LKS SOURCES DE TACITE
siili. . . [)orri{i;ons«; Tac. : «donsuli. . . cxsolulum a latcrc piipionom. . . rcddobat'?). Comme on n'accepte pas, il se retire pour aller déposer le poignard au temple de la Concorde (Suét. : cç Quasi in aede Concordiae positurus abscessit»; Tac. : «ut in aede (loncordiae positurus. . . discessitw)'^'.
Nous avons vu que Tacite raconte comme Suétone, ou avec plus de détails, le prodige du cyprès et la réponse de l'oracle du Carmel (Tac, II, y 8; Suét., Vcsp., 5). Mais Suétone ajoute d'autres prodiges ou présages. Ne les a-t-il pas trouvés, au moins en partie, dans la source même de Tacite, cpii les aurait omis volontairement? Tacite ne raconte évidemment pas tout ce qu'il sait : les expressions générales «responsa vatum et siderum motus w le prouvent. — Tacite raconte avec plus de détails comment les légions de Mésie et de Pannonie se déclarèrent pour Vespasien (II, 85 sq.). Cependant Suétone (6) lui est supérieur en un point : il fait beaucoup mieux ressortir le rôle joué parla 3' légion. Tacite dit seulement: «Tertia legio exemplum ceteris Moesiae legionibus praebuit. 55 II avait dit un peu plus haut (7 4) que Vespasien comptait comme sienne la 3'' légion parce qu'elle avait fait parlie de l'armée de Svrie avant de passer en Mésie. D'après Suétone, comme les soldats de Mésie, voulant élire un empereur, passent en revue les noms de tous les gouverneurs de province, des soldats de la 3" légion, qui, vers l'époque de la mort de Néron, avait été transportée de Syrie, se mettent à vanter Vespasien, et tout le monde approuve alors le choix de Vespasien.
à. Il y a donc commun;uité de source et parfois la reproduction de la source commune est plus fidèle dans Suétone que dans Tacite; cependant c'est l'exception. D'abord Suétone, étant biographe et non historien, résume d'une façon très succincte beaucoup d'événements que Tacite raconte en détail : la guerre
'"' Le récit do SikHoho est (MdoniiiK'iit plus conlornio à la vi'i-ih'. Nous y rovieiulroiis (chap. v, S i), et alors nous comparerons les deux récils de la mort de Vilellius : ils révèlent d'une façon manifeste Tindépendance de Suélone el la communauté de source.
TAniTK ET SUKTONE. liV.)
entre les .«n'néi'aiix de Vilelliiis et oeu.v do Vespasion, pour ne citer (|ne cet exemple, occupe la plus jjrande partie du troisième livi'o des Histoires, elle lient en cpielques lignes dans le Vilellius et le Vespasien [Vit., i5; Vesp., 7). Il y a même des événements que Suétone passe tout à fait sous silence, parce qu'ils ne touchent pas à la personne de l'empereur : la révolte de Civilis est de ce nombre'^'. Enfin, très souvent, soit parce qu'il résume mal, soit parce qu'il reproduit sa source de mémoire et compose sans réllexion, Suétone commet des inexactitudes'-'. La plupart de ses divergences avec Tacite n'ont pas d'autre cause'"''.
(') Cf. Tac, IV, 19-37, 5^-79; V, i/i-2G.
