Présent
si usité en Orient ; mais ils tendent leurs mains, se frottent le ventre, et répètent jusqu'à satiété le mot kaniviani (mon ami). Impossible, cependant, de garder rancune à ces enfants naïfs : nous leur jetions quelquefois de l'eau pour les éloigner, mais ils revenaient aussitôt, tournant la chose en plaisanterie.
Dix jours s'étaient écoulés (le 10) sans que nous fussions arrivés à rien, — ce qu'il fallait attribuer, selon Karamboulé, aux préoccupations' militaires de Souwarora, qui rassemble des troupes pour aller châtier un de ses officiers, lequel refuse d'acquitter les taxes dues au trésor et veut transformer en royaume indépendant la province qu'il était chargé d'administrer. A minuit, cependant, je vis arriver Karamboulé, qui venait en grand émoi m'apprendre que je pourrais, dès le lendemain matin, régler définitivement avec Virembo le tribut à payer : Souwarora, complètement absorbé par ses soins guerriers, ne pouvait cette fois nous donner audience. Mais, avant tout, il fallait remettre à notre intermédiaire, pour lui et Sirhid, vingt paquets de fil de fer, trois joho, trois barsati\ vingt cordons de mzizima, et millç de perles blanches. — Je dus encore m'exécuter.
1 1 novembre. — L'animosité qui existait sourdement entre Bombay et Baraka devait tôt ou tard amener une explosion. Bien que je l'eusse défendu, presque tous mes gens ont pris femme chemin faisant. Bombay lui seul était resté célibataire. Devenu amoureux d'une jeune fille qu'il avait vue au passage, il a eu le malheur de mettre Baraka dans sa confidence, et celui-ci, — bien assuré que son collègue n'arriverait pas gratuitement à la réalisation de ses vœux, — s'était mis à espionner de près toutes ses démarches. Bombay, en effet, pour satisfaire aux exigences de son futur beau-père, parait avoir détourné, avec l'assistance de quelques-uns de mes gens, cinq paquets de fil d'archal, une couverture rouge, et cinq cents cordons de verroteries. Aujourd'hui, tous deux se sont grisés, et dans leurs violentes altercations la vérité s'est fait jour. Je la démêlai à grand'peine, à travers leurs explications contradictoires, mais Bombay a fini par convenir de ses torts, les rejetant sur la violence de sa passion, l'avidité du père de sa bien-aimée, l'exemple de ses camarades, etc. Au fond du cœur, tout en le blâmant, je ne pouvais
1. Nous rappelons ici que le barsati, appelé kitété par les indigènes, est une étoffe bleue à bandes routes, la moins chère des cotonnades d'échange.
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m'empêcher d'apprécier la sincérité de ses aveux; mais j*ai dû, — la bonne politique le voulait ainsi, — féliciter tout haut Baraka de la subtilité avec laquelle il avait surpris les larcins de son camarade, — larcins d'autant plus coupables qu'ils tournent au détriment de la communauté, puisque, les dépenses du voyage une fois payées, l'excédant des marchandises doit être fidèlement distribué entre tous mes compagnons. En réalité, Baraka n'est pas plus irréprochable que Bombay, et ce dernier n'a pas manqué de m'en fournir d'irrécusables preuves. J'ai tâché de les réconcilier l'un avec l'autre, bien décidé dorénavant à veiDer moi-même sur mes verroteries.
12 et 13 novembre. — Bombay, complètement revenu à lui, s'est jeté à mes pieds, puis à ceux de Grant, protestant « que j'é • tais son Ma-pap (son père et sa mère), — qu'il me doit toute sa prospérité, — que s'il a péché, c'est faute de meilleurs enseignements, mais que si je lui pardonnais, etc., etc.» Puis, réconforté par quelques bonnes paroles, il s'est décidé à prendre pour femme la sœur de Sangizo, qu'on lui donne à crédit, et qu'il payera peu à peu sur ses salaires, promettant d'ailleurs de la restituer à son frère aussitôt que le voyage sera terminé.
