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TACITE ET LES SOURCES PUEMIEHES

l)èr(', parce (jiio les discours de cet cmporeur, aussi I)ieu tjue les n'cits des historiens, sont remplis de divergences et le laissent, en somme, dans l'incertitude. La forme de la citation montre (|ue Tacite a consulté lui-môme les discours dont il parle : «Vk (juic(|iiain lirmare ausim, adeo diversa, non modo apud auctores, sed in ipsius orationibus reperiuntur. 77 II est clair que, ne trouvant pas les historiens d'accord, il a eu recours ici à la source première. De même, il mentionne le discours de Tibère relatif au roi germain Maroboduus (II, 63) en termes qui ne permettent guère de mettre en doute la consultation directe : «Extat oratio, qua magnitudinem viri. . . extulit. 55 11 s'agit, dans les deux passages, de discours prononcés devant le sénat, insérés, par conséquent, dans les Actes du sénat. Il semble que, si Tacite avait lu ces textes dans le recueil officiel des comptes rendus du sénat, il n'aurait pas manqué de le dire : c'était une garantie (le plus. Mais ce qu'il y a surtout de frappant, c'est que dans le second passage, où il est question d'abord d'une lettre de Maroboduus à Tibère, puis de la réponse de Tibère à Maroboduus, enfin du discours de Tibère au sujet de ces négociations, toutes pièces insérées dans les Actes du Sénat, Tacite constate que le discours de Tibère existe encore, et non cjue les trois pièces existent encore. 11 a eu sous les yeux un recueil oii il n'y avait, de ces trois pièces, que le discours de Tibère, c'est-à-dire une collection des discours et lettres de Tibère. Le reste de ses informations sur cette affaire provient des sources dérivées.

Il est donc ('tabli qu'il existait une collection de discours et lettres de Tibère et (pie Tacite s'en est servi. Il faudrait pourtant bien se garder de croire que, partout où l'historien fait parler l'empereur, il reproduit les paroles réellement prononcées ou écrites. Nous savons que, même quand ils ont à leur disposition les discours réels, les historiens de l'antiquité se chargent de composer ceux qu'ils mettent dans la bouche de leurs personnages, surtout afin que l'unité de leur style ne soit pas gâtée par des morceaux disparates. Tacite a si bien observé cette règle, que l'on retrouve dans tous ses discours, que l'orateur

:528 l.ES SOUUCES DE TACITE.

s'app(;ll(! Tihùie, (llaudo, Néron, Galba ou d'un autre nom <jU('lconque, les particularités les plus caractéristiques de sa langue et de sa syntaxe '''. Quand il rapporte les paroles mêmes (pii ont été dites, il nous en avertit'-^ : ce fait seul prouverait (|ue son habitude n'est pas de les rapporter exactement. Partout ailleurs, c'est son éloquence ([u'il substitue à celle du personnage, et parfois cela résulte de la formule même par laquelle il introduit le discours ou la lettre; tel est le cas de III, 5 2 : «Litteras ad senatum composuit, quarum sententia in hune modum fuit'-^'.?7 Tacite a sans doute Iules discours et lettres de Tibère; tantôt il y a chercbé des renseignements sur les faits eux-mêmes; tantôt, ayant à faire parler l'empereur, il s'en est inspiré : jamais il ne les a reproduits textuellement.

Il faut faire à cette règle une seule exception. Tacite a transcrit (VI, 6) les premières lignes d'une lettre de Tibère au sénat : «Insigne visum est earum Caesaris litterarum initium; nam bis verbis exorsus est : «Quid scribam vobis, patres conrscripti, aut quo modo scribam, aut quid omnino non scribam «hoc temporc, dii me deaeque pejus perdant, quam perire me Kcotidie sentio, si scio. » La formule d'introduction, sans parler de la bizarrerie de cette phrase, est une garantie d'authenticité. Une autre garantie est fournie par Suétone, qui, indépendant de Tacite, comme nous le démontrerons bientôt, dans ses vies des empereurs juhens aussi bien que dans ses dernières biographies impériales, cite exactement''"' la même phrase {Tib., 67). Mais de ce rapprochement nous devons déduire une autre conséquence. Quoique la phrase citée par Suétone et par Tacite soit très caractéristique, il n'est guère possible de croire que la double citation soit l'effet d'une rencontre fortuite et qu'il n'y

"^ Cf. Glason, Tac. n. Suel., p. iili sqq.

