CHAPITRE PREMIER
1. Le premier livre des Histoires de Tacite et la première moitié du deuxième ont, avec le Galba et ïOtJion de Plutarf[ue'^\ une ressemblance frappante, signalée depuis longtemps et plusieurs fois étudiée. Non seulement la marche générale des deux récits est la même, mais jusque dans les moindres détails ils appellent la comparaison. A chaque instant les deux auteurs racontent un fait, jugent un personnage, apprécient ou motivent une action de la même manière; enfin, malgré la différence des langues, la ressemblance est manifeste dans l'expression. Il n'y a
f' Sur les preuves de l'authenticité du Galba et de VOlhon cf. Wiedemann , p. .S sqq. — L. von Ranke, p. 9 85, émet cette conjecture bizarre que le Galba et YOthoii pourraient bien être , non pas à proprement parler un ouvrage de Pluf arque, mais un écrit grec annoté par Plutarque, qui aurait ajouté, par exemple, l'introduction, les renseignements de Mestrius Florus {Othon , lU). Il est vrai que ces deux biographies ne ressemblent pas de tout point aux Vies parallèles; mais les différences, dont nous aurons fout à l'heure à reparler, s'expliquent sans qu'il faille avoir recours à une telle hypothèse.
j);is lien d'insister sur ces divers points et de produire ici des exemples; la chose n'est contest(5c par personne; d'ailleurs nous allons bientôt nous livrer à un parallèle détaillé des deux récits pour déterminer la nature de leur parenté.
Etant donné le degré de la ressemblance, la parenté ne peut être que de deux sortes : ou bien les deux auteurs ont puisé à une seule et même source (s'il y avait eu plusieurs sources communes, on ne saurait concevoir que Tacite et Plutarque soient tombés si constamment et si exactement d'accord ; pour la même raison, il faut admettre que cette source commune a été la source principale et presque unifjue pour chacun des deux auteurs; il y a tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, des traces de sources secondaires, mais assez rarement); ou bien l'un des deux auteurs a reproduit l'autre. Je ne crois pas qu'on ait jamais soutenu que Plutanpie était la source de Tacite'^' : le Romain, ayant à raconter une période de l'histoire romaine, pour laquelle, nous le verrons, les sources latines ne lui manquaient pas, aurait-il songé à copier le récit d'un Grec (|ui, du reste, n'était pas un véritable historien, mais un biographe? Il serait donc superflu de démontrer l'indépendance de Tacite par rapport à Plutarc|ue, en constatant que sur beaucoup de points sa narration est supérieure à celle du Grec par la précision et l'abondance, et qu'elle n'aurait pu découler d'une telle source principale, même avec adjonction de sources secondaires. La question à résoudre est, en somme , celle-ci : Y a-t-il entre Tacite et Plutarque communauté de source, ou bien Tacite est-il la source de Plutarque?
Au premier abord, la seconde hypothèse, il faut l'avouer, paraît la plus vraisemblable : elle répond mieux à l'idée que l'on se fait ordinairement de l'originalité de Tacite. En vertu de
''> D'après L. von Ranke, p. '1,87, Tacite aurait ou pour source, non pas sans doute Plutarque, mais la relation jjrecque annotée par Plutarque; et il aurait essayé de la fondre avec une autre source, avec une relation latine. La suite de notre étude montrera l'invraisemblance absolue de cette opinion, à laquelle on peut, d'ailleurs, opposer la question préalable, puisqu'elle ne pourrait être admise à la discussion que si l'hypothèse mentionnée dans la note précédente avait d'abord été démontrée.
TACITE ET PLUTAHQUE.
celle opinion rcciio, il nous répiijjne (riulmellrc «jue le (jrand historien se soil astreint à suivre de très près une seuie source, qu'avec le fond il lui ait emprunté jusqu'à un certain point la forme même de son ouvrage ou d'une partie de son ouvrage. Or cette conclusion est le corollaire inévitable de la première hypothèse. C'est pourtant à celle-ci que des preuves décisives nous forceront de donner la préférence.
2. Puisque Plutarque n'est sûrement pas la source de Tacite, la difficulté serait tranchée s'il était prouvé que le Galha et YOthon sont antérieurs aux Histoires. Elle reste entière, s'il est impossible de savoir à qui de Tacite ou de Plutarque revient la priorité, et même s'il est prouvé qu'elle revient à Tacite : car, de ce que le Galba et YOthon seraient postérieurs aux Histoires, il ne s'ensuivrait pas nécessairement que Plutarque s'est servi de Tacite. Examinons ce problème de chronologie relative.
