un lapin conservé pendant dix mois entre — 109 et. —— 25 0 Je bulbe demeure virulent (Jobert). Selon une expérience de Frotingham -- rapportée par Nocard et Leclainche — une moelle conservée à —— 4° pendant près de trois ans (34 mois) tue le lapin après une inoculation de dix-huit jours.
Enfin Wakelin Barratt aurait conservé pendant trois mois la virulence d’un cerveau rabique à la température de l'air liquide soit — 1900.
En revanche et d’après des expériences de Di Vestea, les filtrats rabiques congelés perdent rapidement leur nocivité.
Action de la lumière. — La lumière a une action atténuante puissante sur le virus.
Celli vérifie qu'une exposition de 40 heures à la lumière solaire suffit pour le détruire, mème si la température n’est pas supérieure à 300 (14 heures selon Nocard et Leclainche).
Action de l'air. — Comme la lumière et la chaleur, l’air atténue très rapidement l’activité du virus rabique. Cette diminution d'activité est provoquée surtout par l'oxygène.
Zagari, dès 1890, avait vu qu'à la même température de 35° et dans les mêmes conditions, une moelle conserve son pouvoir pathogène 56 heures seulement à l'air, 121 heures dans le vide, 198 heures dans l'acide carbonique.
Viala, de son côté, s'aperçoit que le virus garde son activité dans le vide à 23 9°, même après 33 jours, au lieu qu’à la même température, mais dans l'air humide, la virulence est détruile en 10 à 12 jours
Dans l'hydrogène, dans l’acide carbonique, le virus reste actif 28 à 30 jours.
Action de l'eau. L'action de l'eau est analogue à celle de l'air humide. 1
Les matières rabiques qui séjournent dans l’eau demeurent dangereuses pendant longtemps et Galtier les trouve virulentes au bout de 20, 28, 25, 30 et 38 jours.
L'eau physiologique est aussi un excellent vecteur du virus. Tou-
tefois, ce dernier n’exige pas une dilution très grande pour devenir inactif. En 1888, Hôgyes montre qu'en préparant avec 1 gramme du bulbe d’un lapin ayant succombé à l'infection par le virus fixe et soigneusement triluré des dilutions dans 10, 100, 200, 250, 1.000, 9.000, 10.000 parties d'eau salée à 7 pour 1.000, la dilution à 1 pour 10.000 est dénuée de tout pouvoir pathogène, la dilution à 1 pour 2.000 inoculée à des lapins dans le cerveau ne déterminant pas toujours l'apparition de la rage avec, dans tous les cas, une période très longue d’incubation. Quant aux dilutions au 1/10, au 1/100, au 1 /200 elles sont aussi actives que le virus fixe pur.
Entre les mains de son auteur, cette technique des dilutions virulentes a donné naissance à un procédé de vaccination antirabique parfaitement efficace.
Action de la dessicalion. —- L'action de la dessication sur le virus rabique a été longtemps mal définie par suite des conditions différentes dans lesquelles se plaçaient les expérimentateurs.
C'est ainsi que si Galtier, en 1898, exposant à l'air et à la lumière du papier à filtrer, imprégné de pulpe nerveuse virulente, constate en quatre jours la destruction complète du virus, en revanche Vasteenberghe, cinq ans plus tard, désséchant rapidement à l'obscurité et dans l'acide sulfurique une bouillie de cerveau rabique étalée en couche très mince, observe non seulement que la poudre obtenue : conservé intacte sa puissance, mais encore que, sous condition d'être placée soigneusement à l'abri de la lumière, elle peut garder son activité pendant au moins neuf mois au bout desquels elle donnerait encore la rage aux animaux en sept jours.
Selon Remlinger et Osman Nouri, il y aurait peut-être dans ces faits quelque exagération. Cependant ces auteurs ont vu que la bouillie de cerveau rabique pouvait demeurer active pendant une vingtaine de jours, sous la condition d’être très rapidement desséchée en couche mince.
De son côté, Marie a repris les expériences de Vasteenberghe et il semble admis à présent que, malgré la dessication et à condition d'opérer très rapidement en 24 heures et à l'obscurité, la virulence de la substance nerveuse est susceptible de se conserver longuement.
Plus récemment (1923) Remlinger a pu se rendre compte, en opérant avec un virus madrilène à son 2.200€ passage, que la résistance du virus à la dessication diminue lorsque les passages augmentent. La moelle de 4 et même de 3 jours correspond aujourd’hui à la moelle de 6 jours des premiers temps de la méthode pastorienne et l'écart ne fera vraisemblablement que croître avec le temps. Il y a là une notion intéressante. Elle comporte, comme conséquence, la
nécessité de mettre les formules des traitements antirabiques en harmonie avec cette constatation d'expérience.