(^) Cf. XIV, 59; XV, 67.

(S) £^ jre pap(ig^ fhap. V, Si, n" 1.

''> Avec une légère variante: ffCotidie perire sentio n, au iieu de cr perire me cotidie sentio «, si toutefois fomission de trmen remonte bien jusqu'à Suétone. — Suétone, Tib., 67, cite textuellement un passage d'un discours do Tibère. Cf. la reproduction libre de ce discours dans Tacite, IV, 87 sq.

TVciTE i:t i.ks soiucEs puEMiEUEs. :m

;iit aïK-iuie parcMili^ entre les deiiv passages; cela est d'autant moins possible, que les deux auteurs accompagnent la phrase de Tibère des mêmes réflexions. Suétone l'introduit par ces mots : «Postremo semetipse pertacsus, tali epistulae principio tantum non summam malorum suorum professus est. ?? Tacite la commente ainsi : rAdeo facinora atque flagitia sua ipsi quoque in supplicium verterant. n Ce n'est donc pas dans le texte original (pi'ils l'ont prise l'un et l'autre, mais dans une source dérivée commune. Remarquons ([ue dans la formule de citation de Tacite il n'y a rien qui indique une consultation directe. Il dit : le début de cette lettre a paru digne d'être remarqué, çrvisum estw, et non c^mihi visum est??, ou «videtur??. De sorte qu'au seul endroit oii notre auteur cite textuellement Tibère, il ne le cite pas directement. Cet exemple nous avertit qu'à moins de raisons solides, nous ne devons jamais croire à l'emploi des sources premières par Tacite.

Nous ne savons pas si les discours de Claude et de Néron avaient été réunis en recueils, comme ceux de Tibère. Mais cela est assez vraisemblable. Les discours et lettres de Néron avaient pour la postérité un intérêt tout particulier, puisque l'opinion publique les attribuait à Sénècjue^^'. C'était une raison pour les éditeurs de les publier à part et pour les lettrés, comme Tacite, de les lire. Quintilien cite un fragment de la lettre écrite par Néron au sénat après le meurtre d'Agrippine (VllI, 5, 18), et l'attribue sans la moindre hésitation à Sénèque; serait-il aussi affirmatif s'il avait puisé directement à cette source oflicielle, où il va sans dire qu'elle était donnée comme étant de Néron ('^1 ?

Quant à Claude, nous savons au moins que son discours en faveur des Gaulois, qui sollicitaient \cjus honorum, avait été gravé, très peu de temps sans doute après rpie le sénat eut fait droit dans une certaine mesure à leur demande, sur des tables d'ai-

" Tacite, Ann., XIII, 3; XIV, 11. Dion, LXJ, 3. Qiiintilion, VIII, 5, 18. -> Les poésies de Néron existaient aussi au temps do Tacite et il les a lues (XIV, iG); mais ceci n'a aucune importance.

;}30 LES SOUIU^KS l)K TACITE.

rail) donl dos fru«jnii('iil.s considiu-ahlcs sont c.onscM'vrs un nidsée de Lyoii*'l

Si Tacite a lu les discours de Claude et de Néron, ccnx <|n'il leur a prêtés n'en sont pas moins de sa façon; nous avons dit tout à l'heure pour quels motifs nous en sommes surs. L'inscription de Lyon nous fournit une preuve s[)éciale et très intéressante. Nous pouvons comparer le discours aullienti([ue de Claude avec celui que Tacite lui fait prononcer (M. 'jkj. La ressemblance des deux morceaux n'est même pas telle, que l'on puisse afïirmer absolument que Tacite a eu l'original sous les yeux : à la rigueur, il pourrait ne l'avoir connu qu'indirectement, par un résumé ou une reproduction de sa source littéraire. S'il l'a eu sous les yeux, il a pris les plus grandes libertés. Les tables de Lyon étant mutilées à leur partie supérieure , nous n'affirmerons pas qu'il a beaucoup ajouté. Mais il a beaucoup supprimé, il a changé l'ordre du développement, il a substitué son style concis et frappant aux phrases enchevêtrées et aux tirades emphatiques de Claude. Il nous a livré, en somme, une copie très inhdèle et 1res embellie de l'original.

