Poèmes barbares, xvi, xvn
festin nuptial. Avertie, Rosa sort de la salle. Les deux amis tombent dans les bras l'un de l'autre et meurent de saisissement. On les enterre séparément, mais bientôt après on fait porter le prince dans le tombeau de la petite Rosa.
Usa est menacée de mort par sa mère, parce que Redewal l'a séduite. Elle s'enfuit avec son ami dans la forêt. Là, elle met deux fils au monde. Mais, pendant que Redewal puise de l'eau à une source pour faire boire la jeune mère, il entend un oiseau parler. L'oiseau dit que Lisa est morte avec ses petits enfants. Redewal court auprès d'elle : l'oiseau a dit vrai. Redewal • creuse une large tombe, y étend les trois morts et se perce le cœur.
Malmsten rêve que le cœur de sa bien-aimée se brise. Il fait seller son cheval gris et part au galop. A l'entrée du village, il rencontre un cortège funèbre : on mène sa fiancée au cimetière. Il y va lui-même. Il tire de ses doigts cinq anneaux d'or et les donne aux fossoyeurs pour qu'ils creusent une tombe large et profonde ; puis, il se perce le flanc.
Deux entants de rois s'aiment d'amour. — Comment te rejoindre le soir dans ta chambre, demande le jeune homme ? Il y a un courant si rapide entre toi et moi ! — Je mettrai, dit la jeune fille, un flambeau dans les branches de lis. — Une méchante créature les entend : elle éteint le flambeau quand le fils du roi s'est mis à l'eau. Il nage longtemps sans trouver la terre et se noie. La jeune fille va sur le bord de la mer et y trouve le pêcheur de son père : — Écoute, pauvre pêcheur mouillé et glacé. N'as-tu pas vu un fils de roi dans les values bleues ? — Nous avons
péché toute la nuit et nous avons vu le corps du fils du roi dans les vagues bleues. — La jeune fille donne la chaîne de son cou et les anneaux de ses doigts au pêcheur qui a trouvé le corps de son bien-aimé; puis, elle se jette à la
mer ' .
L'aventure du seigneur Oluf et de sa fiancée n'est pas moins lamentable. Mais ce n'est pas la jalousie d'une femme qui trouble leur félicité la veille même du jour où ils allaient réaliser leurs rêves enchantés, c'est celle de la reine des Elfes, ces fées séduisantes qui dansent sur la colline et dont un baiser, un geste, un regard donne la mort.
Peu d'histoires ont ému, comme celle-ci, le cœur des Suédois, puisqu'elle leur a inspiré, dit-on, plus de quinze chansons différentes. La Villemarqué en traduit une dans son Bar~a^-Biri~ 2. Leconte de Lisle lui a préféré, avec raison, celle que traduit Henri Heine dans son livre De ï Allemagne ' :
Le seigneur Olut chevauche bien loin Pour inviter les gens de sa noce.
Mais la danse va si vite par la forêt.
Et ils dansent là par quatre et par cinq,
Et la fille du roi des Elfes étend la main vers lui.
Mais la danse, etc.