I.KS SUUUCES DE TACITE
heaucoiij), coniino siisjjccls et complices do Nympliidiiis. Tacite (1, 70) parle aussi de ces licenciements et du mauvais elîet (juils produisirent; plus précis, il nomme les olllciers qui reçurent leur congé. — Tacite (I, 18) et SuétoiK^ (6'., 17) rcmar([uent qu'en présentant I^ison aux soldats Galba ne dit pas un mot du donal'wnm. — Seuls d'entre les soldais, les Germains étaient bien disposés pour Galba; «quod se aejjros et invalidos magnopere fovisset??, dit Suétone (6^., -20); Tacite (1, 3i ) dit la même cbose avec jdus de détails : ft . . . invalidis adbuc corporibus et placatis unimis, quod eos a Nerone Alexandriam praennssos atque inde reversos longa navigatione aegros inpensiore cura Galba refovebat?^ (". — Ils signalent tous deux et en termes semblables les espérances d'Olbon; Suétone, 0., 5 : «Speraverat. . . fore ut adoplaretur a Galba idque in dies exspectabat"; Tacite, I, 10 : ". . . . Spem adoptionis statim conceptani acrius in dies rapiebatw. — Tous deux ils rapportent que les funérailles d'Othon furent hâtées, parce qu'il l'avait demandé; Suétone, 0., 1 1 : cr(ïeleriler (nam ita praecepcrat) funeralusw; Tacite, 11, h() : «Funus maluratum : ambitiosis id precibus petierat^n Tacite ajoute seul qu'Otbon redoutait pour son corps des outrages semblables à ceux qu'avait subis Galba.
Enfin voici (quelques passages où l'accord est frappant entre les trois auteurs. La célèbre parole de Galba, ([ue Tacile rapporte en ces termes : tdegi a se militem, non eniiw (1, 5), se retrouve dans Suétone (6r., iG) : t^ Légère se militem, non emere consuesse??, et dans Plutarque (6^., 18) : ... dœdéva.1 KOLialéyeiv a1pa.Ti(îna.$f ovk àyopdlsiv; et tous les trois constatent le mauvais eflet qu'elle fit sur les soldats. — L'accord est à peu
''' SoiilenK'nl, d'après Suélonc, ces Germains se seraient mis en marche pour porter secours à Galba et se seraient é{f;)rt'S en l'outc. D'après Tacile, ils auraient iounjtemps liésité : trdiu nutaverer. Celte version parait ia plus vraisemblable : il y en avait certainement parmi ces Germains qui savaient le chemin d'endroits de Rome aussi connus que le Palatium et le Forum. Peut-être la source connmine donnait-elle les deux versions; Suétone aurait choisi la première, (|ui est plus dramatique.
près Icxliicl relativement à l'envol d'Otlioii en Kspafjiie; Suétone, 0., 3 : «Sepositus est per causam lejjalionis in Hispaniani)?; Tacite, I, i3 : « . , .in provinciam Lusilaniam specie lc|fationis seposnit (Nero)w; Plutarqnc, G., ao. . . è^e-néix(pOn Kva-iTavôJv (/IpaTiiyos. . . Kat. . . etSà)s (pvyrjs V7i0}i6pi(xfxa xol) ■zsapa.xdXvfifxa T>7v àpx^v aÙTû5 SsSoyiévnv. — Il en est de même, quand les trois auteurs racontent qu'Otlion se déclara pour Galba; Suétone, 0., h : r. . . .(îonatibus Galbae primus accessit 57; Tacite, I, i3 : K . . .prinuis in partes transgressus . . . '• ; Plutarque, G., 90: ATTOa-ldvTos Se TdXëa ■zspûoros avTos 'Zffpoa-ex^ojprjo's tmv rjyeyiôvwv. . . — Les trois auteurs remarquent qu'il y avait contraste entre le corps d'Othon et son âme'"; Tacite, I, 23 : çtNon erat Othonis mollis et corpori similis animusw; Suétone, ()., 12: «Tanto Othonis animo nequaqnam corpus aut lia])itus competit'?; Plutar([ue. G., 20 : . . .Tictlitep où xarà Trjv tov o-'jSfjiaTOs (xaXaxiav xct) B-riXvTï]Ta TJ7 "^i^xV SiOL-veQpvyLyiévos . . . — Tous les trois, ils décrivent de même les marques d'affection que les soldats prodiguèrent au cadavre d'Othon; Suétone, 0., 12 : crJMuIti praesentium mililum, cum plurimo fletu manus ac pedes jacentis exosculati. . .. ibidem statim nec procul a rogo vim suae vitae attulerunt'7; Tacite, II, ^9 : «Tulere corpus praetoriae cohortes cum laudibus et lacrimis, vulnus manusque ejus exosculantes. Quidam militum juxta rogum inlerfecere se. . . »; Plutarque, 0. , 1 y : ... xoa-fjLrfcravrss 10 crcofxa xa) 'zsvpàv xaTOLa-xsiidcrixvrss é^ex6[xilov èv loîs o-nXois ol Çôda-avTSs . . . Tuv Ss aXkojv oi [xèv To TpavçjLoc TOV vexpov xaTe(pt'kovv ■zffpoa-iriTrlovTes, oi Se t^'tiIovto tcov XSipôjv, oï Se tspoasxvvovv -zsôppœQzv. Yavioi Se Tri 'zsvpa. lo-ixTiaSas v(pévT£s éavToiis à-néa^pct^av . . . — La plupart du temps, les trois récits du même fait se complètent sans se contredire ; ou bien , s'il y a quelque légère contradiction, on peut facilement l'expliquer '-l
W Mais celle remarque n'est pas à la iiièiiie place dans les trois récils : Tacile la l'ait à propos de la lésoliilioii que prend Othon d'arriver à l'empire par la force; IMularque à propos de sa proclamation au Forum; Suétone après avoir raconté sou suicide.
'-) Nous avons déjà relevé quelques-unes de ces contradictions. En \uici d'aulre.s. Tarile (I, o/i) et l'Iutarquc (G., 2G) montrent (jalba décidé à partir pour le camp
l/,0 I.CS SOURCES DE TACITE.