t-) A'ous ou avons signalé quelques-unes clans les notes précédentes. En voici d'aulres. Suétone (Vit., lo) dit, comme Plutarque {G., 98), que Vitollius trouva 190 placots remis à Otliou par des personnes qui réclamaient une récompense pour avoir joué un rôle dans l'assassinat do Galba; Tacite (I, li^), plus exact , dit : crpiuros quam centum et viginlin. — Il ne dislingue pas (ibid.), au point de vue de la conduite do Vitollius, les diverses phases do sa marche vers Rome (cf. Tac, II, 09, 71, 7-3, 83). — De même pour le cortège de Vitellius (cï. Tac, 11, G9, 68, 73, 87). — Cependant il donne seul un détail qui atteste son indépendance : trOuoscumque lihuisset in liliertalem asserobant.» — Il dit (pir Vitellius lit son entrée dans Rome «■paludatus ferrocjue succintus.n (1 1). Tacite (H, 8q) dit qu'il eut Vintention de faire son entrée «paludatus accinctusquo», mais (jue ses amis l'en dissuadèrent et qu'il prit la toge. — Il se trompe (i5) en plaçant L. Vitellius, frère de l'ompereur, à la tète de la flotte et d'un corps de gladiateurs (ne seraient-co pas les gladiateurs d'Otlion ? Tacite ne dit pas qu'il y ait eu un corps de gladiateurs dans l'armée do Vitollius). Tacite (III, afi) constate que L. Vitellius commande les cohortes chargées de défendre Rome et (58) cpi'il est envoyé on Campanio après la défection de la flotte qui était (07) sous les ordres de Claudius Apollinaris. Ses opérations sont racontées plus loin. — D'après Suétone (1 5), Vitellius négocia avec Flavius Sabinus, frère de Vespasien, et demanda entre autres avantages : « milles sostertiumn. Tacite (III, 63) parle d'offres laites à Vitellius par Antonius et par Mucien, de négociations (III, (55) avec Sabinus. Il est plus exact , mais nulle part il ne fixe lo chiffre do la somme demandée. — Suétone dit (18) que Vitellius périt avec son frère et son fils. Son frère mourut un pou plus tard (Tac, IV, 9), et son fils seulement après l'arrivée do Mucien (IV, 80). — Il prétend ( Vesp., 7 ) qu'aussitôt après le miracle du temple de Sérapis, Vespasien reçut dos lettres qui lui annonçaient la victoire do Crémone et la mort de Vitollius. Ces doujs nouvelles n'ont pu lui parvenir à la fois. Tacite les dislingue et les mentionne toutes doux avant lo miracle (IV, T)!).
'^) Suétone ( Vit. , ih) dit que Vitollius est accusé d'avoir fait mourir sa mère de faim; cjue, d'après une autre version, elle lui demanda du poison et n'eut pas de peine à l'obtenir. Ou Tacite n'a pas trouvé ces accusations dans la source
En voici iino, des plus frappaiiLcs, rpii mo scml)l(' dcvoii' olre imputée à la négligence de Suétone. Tacite compare en ces termes (II, 97) les proconsulats de Vitellius et de Vespasien en Afrique : «Inlegrum illic ac favorabilem proconsulatum Vitellius, famosum invisumcjue Vcspasianus egcrat. -j Suétone est d'accord avec lui en ce qui concerne Vitellius ( Vil., 5) : «In provincia singularem innocentiam praestitit?'. Mais, en ce qui concerne Vespasien, il dit au contraire (^Vcsp., h) : ^Integerrime nec sine magna dignatione administravit. 55 La source commune, de même que Tacite, pour expliquer la conduite des provinciaux d'Afrique, établissait un rapprochement entre Vitellius et Vespasien, gouverneurs de cette province. Suétone a tiré de ce passage d'abord un jugement sur l'administration de Vitellius, placé dans la biographie de celui-ci, plus tard un jugement sur l'administration de Vespasien. Mais à cette seconde fois, lecteur superficiel, il a pris pour Vespasien ce que la source disait de Vitellius. L'erreur n'est sûrement pas de Tacite : les préférences des provinciaux pour Vitellius ne s'expliqueraient plus s'ils n'avaient gardé un mauvais souvenir du proconsulat de Vespasien. Il ne faut pas non plus songer à une source secondaire pour Suétone : il est impossible que deux traditions aussi opposées sur le proconsulat de Vespasien aient eu cours '^'. Au reste, tout ce que nous avons dit à propos du Galba et de Y 0 thon, sur la façon dont Suétone s'est conduit à l'égard de la source commune, s'applique au Vitellius et aux biographies flaviennes'-'.
comniuno, ou il les a passôcs sous siloncc comme peu londées (cf. III, G7). — Des deux infirmes tjue Vesjia^liMi ;;iiiril miraculeusement, l'un était un aveugle, les deux auteurs sont d'accind sm (,• jioiat; l'autre soulTrait de la jambe, d'après Suétone {Vefip., 7), des iiiiiin^, (r;iiiiis Tacite (IV, Si). Il est malaisé de savoir lequel des deux s'est trompé.
(1) Cf. cette explication et ccllo d'Eniesli dans le Tacite d'Orelii-Meiser.