Action de la putrefaction. — L'on s'accorde unanimement à reconnaître que la putréfaction ne détruit que très lentement le virus rabique.
Mergel, en 1887, trouve chez le loup la matière cérébrale encore virulente 14 jours après l’enfouissement. L'année d’après, Galtier montre que les centres nerveux provenant de cadavres entiers enfouis sont encore virulents 23 jours après leur mise en terre pour le lapin, 31 jours pour la brebis, 44 jours pour le chien.
Et, rendant compte de ses expériences, il ajoute judicieusement qu'il est indiqué de recourir à lexhumation des cadavres et à Finoculation de leur bulbe, même si l’inhumation remonte à 5 ou 6 semaines, toutes les fois que dans des questions de médecine légale et dans les procès en responsabilité intentés aux propriétaires, l'on aura des doutes sur la nature de la maladie. :
Des cerveaux d'animaux enragés, abandonnés à l'air libre, entiers ou par fragments, à des températures variant de —8° à +89 conservent pendant plus d’un mois leur virulence.
Russo Travali et Brancoleone observent la conservation du virus dans des cerveaux de lapins putréfiés à l'air depuis 21 jours ou enfouis depuis 38 jours.
Von Ratz en 1900, Kempner en 1901, aboutissent à des conclusions analogues.
in particulier, Von Ratz estime que la putréfaction des centres nerveux du lapin pendant 15 à 16 jours détermine seulement un affaiblissement assez peu marqué de son activité nocive, indiqué simplement par une plus longue période d'incubation.
Plus récemment Mazzei a vérifié que le virus rabique pouvait se conserver intact dans des cerveaux soumis aux actions des agents de la putréfaction depuis 69 jours. Les émulsions de ceux-ci, filtrés à cetle date selon le procédé de Remlinger donnaient encore la rage.
Aclion des rayons Rünlgen. — Les expériences de Hügyes, celles de Frantzius montraient déjà que les ravons X n'ont aucune action sur le virus des rues.
Reprenant ces expériences avec des moyens d'action plus puissants, Calabrese arrive aux mêmes résultats,
Ainsi que Ceni, Calabrese constate que des lapins inoculés avec le virus rabique puis soumis à l’action des rayons Rüntgen pendant huit séances de 2 heures Chacune meurent comme s'ils avaient été abandonnés à eux-mêmes, la mort des animaux pouvant seulement être retardée de quelques heures.
Action du Radium. — Si, dès 1905, Tizzoni et Bongiovanni aflirment qu'une émulsion de 1 /100 de moelle rabique était rendue inoffensive par l’action des ravons du radium el transformée en un vacein actif, il faut bien dire qu'en revanche, malheureusement, tous les autres expérimentateurs qui ont repris ces expériences ont obtenu des résultats entièrement différents de ceux que proclamaient Tizzoni et Bongiovanni.
C’est d’abord Rehns qui ne peut détruire le virus rabique qu’au moyen de l'émanation du radium.
Il se servait, avec Viala, de l'émulsion ordinaire employée pour le traitement pastorien, mais filtrée sur papier. Quelques gouttes de la, matière virulente étaient disposées dans des tubes en verre très mince, au-dessus de la surface radiante sur une hauteur d’un demi-centimètre au maximum. Dans ces conditions, et même avec des quantités de substance encore plus pelites, les tubes placés à la glacière, y conservent, comme les témoins, même avec une irradiation intense prolongée jusqu'à 72 heures, toute leur virulence. L'agent de la rage est, au contraire, sensible à l’émanation du radium.
Calabrese, Ivo Novi, Danysz n’ont pu aussi que constater l’inactivité absolue des rayons du radium quelle que soit la puissance de la source emplovée (échantillons de 10.000, 100.000 et 1.000.000 d'unités).
La question reste donc entière et les résultats obtenus par les premiers expérimentateurs demeurent douteux.
Action de la pression. —- La pression atmosphérique est sans action sur le virus. Celli a établi que celui-ci reste intact après 60 jours de séjour dans l'air comprimé à 7 ou 8 atmosphères. Nocard et Roux ont montré qu'il n’est pas altéré davantage après un:séjour de 24 heures dans l'acide carbonique comprimé à 60 atmosphères.