ToJs sont les trois recils de la iiioii d'Othoii '''. — Ollioii s'occupe d'abord de ses amis. Jl les presse;, diL SiK'Iotie, de s()iij<fer à leur salut, les embrasse et les conjjédie tous. Tacite décrit la scène plus longuement et plus éloquemmenl, mais avec un seul détail essentiel de plus : Otlion leur fait donner des voitiu'cs et des navires. IMutarque ajoute seul (jue, dans l'intérêt
Snélone affirme {G., 19) que, malgré l'avis de la pliipaii de ses amis, il avail résolu de ne pas quitter le Palais. Il a mal lu la source. — Suélonc [G., 19) aflirme (jue le bruit de la mort des conspirateurs n'était qu'un piège; Tacite (I, 35) doute. Suétone a simplifié en résumant et commis une inexactitude. — Suétone donne le nom de Seleucus à l'astrologue d'Othon (0., /i). Tacite (I, 99) et Plutarquo {G., ao) l'appellent Plolémée. H est question dans Tacite (il, 78) d'un Seleucus astrologue de Vespasien; Suétone a sans doute confondu; cf. Krauss, p. 96. — Suétone raconte (0., 6) que la révolution faillit éclater le soir même do l'adoption; les conjurés renoncèrent à leur dessein par égard pour la cohorte de garde : c'était la même que le jour du meurtre de Caligula et de fabandoii de Néron; on ne voulut pas la rendre ainsi odieuse. Tacite parle (I, 96) d'une tentative, ou plutôt d'un projet de tentative, à peu près semblable; mais il donne comme date le li janvier (l'adoption eut lieu le 10) et il dit que les conjurés renoncèrent à ce projet parce que, Othon étant inconnu de la plupart des soldats, il pouvait, à !a laveur des ténèbres, se produire de fâcheuses erreurs. La source donnait sans doute les deux raisons : Tacite a trouvé la seconde plus vraisemblable; li' siipi-rslilieux Suétone s'est arrêté à la première. La date est donnée par Tacite ^mk lanl de précision qu'il est presque certain que Suétone a exagéré en disant que le projel fut conçu aussitôt après l'adoption. Cf. Krauss, 96 sq. — Quant à la couliadiction relative au discours d'Othon dans le camp des prétoriens (Tac, I, ^7 sep-. Sué!., 0., 6), il faut la résoudre eu faveur de Suétone : Tacite a fabriqué le beau discours d'Othon de toutes pièces. — Le récit que fait Suétone (0., tS) de la sédilitm des prétoriens est inintelligible au commencement («Placuerat per classiaiios arma Iransferri remillique navibusn). Il n'a pas compris ce que disait la source; cf. Krauss, 97 sq. — D'après Tacite (1, 90), Othon quitta Rome le ik mars, le 96 mars d'après Suétone {0., 8). Tillemont (éd. de Paris, 1790), t. 1, p. 87/1 ; K. Peter, Roeinische Geschiclite, t. 3, 9"" p., p. 99 ; Beckurts, 63; Heraeus, éd. des Iliiit.; Puhl, 5 sqq., tiennent pour Tacite; Krauss, p. 63, est seul pour Suétone. — D'après Tacite (I, /19), Othon serait mort dans sa trente-septième année, d'après Suétone dans la trente-huitième (0., 11). Plutarque dit plus vaguement (0., i8)qn'0llion mourut ayant vécu trente-sept ans. Krauss, ftfi sq. , défend Tacite, ainsi cpie l*ulil, 6, noie 1, et Lezius, 170, note 1. Suétone a voulu corriger la source et s'est trompé. — 11 s'est trompé aussi quand il a dit (ju'Othon régna ([uatre-vliigt-(|uinzc jours. Son règne commença le iG jan\iei', lendemain du iiienrlri' de Galba, et il mourut le 17 avril, ce (pii fait ([ualre-\iiigl-douze jours. Cf. krauss et i'uhl. - Etc.
i'' Tac. H, A8-/19; Suét., ()., 10-1 I ; Plut., 1G-17.
TACITK F/r SIJKTOMv 1^/1
(!<' reiix (|iii ('Inicnt ahseiils. il f'(ii\it ;iii\ villes de les bien li'ai(f'r. — Parmi cciiv à (|iii Ollioii l'ail ses adieux se li-oiiveiif, d'après Suéloiie, son frère et le fils de son frèr(\ Il n'est pas du IomI (|iies(ion de ce frère dans Tacite ni dans Plulanjuo. Suétone, dont les inexacliludes sont fréquentes'" dans ces deux vies, a conunis uik^ ei'reiir : Titianus était, avec l'armée de Bedriacum, enire les mains des vainqueurs, qui n'avaient pas dû le relâcher iivant de savoir à ([uel parti se résoudrait Othon '-'. Quant à Cncceianus, le neveu d'Othon, Plutarque et Tacite racontent en détail comment son oncle se si'para de lui. Plutarque seul fait dire à Othon (ju'il avait l'intention d'adopter ce jeune homme. — Othon, d'après Tacite, avant les adieux à Cocceianus, d'après Suétone, quand il eut congédié tous ses amis, détruisit tous les papiers qui auraient pu être compromettants pour ses partisans. Il est très probable que Suétone, inexact à force de résumer sa source, a déplacé cet incident, afin de réunir en une seule phrase la meiition de tous les adieux. Plutarque n'a rien f[ui corresponde à cet endroit de Tacite et de Suétone. — Suétone dit seul (|ue l'empereur écrivit deux lettres, l'une à sa sœur, pour la consoler, l'autre à Messaline, qu'il s'était proposé d'épouser, pour lui recommander ses restes et sa mémoire. Ce |)rojet de mariage ne s'accorde pas très bien avec le projet d'adoption dont parle Plutarque. \a\ source commune, très détaillée, relatait sans doute les deux versions. Plutanpic a choisi la première, parce qu'elle a quel([ue chose de plus noble, de plus favorable à Othon : c'est là une tendance à laquelle le bionraphe jjrec cède souvent; nous avons vu, par exemple, que, des deux versions sur les dernières paroles de Galba, il n'a rapporté que la plus favorable ^^\ Suétone, étranger à de telles prc'occupations , sachant peut-être aussi par ailleurs '''^ que ce projet
•'' Dans l'avant-dornière noie ikiiis on avons sijjnalé un certain noml)i-o à propos des divergences de Suétone avec les deux autres.
(■-) Après ta l)ataille, Tiliaaus est rentré au camp (Tac, II, /i/t). Il y était encore au moment de la capitulation (Plut., 0., i3). Cf. Krauss, fît).
'■'' Cf. te parallèle de Plutartpie et de Tacite à Plulanpio (G., 07, :i-0).
"■'" Son père était tiihuii dans rarmée d'Otlion (cl'. 0. , lo).