Les Histoires n'ont pas été publiées'^' avant la mort de Nerva; elles ont paru sous le règne de Trajan; cela résulte de la phrase par laquelle se termine le premier chapitre du livre I : rcQuod si vita suppedilet, principatum divi Nervae et iraperiura Trajani, uberiorem securioremque materiam, senectuti seposui., .jjNerva avait donc reçu les honneurs divins et Trajan était empereur quand Tacite écrivait l'introduction de son ouvrage. La publication en fut achevée avant la fin du règne; car il est certain qu'à l'avènement d'Hadrien une partie au moins des Annales était déjà écrite : au chapitre 61 du livre II, Tacite fait allusion aux conquêtes de Trajan qui ont porté au delà de l'Euphrale les bornes de l'empire : rr... Romani imperii, quod nunc Rubrum ad mare patescit»; or ces conquêtes furent abandonnées et la frontière fut ramenée à l'Euphrale dès l'avènement d'Hadrien'-'. Puisque entre 1 1 5, date de ces conquêtes de Trajan, et 1 1 7, le deuxième
^'' D'après Ritter (cf. Haase, Corn. Tac. opéra, p. xiii, note ^7), quand Tacite écrivait dans VA^ricola, cli. 3 : frNon pi{jebit. . . memoriam prioris servitutis. . . composuisseï, les Histoires étaient déjà composées, mais encore inédites. Nipperdcy, iiifrud. , p. xii sq. , rél'ute cette opinion par d'excellentes raisons.
^^' Cf. ^ipperdey, introd., p. 16, ot son commentaire au passage cité.
livre (les Annales cl;iil n'iligé, c'osl (|Uo Tacite Iravaillail à ce îimivel oiivra'je et avait termine l'autre depuis quel(|ue temps (l(jà. Il y a tout lieu de croire qu'il se mit à la préparation des Ilisloires aussitôt après avoir publié YAgncola, où il annonce son dessein de raconter le règne de Domitien et les règnes réparateurs de Nerva et de Trajan : «Non tamen pigebit. . , memoriam prions servitutis ac testimonium praesentium bonorum composuisse» (Afrric, 3). Or VAgricola parut tout à fait au début du règne de Trajan, en 98'''. Ce qui nous porte à penser que de la préparation il dut sans tarder longtemps passer à l'exécution, c'est que, dans la phrase de l'introduction citée un peu plus haut, il déclare (ju'il réserve pour sa vieillesse les règnes de Nerva et de Trajan; il n'est donc pas encore un vieillard; et il est né vers 55^-'. Cependant cette introduction, où la matière qu'il se propose ainsi de traiter plus tard est c|ualifiée de «uberiorem», ne peut guère avoir été écrite avant le premier triomphe dacique de Trajan, qui est de 102 ; ce sont précisément ces exploits du nouvel empereur qui constituent la richesse de la matière'^'. La correspondance de Pline vient à l'appui de notre opinion'*'. Dans les lettres antérieures à io5 il est plusieurs fois question de Tacite f^', mais il n'est loué fjue comme orateur. Deux lettres de
i'' Sur la date de YAp^ricola, cf. iMommson, Zur Lebeiisgeschichte des jnngeren PUuina, p. loG, note /). = Etude mr la vie de Pline le Jeune, p. 81, noie 1.
^2) Cet argument est de Haase, ouv. cité, p. xiii.
^^^ Cf. Hirzel, p. ho. Haase, pass. cité, va trop loin quand il affirme que Tacite n'a pu parler ainsi qu'en songeant aux deux trîomplies daciques. Le second est de loG.
^"i'^ Pour la chronologie des lettres de Pline , cf. Momnisen , Hermès , 3 , p. 3 1 sqq. = Etude sur Pline le Jeune, trad. C. Morel. Tous les résultats de cette remarquable discussion ne sont pas certains; cf. Stobbe, Philologus, t. 3o, p. 3/17 sqq., et C. Peter, ibid. , t. Sa, p. 698 sqq. Mais en ce qui concerne les dates sur lesquelles nous nous appuyons ici, s'il n'y pas accord complet entre Mommsen et J. Asbach, (jui est le dernier à avoir traité cette question {Rhén. Mus., t. 36, p. 38 sq(j.), du moins les divergences, que nous allons signaler, n'ont pas grande importance pour nous. — C'est aux pages 80 sqq. de la traduction française (p. 107 du texte) que Mommsen parle des relations de Tacite et de Pline. — Voir aussi ce qu'il dit de la date des Histoires, Hermès, t. /i, p. 398.
'^MI, 1 et 11; m, 33. Cf. aussi I, 20. Si l'on s'en lient à la chronologie do Mommsen, aucune de ces lettres n'est postérieure à 102. D'après Asbach,
lol) ou 107 (\ I, iG ci Qo)"^ nous le montrent à l'fniivrc. Pline lui envoie sur l'éruption du Vésuve de yc) des renseignements ([u'il a demandés afin de pouvoir raconter cette catastrophe avec plus de vérité'-'. Une autre lettre qui est de 107 '^' {Vil, 33) lui fournit des détails sur un événement de l'année 9 3. Pline, cpii a joué un rôle honorable dans cette affaire, voudrait qu'il en fut parlé dans les Histoires, auxquelles il prédit l'immortalité. De tout cela'^' on peut conclure, sans prétendre à fixer des dates j)récises, que les Histoires ont été écrites de io5 à 108 environ. Il convient d'ajouter que, très vraisemblablement, Tacite publia son ouvrage par parties'^' et que la première de ces parties, qui a pu paraître dès io5, comprenait au moins les deux premiers livres, c'est-à-dire tout ce qui correspond au Galba et à YOthon.