Dans la soirée, les stipulations relatives au hongo royal ont été convenues avec Virembo et Karamboulé. Ils exigeaient soixante paquets de fil d'archal, cent soixante yards de merkani, trois cents cordons de mzizima, et cinq mille de perles blanches, — ce que j'ai fait réduire à cinquante paquets de fil de fer, vingt pièces d'étofies choisies, cent cordons de mzizima, et quatre mille de koulouamnasi^ ^ mes verroteries blanches étant tout à fait épuisées. Souwarora, qui persiste à ne pas nous recevoir, nous promet en revanche un meilleur accueil à notre retour de l'Ouganda; il ne se doute évidemment pas que j'ai formé le projet bien arrêté de ne point traverser un pays où j'ai subi tant d'exactions humiliantes et des traitements si peu en rapport avec les invitations pressantes qui m'y avaient attiré. Je n'ai pas manqué de laisser voir mon mécontentement aux deux
]. Cette espèce de verroterie qu*on appelle aussi nili {nili veut dire verre, kcmtcuamnaxi veut dire feuilles de cocotier), est une petite perle de verre transparente. Le prix varie de six à onze dollars les trente-cinq livres, ou la frasilah , pour parler la langue du pays. Le nili est très en faveur dans TOujiji, et reçu avec plaisir, en petite quantité, sur toute la ligne du centre.
négociateurs, mais ils se sont empressés de changer de sujet, en réclamant les cadeaux que l'usage attribue aux Youahinda ou Youanawanis (les enfants du roi). Je m'en suis tiré avec trente-quatre paquets de fil de fer et six pièces d'étoflfes premier choix.
15 nov. KUaré. — Une escorte d officiers nous est assignée, qui veillera sur nous jusqu'à la frontière. C'est un grand honneur, sans doute, mais nous le devons principalement à la terreur superstitieuse que nous vaut notre réputation de sorcellerie. Peu nous importe, au surplus : l'essentiel est de trouver devant nous une hospitalité moins rapace.
£n gravissant les hauteurs qui dominent la vallée d'Uthoungou, nous rencontrons sur notre route des caims ou tumuli, auxquels il est d'usage que chaque voyageur ajoute une pierre. Sur l'origine de ces monuments, qui rappellent les gal-gal, les menhirs, les dol-men de l'époque druidique, je n'ai pu me procurer aucuns renseignements positifs; je suis cependant frappé de ce fait, qu'ils se montrent à moi dès que j'aborde une contrée appartenant exclusivement aux Youahouma, et que je les ai vus précédemment dans le pays des Somals, qui, très-certainement, à une époque antérieure, fut gouverné par un rameau détaché de la race abyssinienne. L'officier du district où nous campons, bien qu'il réside à dix miles de nous, envoie réclamer la taxe à laquelle il prétend avoir droit. Je m'exécute après quelque résistance, mes guides s'étant engagés à me garantir contre toute réclamation ultérieure.
16 nov. Vihembé. — Pressant le pas et avec la gaieté de l'oiseau qui s'envole, nous sommes arrivés, au sortir d'une belle forêt, à l'entrée d'une vallée profonde qui porte le nom de Lohougati. Sans nous être donné le mot, et par un mouvement instinctif, la caravane entière s'arrête devant l'imposant tableau qui s'offre tout à coup à ses yeux Au fond de cette vallée, couverte d'épais ombrages, un courant d'eau limpide s'élance dans la direction du N'yanza. Une végétation luxuriante et variée, des arbres magnifiques parmi lesquels se distingue le gracieux palmier qui porte le nom de pandana^ des jardins de bananiers, des plants énormes d'indigo sauvage et de chardons, font de ce coin de terre une espèce de paradis touffu, par de là lequel on entrevoit une rangée de cônes rougeâtres aux sommets dénudés, sillonnés du
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haut en bas de longues traînées blanches, et qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à des volcans récemment ouverts ; — plus loin encore, et dominant le tout, sont les collines du Karagoué et du Kishakka, tapissées d'herbages opulents.
