Il y a encore, au chapitre y/i du livre XII, une citation
^'' La conjecture est de Horslmann, qui traite ta question p. /i8 sqq.
■^' Cf. ^n«., XIII, 3).
-^' Pour prouver que Tacite n'a pas lait un usajje consi(]éral)le des Acia scnalns, Hollhiann (aO s(|(|. et .'{.")) pri'lend (\u\\ mentionne presque toujours les décès des persoiniajivs illii-^hcs (•iniiiiir «'■hiiil :irii\(''s ^i hi lin de Painiée; or ii est liien in\raiseinMal.le .jiril m ail cl.' iV>c||ciii.miI iiiiisi: l.ml s"c\|ilique si Tacite s'est servi d'un historien ([ni avait placé les décès notables à la lin du récit des événements de chaque année pour ne pas interrompre ce récit : Tacite a pris cet artifice de composition pour luie indication chronologique. Une telle méprise ne se SOI ail [la-i inodiiile s'il axail cdiisulli' les Arirs. — L'anirniation de Hoffmann n'es! |ia-^ JH'^li' : Tarilc \ir iiienlioniw les (Ii'cès rounne élant arrivés à la fin de l'anniT qnc ([ualre lois (III, ;5o; I\ , Gi ; VI, 27, ^g). Une cinquième fois (VI, li), il ne s'agit pas d'une mort naturelle. Plus souvent, il enregistre les décès à la fin de Tannée, mais sans dire qu'ils eurent lieu à ce moment. D'ailleurs, si cet argument avait quelque valeur, ce sérail coiilrc les Acta populi qu'il faudrait l'invoquer, et non contre les Acta .lenatnx. on ir/'laiinl mentionnées que les morts des personnages dont les funérailles avaicnl ou un caractère officiel et, par conséquent, avaient fait l'objet d'une délibération du sénat. Au contraire, les AcIa populi mentionnaient lous les décès de quelque importance.
TACITE ET LES SOUUCES PREMIEMES. 'M':,
(V Actn puhlicn ([iii ne sont ni los Acta .'icnaliis ni los Artn popidL Tjicilc constate (juo Claude agrandit l'enceinte do la ville, sans |)i('ciser davantage (^ch. 93). Après une assez longue digression, il s'excuse ainsi de ne pas dire en quoi consista au juste cet agrandissement : «Et quos tum Claudius terminos posuerit, facile cognitu et publicis actis perscriptum. w Les Ada senntus n'étaient pas h la disposition de tout le monde; la collection des Actn populi, outre qu'elle ne se trouvait sans doute pas dans foutes les bibliothèques, était très volumineuse et difficile à manier. Tacite n'aurait renvoyé ses lecteurs ni à l'un ni à l'autre de ces recueils : il en aurait fait ici un extrait à leur usage. Il s'agit, selon toute vraisemblance, d'une inscription commémorative du fait, gravée sur quelque monument public, et trop connue au temps de Tacite pour qu'il ait cru devoir entrer dans plus de détails'^'.
Il va sans dire qu'à l'époque où Tacite écrivait les Annales un grand jiom])re d'autres inscriptions du même genre existaient à Rome et pouvaient être lues de tout le monde. Pour le règne de Claude, Tacite l'atteste formellement. «Claude, dit-il, enrichit l'alphabet de trois lettres, qui furent en usage de son vivant, mais tombèrent après lui en désuétude». «Aspiciuntur etiam nunc in aère publico . . . per fora ac templa fixo« (XI, li). L'une de ces inscriptions reproduisait un sénatus-consulte en l'honneur de l'affranchi Pallas. «Et fixum est aère publico sena- (us consultuni'»?. ajoute Tacite après l'avoir analysé (XII, 53). Pline le Jeune nous apprend en cpiel endroit elle avait été placée : «Ad statuam loricatam divi Juliiw {Ep., VTIl, G, i3). Est-ce là qu'il a lu le sénatus-consulte dont il nous a conservé dans cette lettre des extraits considérables, ou bien est-ce dans les Ada senatus? Il ne le dit pas. Quant à l'historien lui-même, (ju'il ait lu l'inscription, cela ne parait pas douteux, puisqu'il la signale et que, d'après Pline, elle se trouvait dans un endroit très fré([uenté de Rome (rtDelectus est celeberrimus locus. . .