Quant à Plutarque, il ne s'est sans doute pas interrompu dans la série des Vies parallèles pour écrire les Vies des Césars: il a écrit celles-ci soit avant, soit après les autres. Mommsen'''' croit qu'il faut les considérer comme un ouvrage de début. Ce ne sont pas de véritables biographies : dans le Galba, il est à peine question de la vie du personnage antérieurement à la révolution qui le fit empereur; dans VOtJion, cette partie manque
les trois premiors livres conlioruient des ieltrcs dont les dates varient entre 97 et loi.
''' Date donnée par Moauusen. D'après Asbacli, les lettres des livres V et suivants sont de 106 à 109.
'^' V que verius tradere posteris possis» , dit Pline (VI, iG, 1 ).
^■^' Toujours d'après la chronologie de Mommsen.
'^' Dans deux autres lettres (VII, 90; VIII, 7), qui sont à peu près de la même époque, il est question d'un ouvrage ou d'une partie d'ouvrage [librum), envoyé par Tacite à PKne. Mommsen conjecture a\ec beaucoup de vraisemblance qu'il s'agit de livres isolés dos Histoires.
'*' Cette opinion, émise par ilonimsen, pass. cités, n'a pas trouvé, à ma connaissance du moins, de contradicteur. Moumisen croit que l'ouvrage l'ut publié par livres isolés; Nissen, que la première partie de la puljlication comprenait les livres 1 et II {Rhe'n. Mus., t. 26, p. 535 sq. ); Woliïlin, Die hexadische Composition des Tacilus, p. 157 sqq., ne séparerait pas le 3° livre des deux premiers, avec lesquels il forme une triade.
('■) Hei-mh, l. ti, p. f?97. — Raison déjà indiquée par Wiedcmann, p. Aô.
complèlomcnl, ou pliilôl il faut aller la chercher dans le Galba, à l'endroil où Olhoji «uitre en scène, et l'auteur fait commencer la hiojjraphie d'Othon au moment même où commence son règne; c'est-à-dh'e que Plutarque procède ici non comme un l)iographe, mais comme un annaliste. Entre la biographie d(^ Galba et celle d'Othon, il n'y a pas de séparation et le récit se prolongeait sans interruption dans une troisième vie, aujourd'hui perdue, celle de Vitellius (cf. Otiion, 18). Plutarque cherche bien à isoler son personnage, à faire de chaque biographie un tout complet, ce qui est un caractère essentiel du genre et le distingue de l'histoire, mais il y réussit très mal. Il est plus fidèle à la chronologie, plus sobre de raisonnements et de réflexions, que dans les Vies parallèles. On peut, il est vrai, essayer''^ d'expliquer toutes ces diflerences en disant que, dans les Vîcs des Césars, Plutarque ne s'est pas placé au même point de vue pliilosophique et doctrinal que dans les Vies parallèles, qu'il a voulu faire autre chose, une œuvre qui, sans être une histoire proprement dite, ressemblât davantage à l'histoire.
L'argumentation de Mommsen n'est donc pas décisive, et les quelques considérations que nous pouvons y ajouter ne sont pas non plus de nature à produire la certitude. Il semble que les événements de l'histoire romaine à peu près contemporains, ceux du 1" siècle de l'empire, ont du attirer l'attention du biographe grec plus tôt que ceux de l'époque républicaine. Mais, d'un autre côté, n'est-il pas vraisemblable'-^ que l'idée de comparer avec d'illustres Romains ses compatriotes illustres lui est venue à l'esprit avant celle d'écrire des vies d'empereurs romains? H y a dans le Galba et VOthon d'assez fréquentes allusions aux grands hommes de la républicpie dont Plutarfjue ou bien a écrit la biographie ou bien a parlé quelque part dans la biographie d'un de leurs contemporains : Paul-Emile, Calulus, César, Pompée
'" Cf. Clason, Tac. a. Suet. , p. lai sq. — Nous avons mciilioiiné plus haut i\'\plicalion de L. \oii Ranke.
(^' Cf. Lcuige, p. 11.
et d'autres"'. De ce que Plutarque ne renvoie jamais à ce qu'il a dit de ces personnages dans les Vies parallèles on serait tenté de conclure qu'il ne les avait pas encore écrites. Mais dans VAntoine (ch. 88) et dans le Flamininus (ch. i a), il parle de faits qui se sont passés sous Néron sans renvoyer à la vie de Néron '-*. On '^' a racine voulu voir dans les allusions du Galha et de VOtlion à l'ancienne histoire romaine la preuve que Plutarque l'avait déjà étudiée en écrivant les Vies parallèles. Mais les unes proviennent de la source même ^*' et les autres s'expliquent sulfisamment par les connaissances générales que devait posséder un homme tel que Plutarque avant de commencer la série de ses Liographics. En faveur de la priorité des Vies des Césars, je signalerai enfin la définition donnée par Plutarque de la biographie au chapitre a du Galba. Elle est beaucoup moins nette que celles du chapitre i du Nicias et du chapitre i de ï Alexandre. N'est-ce point parce que Plutarque ne concevait pas encore le genre avec autant de netteté ?