Au moment où nous reprenons notre marche, le sentier que nous suivons est traversé tout à coup par un oiseau appelé khou^ gota^ ce que le vieux Nasib proclame, avec un enthousiasme naïf, comme un présage certain de voyage heureux. Après avoir passé la rivière, nous recevons, assis sur ses bords, la visite des habitants du vallon. Jamais je n'ai vu nudité si complète que la leur. Les jeunes jBUes elles-mêmes, parvenues à Fâge de puberté, s'exposaient hardiment à nos regards, sans la moindre arrièrepensée de mal. De là, nous arrivâmes à l'établissement deVihembé, le dernier qu'on rencontre avant de franchir les limites de l'Ousoui. Nos guides avaient droit à un salaire que Nasib fixa luimême. Mais nous restâmes sourds aux réclamations du < beaupère, » que Bombay avait désappointé dans ses espérances, et qui, lui aussi, réclamait un dédommagement. Le messager qu'il nous avait dépêché nous menaçait aussi des vengeances de Souwarora, mécontent du hongo stipulé par ses subalternes. Ce prince nous ordonnait de revenir sur nos pas, — « et si nous nous permettions d'enfreindre à cet égard sa volonté souveraine, nous allions rencontrer une armée qui nous barrerait le passage. » Inutile de dire que ces vaines paroles ne nous arrêtèrent pas un instant.
OQgr^t-i:)
LE KARAGOUÉ.
Remarques géologiques. — Un lac. — Souvenirs du Thibet. — Une jeune mariée. — Accusation de sorcellerie. — Les baguettes géographiques.
— Un orchestre de voyage. — Conjectures. — Un messager inexact.
— Réception royale. — La question du lait. — Proposition homicide.
— Chronique de la cour. — Les frères ennemis. — Embonpoint forcé.
— Prodigalités bien entendues. — Une enquête topographique. — Ambassade à Mtésa. — Le miracle du docteur K'yengo. — Une coquette et deux rivaux. — Excursion au petit Windermere. — Un sacrifice humain. — Prodiges politiques. — Audience de cérémonie. — Exploits de chasse. — Plan, coupe et circonférence d'une beauté noire. — Les anthropophages. — Premiers indices du voisinage de PÉgypte.
17 nov. Fi^ara. — Heureuse journée, qui nous délivre de bien des soucis. Nous sommes quittes de nos soi-disant protecteurs, les Vouasoui, et d'ici au Karagoué, nous n'aurons à nous débattre que contre des animaux sauvages sur ce territoire neutre, autant vaut dire inhabité, qui sépare les deux pays; nous pouvons donc espérer quelque répit à ces extorsions systématiques dont nous avons tant souffert.
La constitution géologique du district me paraît assez curieuse. Les sommets coniques de ses vertes collines, exerçant une pression centrale sur leurs couches intérieures, mettent en relief, sur leurs pentes rapides, des protubérances argilo-sablonneuses zébrées de pourpre et de blanc. Au pied de ces mômes collines, des blocs de quartz et d'autres roches ignées sont accumulées dans les bas-fonds, et des conglomérats de gravier rouge indiquent bien évidemment la présence du fer. Le sol lui-même rappelle,
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par sa richesse et ses teintes rougeâtres, celui de notre beau Devonshire.
A peine campés sous un bouquet d'arbres, nous voyons arriver à nous TofiGcier chargé par Roumanika de nous aider à sortir de L'Ousoui. Nasib, qui retrouve un ami d*autrefois dans ce personnage nommé Kachouchou, rayonne littéralement de joie et cette. circonstance favorable lui apparaît comme l'accomplissement des heureux présages qu'il nous signalait hier. Les instructions données à Kachouchou sont en effet très-libérales. Partout où nous ferons halte, les officiers de chaque village sont tenus de nous fournir des aliments aux dépens du roi. Dans le Raragoué, aucune taxe n'est levée sur les étrangers. L'échangé des présents est seul permis.
Trompés hier par la vue d'une vaste nappe d'eau qui, du haut d'une montagne, nous apparaissait dans le lointain, nous nous supposions en présence du N'yanza lui-même, tandis qu'en réalité nous avions devant nous le Louérou-lo-Ourigi, un lac à part qui rejoint le Victoria N'yanza par une brèche dans les montagnes et par la rivière Kitangoulé.On nous affirme qu'autrefois la vallée de l'Ourigi était entièrement recouverte d'eau; à cette époque, on voyageait en bateau sur les basses terres que nous avons traversées à partir de TOusoui et les collines en dos d'âne que j'ai tout à l'heure décrites, formaient une chaîne d'îlots plus ou moins séparés. Mais le pays s'est desséché peu à peu, et le lac d'Ourigi s'est transformé en un marécage peu iniportant. On reporte la date de ce phénomène à la mort du feu roi Dagara.
