IS LES SOURCES DE TACITE
aupnravanl? La comparaison des passaffcs prescpie idonliquos où les deux auteurs énumèrcnl les titres de Viteliiiis ne laisse aucun doute. Plutarque dit : 'acnp6s is TiyLYiiov xa) rp)? ÙTidjov ysvofxévov xa) KXavSiôj Kcn'crapi ipùnov tiva. crvvâpçavTos . . . Et Tacile : ttVitellio très patris consulatus, censuram, rollegium Oaesaris. . . v Puis([ue Tacite fait preuve dans tout ce récit d'une précision dont Plutanjuc n'approche pas, c'est assurément lui qui est dans le vrai. Mais deux détails révèlent l'indépendance de Plutarque : seul il nomme l'empereur dont le père de Vitcllius a été le collèjjue, Claude''^; seul il parle de la pauvreté de Vitellius.
G., 92 , 3 i-3/i. Effet de ce discours. Un porte-enseigne part secrètement et pendant la nuit annonce à Vitellius ce qui se passe dans l'armée de Flaccus. Il le trouve à table avec de nombreux convives. — Tacite (5G) précise davantage. Le messager était le porte-aigle de la quatrième légion; Vitellius se trouvait alors à Cologne ^"^l
G., 29 , 3/1-07. ^^ nouvelle se répand dans l'armée de Vitellius. Le lendemain, Fabius Valons, légat d'une légion, accourt avec une troupe de cavaliers et, le premier, il le salue empereur. — D'après Tacite, c'est Vitellius lui-même qui informe par messagers ses troupes de la nouvelle et leur propose de le prendre pour empereur (56). Même démarche de Fabius Valens, mais décrite avec des détails plus précis (67).
G., 29, 37-/12. Attitude de Vitellius. Les jours précédents, il paraissait effrayé par la grandeur de l'empire, peu disposé à l'accepter. Ce jour-là, plein de vin et de nourriture, il se présente en public, accepte le nom de Germanicus et repousse celui de César. — Tacite (Bg) nous montre aussi Vitellius hésitant quand, au mois de décembre, Valens l'exhorte à la révolte :
('> Tacite le nomme aussi, mais à un autre endroit (III, 66). Il est bien difficile d'admettre que Plutarque soit allé chercher si loin le renseignement. Il Ta trouvé tout simplement dans la source commune.
'-' Tacite ne parle pas du nombre des convives. Il dit : «epulanti VilellioîJ. C'est un détail sans importance que Plularquo a pu ajouter de lui-même.
T\r,ITE ET PLUTAROIJE. 19
«Oiiaiiol)iitiir liis scj^ru' inf^enium, iil concupisceret mnfi'is quam iil spornrct. 55 Mais quand il reçoit la nouvelle de la révolte, il se (li'cide tout de suite (5G). C'est évidemment pour avoir mal résumé sa source que Plutarque a peint Vilellius ivre au moment où il est proclamé empereur. Tacite ne dit rien de semblable; seulement il constate qu'après sa proclamation le nouvel empereur était en général «mcdio dici temulentus et sagina gravis 55. C'est par suite d'une méprise du même genre que le Vitellius de Plutarque accepte le nom de Germanicus et repousse celui de César, le jour même de sa proclamation. Cela n'eut lieu que plus tard, quoique Tacite (63) ne dise pas au juste à quelle date(i).
G., 22 , /i2 à la fin. Aussitôt les légions de Flaccus prêtent le serment de fidélité à Vitellius. — Tacite donne seul la date de cet événement. 11 y a ici une concordance très frappante dans les termes mêmes. Plutarque : to (xszà ^Xâxxov a-lpdizviia lovs xaXoiis èxeivov? xoà SriixoxpaTixovs eh avyxXriTOv opxovs à(pév- TS5. . . — Tacite : «... superior exercitus, speciosis senatus populique romani nominibus relictis. . . v (Sy)^-'.