1/r2 LES SOURCES DE TACITE.
d'adonlioii n'aviiit jamais oxislc. n'a nicnlioniK' ([iic le projet (lo mariajjo. Tacito a supprimé ces deux drl.iils, proIjaMenient parce (pie le second lui a fait suspecter la vraiseinljlaiice du premier e[ lui a paru peu propre au but qu'il poursuit dans tout ce l'écit : faire ressortir la noblesse d'àme et le courage d'Othon, émouvoir le lecteur en faveur d'Olbon. — C'est également avant les adieux à Cocceianus que Tacite place la distribution d'argent; Suétone la place après cette scène, comme la destruction des papiers compromettants'", et Plutarque, le moins vraisemblable des trois, après l'essai des poignards, beaucoup trop tard '-'. — Les amis que vient de congédier Otbon et qui veulent quitter la ville, sont arrêtés par les soldats, qui les traitent de déserteurs. Les trois auteurs sont ici d'accord, mais Tacite complète les deux autres quand il dit que les soldats s'en prenaient surtout à Verginius. — A ce moment Otbon ne songeait plus qu'à mourir (Suétone : «rparatus intentus([ue jam mortiw; Tacite : ^«isupremas jam curas animo volutantem 5'' ; Plutarque n'a rien d'exactement semblable). Informé de ce qui arrivait, il défendit que l'on maltraitât personne. Tacite et Plutarque, plus précis que Suétone, disent qu'il prit à l'égard des soldats mutinés une attitude menaçante; Suétone rapporte seul et textuellement ces paroles que prononça alors Otbon : «Adjiciamus vitae et banc noctem.?? Les a-t-il trouvées dans la source commune ? Je croirais plutôt qu'il les doit au témoignage de son père, qu'il cite un peu plus baut '^' : c'est pour cela qu'il les garantit si catégoriquement («bis ipsis totidemque verbisjj). — Tacite ajoute que, rentré cbez lui, Otbon reçut les visites de ceux qui partaient, jusqu'à ce que tous se fussent éloignés sains et saufs. Suétone, un peu moins exact, dit que sa porte resta ouverte à tous ceux qui voulaient le visiter. Plutarque n'a pas de passage analogue, mais il complète les deux autres en disant qu'à l'aube, avant de mourir, Otbon s'assura que
^') Et pour la même raison.
(^' Cf. nolm parallèle de Tadln ol .Ip PhiUirqnr.
lout \o monde ('(ait parti. — Sur le soir, Othon eut soif e( but (If l'eau fraîclie (SuiUone : ttsedata siti gclidae aquae potione^^; Tacite : ç^Sitim liaustu gclidae aquae sedavitw; Plularque dit la même chose, mais l'expression est un peu dilTc-rente), — Il essaya ensuite ses deux poignards; longuement, dit Plutarque seul; il est vrai que Tacite emploie le verbe «pertemptare», qui indique sinon la durée, au moins l'attention, deux choses qui se tiennent. 11 plaça celui des deux qu'il choisit dans ses bras, dit Plutarque; sous sa tête, [dit Tacite, plus vraisemblable; sous son oreiller, dit Suétone, le plus exact et le plus clair. — Avant de s'endormir, ajoute Tacite, il s'assura que ses amis étaient partis; il s'en assura, d'après Plutarque, à son réveil, au moment de se donner la mort. Suétone ne mentionne pas ce dernier scrupule d'Othon. — Il dormit d'un profond sommeil; Plutarque et Suétone sont d'accord sur ce point: Suétone ajoute que la porte de la chambre resta ouverte; Plutarque dit que les valets de chambre s'aperçurent que leur maître dormait profondément ; les deux détails vont parfaitement ensemble. Tacite révoque en doute la version de la source commune : wNoctem quietam, utque adfirmatur, non insomnem egit. ?? — Au point du jour (ici Plutarque place les derniers scrupules d'Othon touchant le sort de ses amis et sa dernière recommandation à son affranchi, deux détails très vraisemblables ^i'), il se perça la poitrine de son poignard, cht Tacite; il se porta un seul coup, au-dessous du sein gauche, dit Suétone, plus précis; Phitarrjue le complète en indic|uant de quelle manière Othon maintint son épée : cette description détaillée est tout
à fait d'accord avec les mots de Tacite et in ferrum
incubuit. 57 — On n'entendit de lui qu'un seul gémissement, dit Plutarque. Son gémissement, dit Tacite, son premier gémissement, dit Suétone, attira les gens de la maison; Tacite nomme en particulier le préfet du prétoire Plotius Firmus. Ils ne trouvèrent, ajoute-t-il d'accord avec Suétone («uno ictu se
'» Cf. noire jiarall(Mc Av T.irilo ,.| dr I>hil;ii(nic.
]hli LES SOURCES DE TACITE.
Irnjoclhi). qu'iiiic seule hlessiire. Suétone dit seul fjue, tantôt cachant, tantôt découvrant la plaie, il expira '^'.
à. Suétone a donc puisé lui aussi à la source commune de Tacite et de Plufarcpie. Il y a puisé moins largement, parce ([ue, voulant faire des biographies et non de l'histoire, il a passé très vite sur les grands événements historiques '-^, il a même laissé complètement de côté ceux cpii ne touchaient pas de très près à la personne de l'empereur'^', et il a multiplié les détails relatifs à la famille, à la carrière, aux mœurs de ses héros''*'. Ces détails il les a trouvés dans d'autres sources rpj'il n'indique pas ordinairement. Cependant on voit qu'il a consulté les archives particulières des familles Sulpicia et Salvia'^'. Il cite aussi le témoignage oral de son père''"''. Il est manifeste qu'il a eu une source particulière pour les prodiges, qu'il rapporte en bien plus grand nombre que Tacite et Plutarque'"'. Nous ne pouvons dire,
') On peut comparer de même les trois versions sur le massacre des marins : Tac, I, 6 et 07; Snét., G., 12; Plut., G., i5; — sur les funérailles de Galba : Tac, I, liÇ); Suét., G., 30; Plut., G., 28; — sur les largesses d'Otlion aux soldats pendant le règne de Galba : Tac, I, ai; Suét., 0., h; Plut., G., 20; — sur les sentiments d'Otlion à Tégard de Néron : Tac, I, 78; Suét., 0. , 7 : Plut., 0., 3; — sur la correspondance d'Otlion et de Vitellius : Tac, 1,7^; Suét., 0., 8; Plut., 0., /i; — sur les funérailles d'Otlion : Tac, II, /jq; Suét., 0., 13; Plut., 0., 17.
(-) Exemple : la guerre entre Otlion et \ ilollius.
■■■') Exemple : la mort de Pison et di^ ^'inius.
t*' Cf. les cbapitres 3-8, 31-28 du Galha: )-s cliapilivs 1-2 et 12 de ïOthon.
(^> «Imagines et elogia universi geueris i'\^ii|iii |(in|;iiiii est?7, dit-il au chapitre 3 du Galba. C'est dans une telle source (pi'il a puisé, selon toute apparence, les détails sur la famille de Galba, et, dans une source de même nature, les détails analogues qui sont au début de VOiIiod.