Notre marche d'hier m'a rappelé bien des jours heureux que j'avais passés jadis, parmi les Tartares, dans la vallée du Thibet où coule le fleuve Lidus. J'accorderais cependant au pays où je suis une supériorité pittoresque : sur des pentes plus hautes croît une herbe plus épaisse; elles se couronnent de fourrés d'acacias où se réfugient les rhinocéros blancs et noirs ; dans les parties basses du vallon errent au hasard, comme le kiyang et le yak apprivoisé du Thibet, des troupeaux de hartebeests et de magnifique bétail. Puis enfin, pour ajouter à cette joie des yeux, nous sommes reçus avec une hospitalité prodigue, conformément aux ordres du roi. L'officier du village nous amène des moutons dès qu'il nous sait arrivés. Les patates douces, la volaille, affluent
vers le camp, et nous en sommes quittes pour quelques mètres de lainage rouge qu'on reçoit avec gratitude, sans nous rien demander de plus.
19 nov. Second Ourigi. — Plus nous avançons, plus se manifeste le bon ordre de ce pays, la courtoisie des chefs à qui nous avons affaire ; une liberté complète nous est assurée, et j'en profite pour chasser à droite et à gauche sur les hauteurs les plus voisines. J'ai tué un floriican, précieuse ressource pour notre pot au feu, plus un rhinocéros blanc, le premier que j'aie vu, et dont j'aurais épargné la vie si j'avais su que personne n'en voudrait manger. Les enfants nous apportent, par centaines, des moineaux à vendre, ce qui me rappelle certaines histoires qu'on m'avait faites jadis sur le Karagoué; où ces oiseaux, me disaiton, pullulent en si grand nombre que, pour sauver les récoltes et ne pas mourir de faim, les habitants en sont réduits à semer une espèce particulière de blé, que son amertume soustrait à la voracité de ces innombrables déprédateurs. Ceci m'est entièrement confirmé. Le soir, occupé d'observations astronomiques, je vois passer près de moi, non sans quelque surprise, un long et bruyant cortège en tête duquel est portée, sur les épaules de trois ou quatre hommes, une jeune fille roulée dans une enveloppe de cuir noir. Des informations que j'ai prises, il résulte que c'est une mariée du matin qu'on va déposer ainsi en paquet sur le lit de son époux ; on ne se donne cette peine toutefois que pour celles qui sont réputées vierges. D'après certains récits qui parviennent à mes oreilles, Masoudi, le négociant arabe dont j'ai parlé, a fait tout au monde pour détourner Roumanika de nous recevoir, et peu s'en est fallu qu'il n'ait réussi, en nous représentant comme des sorciers très-dangereux. Heureusement nous arrivions avec la recommandation de Mousa, et Roumanika — nous l'avons dit ailleurs — se considère comme lui devant la couronne. Ce motif a fait prévaloir les remontrances de nos partisans.
20 nov. Khonzè, — Le chef de ce village, un vieillard nommé Mouzégi, m'affirme du plus grand sérieux qu'il a, vu le temps où on allait en bateau d'ici à Vigoura ; le poisson, les crocodiles de laKitangoulé remontaient jusqu'au lac sur les bords duquel nous sommes ; mais le vieux roi ne fut pas plutôt mort que les eaux baissèrent. Sa Majesté voulant, ceci est clair, laisser des regrets
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éternels à sa postérité la plus reculée. Après de mutuels présents, cet « ancien » me donne sur les pays environnants une foule de détails précieux; il se sert pour cela d'un bâton couché par terre, dans la direction du sud au nord, lequel représente la route que nous allons suivre; des baguettes de diverses longueurs, horizontalement placées, indiquenrles distances relatives de chaque localité. Cette géographie primitive, revue et corrigée avec soin, me fournit d'utiles renseignements pour les pays situés à Test et à Fouest de notre route.