- (il. \ip|)fr(|py-\ndrosPii. ;i MI. -^h. , • -
:Wi LES SOURCES DE TACITE.
Incisa o[ insciilpta siiiit |iiil)Hcis aolcrnisquo monuinonlis. . . 7^ ihld., i/i). II la corinaissail; mais est-il allé la relire avant de composer le récit de cette affaire et lui a-t-elle servi de source, ou bien s'est-il borné à y faire allusion et a-t-il parlé du sénatusconsulte en question seulement d'après l'analyse qu'en donnait sa source dérivée? Sans doute, dans la plupart des extraits reproduits par Pline, il n'y a rien, malgré leur étendue, que Tacite ne dise en son bref récit : c'est la phraséologie prolixe, emphatique, insipide de l'adulation. Nous y trouvons cependant un détail précis qui n'est pas dans Tacite : w Consent non exhortandum modo, verum etiam compellendum ad usum aureorum anulorum. w L'omission de ce détail, qui a son importance, nous porterait à croire que Tacite n'avait pas le texte sous les yeux, c'est-à-dire qu'il ne s'est servi ni de l'inscription elle-même ni des Ada senatus, où le sénatus- consulte figurait naturellement aussi. D'une façon générale, les documents officiels de ce genre, comme ceux dont nous avons parlé plus haut, et pour les mêmes raisons, n'ont pas du être utilisés par Tacite.
k. En dehors des archives de l'Etat, dont les éléments essentiels étaient les deux collections des Acta senatus et des Acta populi, il y avait les archives des empereurs ^^' : correspondance des gouverneurs de provinces impériales et des procurateurs, requêtes de diverse nature, etc. L'importance de ces archives est attestée par un passage bien connu de Dion. Arrivé, dans son récit, à ré|M)que impériale, il déclare qu'il lui sera très difficile désormais de savoir la vérité t Upérepov fjièv yàp es le Ttîv (SovXrjv xa) is tov Siiftov -sraWa, xaï si Tsôppw ^ov crv(jiGait]y êa-
s(pspsTO xat Sià TOVTO zsdvxes t£ avia. èyioivBavov E« Sk lov
Xpôvov êxeivov toL [xèv zsasiw xpv^a xai St ' àizoppuriôîv yîyvsaOai ïjpçaTO, s'i Se 1S0V tivol xai Stiixoa-ievaÔsiï] , àAXà âve^e'keyxrd. y s ovict à'ïïicylsï'za.i. (LUI, 19, 2 sq.). Le secret que Dion oppose ici à la publicité de l'époque républicaine, c'est celui du cabinet des empereurs. Dans deux passages de Tacite il est question de
"' Cf. Monimsen, Eomisches Staatsrecht, t. II, p. 8G7 s(j(|.