^') Cf. G. , /i, 8, 10, 18; 0., 7, 8. Ce qui prouve bien ([ue pour les prodiges Suétone consultait une autpc source, c'est, en dehors de celte abondance dont n'approchent ni Tacite ni Plutarque, un phénomène inverso : certames omissions. A propos du départ d'Othon pour la guerre, il cite (0., 8) des prodiges qui ne sont pas dans les autres, mais il ne cite pas tous ceux qui sont dans les deux autres { cf. Tac. , 1 , 1 8 ; et Plut. , 0., /i ) ; parmi les nombreux présages qui annoncent un malheur à Galba le jour de l'adoption , il ne rapporte pas ( G. , 18) l'orage dont parlent Tacite, I, 18, et Plutarque, G., 2 3. Et cependant il a une prédilection d'homme superstitieux pour les détails de ce genre. Dans ces deux cas , l'habitude de se reporter à sa source particulière, chaque fois qu'il s'agissait de prodiges, a
comme pour les deux autres, que la source commune a été sa source presque unique. Mais la comparaison prouve qu'elle a été sa source principale et presque unique pour toute la partie du Galba qui s'étend depuis la proclamation en Espa^jne du nouvel empereur jusqu'à sa mort, c'est-à-dire pour les chapitres 9 à 20, et pour toute la partie de ÏOthon qui s'étend de la proclamation de (ialba à la mort d'Othon, c'est-à-dire pour les cliapitres à à 11, ainsi que pour une bonne partie du chapitre 3 (relations d'Othon et de Néron) et du chapitre 12 (funérailles d'Othon et désespoir des soldats)'^'. Suétone a reproduit la source commune avec beaucoup de légèreté et d'inexactitude, le plus souvent de mémoire, probablement, et sans la relire. Nous l'avons pris plusieurs fois en défaut. Voici une erreur qui montre bien toute sa négligence. 11 prétend qu'Othon offrit un banquet à Néron et à Agrippine le jour même où Néron la fit assassiner. Mais Othon était alors en Lusitanie ! 11 en revint à la suite de Galba en G8, et, d'après Suétone lui-même, il gouverna sa province pendant dix ans'-'. Or Agrippine mourut en mars 5(). D'ailleurs il résulte clairement du récit des Annales que l'exil d'Othon est antérieur à l'assassinat d'Agrippine'-*'. Les erreurs de Suétone viennent aussi assez fréquemment de ce qu'il a voulu résumer en quelques mots une narration développée de la source. Malgré toutes ces irjiperfections, il lui arrive parfois de la reproduire avec plus de fidélité que Plutarque et que Tacite'''.
complèlomonl dulounié son aUention de la source commune, (jui lui aurait fourni de (|uoi allonger la liste.
^'' Clason, Tac. 11. Suet., 100 sq. , donne un tableau détaille de tout ce (jue Suétone a de plus que Tacite pour les règnes de Galba, Othon et Vitellius. krauss, p. 2 0, donne la liste dos renseignemeiils fournis par Suétone seul sur Ollion.
W Tac, Aim., Xlll, /iT), et XIV, 1. — Cf. lu-auss, p. -jG.
^''' (;f. les parallèles que nous avons faits plus haut.
t. Mainlciiaiit (|uc rintlcpeiidance de Suétone par rapport à Tacite et à Plutarque est un fait démontré, et que nous avons le droit de considérer Suétone comme un troisième représentant de la source commune'"', la connaissance que nous avions déjà de cette source devient encore plus complète et plus sure. Là où Tacite et Plutarque sont en désaccord, il nous est possible, grâce à Suétone, de décider, le plus souvent avec une absolue certitude, lequel des deux a reproduit fidèlement la version originale. Ainsi Plutarque dit (G., 97) que Galba fut vaillamment défendu par le centurion Sempronius Densus, et Tacite (I, /i3), que ce centurion essaya de sauver non pas Galba, mais Pison. Plutarque a commis une erreur, puisque Suétone (^G., 90) affirme que personne ne porta secours à l'empereur'-'. Ici, comme d'ailleurs en général, la reproduction de Tacite est supérieure à celle de Plutarque. Mais les cas les plus intéressants à notre point de vue sont ceux où Suétone nous met en mesure de prouver que Tacite est inférieur à Plutarque. Tacite ne dit pas à quel moment de la journée eut lieu ce sacrifice que suivit de près l'assassinat de Galba (I, 9 ■y). Plutarque [G., 2 h) indique qu'il eut lieu é'aOev. A-t-il ajouté ce détail de lui-même ? Non : car Suétone le donne également (G., 19). Si on lit seulement le récit de Tacite, on peut croire (ju'Otbon se retira à Brixellum, sur la rive droite du Pô, après le conseil de guerre (II, 33), et que jusque-là il était avec le gros de ses troupes sur la rive gauche. Plutarque dit nettement que Brixellum fut le quartier impérial dès le commencement de la guerre (0., &]. Il n'y a rien dans Tacite qui empêche de tenir cette version pour vraisem-
''' Nous n'avons pas prélondu, clans le paragraphe précédent, l'aire une étude critique approfondie du récit de Suétone : car notre but n'est pas d'examiner les sources de l'histoire de cette époque , mais seulement de découvrir les sources de Tacite et de savoir comment il s'en est servi.
'-' Dion (LXIV, 6), ou plutôt l'épitomateur Xiphilinus, est d'accord avec Plutarque; mais il est probable qu'en cet endroit le texte de Dion n'est pas indépendant de Plutarque; cf. Monimsen, Hermès, /i, 3o6, note 2.