D'ailleurs, même s'il était positivement démontré que les Vies des Césars sont antérieures ou bien qu'elles sont postérieures aux Vies parallèles, nous n'aurions là qu'une chronologie relative, et, pour résoudre la question de priorité entre Tacite et Plutarque, il faudrait établir, ce qui est encore plus malaisé, une chronologie absolue. La seule indication précise que nous ayons sur l'époque de la composition des biographies, c'est Plutarcpic qui nous la donne au chapitre 3 i du Sylla : il y est dit que la prise d'Athènes par Sylla date d'environ deux cents ans. Donc cette vie a été écrite vers i i/i. Mais quel était le rang du couple Lijsandre-St/lla dans la série des Vies parallèles'''^'' et combien de
('> Galba, 1, 3, ag; Olhon, 9, i3, i5.
'-' Plutarque avait certainement écrit une vie de Néron : ii y renvoie lui-même, par la formule u(ri:ep e«pr?Ta<, au chapitre 3 du Galba. — D'après le catalogue de Lamprias (cf. le mot Lamprias, dans Pauly, Reakncyclopaedie) , il avait raconté les vies des empereurs depuis Auguste jusqu'à Vitellius.
<^' Cf. Lezius, p. 73.
('^ 6'., 3, ol peut-être tiç). — 0., 9. Cf. notre parallèle à ces passages.
'•' Le (juatrièmc, d'aj)rès Th. C. Michaelis, De ordtne vilarum parallelurum
Ii'ni|)s Pliilar(|ue mil-il à coin|JOser celte série? S'il él;iil prouvé que les Vies des Césars sont postérieures, cette indication chronologique prouverait (jue Tacite a écrit ses Histoires avant la composition du Galba et de XOthon. Comme cela n'est pas prouvé, elle ne nous apprend rien sur la date des deux biographies. Elles ne contiennent elles-mêmes rien qui dénote l'époque de leur composition. Mommsen pense, il est vrai, que la manière dont Plutarque parle de Verginius , surtout au chapitre i o du Galba, fait songer à un vivant très âgé, et que, par conséquent, Plutarque écrivait avant 97 '". Mais cette opinion est purement subjective '-1 S'il faut en croire le catalogue de Lamprias, la série des Yies des Césars se terminait avec celle de Vitellius. Mommsen serait porté à en conclure que le Galba et VOthon furent écrits sous le règne de Domitien : l'exclusion de la dynastie flavienne s'expliquerait ainsi de la façon la plus naturelle. Si, au contraire, Plutarque avait écrit après la mort de Domitien, il n'aurait plus eu les mêmes scrupules et il aurait fait comme Suétone, qui, écrivant sous Hadrien, a composé les vies des trois empereurs flaviens. Le peu que nous savons de la biographie de Plutarque ne contredit pas cette conjecture. En GG, d'après ce qu'il nous apprend lui-même '^', il était vso$ et il terminait ses études en Grèce : il était donc né entre /iG et /18. Nous savons qu'il est venu à Rome avant la mort de Vespasien (28 juin 79) et qu'il y a vu le vieil empereur ''^l Son activité littéraire a très bien pu commencer sous le règne de Domitien. Mais ce n'est là qu'une conjecture plausible , et Mommsen le reconnaît : le catalogue de Lamprias ne présente pas beaucoup de garanties; d'autre part, Plutarque
Plularchi, Berlin, 1875. ]\lals les résultats de cette dissertation sont loin d'être certains.
^'> Ou plutôt aviuitgS. Car, d'après J. Ashach , Analecla historica et epigraphica latina, Bonn, 187 S, p. 16 sqq. , Verginius serait mort, et Tacite aurait été consul, seulement en g8. Cette conclusion a été contestée pourtant par E. Klebs, Bas Comulaijahr des Geschichtschreibers Tacitus, Bhein. Mus., 1. h'i, p. 373-279.
^-) Cf. Clason, Tac. u. Suet., p. 120 s([.
(^' De El apud Dciphos . 1 et 17.
''' De solh'vlia anim. . iq.
s'est pciil-elrc arrêté dans la série des bionrapliics impériales pour des raisons tout autres que la présence sur le Irùne d'un prince flavi(!n.