1. Tibère et Claude nous fournissent une transition toute naturelle pour passer des sources oHîcielies à un autre groupe de sources premières, les Mémoires. Ces deux empereurs avaient écrit des Mémoires. Ceux de Tibère nous sont connus par deux témoignages de Suétone. « Commentario quem de vita sua summatim breviterque composuit, dit-il au chapitre 61 du Tibère, ausus est scribere Sejanum se puniisse quod comperisset facere adversus liberos Germanici filii sui. 55 Le verbe «composuit» indique clairement ([u'il s'agit ici d'un ouvrage, et non de shnples notes, comme celles dont nous avons parh'- plus haut^'-'. Le se-

''' Cf. ce texte épigraphi(|ue à la fin du cleuxic'mc \<ilii de i'i''(lilioii Mji-

pcrdoy-Andresen. Comparaison détaillée par Rud. ScliinldliiiaMi, Zcilschrift f. d. oesleiTeiclnsch?n Gymnaaien, 1890, p. 86y sqq.

--' Cf. S i,ir a.

TACITE KT LI^S SOIIHCKS l'UEMlKl'.KS. ;};5I

cuikI passafjc do SikHoiic nous a|)|)i'on(l iyDomil., •>()) (juo ces Mémoires étaiont la lecluro favoi-ilo do IJoiniiicn. 11 n'y en a aucune citation dans Tacite, ol nous ni-n sommes pas étonnés : un ouvrage où le mensonge s'étalait aussi impudemment, et (jue Domitien prisait si fort, ne pouvait être considéré par Tacite comme une source liistori([ue. C'est également par Suétone ([ue l'existence des Mémoires de Claude nous est attestée {C.laude, h i): «domposuit et de vita sua octo volumina, magis inepte (juam ineleganter. w Tacite n'en dit pas un mot dans la partie des Annales relative à Claude qui nous est parvenue. C'était là encore une source très suspecte, et, d'ailleurs. Tacite n'avait pas une haute opinion du bon sens de Claude.

^. Sans sortir de la famille impériale, nous avons aussi à mentionner les Mémoires de la seconde Agrippine"^ fille de Germanicus et mère de Néron, née en i /i et morte en 5(j. A propos d'un fait raconté au chapitre 53 du livre IV, Tacite remar([ue : ^Id ego a scriptoribus annalium non traditum repperi in commentariis Agrippinae liliae, quae, Neronis principis mater, vitam suam et casus suorum posteris memoravit. t> De ce témoignage on peut déduire, me semhle-t-il, la date d(; la composition des Mémoires: ils furent écrits («quae Neronis principis mater. . . memoravit 57) sous le principat de Néron'-', par conséquent entre 5/i et Sg , un peu tard pour que les deux principaux historiens des règnes de Tibère, de Caligula et de Claude, Aufidius Bassus et Servilius Nonianus, (jui furent certainement, nous le verrons, parmi les sources de Tacite, aient pu s'en servir. Du même témoignage il ressort (ju'Agrippine s'était bornée

i') Sur ces mémoires on peiil lire riud'iessaiile mais peu scienlili(jue monographie de RafTay.

(-' (^est aussi i'opinion de Rart'ay, p. /iT). Do ce que ces mémoires ne sont pas cités pour le règne de ^éron, Lehmann, p. 5 sq., conclut qu'Agrippine les a composés et publiés avant l'avènement de son fils. L'argument est loin d'être décisif; nous n'avons en tout ([ue deux citations de l'ouvrage d'Agrippine et le règne de Néron, si elle en parlait, ne pouvait y tenir qu'une place très secondaire {vitam suam et casas suorum. . . memoravit). — D'après Raiïay, p. /|5, les mémoires d'Agrippine n'auraieni point [laru avant .')."). Nous ne croyons pas pouvoir préciser autant que lui.

;i;5:) LES SOURCES DE TACITE.