G., 93, 1-3. Galba, informé de la révolution de Germanie, ne ditïere plus l'adoption. — De même Tacite (i-^), mais avec plus de précision : « . . . post nuntios Germanicae seditionis, f[uamquam nihil adbuc de Vitellio certum. . . 5?
G., 23, 3-6. 11 sait que quelques-uns de ses amis sont pour Dolabella et la plupart pour Othon, mais ni l'un ni l'autre n'est
'"' 11 ne dit pas à (juelle date; mais il est visible, d'après le contexte, que c'est ((uelque temps après la proclamation, puisque l'armée va se mettre en marche pour l'Italie.
'-) Plutarque avait-il, dans son Vilellius, repris plus en détail le récit de cette révolte? C'est peu probable. Entre le Vitellius d'une part, le Galba et VOthon (l'autre part, il di'vait y avoir le même rapport qu'entre le Galba et VOthon. Plutanjue raconte la \ie d'Othon antérieurement à son règne là où elle trouve sa place dans le Galba, et VOthon commence avec le règne de cet empereur, sans retour sur le passé. De môme le Vitellius devait commencer avec l'arrivée de Vitellius en Italie et à Rome après la mort d'Othon. Ces trois vies formaient une sorte d'extrait historique, plutôt (ju'une série de biographies proprement dites. Cf. d'ailleurs S i, n" 3.
i)0 LES SOURCES DE TACITE.
!(■ ciuididal de son choix. — Tacite dit l)ien (i 3) (|ii(>, relativement à ce projet d'adoption, l'entourage de l'empereur était parlajjé en deux camps; mais il n'est pas question de la candidature de Dolabella. Voilà un détail que Plutarque n'a certainement pas imaginé : la candidature de Dolabella n'est pas invraisemblable; nous savons par Tacite lui-même qu'il était parent de Galba (I, 88).
G., -îS, G-7. Tout à coup, sans en dire d'avance un mot à personne, il envoie chercher Pison. — Plutarcpie simplifie et exagère. D'après Tacite (1 /j). Galba réunit quelques personnages importants, et, «pauca praefatus de sua senectutew, mande Pison. Suivant quelques-uns, c'était le candidat de Lacon.
G., 28, 7-8. Pison était le fils de Crassus et de Scribonia, (|ue Néron avait fait périr. — Tacite nomme aussi les parents de Pison (1^), mais n'ajoute pas c|ue Néron les avait fait périr. Au chapitre /i8, il mentionne deux frères de Pison, Magnus et Crassus, victimes l'un de Claude, l'autre de Néron. — Nous allons voir qu'ici les deux traditions, en rectifiant sur un point celle de Plutarque, se complètent à merveille et que la communauté de source est manifeste. Le père de Pison, que Tacite nomme M. Crassus et Plutarque Crassus tout court, est M. Licinius Crassus Frugi, consul sous Tibère en 97'''. Sénècpie nous apprend qu'avec deux autres personnes de sa famille qui nous intéressent également, son fils Magnus et sa femme Scribonia, il périt victime de Claude *-^ Quant à l'autre frère de Pison, dont Tacite dit qu'il fut victime de Néron, c'est sans nul doute
<•' Cf. Nipperdey-Andresen, à Aiw., IV, Ga.
(-) De morte Claudii Caesaris lud. c, 11 : tfCaius Cacsar Crassi filium vetuit jMagnum vocari; liic (Claudius) nomen iiii reddidit, caput tulit. Occidit in una domo Crassum, Magnum, Scriboniam, . . n Je mets entre Crassum et Magnum une virgule qui n'est pas dans la \ulgate. Cf. Brotier, dans le Tacite de Lemaire, t. 5, p. 18, et Tillemont, t. 1, p. 931 et .356 sq. Que le frère do Pison soit désigné par Magnus tout court, cela n'a rien de choquant : il est désigné de la même façon par Tacite {Hist., I, 48). Avec la leçon vulgaire il ne s'agit plus que de deux personnages : le frère et la mère de Pison; mais ce texte peut encore servir à démontrer que lMu(ar(juc et Tacite ont puisé à la même source.