3. Ainsi la question de priorité reste insoluble. Pour déterminer la parenté des deux ouvrages, il faut avoir recours à une analyse comparative détaillée. Cette comparaison, que nous allons entreprendre, a déjà été faite plusieurs fois; elle a conduit certains philologues'^^ à adopter la première hypothèse (conimunauté de source), certains autres'-' à défendre la seconde (dépendance de Plutarque). Faut-il donc la considérer comme un moyen peu sûr de démonstration? Non, car, à mon avis, le désaccord vient seulement de ce que jusqu'ici elle n'a pas été faite avec assez de rigueur et n'est pas assez entrée dans le détail. A la condition d'être plus attentive et même, puisqu'il le faut, plus minutieuse, elle nous conduira, je l'espère, à la solution définitive du problème. Notre but étant de savoir si le récit de Plutarque dépend ou ne dépend pas de celui de Tacite , c'est le texte grec que nous prendrons toujours pour point de départ et pour base : nous suivrons Plutarque pas à pas, en comparant à son récit celui de Tacite. Provisoirement nous laisserons de côté les 18 premiers chapitres du Galba, afin de commencer la comparaison au point à partir duquel les deux récits marchent parallèlement'^*, c'est-à-dire au i"" janvier 6 (| et à l'adoption de Pison. Mais nous reviendrons ensuite sur la partie réservée et nous y trouverons, avec des occasions de rapprochement, moins nombreuses, cela va de soi, la confirmation des résultats acquis.
La portée de cet examen comparatif est considérable ou, pour mieux dire, capitale. Non seulement il doit résoudre la question diflicile du rapport de Tacite avec Plutarque et nous faire adopter, nous l'avons dit, une hypothèse qui renverse, au moins pour une
('' Hirzel, Wiedemann, Horm. l^eter, Mommseii (Hc;-;;(('.s, t. l\), Nissen, Pulil, Kuntze.
'-' Clason {Plut. u. Tac), Lange, Krauss, Gcrstenocker, Lozius, Cornélius.
'■> Le récit de Plutarque commence à l'élévation de Galha à rempire, el relui de Tacite seulement au 1" janvier 69. Le chapitre 1"' du Galba et les clia[iilres 1 à 1 1 du 1" livre des Histoires sont des introductions.
pallie (lonnco dos œuvres historiques de Tacite, l'opinion traditionnelle sur son originalité, mais encore il est impossible que les résultats de cet examen n'influent pas sur toute la suite de notre étude. Quand nous en viendrons au\ autres livres des Hlsloircs et aux Annales, nous n'aurons plus la précieuse ressource, dont nous disposons pour les rè^rnes de Galba et d'Otbon, d'un récit antique qui, comme le font ici les deux biographies de Plularque, marche parallèlement à celui de Tacite avec continuité et presque pas à pas. C'est une occasion unique de connaître exactement la méthode de Tacite, et dont il faut tirer tout le profit qu'elle comporte. Or, si cette méthode de Tacite a pu varier et se perfectionner entre le début des Histoires et la fin des Annales, il y a tout lieu de croire qu'elle n'a subi aucune transformation essentielle. Elle était, nous le constaterons, conforme à celle de Tito Live et, en général, des historiens anciens. Quand Tacite se mit à écrire les Histoires et l'adopta, il était arrivé à un âge où res[)rit, pleinement formé et mûri, n'est plus en état de faire un progrès décisif et de renoncer à ses habitudes, à ses idées, pour prendre des habitudes et des idées contraires. Sans doute nous n'étendrons pas, et il ne serait pas légitime d'étendre, sans plus ample informé, à toute l'œuvre historique de Tacite, les conclusions acquises pour le premier livre des Histoires et une partie du second. Mais ces conclusions nous muniront tout au moins de sérieuses présomptions et nous mettront en garde contre des apparences trompeuses.
Plutarque, Galba, ch. 19, lignes i-3. Après avoir raconté, à la fin du chapitre précédent, les premiers actes séditieux des légions commandées en Germanie par Hordeonius Flaccus, Plularque constate que l'état des es])rits était le même dans la partie de l'armée soumise à Vitellius ^'l Galba en était avisé par de
('^ Monimsen, Hermès, t. il, p. 000, note 1, a corrigé avec raison vito BaeAA/i». La vdgate, conservée par Sintenis, donne vt:o Tfys>^Xlvco, qni n'a pas de sens.
TACITE ET PLUTAUOUE. 11
rrt'(jU('nles lettres des procurateurs. — Tacite, plus précis et évidemment plus exact, ne parle d'abord (^Hisl.,l, 19) que d'une lettre du procurateur de Bclgicjue, Pompcius Proj)inquus, qui arriva à Rome quelques jours après les calendes de janvier et (jui annonçait, non pas les premiers symptômes de révolte, mais la révolte elle-même des légions de la Germanie supérieure, de celles que commandait Hordeonius. Plus loin (I, ih), il dit qu'au moment de l'adoption de Pison (le U" jour avant les ides, 10 janvier), l'empereur n'avait pas encore de nouvelles précises au sujet de Vitellius, Il en reçut cependant, antérieurement au jour de son assassinat (18"' avant les calendes de février, 10 janvier), mais il les tint secrètes (I, 5o), S'il était besoin de prouver que l'historien est indépendant du biographe, des passages comme celui-ci seraient tout à fait concluants.
G., 19, 3-G. Effrayé, se sentant dédaigné à cause de sa qualité de vieillard sans enfant. Galba songeait à adopter un jeune homme de la noblesse et à le proclamer son héritier à l'empire. — D'après Tacite (12), la lettre du procurateur ne fit que hâter l'accomplissement d'un projet conçu depuis quelques mois et dont toute la ville s'était beaucoup occupée à la fin de l'année 68. Ici encore tout l'avantage de la précision est du côté de Tacite. Jusqu'à présent, rien n'empêcherait d'admettre que Tacite est la source de Plutarque. Mais dans les lignes suivantes nous trouvons déjà une raison de le nier.
