Signification inconnue
Kynmri dans l'île de Prydain : ils [y] vinrent [de cette partie] du pays de Haf (le pays de l'été ou du midi) qui se nomme Dtffrobani, et où est à présent Constantinople : ils arrivèrent à travers la mer brumeuse (la mer d'Allemagne) dans l'île de Prydain, et dans le pays de Lydau (l'Armorique), où ils se fixèrent '.
Qui est ce Hu-le-Puissant, ce Moïse kimrique, qui conduit son peuple du pays de l'été jusqu'aux brumeuses régions du nord ? Les Triades qui parlent de lui en font non seulement un guide, mais un législateur. Elles lui attribuent l'honneur d'avoir enseigné l'agriculture aux Kimris, de les avoir constitués en tribus, de les avoir appliqués à la poésie, d'avoir posé toutes les bases de leurs institutions. C'est, d'après ces Triades, un si grand personnage que quelques savants, l'identifiant avec Hésus, ont voulu voir en lui le dieu suprême des Gallois % et il semble bien que Leconte de Lisle adopte cette hypothèse, puisqu'il fait vivre Hu-Gadarn mille ans avant la migration 3 et qu'il le représente comme celui qui contenait la mer dans ses digues.
Le malheur est que les Triades qui parlent d'Hu-Gadarn se trouvent toutes dans deux manuscrits dont le plus ancien est de la fin du xve siècle. Ce sont les plus récentes et les plus remaniées. La légende de ce personnage est donc sans doute de formation peu ancienne, et ce n'est
1. Voir une autre traduction de ces Triades dans Loth, les Mabino- • gion, p. 251 et 271.
2. Par ex. Le Blanc, Etudes sur le symbolisme druidique, Paris, 1849.
3. Les Triades font bien Hu-Gadarn contemporain du déluge, mais elles placent le déluge après la migration.
pas d'Hésus qu'il faut rapprocher son nom, mais de Hue r, nom fréquent chez nous au moyen âge. Il n'en faut pas conclure, assurément, que les traditions conservées par les Triades du xve siècle sur la migration des Kimris manquent tout à fait de fondement historique. Mais du moins est-il fâcheux que le Barde de Leconte de Lisle fasse jouer dans l'histoire des origines de sa race un si grand rôle à un personnage dont on n'avait pas encore entendu parler à l'époque où ce Barde est censé vivre.
Et maintenant sur la foi de quels auteurs Leconte de Lisle a-t-il raconté, dans la troisième partie de son poème, le massacre des druides et des druidesses par le farouche Murdoc'h ? L'ile de Mona a-t-elle réellement vu se jouer une deuxième fois le drame sinistre dont nous parle Tacite au XIVe livre de ses Annales ? A-t-elle entendu de nouveau les diras preces des druides protestant contre la violation de leur asile, puis le bruit de leurs corps tombant sous les coups des ennemis de leur foi ? Ce qu'avait fait sous Néron un général romain, un prince chrétien l'a-t-il recommencé? J'incline à croire que le poète s'est inspiré tout simplement du récit de l'historien latin et qu'il a transporté chez un personnage de son invention la furie que l'auteur des Annales nous montre chez les soldats de Suetonius Paulinus. S'il en est ainsi, on ne peut nier que l'histoire imaginée par lui ne soit du moins assez vraisemblable. Car l'île de Mona, malgré le grand carnage que les Romains y