à racontor des événements de famille, ne louchant aux événements politiques qu'autant qu'il (^tait nécessaire («vitara suam et casus suorum... memoravit»). Le fait que Tacite lui emprunte se rapporte à la première Agrippine : un jour que Tibère rendait visite à la veuve de Germanicus, celle-ci lui demanda un nouveau mari ; Tibère ne répondit pas. Les commentaires d'Agrippine sont cités aussi par Pline [Hist. NaL, VII, /iG) pour un

détail sur la naissance de Néron : ^ scribit parens t^us

Agrippina w (''. La partie la plus intéressante de l'ouvrage était sans nul doute celle où Agrippinc racontait la mort de son père et la conduite de Tibère à l'égard de sa mère et de ses frères. Mais ce serait une erreur de croire que Tacite en a fait sa source principale pour toute la partie de son récit qui est relative à Germanicus et à sa famille*-'. D'abord, il devait se défier des affirmations d'une femme pour laquelle il a si peu d'estime'^'. Ensuite, rien, dans les passages en question, ne dénote l'emploi d'une telle source, bien au contraire. Par exemple. Tacite ne donne jamais comme certaine la culpabilité de Pison : Agrippine s'était évidemment montrée beaucoup moins réservée. Au premier abord, on serait tenté de voir dans le récit du voyage de Germanicus (II, 53), si détaillé et si saisissant, un extrait des mémoires de sa fille. Mais quand Tacite dit : « Et ferebatur Germanico per ambages, ut mos oraculis, maturum exitium cecinisse v , on ne peut guère admettre que cette réponse d'oracle lui ait été connue par Agrippine, qui avait dû s'exprimer à ce sujet beaucoup plus affirmativement ; ce n'est pas le témoignage d'une personne si bien placée pour savoir avec certitude, c'est un simple bruit que Tacite a l'air de rapporter.

''' (jf. aussi Vindex des sources du livre Vit : trAgrippiua Claudia.

<-> C'est Terreur des apologistes de Tibère (cf. plus bas, chap. iv, S ii), de Frejtag et Slahr surtout. Elle est partagée par Knabe, p. 18. — Sans aller aussi loiu qu'eux, Ranke, p. 299; Ziegler, prog. de i885, p. 55 sq. , et Bellezza, p. 3i6, exagèrent encore, selon moi, l'importance des mémoires d'Agrippiue comme source de Tacite. Cf. Weidemann, prog. de 1878, p. 17, et Horstmami,

p. /l3 sqq.

'*' Cf. surtout le jugement si sévère de XIV, 2.

TACITE KT LES SOL'IîCES PREMIÈRES. ,'533

Mais la mnllciiif j)r<'iiv(' (jii'il n'a pas l'ail jjraiid usafje des Mémoires d'Affrippiiie résulte de la façon même dont il les cite (IV, 53) : «(^es instances d'Agrippine auprès de Tibère pour obtenir un second mari, les historiens n'en parient pas, dit Tacite; j'ai emprunté le renseignement aux Mémoires de sa fdle. 5? iN'estce pas là reconnaître implicitement cpie les historiens ont été les sources principales du récit? Ce détail ne se trouve pas dans les historiens : donc le reste s'y trouve et c'est là que Tacite le prend. Nous avons affaire à une simple intercalation de quelques lignes dans le récit des sources ordinaires. Un rapprochement entre Suétone et Tacite confirmera cette conclusion. L'anecdote que Tacite certifie avoir empruntée aux mémoires d'Agrippine vient immédiatement après le récit du procès intenté à Claudia Pulchra, parente de la première Agrippine, par Domitius Afer. A propos de ce procès la veuve de Germanicus fit une scène violente à Tibère, qui lui répondit par un vers grec, allusion mordante à ses instincts dominateurs : te correptamque graeco versu admonuit non ideo laedi, quia non regnaret?? (IV, Sa). Elle est immédiatement suivie d'une autre anecdote, celle du repas où Agrippine, étant à table auprès de Tibère, refusa de loucher à aucun aliment, de peur d'être empoisonnée (IV, 5*^). Or Suétone [Tih., 53) rapporte d'abord la réprimande grecque, sans dire dans quelle occasion elle fut adressée à Agrippine, mais en donnant la traduction du vers cité par Tibère, ce qui suffirait à prouver qu'ici les deux auteurs sont indépendants : «Manu apprehendit graecoque versu, si non dominaris, inquit, filiola, injuriamteaccipere existimas.?) Aussitôt après, il raconte l'anecdote du repas. Il n'aurait sûrement pas omis celle de la démarche d'Agrippine et du silence de Tibère, si elle lui avait été connue. D'où la conclusion qu'il n'a pas eu sous les yeux les Mémoires de la seconde Agrippine et que Tacite a intercalé l'anecdote en question dans le récit d'une source commune. Tacite a-t-il emprunté aux Mémoires d'Agrippine autre chose que la matière de ce chapitre 53 du livre IV? L'empressement ([u'il met à faire remarquer qu'il enrichit d'un renseignement complémentaire le