G., 1 g, 6 à la fin, et 20, 1-6. Plutarque raconte l'histoire d'Othon, l'un des candidats à l'adoption. Marcus Othon était de naissance assez illustre, mais dès son enfance il s'était signalé par son luxe et sa corruption. La célébrité lui vint de son mariage avec Poppée*^'. Elle était mariée à Crispinus. Néron l'aimait. Seulement, ayant encore quelques égards pour sa fennne et quelque crainte de sa mère, il la fit suborner par Othon. Les relations d'amitié étaient nées entre Néron et Othon de leur
(') Piutarque fait ici enlre Othon el Paris un raiiprochenient qui est éviiloinment de lui et non de sa source.
coinnuinaiilé do gouls. Néron lui pernieltail à son éffard beaucoup (le libertés : anecdote des parfums. Otiion séduisit donc Poppée au nom et avec les belles promesses de Néron , la décida à quitter son mari, l'épousa, mais en devint jaloux et trouva (pie c'était trop peu de la partager avec l'empereur. Cette jalousie ne déplaisait pas à Poppée : anecdote de l'exclusion de Néron. Othon courut même à ce propos danger de mort. Cependant, contre toute vraisemblance, Néron, cédant aux instances de Sénèque , se contenta de l'envoyer gouverner la Lusilanic. Il s'y comporta de telle sorte qu'il ne déplut pas aux habitants, sachant bien que son commandement n'était qu'une façon d'exil. — Tacite (i3) porte sur l'enfance et la jeunesse d'Ollion un jugement semblable à celui de Plutarque. C'est seulement à propos de sa mort (II, 5o) qu'il parle de sa naissance, avec plus de détails, mais, au fond, de la même manière. Si donc Tacite était la source de Plutarque, celui-ci aurait joint ensemble deux endroits diiférents de la source, ce qui, nous l'avouons, n'aurait rien en soi d'invraisemblable. Mais, relativement au mariage d'Otbon avec Poppée, Tacite (i3) dit simplement''' que Néron mit Poppée en dépôt chez Othon, en attendant d'avoir répudié Octavie. Le récit de Plutarque est beaucoup plus détaillé. Devons-nous croire qu'il a complété Tacite, source principale, au moyen d'une source secondaire? Plutarque dit au sujet des relations de Néron avec Othon : OAw Se rôj OOœvi xcà avfxSiœrrj Sià rijv àa-coriav éxpïjTO ; et Tacite : « Gratus Neroni aemulatione Iuxusjî. La ressemblance est assez frappante. Notons cependant le mot aemulatione, qui n'a pas son équivalent dans Plutarque. L'anecdote des parfums, que Tacite ne raconte pas, nous montre précisément cette rivalité en action : un jour l'empereur, ayant Othon chez lui, a fait un usage parcimonieux d'un parfum très cher; le lendemain, Othon invite Néron et fait répandre le même parfum à profusion, comme si c'était de
'') Dans les Annales (Xlll, /i5 sq.), Tacite raconle l'histoire d'Ollion et de Poppée avec plus de détails qu'ici, mais d'après une autre source. C'est un point sur lequel nous insisterons plus loin (9' partie, ch. m, § i).
T\r,ITE ET PLUTARQUE. i:J
reaii. T;ui((^ n'in(lifjiie-l-il j)as d'ini mol qu'il connaîl ce (|iic Philarquc raconte en détail? N'avons-nous pas là un indice à pou près certain que Plutarque n'a pas complété Tacite au moyen d'une source secondaire, mais qu'ils ont puisé à la même source? De même Tacite ne raconte pas l'histoire du mariage, mais les mots : «Poppacam Sabinam ])rincipale scorluni (apud Otlionem), ut apud conscium libidinum, deposueratr, la résument trop bien, telle qu'elle est racontée dans Plutarque, pour que nous admettions qu'elle n'était pas dans sa source, la source commune. 11 ne faut donc pas songer ici à une source secondaire pour Plutarque. C'est encore volontairement c{ue Tacite, omettant la jalousie d'Othon, l'anecdote de l'exclusion, l'intervention de Sénèque, en est venu tout de suite à l'exil d'Othon, mais non sans avoir indicjué d'un mot qu'il en savait les motifs dans tout le détail : «mox suspectum in eadem Poppaea in provinciam Lusitaniam specie legationis seposuit. » Plutarque a noté aussi que ce gouvernement n'était qu'un exil déguisé, (pvyïis V7rox6picr(jiot, kolI zsixpaHaXv{x(j.a.. L'administration d'Othon est jugée de la même manière par les deux auteurs. En somme, dans tout ce passage, la plus grande abondance de Plutarque démontre qu'il n'a pas eu Tacite pour source, mais certains mots de Tacite, pleins de sous-entendus, nous révèlent qu'il n'ignorait aucun des détails omis par lui et donnés par Plutarque; c'est-à-dire qu'il y a communauté de source.