TAGITK ET SUKTONE. 1/.7
l)l<il)l('; la (•om[)araison avec Suélono (0., <)) j>rouvo (|ii'('lle est viaio. Pliilarc|uc raconte (0., i5) que, pendant la manifestation (|ui se produisit à Brivclliim après le désastre, un soldai d'Ollion se perça de son épée devant l'empereur. Tacite (II, A 6) ihi parle pas de ce suicide. Mais il en est question dans Suétone (0., lo). (ie n'est donc ni une invention de Plutarqne ni un emprunt fait par lui à une source secondaire t^'. Tacite place la restitution des libéralités de Néron après l'adoption de Pison (I, 20). L'erreur clu"onolo<fi({ue est manifeste. Plutarque raconte le même fait beaucoup {)lus tôt ((r. , iG). A-t-ii vu et corrigé la faute de Tacite? Non, puisque Suétone est d'accord avec lui (G,, t5). C'est donc Tacite qui a altéré la source commune. Ainsi nous avons eu raison de voir dans les différences de ce genre entre Plutarque et Tacite, non des inventions plus ou moins heureuses de Plutarque, ou bien des intercalations dans la source principale, mais des arguments en faveur de la communauté de source. L'étude des passages correspondants de Suétone confirme notre opinion.
l2. Nous avons écarté comme invraisemblables les systèmes qui tentent d'expliquer le rapport de Tacite et de Plutarque par
^') Il est vrai que Sudtone et Plutarque, (raccord sur le fait môme l't sur les circonstauces du suicide, sont en désaccord quant au motif. D'après Pliilarqiie, le soldat veut donner une preuve éclatante du dévouement absolu de l'armée à son empereur; d'après Suétone, il est accusé tantôt de mensonge et tantôt de poltromierio, parce qu'il annonce un désastre (celui de Bodriacum), auquel persoimo ne veut croire, et c'est pour cela qu'il se perce do son épée. Suétone raconte ce suicide d'après le témoignage oral de son père. Mais puisque Plutar([ue le raconte aussi, il devait être mentionné dans la source commune; seulement celle-ci donnait le même motif que Plutarque; Suétone l'a rectifiée avec ses renseignements personnels. On conçoit aisément que plusieurs versions aient eu cours sur un fait comme celui-là. Il ne faut pas songer ici à une source secondaire pour Plutarque : il serait bien étonnant que Plutarque et Suétone eussent, chacun de leur côté, complété au même endroit par le même fait la source principale. Plutarque l'a trouvé dans la source commune et l'a transcrit tel (|uel . Sut'toue a élt' en mesure de le raconter d'une manière un peu différente. — Dion (L\n\ 11) raconte la chose comme Suétone. Mais est-il indépendant de Suétone? t^'est douteux. Christenscn, j). 10 sq. , dit oui, et Sickel, 19 sq. , dit non. — Lezius, 160, note, soutient que la narration de Plutarque dérive d'une source secondaire.
1/i8 LHS 'S'OURCES DE TACITE.
la (Irpondancc de Pliitarqne, ([iil aurait adjoint à une source principale, Tacite, des sources secondaires'^^ La comparaison de Suétone avec les deux autres démontre qu'il est tout à fait impossible d'accepter une telle explication. Souvent, là où Plularquc est plus riche que Tacite, Suétone l'est aussi; certains détails par lesquels le récit de Plutarque complète celui de Tacite se retrouvent dans le texte de Suétone. Par exemple, Suétone (G., 1 5) et Plutarque (G., 1 6) racontent seuls, à propos de la restitution des largesses de Néron, que Galba mit en cause même ceux à qui les favoris du défunt empereur avaient vendu ou donné. Suétone {G., f2o) et Plutarque [G., 37) décrivent seuls en détail les outrages subis par la tête de Galba. Si les trois auteurs ont eu la même source, il n'y a là aucune difficulté. Plutarque et Suétone l'ont reproduite plus exactement f|ue Tacite. Si Tacite est la source de Plutarque, comment nous tirer d'embarras? Plutarque est indépendant de Suétone. Il ne reste donc que cette hypothèse : Plutarque a complété Tacite au moyen d'une source secondaire cjui fut aussi la source de Suétone. Mais n'est-il pas merveilleux que Plutarque ait enrichi Tacite précisément à des endroits où Suétone est plus riche que Tacite, qu'il l'ait enrichi précisément de détails qui ne sont autres que ceux par lesquels Suétone l'emporte sur Tacite? Nous avons signalé des passages où la ressemblance des trois auteurs est presque textuelle. Parmi ces passages il y en a où Plutarque se rapproche plus encore de Suétone que de Tacite. Relativement à la parole de Galba sur les soldats, le grec de Plutarque [G., 18) est la traduction littérale du latin de Suétone. Tacite (I, 5), plus concis, n'a pas l'équivalent du verbe consucsse: dœSévcti. De même. Tacite (I, i3) signale avec plus de concision que les deux autres l'empressement d'Othon à se déclarer pour Galba: «Primus in partes (sans ajouter Galhae) transgressus. v Le nom de Galba est exprimé dans les passages correspondants de Suétone (0., k : rcConatibus Galbae primus ... -7) et de Plutarque (^G., 20 : A7roo-7afTo? Se
VâXëoi -srp&ÏTos . . . ]. Dira-t-on ([uc ces reneonlres, et d'aulres semblables, sont purement fortuites, c'est-à-dire que, par basard, en traduisant Tacite, Plutarque s'est rapprocbé davantage de Suétone? Ce serait encore là un hasard prodigieux. Il serait absurde de prétendre qu'en ces endroits Plular(jue a reproduit non pas sa source principale, Tacite, mais une source secondaire qui était aussi la source de Suétone. En un mot, le rapport de Suétone et de Plutarque ne peut s'expliquer que si l'on admet pour Tacite, Pbitarcpie et Suétone, une source principale commune.
3. Nous avons pu démontrer'^', par la seule comparaison de Tacite avec Plutarque, que les citations de versions dillerentes, (jiiand elles sont faites sous la forme indéterminée, ne doivent pas être regardées comme un indice de l'emploi et de la fusion de plusieurs sources, du moins en ce qui concerne Plutarque. Mais il y a dans YOthon de Plutarque deux citations avec noms propres. Prouvent-elles que Plutarque a consulté directement, comme sources secondaires, puisque d'après nos adversaires sa source principale est Tacite, les autorités qu'il produit ainsi? L'une des deux, celle de Cluvius [0., 3), se retrouve dans Suétone (0., y), très reconnaissable, quoique le nom propre y ait été remplacé par une formule indéterminée. L'autre, celle de Secundus (0., f)) serait donc par cela seul très suspecte, et nous avons remarqué plus haut qu'il y a d'autres motifs de croire que Plutarque l'a tout simplement prise dans sa source. Ainsi est réfuté un argument que font valoir ceux qui soutiennent qu'il faut voir dans le récit de Plutarque une reproduction du récit de Tacite corrigé ou eni'icbi sur certains points au moyen de sources secondaires.
Une autre conséquence du parallèle de Suétone avec Tacite et Plutarque, c'est que les scrupules de ceux à qui il répugne d'admettre que, chez Tacite non plus, les formules de citation n'indiquent pas sûrement des recherches personnelles, sont sans
^' ci: rh. i.g vu, n'' ;!.
fondement. Suclonc est indépen<l;uU do Tacite. Or ils cilcnt l'un cl l'autre deu\ versions opposées sur les dernières paroles de (Jalba, et ils les introduisent par des formules tout à fait (k{uivalentes. Suétone (G., 20) dit : «Sunt qui tradant... 57, pour la version défavorable, et : 'rPlunss autem prodiderunt . . . w, pour la version favorable; Tacite (I, /n ) : n ... varie prodidere. Alii . . . (version défavorable); plures... (version favorable). w Nous avons donc le droit d'affirmer que les nombreuses citations de versions ou d'opinions"' dont les Histoires sont parsemées ne prouvent nullement que Tacite ait fondu ensemble plusieurs sources pour composer cet ouvrage. On ne peut pas en tirer une objection sérieuse contre la communauté de source'-*.