21 nov. Camp de Kiwéra. — Nous quittons les bords de TOurigi actuel, pour marcher quelque temps encore dans ce qu'on nous dit être son ancien lit. L'abondance et la variété du gibier rendent le voyage tout à fait amusant. Les rhinocéros sont en tel nombre et si effrontés, qu'en mainte et mainte occasion ils nous barrent littéralement le passage. Il est très-divertissant, en pareille occasion, de voir nos intrépides Vouangouana s'avancer par détachements de trois ou quatre vers ces irrévérents animaux ; puis, quand ils ont lâché leur volée, s'enfuir d'un côté, tandis que le gibier se sauve de l'autre. Nous sommes rejoints après le coucher du soleil par le docteur K'yengo, porteur du tribut extraordinaire (flls d'archal et fils de laiton) que Souwarora expédie au grand roi. Mtésa, comme équivalent de la défunte princesse que ce dernier voulait épouser. Il est entendu que nous voyagerons de conserve jusqu'à Uthenga.
22 nov. Uthenga. — Opulente vallée qu'eiîtourent, à une hauteur de plus de mille pieds, des montagnes escarpées, partout revêtues d'une végétation qui fait songer à celles d'Ecosse. Dans le bas, les arbres sont magnifiques, et on y voit de riches cultures parmi lesquelles prévaut, nous dit-on, celle du bananier. Malgré cette apparente fertilité, les Vouanyambo qui habitent là de misérables huttes paraissent tout à fait pauvres. Sait-on qui nous trouvons installé dans le village?... Irungou, l'officier de l'Ouganda!... Au lieu de porter mon présent à Mtésa, comme il l'avait promis, le drôle a trouvé bon de s'arrêter chez les Vouanyambo, dont il exploite largement la docilité, se grisant à loisir de cet excellent vin de bananes qu'ils appellent marwa, mais qui est désigné plus généralement sous le nom de pombé. Il ne demanderait pas mieux que de me soutirer un supplément de rassade, et, voyant que je ne me laisse plus prendre à ses ruses.
il essaye de se faire un titre .à notre reconnaissance, en mettant ses tambours et ses fifres à notre disposition pour égayer notre marche. C'est là un privilège particulier à sa race, et dont jouissent, soit chez eux, soit à l'étranger, les Vouakoungou* de l'Ouganda.
23 nov. Rozoka. — En quittant la vallée de l'Uthenga, nous sommes montés au sommet du N'yamwara, où nous avons apprécié pleinement, à quelque cinq mille pieds du niveau de la mer, les bénéfices d'une pareille altitude. Descendus dans la vallée de Rozoka, Kachouchou nous déclare qu'il va prendre les devants, son maître désirant savoir d'avance où nous préférons nous établir. Le choix nous est donné entre son palais, un point quelconque à l'extérieur de l'enclos et le village de Kufro, où les Arabes ont un dépôt commercial sur la route directe de l'Ouganda. Tant de politesse a bien le droit de nous surprendre, et nous tâchons d'y répondre convenablement. Notre ami Kachouchou, gratifié par nous d'un rouleau de fil de cuivre, dira de notre part à son maître que notre unique objet est de le voir, lui et les autres grands monarques de la contrée. Nous accepterons tous les honneurs qu'il voudra bien nous conférer, mais nous ne faisons pas le commerce et nous n'avons, par conséquent, aucun rapport avec les Arabes.
24 nov. Katawanga. — Nous arrivâmes le lendemain à la rencontre de deux routes, et, tandis qu'Irungou, suivi de ses tambours, de ses fifres, de ses amazones, prenait, avec les porteurs du hongo de Souwarora, celle qui conduit à Kufro, nous continuâmes à marcher dans la direction du palais. J'étudiais, chemin faisant, la formation géologique de ces hauteurs composées principalement d'une argile sablonneuse tantôt bleue, tantôt de couleurs alternantes, et au flanc desquelles on voit se dresser çà et là, comme de longues murailles blanches, des tranches de quartz sans mélange. Tout semble indiquer que ces terrains, ainsi amalgamés quand le sol était bas, se sont élevés graduellement de manière à faire de ces montagnes l'axe du centre du continent; ce qui leur assigne, selon toutes les probabilités, l'origine la plus ancienne.
A quelques miles du palais, nous reçûmes ordre de faire halte