G., 20, 6-1 4. Le premier d'entre les gouverneurs, Othon passe à Galba, il lui donne sa vaisselle d'or et d'argent pour battre monnaie et ses esclaves les mieux stylés, se montre fidèle et apte aux affaires d'État, fait le voyage dans l'intimité du nouvel empereur. — Tacite est beaucoup plus sobre de détails (lo) : c^Otho. . . primus in partes transgressus , nec segnis et, donec bellum fuit, inter praesentes splendidissimus . . . 5? Le rapport des deux écrivains est encore le même; Plutarque reproduit la source commune et Tacite la résume. L'hypothèse de la communauté de source est la seule qui rende un compte satisfaisant des choses. Il serait presque merveilleux que Plu-
I;in|ii(' cul (Ikm'cIkî et trouvé dans une sourcG secondaire! un romiMciilairo si parraiicmenl approprié au texte de Tacite.
(1. , -u) , 1 A-'J h. Pendant le voyage, il fait sa cour à Vinius, à (iiii II cède le premier rang auprès de l'empereur. Il est généreux et serviablc avec désintéressement. Il se concilie les soldats en favorisant l'avancement d'un grand nombre d'entre eux , soit par son influence propre, soit par l'entremise de Vinius et des an"ranclus de Galba ''l — Tous ces détails manquent dans Tacite, qui constate simplement la sympathie des soldats pour Olhon (i3) : «faventibus plerisque militum». Plus loin (a 3), il est vrai, il décrit les moyens dont Othon s'est servi pendant le voyage pour gagner les soldats, mais il n'y a aucune ressemblance entre cette description et celle que Plutarque donne ici. 11 faut cependant faire exception pour un détail important :
G., 20, -2 4 à la fin. Chaque fois qu'Othon avait Galba à sa table, il faisait une distribution d'argent î\ la cohorte de garde, en apparence pour honorer l'empereur, en réalité pour corrompre les soldats. — Tacite relate le même fait, avec cette différence qu'il nomme l'agent chargé par Othon de ces distributions, Maevius Pudens. Il raconte aussi d'autres manœuvres du même genre, mais tout cela plus loin*-', après l'adoption de Pison, lorsqu'il décrit, en reprenant les choses depuis l'origine, c'est-à-dire depuis la proclamation de Galba , la campagne d'intrigues menée par Othon pour arriver à l'empire, d'abord par l'adoption, ensuite par la force. C'est Plutarque qui suit l'ordre le plus simple, l'ordre chronologique. S'il avait eu Tacite pour source, il aurait dû le rétablir : cela serait possible à la rigueur. Mais n'est-il pas plus naturel de penser que la source commune l'avait suivi elle aussi et que Tacite en a adopté un autre dans l'intention très manifeste de ne pas couper en deux le tableau des intrigues d'Othon?
") C'est par suite d'iuie méprise que Plutarque nomme l'un de ces affranchis Asiaticus. Nous connaissons un Asiaticus, affranchi de Viteilius (Tac, II, 87, 98; IV, 1 1 ); ni Tacite ni Suétone ne parlent d'un Asiaticus affranchi de Galba.
TACITE ET PLLTAPiOUE. 15
G., 9 1, 1-5. La randidalurc (rOlhon, dont PJiilarqiu; vient ainsi de raconter en une seule fois toute l'histoire depuis sa jeunesse et sa liaison avec Néron jusqu'à son retour à Home avec Galba, est soutenue par Vinius : Othon doit épouser, quand il sera devenu par l'adoption héritier de l'empire, la lille de Vinius. — Même version dans Tacite (i3), qui ajoute que la fille de Vinius était veuve, et qui, moins aHirmatif, ne parle pas, comme Plutarque, d'une convention secrète au sujet de ce mariage, mais de simples bruits qui couraient.
G., 9 1 , 5-1 1 . Galba, dans le choix de son successeur, n'avait en vue que l'intérêt ])ublic, et non ses convenances personnelles. D'ailleurs il semble qu'il n'aurait même pas choisi Othon pour l'héritier de sa fortune particulière, le sachant dissolu et criblé de dettes dont Plutarque donne le chiffre. — et Galba, dit Tacite (i3), n'ignorait pas les relations amicales de Vinius et d'Othon. Je crois qu'il songea aussi à l'intérêt de la république, w Puis vient son résumé rapide de l'histoire d'Othon. Au chapitre 21, il mentionne, parmi les motifs qui poussèrent Othon à la révolte, rtinopia vix privato tolerandaw. Mais nulle part il ne donne le chiffre des dettes d'Othon.
G., 9 1,11 à la fin. II écoute donc Vinius en silence et avec douceur, puis il diffère l'adoption. Il s'était déclaré lui-même consul avec Vinius pour collègue. On présumait qu'il désignerait son successeur au commencement de l'année. Les soldats faisaient des vœux pour la désignation d'Othon. — Tacite ne parle pas d'une démarche précise de Vinius en faveur d'Othon. A la fin du clia[)itre 1 1 il mentionne l'entrée en charge de Galba et de Vinius comme consuls.