à. Enfin le parallèle de Suétone avec Tacite et Plutarque nous a mis en mesure de relever, tantôt onlre Tacite et Suétone, tantôt entre Plutarque et Suétone, tantôt entre les trois auteurs, des ressemblances verbales ou à peu près, comme celles que nous avions déjà observées entre Tacite et Plutarque. Cette constatation est particulièrement intéressante. Elle prouve d'une façon péremptoire que des ressemblances verbales il ne faut pas conclure à la dépendance, que celles de Plutarque avec Tacite ne sont pas un argument contre la communauté de source. Peut-on bésiter à le reconnaître, quand on trouve entre Tacite et Suétone des concordances presque littérales comme celles-ci? Suétone [G., 90): w.Plures autem prodiderunt optulisse ultro jugulum et ut boc agerent, ac ferirent, quando ita videretur, liortatum 55 ; Tac, ( I , /i 1 ) ; k Plures ( prodidere) obtuiisse ultro percussoribus jugulum: agerent ac ferirent, si ita e republica videretur 55; Suét. (0. , /i) : « . . . quotiens caena principem acciperet, aureos excubanti eohorti dividebat ... ?) ; Tac. (I, -ih):^^ ... quotiens Galba apud Otbonem epularetur, eohorti excubias agenti viritim centenos nummos divideret . .. v
'') Celles du moins qui sont introduites par une iormule iiKlétemiinée» Quand Tacite nomme sa source ou atteste qu'il l'a lui-même consultée, il faut l'en croire, si l'on n'a pas, comme pour Plutarque, la preuve que l'emprunt est indirect.
(2) a. ch. I, S vu,nVi.
TACITE 1:T SlIKTONE. 151
\jv <;()ùl tics aulillièscs, la rcclierclie des expressions à ell'et, (loiil iiods a\oiis remarque des traces nombreuses chez Tacite cl (lie/ Plularque, étant aussi l'un des caractères frappants du sl\lc d(^ Suétone dans le Galha et YOlhon, on est bien obligé d'avouer (pie la présence de ces antithèses, de ces expressions à elîet,daus le grec de Plutarquc, peut s'expliquer autrement que j)ar l'imitation de Tacite. Par exemple. Tacite et Suétone opposent en une phrase antithétique l'opinion qu'on avait de Galba avant son élévation ;\ l'empire avec la façon dont il régna; Tac. (I, /i(j) : « Major priva to visus, dum privatus fuit, et omnium consensu capax imperii, nisi imperassetw; Suét. (G., i/i) : ^Majore adeo et favore et auctoritate adeptus est quam gessit imperlum. 53 Suétone étant indépendant de Tacite, peut-on nier que Plularque le soit aussi, parce que, au mot de Tacite : «Cum timeret Otho, timebaturw, correspond un mot identique de Plutanjue (0., 3) : ^o^ovyisvos yàp vTrèp tcov dvSpcov, avTos ^v (po€spo5 èxelvois . . .? Que des rapports comme celui-ci ne condamnent pas l'hypothèse de la connnunauté de source, la présence dans Plutarque de prétendus mots à la Tacite, dont nous n'avons pas trouvé l'équivalent dans Tacite, nous l'a déjà prouvé. Les rapprochements du même genre que l'on peut faire entre Tacite et Suétone confirment notre démonstration. Ils doivent aussi achever de convaincre les plus incrédules que Tacite a fort bien pu emprunter les réflexions, les appréciations de sa source; nous l'entendions tout à l'heure émettre le même jugement que Suétone sur la déception infligée par le gouvernement de Galba aux espérances que sa vie antérieure avait fait concevoir de lui.
1. Le récit de Plutarque s'arrête à la mort d'Othon. Celui de Tacite contient en outre tout le règne de Vitellius et les premiers événements du règne de Vespasien. En comparant avec Tacite le Vilellius de Suétone et les parties du Vespasien, du Ttlus et du Domilicri qui se prêtent au parallèle, nous allons voir
(|ii'i(i encore les deux écrivains ont eu la même source principale. Pour (jue la communauté de source soit établie, il nous suflira, les Histoires étant sûrement antérieures aux Vies des Césars, de montrer que la ressemblance continue et souvent très frappante des deux récits ne peut s'expliquer par la dépendance de Suétone conq)lélant Tacite, source principale, au moyen de sources secondaires. Du reste, et avant toute démonstration, il est on ne peut plus vraisemblable que la parenté des deux écrivains ne change pas de nature après la mort d'Othon. Puisque Suétone ne s'est pas servi de Tacite pour les règnes de Galba et d'Othon, selon toute probabilité il ne s'en est pas servi non plus pour les règnes de Vitcllius et de Vespasien, qui font si étroitement corps, celui de Vitellius surtout, avec les deux autres. Il serait bien extraordinaire qu'il eût abandonné la source commune en quelque endroit de cette année 69 dont tous les événements se tiennent. Mais cela serait possible à la rigueur et le parallèle n'est pas superflu.
Il est évident que Suétone ne s'est pas adressé à la source commune, à un historien de l'année 69, pour avoir les détails très abondants qu'il donne, dans les six premiers chapitres du Yilellius, sur la famille du futur empereur et sur sa carrière jusqu'au moment où, nommé par Galba gouverneur de la Germanie inférieure, il commence à jouer un rôle historique '^^. Le biographe cile deux de ses sources : Q. Elogius et Cassius Severus, et il en a eu d'autres. II n'est pas surprenant que dans Tacite, qui n'est pas un biographe, nous ne trouvions à peu près rien qui corresponde à toute cette partie de Suétone. Notons pourtant deux jugements très semblables sur Sextilia, mère de Vitellius. Suétone (3) l'appelle ^t probatissima feminaw, et Tacite (II, 6/i) loue la Kprobitas?) de cette femme «antiqui moris». Tacite et Suétone sont également d'accord dans leur appréciation sur le proconsulat de Mtellius en Afri(|ue. t^n provincia
^'' De même les chapitres i-3 du Vespasien et, sajis doute, certaiiïs détails du chapitre A , les chapitres 1, 3 du Titus, une partie du chapitre 1 du Doinùien ^ ne dérivent pas de la source commune.