TACITE ET PLUTAIIQUE. 21
le Crnssus (M. Licliiliis (brassas Fnigi) consul de G/i"'. Lo loinoignagc de Sonè([uc s'accordo donc avec celui de Tucilc; il s'accorde aussi avec celui de Plutarque, sauf le nom de l'empereur qui fit mourir les parents de Pison. Ce que dit Plutarque du sort des parents de Pison n'est pas d;ms Tacite; ce n'est pas non plus une invention ou le résultat d'une méprise sur le passa^jje de Tacite relatif aux frères de Pison. Est-ce un détail tiré d'une source secondaire'-'? Non. La source principale, commune à nos deux auteurs, parlait à la fois du sort des parents et des frères de Pison. Il y était question de deux empereurs, Claude et Néron; de là une confusion dans l'esprit de Plutarque, ([ui fit de Néron le meurtrier des parents de Pison, alors que, d'après la source, Néron n'avait mis à mort que l'un des frères de Pison.
G., 23,8-11. Portrait de Pison. Galba descend au camp pour le proclamer César et héritier de l'empire, — Chez Tacite (i ^), portrait exactement semblable de Pison. Mais (i5-i6) il relate d'abord la cérémonie de l'adoption au Palatium avec le discours de Galba. Puis, après avoir délibéré pour savoir s'il se rendrait au forum, au sénat ou au camp, l'empereur avec son entourage se rend au camp.
G., 2.3, 1 1-19. Présages défavorables pendant le discours*^'
('' D'après Nipperdey-Andresen, à Ami., XV, 33, ce ne serait pas le consul, mais son frère Crassus Scribonianus. C'est une erreur : Scribonianus vit encore on 69 et fait, avec Verania, les funérailles de son frère Pison (Tac, Ilist., I, /17). Il vil encore en 70 et Anlonius essaye, dit-on, de l'engager dans une conspiration (iliid., IV, 39). On ne connaît que trois frères à Pison; puisque Scribonianus lui a survécu et que Magnus est mort sous Claude, c'est bien le consul de G/i qui p('Tit sous Néron. Cf. Heraeus, à Hist., IV, /i3, 2.
(-> Lezius le prétend, p. 3i. C'est d'ailleurs, ici et en d'autres passages, système de tous ceux qui soutiennent que Plutarque a reproduit connue source principale Tacite. Nous y reviendrons (cf. S vn).
'■'') Plutarque dit : àp^afiévov Ss Ta ytèv Xéjetv èv tw a1 paro-KéSo) , rà êè àvaytyvûaKsiv. . . ^lommsen, llrinh , I. /i , p. 3o6, note /i , pense que Plutarque a fait un contresens sur le texte do la source, qui avait employé ici les verbes /c/Tfre cl proniinkare connue Tacite dans le passage correspondant. . . «adoptari a se Pisonem exemplo divi Augusti et more militari, quo vir virum legerot, prolumtial». Krauss, note ^1, croit que Galba, comme naguère Nympbidius (cl.
(lcCall)ii au camp. Mécontentement des soldats parce qu'il n'est pas queslion du donaùvum. — Tacite (i*^) est tout à fait d'accord avec Plutai'fjue sur les jorésages et sur l'accueil fait par les soldats au discours de l'empereur. Mais il donne beaucoup d'autres détails, en particulier la date de l'adoption. Puis Pison est présenté au sénat (19).
G., 28, 19-99. Les assistants admirent l'attitude de Pison. Il ne paraît nullement insensible à l'honneur qu'il reçoit, mais ni sa voix ni son visage ne trahissent une vive émotion. — Même attitude de Pison au Palatium, dans Tacite (17). C'est là que cette remarque est le mieux à sa place. Si l'émotion du premier moment avait été vive chez Pison, il aurait eu le temps de se remettre avant d'arriver au camp. Mais Plutarque a omis toute la scène du Palatium.
