Mesure d'étoffes : un mètre soixante centimètres
auprès d'un malade de sa famille : — t Mon frère Karamboulé, ajouta-t-il, restera chargé pendant mon absence, qui doit durer cinq jours, de tout ce qui concerne le règlement de votre hongo ; mais la négociation ne pourra commencer que demain ; car il faut, avant tout, que j'aie vu Souwarora. »
La surprise n'avait rien d'agréable. En revanche, nous reçûmes la visite quelque peu intéressée d*un natif de l'Ouganda, Ijrungou, — fort beau garçon, par parenthèse, — lequel nous affirma de nouveau que le roi Mtésa désirait ardemment nous voir. J'aurais voulu que ce personnage consentît à nous servir de guide ; mais il refusa d'attendre que notre hongo fût réglé, se bornant à nous offrir de laisser derrière lui, si nous le désirions, quelques hommes de sa suite : leur présence devait intimider Souwarora et le mettre en demeure de nous expédier plus promptement.
Je proposai ensuite à Irungou de lui confier une carabinerevolver, fabriquée dans les ateliers de Coït, que je voulais envoyer à son roi comme gage de mon empressement à me présenter devant lui: mais il refusa de s'en charger, et cela par les mêmes raisons que m'avait données Sirhid. Un couteau et diverses curiosités, que je voulus successivement lui remettre, effarouchèrent au même degré sa prudence diplomatique; et comme je tenais infiniment à me faire précéder par un présent quelconque destiné à me frayer la route, il fallut se rabattre sur un méchant mouchoir de poche, en cotonnade rouge, dont la valeur n'exédait pas douze sous, mais qui trouva grâce aux yeux de l'ambassadeur. Irungou s'étonrtait, du reste, que je n'eusse pas préféré, pour arriver dans l'Ouganda, la route la plus directe, celle qui traverse le pays des Masai. Je lui rappe- . lai qu'une caravane arabe, parvenue dans cette direction à la frontière de l'Ouganda, — et retenue par suite de quelques incidents politiques dans la région dont il me parlait, — s'était assez mal trouvée du séjour forcé qu'elle y avait fait. Il fut obligé d'en convenir; mais, selon lui, ceci tenait à des circonstances exceptionnelles. — « Le Masai s'était pacifié depuis lors, et Mtésa, qui désirait vivement ouvrir par cette voie des communications avec la côte, me fournirait, pour revenir par là, autant d'hommes que j'en voudrais emmener. »
Je connaissais à cet égard les intentions de Mtésa, intentions
L'OUSOUI. 165
plusieurs fois manifestées aux trafiquants arabes, et dont ils n'avaient pas manqué de m'entre tenir; mais je n'en fus pas moins satisfait de me les' voir conflrmer par son ambassadeur, car j'avais écrit à la Société géographique, — avant de quitter le Bogoué, — que si -je trouvais M. Petherick dans l'Ouganda ou à l'extrémité nord du N'yanza, j'essayerais, la question de l'origine du Nil se trouvant ainsi vidée, de regagner Zanzibar en traversant le Masai. J'ayrais voulu faire revivre à mon profit une ancienne coutume des rois de l'Ouganda qui, lorsqu'une visite leur était annoncée, envoyaient jusque dans le Karagoué le nombre de porteurs nécessaire pour les bagages du voyageur et je priai Irungou de dire & Mtésa « qu'il me faudrait au moins une soixantaine d'hommes; » sur sa promesse formelle de transmettre ma requête, je lui octroyai les verroteries qu'il était venu me demander.
Du k au & novembre. — Karamboulé nous enjoint de préparer notre tribut, et mes gens se mettent en besogne pour se conformer à ses instructions. Mais le lendemain nous apprenons que, sous prétexte de maladie, il ne s'est même pas rendu au palais. Aussi, poussé à bout par tant de déceptions successives, je lui fais dire que « s'il ne tient pas sa promesse, je m'ouvrirai de force l'accès de la résidence royale. » Ceci donne lieu à de nouveaux débats, où reparaissent les exigences de Virembo et de Vikora. Je ne pourrai, semble-t-il, parler à Souwarora que lorsque ces bandits subalternes m'auront exploité à leur complète satisfaction. Chaque journée de retard constituant en elle-même un impôt très-lourd, je me vois réduit à céder encore. Karamboulé réclame ensuite le prix de son entremise, et je m'estime heureux d'entamer la négociation au prix d'une de ces couvertures rouges appelées joho et de cinq fils de mzizima, équivalant à cinquante fils de perles blanches communes.
S et 9 novembre. — Un grand désordre se met dans le camp, où l'ivrognerie engendre mainte et mainte rixe. Nous sommes de plus harcelés par les Vouasoui, qui envahissent notre hutte pour nous regarder manger, et mendient nos restes avec une merveilleuse effronterie. Ils ne connaissent pas ce fameux bakhshish\