TACITH ET SUETONE. 153
siiipularem innoccnliam pracslilit», dit Suétone (5). ut Inlcpruni illic ac favorabilem proconsulaluin Vitellius. . . ogeratjj, dit Facile (II, 97), La source commune, s'il y a vraiment commuiiaulé de source, ne peut avoir fourni à Suétone beaucoup de matériaux pour cette parlie, mais il n'est pas impossible que ces concordances remontent jus({u'à elle.
Les événements que Suétone raconte dans les chapitres 7^9, c'est-à-dire la révolte des légions de Germanie, la proclamation de Vitellius et ses préparatifs de guerre, se sont passés sous les règnes de Galba et d'Othon; aussi est-ce là que Tacite '^^ et même Plutarque^-' les racontent. Nous pourrions faire, pour cette partie, des rapprochements entre les trois auteurs, surtout entre Tacite et Suétone. Mais puisque la communauté de source est déjà démontrée pour les règnes de Galba et d'Othon, ils seraient inutiles : la source commune, qui était un historien et non un biographe, racontait évidemment la révolte des légions de Germanie avant la mort d'Othon ^^^ Nous arrivons donc tout de suite à des rapprochements qui puissent nous éclairer sur cet aulre point : pour le règne de Vitelhus et les premiers temps de Vespasien, Tacite et Suétone ont-ils eu la même source principale 1
2. Pour établir d'abord que d'un bout à l'autre il y a parenté entre les deux récits, nous citerons une série de passages où la ressemblance est manifeste, mais où rien ne dénote l'indépendance de Suétone : car il n'y est pas plus complet ou plus exact que Tacite. — Vitellius est encore en Gaule, quand il apprend la victoire de Bcdriacum et la mort d'Othon ^^'; Suét. , Vit., 10 : et De Bedriacensi victoria et Othonis exitu. . . audiit^i; Tac, II, 67 : «Prospéras apud Bedriacum res ac morte Othonis considisse bellum accepit. v — Un des premiers soins de VileUius
'-') Cf. I, 01-70.
(^) Cf. 6'., 3^.
'■■') Et même avant la mort de Galba. Cf. noire parallèle de Plularque et de Tacite à Plutarque, G., 32.
W Suétone ( Vit., 9) se (rompe (piand il dit ([ue Vitellius apprit le meurtre de «Jallia avant le départ de ses lieutenants. Cf. Tac, I, G'i et G7
j5'i I^ES SOU H CES DE TACITE.
("lit (le licencier les cohortes prétoriennes; Siiél. , \ o : r, . . . jussas Iribiinis Iradcre arma??; Tac, H, G7 : s . . .arma ad tribnnos suos defcrebant??. — Vilellius prend possession du [)outilicat suprême le jour anniversaire du désastre de l'vV 11 ia; Su(''l., Il : « . . .Omni divino liumanocpie jure neglecto. . . w; Tac, il, ()i : ç^Adeo oninis liumani divinique juris expers. 55 — Au milieu du Champ de Mars, avec le concours des collè^jes de prêtres, il offre mi sacrifice aux mânes de Néron (Suét., 1 1 ; Tac, II, 95). — Il accorde à son affranchi Asiaticus l'anneau des chevaliers pendant un festin, après avoir, quelques heures plus tôt, repoussé la demande que toute son armée lui faisait de cet honneur pour le favori (Suét., la^'*; Tac, II, 67). — Vitellius, d'accord avec le sénat, envoie aux généraux flaviens des députés, et même les Vestales, pour essayer d'obtenir la paix ou au moins un délai; Suét., 16 : «Suasitque senatui ut legatos cuni virginibus Vestalibus mitterent, pacem aut certe tempus ad consultandum petiturosj^; Tac, III, 80 : «i\Iox vocato senatu deliguntur legati ad exercitus, ut. . . concordiam pacemque suaderent. . . ??; 81 : «Obviae fuere et virgines Vestales cum epistulis Vitellii ad Antonium scriptis : eximi suprême certamini unum diem postulabat. v
La grandeur future de Vespasien a été annoncée par les dieux. Dans un de ses domaines un cyprès fut soudain renversé; le lendemain il était plus beau qu'auparavant (Suét., Vesp., 5, Tac, II, 78). — Plus tard, l'oracle du Carmel lui répondit ([ue l'entreprise à laquelle il songeait, quelle qu'elle fût, réussirait (ibid.). — Le préfet d'Egypte, Tiberius Alexander, fait prêter par ses légions le serment de fidélité à Vespasien le jour des calendes de juillet (Suét., 6 : «Tiberius Alexander, praefectus Aegypti, primus in verba Vespasiani legiones adegit, kalendis juliis, qui principatus dies in posterum observatus est 57; Tac, II, 7C) : «Initium fercndi ad Vespasianum imperii Alexandriae coeptum, festinante Tiberio Alexandre [Tacite lui donne un
''' Suétone dit que ce fait se passa Kprimo imperii die»; Tacite, plus clair, le jom' où Vilellius apprit la dél'aile et la mort d'Othon.
TAGITI- ET SIJKTONE. 155
ptMi plus liaiil, II, 7/1, son lilrc de [)r('f('l (rK{;y[il('|, (|iii ka- [(Mulis juliis sacramento ejiis Icgioiics adegit. Is(|iie priiims pn'ncipalus dics in posterum celebratusr). — L'armée de Judée prela le serment en présence de Vespasien lui-même le cinquième jour avant les ides, d'après Suétone ^'', avant les nones, d'après Tacite (Suét. : «Judaicus exercitus quinto idus jiilias apud ipsum juravil'v, Tac. : « . . . Quamvis Judaicus excrcitus quinto nonas julias apud ipsum jurassel"). — Le bruit avait été répandu ([ue Vitellius voulait faire permuter les légions de Germanie avec celles d'Orient (Suét. , G : wsimul rumor dissipatus destinasse victorem Vitelliuni permutare hiberna legionum et Germanicas transferre in Orienteni ad securiorem moUioremque militiamw; Tacite, II, 80 : « , . . adseverabat Mucianus statuisse Vitellium, ut Germanicas legiones in Suriam ad militiam opulentam quietam- <[ue transferret, contra Suriacis legionibus Germanica hiberna . . . mutarenturjî), — Le roi des Parthes, Vologèse, promit à Vespasien un secours de 4o,ooo hommes (Suét., 6; Tac, IV, 5i)'^'. — Vespasien se rend à Alexandrie pour être maître des portes de l'Egypte (Suét., 7 : «Ut claustra Aegypti obtinereti'; Tac, II, 82 ; «Vespasianuni obtinere claustra Aegypti placuitw). — Là, il va au temple de Sérapis (Suét. : ^De firmitate imperii capturus auspiciumw; Tac, IV, 82 : ^Ut super rébus imperii ConsuleretîJ. — Suét.: «Summotis omnibus soIusjj; Tac. : «Ar-
'') Suétone s'est trompé; cf. Tac, II, 80 : frid ipsum opperiens (que les légions de Judée eussent prêté serment), Mucianus alacrem miUtem in verba Vespasiani adegit (les légions de Syrie)n; 81 : t-Ante idus julias Suria oninis in eodem sacramento fuit.n Suétone a confondu les deux armées. — Au contraire, il semble bien qu'il a raison contre Tacite, lorsqu'il place la révolte des troupes de Mésie en faveur de Vespasien avant celle de l'Orient (cf. Beckurts, 58, note 1 ). Suétone est beaucoup plus précis (ceterum divulgato facto, Tiberius Alexandcr. . .) que Tacite (II, 85 : «accelerata intérim Vespasiani coepta Illyrici exercitus studio»). De plus, il ressort du récit de Tacite lui-même (II, 85 et gii) que les légions de Mésie ont dii se révolter peu de temps après la bataille de Bedriacum.