G., 98, 23-99. Othon assiste à la scène du camp, et son air témoigne de sa colère et de son dépit. Il se retire agité de passions multiples : il a peur de Pison, il hait Galba, il en veut à Viiiius. — Tacite (21) fait un tableau semblable, mais plus complet, des motifs et des sentiments qui poussent Olhon à la révolte. D'après lui la peur n'est qu'un prétexte : «Fiugebat et
metum t> Mais il ne le nonnne pas ( 1 ^ ) parmi les témoins
de l'adoption, et il y a tout lieu de croire qu'en effet Galba ne crut pas devoir l'inviter, étant instruit de ses espérances; d'ailleurs tous les témoins nommés par Tacite étaient des personnages officiels. Plutarque, cédant à son goût pour le dramatique, a donc cherché un effet de contraste et altéré le récit de la source '^'. Tacite ne mentionne pas la colère d'Othon contre Vinius; mais si ce détail n'était pas dans la source, Plutarque a pu facilement le trouver de lui-même'-'.
G., 28, 99-3G. Les devins et Ghaldéens qu'il avait toujours
Plut., G.,ik), avait apporté un discours écrit qu'il lut en partie et qu'en partie il récita de uiénioire. Cette hypothèse est moins vraisemblable que celle de Mommsen , qui, pourtant, n'a cpie la valeur d'iuie conjecture.
(" a Lezius, p. In.
(-) Cl', ibid., p. /.y.
auprès do lui no lui pernieltcnt pas de so laisser nWov au désespoir. Ptolcincc surtout le rassure : il lui a prédit souvent <pi'il survivrait à Néron et régnerait. La [)reniièro partie de la prédiction s'étant réalisée, il ne faut pas désespérer de la seconde. — Tacite (21-212) donne plus d'initiative et de résolution à Othon. Mais il fait intervenir aussi des aslrolojfues, Plolémée en |)articulier, qui, en Espagne, a prédit à Othon ([u'il survivrait à Néron, et qui, ensuite, se fondant sur la vieillesse de Galba et la jeunesse d'Otlion, lui a persuadé qu'il serait eni- [)ereur. Après l'adoption, Ptolémée pousse Othon au crime. Il est évident que Tacite est ici plus exact.
G., 28, 36 à la fin. 11 est aussi stimulé par son entourage, anciens amis de Tigellinus et de Nymphidius, autrefois dans les honneurs, réduits par le nouvel état de choses à une situation précaire. — Tacite (22) parle d'excitations du même genre, mais de la part des affranchis et des esclaves d'Otlion. il n'ignore pourtant pas que Macvius Pudens, l'un des intimes de Tigellin, est maintenant dans l'entourage d'Othon (2/1), que l'ancienne cour de Néron est pour lui (i3). Les deux récits ne se contredisent pas : ils se complètent. La source commune devait parler de ces deux catégories de personnes.
G., 2^, 1-9. Les principaux agents d'Othon sont deux soldats, Voturius et Barbius, l'un optlo, l'autre tesserarius '^^K Avec eux l'affranchi d'Othon, Onomastus, visite les soldats, les corrompt par de l'argent et des promesses. Les esprits étaient déjà gâtés : autrement quatre jours, le temps qui s'écoula entre l'adoption et le meurtre, n'auraient pas suffi à corrompre la garnison jusqu'à la révolte. — Tacite dit plus clairement qu'Onomastus eut la haute main et se donna pour auxiliaires Veturius et Barbius. Ils sont chargés du travail de corruption, et Tacite nous dit de quels moyens ils se servent (20-26). Il parle aussi d'un complot ([ui faillit éclater le lendemain des ides de janvier, lA janvier. Tacite a constaté plus haut (19) qu'il s'écoula
<" Pliilar(|ue ajoute ici, à l'usage de ses lecteurs grecs, une ox}ilicalion du mot tesseiarius, qui n'était évideuiuient pas donnée par la source.