rc'cil (les iiisloriens aiiU'riours nous nuloriso à afliriner (iiic, s'il avait fail la mrmo chose en d'autres endroits, il ne l'aurait pas faite sans le dii(\ (Test, d'ailleurs, là une observation dont la portée est jjénérale : il est prudent de ne pas admettre que Tacite s'écarte de sa source ordinaire, à moins d'avis contraire de sa part.

3. Gomme ouvrages contemporains, en dehors des Mémoires d'Agrippine, il ne cite que les Mémoires de Corbulon. Cn. Domitius (îorbulo ^'', consul sujjfeclus en 3() , sous le règne de Caligula, fut mis à mort par ordre de Néron, en G y. Depuis 54, il était légat en Arménie et en Syrie; c'est de 55 à 63 qu'il s'y distingua par ses exploits'-'. Nous savons qu'il les avait racontés, par Tacite et par Pline l'Ancien. Celui-ci lui emprunte à deux reprises'^' des renseignements géographiques : V, 2/1 , 83 (sur l'Euphrate): «Ut prodidere ex lis, qui proxime viderunt, Domitius (îorbulo ...» ; II , 7 0 , 1 8 0 : fc Corbulo , dux in Armenia , prodidit . . . (une éclipse de soleil).?? La citation de Tacite (XV, 16) se rapporte à la capitulation honteuse de Paefus assiégé par le roi Vologèse : « Ceterum obsessis adeo suppeditavisse rem frumentariam constitit, ut horreis ignem injicerent, contraque prodiderit Corbulo Parthos, inopes copiarumetpabulo attrito, relicturosoppugnationem, neque se plus tridui itinere afuisse. Adjicit jurejurando Paeticautum apud signa, adstantibusiis, quos testificando re\ misisset,neminem Romanum Armeniam ingressurum,donec referrentur litterae Neronis, an paci adnueret, 55

Ce que Tacite signale donc lui-même comme emprunté directement au récit de Corbulon, ce sont ces trois faits : 1" la nécessité où la disette aurait bientôt mis les Parthes d'abandonner le siège; 2° la proximité des secours au moment de la capitula-

(" Nipperdey-Andresen , à XI, iS, cl Tounoi-Schwabo, 11° 391, renvoi 3.

(-' lis sont racontés par Tacilo, XllI, G-9, '?,h-h\: XIV, 33-'jG; XV, 1-17, 3/1-31.

'<■'•'> Cf. aussi {'index dos livres \ ol VI, ot VI, 8, 33 :trlii que niulla aliter ac veteris prodituruni iiic non 00 infilins, anxia ]K'rquisila rnra, relnis nupor in eo situ gestis a Domitio Corhnlonc . . -i (iorhnlmi esl hien iri la source, ((uoiqu'il n'y ait pas citation formelle.