Enfin, des expériences de Heller, il résulte que l’activité du virus fixe n’est pas non plus modifiée par des pressions de 200 à 350 atmosphères. C’est ainsi que les encéphales de trois lapins morts à la suite d’inoculation de virus rabique, mis sous la presse de Buchner et soumis à d'aussi fortes pressions, fournissent un liquide rougeâtre lequel, dilué. dans un peu d’eau physiologique et injecté dans le cerveau d’un lapin à raison de 10 c.c. provoque la mort de cet animal.
Action du broyage. — Elle a été bien étudiée par Wakelin Barratt lequel a d’abord soumis un cerveau de lapin virulent à un broyage de onze heures dans un courant d’acide carbonique et constaté qu’après cette opération le pouvoir pathogène du virus demeurait intact.
Dans une seconde série d’expériences, la substance nerveuse était
émulsionnée dans 9 parties d’eau physiologique et injectée à des lapins sous la dure-mère.
Barratt constate alors qu'un broyage de 5’ en utilisant le broyeur de Macfadyen et Rowland ne modifie pas l’activité du virus, au lieu que cette opération poursuivie de 30° à 60° détruit la virulence 10 fois sur 13; un broyage de 3 heures enlevant à coup sûr à un cerveau rabique toute son activité nocive.
Wakelin Barratt montre en outre qu'il ne faut pas attribuer à une action antirabique, les effets obtenus par l'action prolongée du broyeur de Macfadyen, maisiltend à penser que le microorganisme de la rage aurait plutôt été détruit mécaniquement ou, sinon lui, tout au moins son indispensable substratum, l'élément nerveux.
De son côté, Heller reprend ces expériences et soumet au broyeur de Macfadyen et Rowland un gramme du cerveau d’un lapin infecté par le virus fixe. Si celui-ci n’est pas détruit après une heure et demie de broyage, au bout de 3 ou 4 heures, en revanche, un gramme de ce virus ne peut plus transmettre la rage aux lapins, du moins par inoculation dans la chambre antérieure de l'œil.
Au contraire, l'injection d’une quantité déterminée de ce suc céré- -bral avirulent provoquerait chez le lapin l'apparition d'une certaine immunité.
Marie, sans utiliser l’appareil de Macfadyen et Rowland, broie simplement dans un mortier 2 grammes de cerveau d'un lapin tué par le virus fixe en utilisant 2 litres d’air liquide, l'opération étant poursuivie pendant 2 heures. Trois cobaves inoculés avec une émulsion préparée avec la matière broyée ainsi obtenue contractent la maladie. j
L'auteur n'entend cependant pas diminuer la valeur des résultats des autres expérimentateurs el fait remarquer que la quantité de matière broyée était double de celle employée par Heller, la durée de l’opération beaucoup moins longue et le broyage lui-même moins bien effectué, à défaut de l'utilisation d'un appareil spécial.
Action de la centrifugalion. -—- Wakelin Barratt montre qu'en centrifugeant une émulsion de virus rabique pendant plusieurs heures, il arrive un moment où toute la substance virulente est ramassée dans le culot de centrifugation, dépouillant ainsi le liquide surnageant de toute son activité. Cela survient, selon l'auteur, à la 25° heure d’une centrifugation d'une émulsion rabique décimale, effectuée à raison de 200 tours à la minute.
De son côté, Remlinger centrifuge dans l'appareil de Kraus, qu'il fait tourner à 1,000 Lours à la minute des émulsions, de virus fixe à 1 pour 50 et 1 pour 100 et il constale que la virulence du liquide su-
afléèpearcese sr émmmets veg
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perficiel a complèlement disparu après une heure de centrifugation.
Aucune action n'intervient dans ce phénomène qui est dû simplement à la force centrifuge,
Enrobage.— On peut enrober le virus séché d’une manière rapide dans des poudres antiseptiques ou inertes au sein desquelles il est susceptible de se conserver.
Remlinger, en opérant de la sorte, a montré que la virulence se conserve 34 jours dans le camphre, 40 jours dans le Lalc, 61 jours dans le sel marin, 42 jours dans l'acide borique, 50 jours dans le sucre, seulement 14 jours dans le carbonate de soude et 9 jours dans la saccharine.
Remlinger montre ainsi qu'il n'existe pas de rapport nécessaire entre les propriétés antiseptiques générales d'un corps el son pouvoir destructif spécial à l'égard du virus rabique, la disparition de la virulence s’effectuant brusquement.
De même, les expériences de cel auteur fournissent des données intéressantes pour le transport du virus. À défaut de glycérine, on pourra enrober la substance nerveuse suspecte dans du sel marin.
Et ces dernières recherches nous amènent à considérer à présent la manière dont se comporte le virus de la rage à l'égard des différents antiseptiques et agents chimiques avec lesquels on peut le mettre en contact.