TAClTi: ET LES SOURCES PUEMlEllES. ;i:>3
(lociiinents de vo jj-oiirc. Le premier se rapporlc au rèjjue de (llaude. Suillius, à qui on reproche, sous Néron, d'avoir, pendant le dernier règne, causé par ses accusations la perle d'un grand nombre de citoyens, allègue pour sa défense qu'il agissait à l'instigation de Claude lui-même (XIII, AS), «donec eam orationem Gaesar cohibuit, compertum sibi referens ex commenlariis patris sui nullam cujusquam accusationem ab eo coaclamj5. Les commentaires dont il s'agit ici ne sont évidemment pas les Mémoires de Claude, dont nous parlerons tout à l'heure : ce sont des notes, connues de Néron seul, rédigées par Claude ou par ses secrétaires, pour son usage personnel et non pour la publicité '^^ Si l'on était tenté d'identifier les deux ouvrages et de prétendre que Néron fait tout simplement allusion aux Mémoires de Claude encore inédits, on en serait empêché par le second passage de Tacite [HisL^YV, ko). C'est au commencement du règne de Vespasien. L'empereur, encore absent de Rome, y est représenté par son fils Domitien. c^Quo die senatum ingressus est Domitianus. . ., petit a Caesare Junius Mauricus ut commentarioruni principalium potestatem senatui faceret, per quos nosceret quem quisque accusandum poposcisset. w Ce passage ne peut pas s'entendre d'ouvrages proprement dits, de Mémoires, tels que ceux de Claude, composés par les divers empereurs. Il ne peut être question ici, et par conséquent dans l'autre texte où est employé le même mot ^commentarii::, que des archives du cabinet des empereurs^'-'.
Le second passage de Tacite nexious apprend pas seulement que les archives des règnes précédents existaient encore en 70; il nous apprend aussi qu'à cette époque personne n'était admis à les consulter. A la demande de Junius Mauricus Domitien répondit qu'il ne pouvait prendre la responsabilité d'une telle
C' Cf. Mpperdey-Andrcst'n , à XIII, i3.
'^' (/est dans ces arcliives que Vitellius retrouva les placets de ceux qui sollicilair'nt d'Othon une récouipense pour avoir pris part au meurtre de Galba (Tacite, Ilial., hh\ SiK'Ione, Vit., 10; Piutarque, G., 27). — Il est question des «coinmenlarii princlpis» dans la correspondance de Pline avec Traj an, E'p., io5.
;;^G m: s SOURCES de tacite.
communication : wConsulendiim tali super re principem respon- (lit. » Dans la partie conservée des Histoires, il n'est plus question de cette affaire. Il est bien probable qu'elle en resta là, que Vespasien et ses successeurs jugèrent imprudent de livrer, même à la publicité restreinte du sénat, des documents qui contenaient tant de révélations : s'ils avaient cru que tout le danger serait pour la réputation de leurs devanciers ou de certains particuliers, ils auraient peut-être passé outre; mais, pour le pouvoir impérial lui-même, il valait mieux: que les mystères des règnes précédents ne fussent pas divulgués. Rien, dans les Annales, ne prouve qu'une exception ait été faite en faveur de Tacite, malgré ses relations avec les empereurs Nerva et Trajan. S'il avait eu la faculté de compulser les pièces des archives secrètes, il en aurait certainement usé : car c'étaient là des matériaux dont, sans doute, aucun de ses devanciers pour l'époque racontée dans les Annales, dont, à coup sûr, aucun de ses devanciers pour le règne de Tibère, contemporains, nous le verrons, de la dynastie julienne, n'avait pu se servir. Et s'il avait usé de cette faculté extraordinaire, il n'aurait pas manqué de le dire, lui qui prend soin de nous avertir qu'il a trouvé dans des sources d'un accès beaucoup moins difficile, les Actes du sénat, les Mémoires iVAgrippine, des renseignements que ne donnaient pas les histoires antérieures.
5. Le Dialogue des Orateurs ^^^ nous apprend que, sous le règne de Vespasien , Mucien avait entrepris , au moyen des Actes et peut-être aussi d'autres sources, une collection de discours et de lettres des grands personnages du passé. Les noms propres cités dans ce passage appartiennent tous à l'époque républicaine; mais Mucien dut pousser plus loin. Quoi qu'il en soil, l'existence d'un recueil des discours et lettres de Tibère, par Mucien ou par un autre , n'est pas douteuse. Nous avons vu que Tacite avoue (l, 81) l'impossibilité où il est de donner aucune indication précise sur les comices consulaires du règne de Ti-