TACITE HT LES SOlilK^.KS PREMIERES. ;};}5

lion: .')" rcnjfafToniciil pris par l^icliis (Icvaiil les cnvoyrs du roi, (les Irois reiiscignemenls, la formule do cilalion démontro que Tacite les doit au seul témoignage de Corbulon. Mais elle démontre également que pour ce passage Corbulon n'a pas été runi(|ue source de Tacite. Avant les trois renseignements fournis par (iorlxiloii seul, il en donne un autre sur lequel tout le monde lui d'accord : l'ahondance des approvisionnements du côté des assiégés. Et, après, il introduit par cette formule, qui dénote évidemment qu'elle est empruntée aussi à la tradition générale, une description de la retraite de Paetus : «Quae (le serment de Paetus) ut augendae infamiae composila, sic reliqua non in obscuro babentur, una die quadraginta milium spatium emensum esse Paetiim, etc. w On voit aussi que dans cette dernière ])brasc Tacite met en suspicion la véracit(' de Corbulon. De tout cela on j)eut sûrement conclure que Corbulon n'est pas la source principale. Tacite n'a fait que contrôler et compléter en cet endroit le récit de sa source ordinaire par celui de Corbulon. Il l'a complété par le détail du serment, qu'il regarde, d'ailleurs, comme une invention de Corbulon, par ceux de la disette des Partbes et de la proximité de Corbulon. Il l'a contrôlé pour savoii", d'abord s'il est bien vrai que Paetus capitula sans y être absolument obligé ])ar la famine, ensuite, que sa retraite ressembla à une (b'route. (Jette citation ào. Corbulon est unique. Il y a tout lieu de croire que Tacite ne lui doit rien de plus. En effet, dans les diverses séries de chapitres qui sont consacrés aux affaires de Syrie et d'Arménie ^^\ aucun indice ne révèle l'emploi direct d'une telle source, et, par contre, certains passages prouvent clairement que Tacite en a suivi une autre : ce portrait de Corbulon, par exemple : t^Corpore ingens, verbis magnificis, et super experienliam sapientiamque eliam specie inanium validusw (XIII, 8); ce jugement sur son éloquence avec analyse d'une de ses harangues : wExercitum ad contionem vocat orditurque magnifica de auspiciis imperaloriis rebusque a se gestis, adversa

'' (îllos sonl (■mnii(''i('('s dans ravant-dcrniiMc iiolc

in inscitiam Paeli declinans, miill;) aucloritalo ijuao viro mililari |)ro facnndia eratr {XV, 9 G]; el, surtoul, ce passage relatif à la demande de secours adressée par Paetus et à la conduite de Corbulon dans cetle circonstance: «Aegre compulsum ferunl ut instantem (lioslem) Corbuloni fateretur; nec a Gorbulone properatum, quo, {jliscentihus periculis, etiam subsidii laus augeretur» (XV, lo).

Si Tacite n'a pas pris pour source principale les jMémoires de Corbulon, c'est d'abord rpi'il le soupçonnait de n'avoir pas toujours dit la vérité. Nous l'avons entendu tout à l'heure qualifier le serment de Paetus d'invention destinée à aggraver son infamie et, par conséquent, à mieux faire valoir la gloire de Corbulon. Nous venons de voir qu'il rapporte, sans un mot de réfutation, un bruit d'après lequel Corbulon ne se serait pas pressé de porter secours à Paetus afin de recueillir plus de gloire en le tirant d'un péril plus grand. Certes, Tacite rend pleine justice aux talents militaires de Corbulon; mais il signale plus d'une fois sa vanité et son ambition : il nous raconte que ce général parle à ses soldats en termes pompeux de ses exploits ^^'; il constate qu'il ne pouvait pas supporter un rival : ce sed neque Corbulo aemuli patiens» (XV, G). Cependant cette défiance ne fut pas la principale raison pour laquelle Tacite emprunta si peu à Corbulon. Composés avant 6 y, les Mémoires de celui-ci avaient pu être consultés par Pline l'Ancien pour sa continuation d'Aufidius Bassus, ouvrage qui est certainement, nous le verrons '-', parmi les sources des livres XllI à XV, où Tacite raconte les exploits de Corbulon. Le soin scrupuleux de Pline à se bien informer et le fait qu'il a utilisé ces mémoires pour son Histoire naturelle nous garantissent qu'en effet il les avait consultés pour ses Histoires. D'une part, il ne devait pas y avoir laissé grand'chose à prendre pour ceux qui viendraient après lui; d'autre part, ils n'étaient plus aux yeux de Tacite que des matériaux déjà exploités et, partant, d'une valeur pratique très secondaire. Cluvius Rufus et Fabius

-i) XV, af); ci. XIII, 8 : aVorhis inaffiiificis^. ''^' Cï. clia|). Il, b^ III, f't cliap. III, S m et iv.

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