'-' On pourrait croire , en lisant Suétone , que cette promesse fut faite à Vespasien au moment de sa proclamation. Il n'en est rien. Suétone, abrégeant la source , a voulu réunir dans la même pbrase les deux principaux alliés de Vespasien, Mucien et Vologèso. Le fait ne se passa (ju'après la mor( de Viloilius (Tac, IV, 5i).
ceri ((Mn])l(> cmictos jubelw). Après avoir prie, il su rcloiirnc el voil un certain Basilidcs ''*. Or ce Basilides élait alors retenu par la maladie très loin d'Alexandrie (î/;iV/.),
Ce que dit Suétone [Til., 3) de l'extérieur de Titus : «Forma oj;regia et cui non minus auctoritatis incsset quam graliac^?, s'accorde tout à fait avec la description plus concise de Tacite (II, i) : «Décor oris cum quadam majcstatc?. — Titus, du vivant de Galba, partit pour Rome, chargé par son père d'aller féliciter le nouvel empereur; mais tout le monde croyait que Galba l'avait mandé pour l'adopter (Suét., 5 : « . . - rpiasi adoptionis gratia arcesseretur??; Tac, II, i : « . . . accitum in atloptionem w). — Quand il apprit la mort de Galba, il rebroussa chemin et visita en passant le temple de Vénus Paphienne (Suét., 5; Tac, II, -2). — Il consulte l'oracle sur sa navifjalion et sur son avenir; la réponse est favorable (Suét., 5; Tac,
II, /j). — Vespasien le charge d'achever la guerre de Judée (Suét., 5 : «ad perdomandam Judaeam relictusw: Tac, V, 1 : «perdomandae Judaeae delcctus a pâtre w; cf. II, S^î , et IV, 5 1 ).
AjDrès l'entrée victorieuse de l'armée flavienne dans Rome, Domitien se montre et il est salué César (Suét., Dom., 1 : «Post victoriam demum progressus et Caesar consalutalus . . . ??; Tac,
III, 86 : «Domitianum, postquam ijihil hostile metuebatur, ad duces partium progressum et Caesarem consahitatum . . . "). — N'étant encore que lils d'empereur, il se signale bientôt par ses débauches adultères (Suét., 1 ; Tac, IV, 2). — On lui décerne la préture avec le pouvoir consulaire (Suét., 1; Tac, IV, 3). — Il cachait ses vices sous une modestie hypocrite et une apparente passion pour la poésie (Suét., 2 : «Simulavit et ipse mire modestiam in prhnisque poeticac studiuuu?; Tac, IV, 86 : «Simplicitatis ac modestiae imagine in altitudincm conditus studiumque litterarum et amorem carminum simulans... 35).
3. Si le rapport de Suétone et de Tacite était constamment le même que dans les passages dont nous venons de faire l'énu-
l'> Suétone (lit «Basilides ILbcrtus»; Tacite : tte prlmorilnis Aegypliomni 110mine Basilidem». Il y a divergeucc, mais sur un détail iusigniiiaiU.
m('rntion,on pourrait croire qu'il s'est servi do Tacite, quelquelois en le copiant textuellement, le plus souvent en le résumant. Mais il y a aussi un peu partout des passages où Suétone, ressemblant encore de très près à Tacite, lui est supérieur en abondance ou en précision, et de telle sorte qu'il ne faut pas songer à expliquer cette supériorité par l'adjonction à Tacite d'une source auxiliaire. — A propos de la visite de Vitellius au champ de bataille de Bedriacum, Tacite dit simplement que Vitellius ne détourna pas les veux devant ces milliers de cadavres de citoyens privés de sépulture (II. 70). Suétone, plus jirécis e( plus réaliste, raconte qu'il prononça cette horrible parole : KOplime olere occisum hostem et melius civem??, et qu'il lit apporter du vin pour combattre l'effet de la mauvaise odeur (10). — Au même chapitre, il dit que Vitellius célébra un pervigiUum en plein Apennin; Tacite n'avait-il pas ce détail précis sous les yeux, quand il a écrit (II, 68) : «Apud Vitellium omnia . . . pervigiliis ac bacchanalibus quam disciplinae et castris pro[)iora?5? — Vitellius avait désigné les consuls pour plusieurs années, dit Tacite (III, 55), pour div ans, dit Suétone (11). — Il chassa d'Italie les astrologues, dit Tacite (II, G 2). Il leur ordonna de quitter Rome et ITtalie avant les calendes d'octobre, dil Suélone (lA). — Vitellius essaye d'abdiquer. Suétone (i5) raconte trois tentatives d'abdication; Tacite (III, 68), une seule (jui correspond à la troisième de Suétone. Dans la scène que décrivent les deux auteurs, Vitellius tend son poignard au consul, (pii le refuse; d'après Tacite, il s'éloigne alors pour aller le déposer au temple de la Concorde; d'après Suétone, il présente auparavant son poignard à chaque magistrat, à chaque sénateur, et tous le refusent. Ces différences démontrent l'indépendance de Suétone. Mais, d'autre part, les ressemblances sont trop frappantes pour qu'on puisse nier la parenté des deux récits : Vitellius veut abdiquer dans l'intérêt de la paix publique (Suét. : rJuravit. . . nihil sibi antiquius cpiiete publica fore??; Tac. : f. . . .cedere se pacis et rei publicae causai). Il tend son poignard au consul (Suét. : rSolutum a latere pugionem con-