^^' En dehors des premiers cliapilres, de rinlroduction, du Vitellius et du Venpasicn, on ne trouve pas de traces certaines de sources secondaires. On peut conjecturer cependant que Suétone a pris dans quelque pamphlet publié après la mort de Vitellius cette accusation de parricide dont nous parlons dans la noie précédente; les détails {Vit., 13) sur les relations de Vitellius avec Asiaticus, sur la gloutonnerie de Vitellius ( \'it., i3 : le bouclier de Minerve, etc.), sur sa
5. Ainsi donc, ce qui csl vrai pour lo premier livr»^ dos lltstolirs cl la première moitié du second l'esl aussi, nous sommes en mesure de l'aflirmer grâce ;\ Suétone, pour le reste de l'ouvrage tel que nous le possédons. Il faut cependant faire une restriction. Le parallèle de Tacite et de Plutarque démontre que, pour les règnes de Galba et d'Otlion, Tacite a suivi une source, non seulement principale, mais presque unique. Le parallèle de Tacite et de Suétone démontre simplement que, pour le règne de Vitellius et les premiers temps de Vespasien, il a suivi une source principale. Suétone est trop incomplet et, le plus souvent, trop sommaire, pour fournir un terme de comparaison aussi sur et aussi précis que Plutarque. Mais, en somme, dans ce qu'elle a d'essentiel, la conclusion acquise pour la première partie des Histoires s'applique à la seconde. JNous examinerons plus tard si, en effet, dans celle-ci les sources accessoires ont joué un plus grand rôle que dans celle-là ^".
Les atlirmations de Tacite relativement à ses recherches personnelles, dans la partie des Histoires qui nous occupe maintenant, se concilient avec l'hypothèse de la communauté de source aussi aisément que celles de la partie qui correspond aux deux biographies de Plutarque. Voici la liste de toutes les citations que nous rencontrons dans la seconde moitié du livre deuxième et dans les suivants :
II, qS. Unde priimun crcdhur Caeciuae lîdes Huilasse.
95. (Vitellius) novieiis miliens soslertium paucissimis mensibus in-
tervorlisse credhur sagina.
99. Credtdere plerique Flavii Sabini consiliis concussam Caocinae
inentenj . . .
cruauté (lA) [a ce point de vue, Suétone noircit beaucoup Vitellius. Un mot cruel de Vitellius : rrpavisse oculosn; Tacite (III, 89) : «pasccre velle oculos», est rapporté par les (leu\ auteurs à deux faits diflerents]; sur la carrière de Vespasien ( Vesp., A) et ses piiMuiors exploits en Judée; la lettre vraie ou apocryphe d'Otlion à Vespasien (6); l<' prodifje de Téfjée (7); les premiers exploits de Titus {Tit., A); le mot de Vespasien sur Domitien {Dom., 1). Encore se peut-il fort liicn que, dans la plupart de ces cas, Tacite ait altréfjé la source commune. Nous \ reviendrons; cf. chap. v, ^ 11.
■'^ Cf. cliap. IV.
II, 100. Ncc scivi pnlcsl. , . (rinilialive do la li-nliison doit-ollc; l'Ire iiii-
piilre à Lucilius Bassus ou à Gocina?) 101. Scriplorcs temporum, qui, potienle reriim Flavia <lomo,inonimenta belli liujusce coinposueruiil,. . . tradidcre {causes de la trahison).
III, 11. Ncc dccrant qui crcdercnt ulramquc seditionem fraude Anlonii
coeptam . . .
2 2. Ordinem agfminis disjecli per iram ac lenebras adseverarc non
ausini, quaniquam nlii tradiderint . . . 25. Rem nominaque auctore Vipslano Mcssalla fradam (meurtre d'un
père par son fils à la bataille de Crémone). 28. Hormine id ingenium, nt Messalla tradit, an fotior auctor sit
C. Plinius , qui Antonium incusat, haud facile discreverim. 99. Primuin inrupisse (dans Crémone) C. VoUisium. . . iiiter omncs
auctores constat.
87. Adnotahant periti (un fait sans précédent). 38. De qiia sic accepimus (mort de Junius Blaesus). 5i. Celehcrrinios auctores hahco (pour un fait monstrueux)^''. hh. Quidam jussu Vitellii interfeclum (le centurion Agreslis), de
fide constantiaque eadem tradidere.
5(). Flavio quoque Sabino ac Domitiano paluisse effugium miilli
tradidere.
65. . . . credebatur. . . McUor intcrprctatio . . . (motifs de la conduite
de Flavius Sabinus).
ib. ... ut fama fuit (convention secrète entre Vitellius et Sabinus).
Cg, Quorum nomina tradere (des sénateurs et des chevaliers qui se
rc'fugièrent avec Flavius Sabinus au Capitole) haud promplum
est. . .
71. Hic nnihigitur, igneni tectis oppugnatores injecerint, an obsessi,
qnae crebriorfama . . . (incendie du Capitole). 75. Id unuin. . . caluumiatus est rumor. In tine vitae alii segneni,
multi moderatum . . . credidere. Quod inter ovines constiterit. . .
(sur Flavius Sabinus), . . Caedem ejus laelam fuisse Muciano
accepimus. Ferehant plerique . . .