G., 99,1-9. Après cette longue digression, Plutarque revient à l'événement qui en a été le point de départ, la révolte des légions de Germanie. Elle éclata, dit-il, lorsque Galba n'avait pas encore pris une décision. Et il la raconte tout de suite. — Tacite se borne à y faire allusion au début des chapitres 19 et i /i, dans le chapitre 1 () (discours de Galba à Pison), dans le chapitre i(S (discours de Galba aux soldats), aux chapitres 1 (j et 5o.
Mnis il iciivoic, jusqu'après la mort de Galba et l'avènement (l'Olhon, le récit de celte révolte ^^', visiblement dans l'intention de ne pas interrompre le récit de la révolution qui en même temps s'accomplissait à Rome. Faut-il expliquer cette différence en disant que Plutarque a modifié l'ordre de sa source, Tacite ou la source commune? Nous venons de voir quel avantage l'historien a trouvé à rejeter plus loin la révolte de Germanie : on ne voit pas du tout quel motif aurait pu inversement engager le biographe à la raconter plus tôt. Il est logique de croire que la source de Plutarque racontait la révolte de Germanie à la même place que lui. C'est un nouvel argument en faveur de la communauté de source. La source suivait l'ordre chronologique. Sans doute avant l'adoption de Pison on ne connaissait à Rome qu'une partie de la vérité : la révolte des légions de la Germanie supérieure (Tac, i 2 et i/i). Mais déjà celles de la Germanie inférieure s'étaient révoltées aussi et toute l'armée de Germanie avait proclamé Vitellius empereur. L'adoption eut lieu le k" avant les ides, to janvier (Tac, 18). Aux calendes de janvier les légions d'Hordeonius( Germanie supérieure) refusent de prêter serment à Galba (Tac, 55). La nuit même Vitellius en est informé (Tac, 56). Le lendemain, 9 janvier, il est proclamé empereur par ses légions (Germanie inférieure) [Sy]. Le 3* avant les nones de janvier, 3 janvier, les légions de la Germanie supérieure passèrent à lui. Enfin la plus grande partie des troupes de Vitellius étaient déjà en route pour l'Italie (Tac, 64), lorsqu'elles apprirent la mort de Galba, qui arriva le 18 avant les calendes de février, i5 janvier (Tac, 27, et Plut., 24). Le plan que nous attribuons à la source commune était donc très légitime.
G.;, 2 9, 2-10. Causes de la révolte. En général, tous les soldats haïssaient Galba , qui ne leur payait pas le donativum. En particuHer, ceux de Germanie prenaient pour prétexte le traitement peu honorable infligé à Verginius (le général sous les ordres
(') Cf. I, .01 sqq.
(liKiiit'l ils avaient vaincu Vinik'x), les privilèges accordés aux. (jaulois partisans de Vindex, tandis que les autres étaient punis, enfin le culte (jue Galba rendait à la mémoire de Vindex, comme au véritable auteur de son élévation à l'empire. — Tacite a parlé (5) du mécontentement causé, mais seulement dans la garnison de Rome, par le refus du donatlvum. Il a décrit une première fois l'état des esprits à l'armée de Germanie (8): rrsolliciti et iratiw; il a mentionné en cet endroit le rappel de Verginius, pris en mauvaise part dans son ancienne armée. Enfin ( 5 1) il donne une étude plus approfondie des sentiments et de l'attitude des légions à l'égard de la Gaule. D'une façon générale, dans tout le récit de cette révolte Tacite est bien supérieur à Plutarque en clarté et en abondance. Pourtant il ne parle pas, comme Plutarque, d'un culte proprement dit, avec sacrifices funèbres, rendu par Galba à la mémoire de Vindex.
G., 22, 10-17. ^^ révolte éclata aux calendes de janvier. Hordeonius Flaccus ayant assemblé les soldats pour leur faire prêter, selon la coutume, le serment de fidélité à l'empereur, ils renversent les images de Galba et jurent au nom du sénat et du peuple romain. — Tacite raconte la même scène (55), mais avec plus de précision et de détails.
G., 22, 17-81. Les officiers tiennent une sorte de conseil où l'un d'eux prononce un discours dont la conclusion est qu'il faut proclamer empereur Vitellius, gouverneur de la basse Germanie. — Ici Tacite, sans être en contradiction formelle avec Plutarque, donne cependant une version sensiblement différente : «NuUo legatorum tribunorumve pro Galba nitente, quibusdam, ut in tumultu, notabiiius turl)antibus. Non tamen quisquam in modum contionis aut suggcstu locutus. 55 II n'y a pas contradiction, parce que le discours dont parle Plutarque, s'il a été prononcé, a été prononcé dans une sorte de conseil secret. Mais a-t-il été prononcé? N'est-ce pas, dans une autre bouche, avec «pielques développements différents et dans un cadre plus dramatique, le discours que, selon Tacite (52), Fabius Valens, l'un des légats de Vitellius, a tenu à son général quelques jours