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A N'yama-Goma je trouvai Irungou, — le grand ambassadeur que j'avais déjà rencontré dans l'Ousoui : — non-seulement il était l]i, lui et sa nombreuse suite, mais aussi mon ennemi Makinga, et la députation de Souwarora chargée du tribut de fil de fer, ~ en tout quelque chose comme une centaine d'hommes. Depuis un mois entier ils attendaient la permission d'avancer vers le palais du roi ; aussi le désert s'est-il fait dans un circuit de plusieurs milles : les habitants avaient pris la fuite, il ne restait plus une banane sur les arbres, et c'est à peine si de temps à autre, en fouillant la terre, on rencontrait quelques patates douces. Ce riant et fertile pays était affamé, tout simplement parce que l'orgueil du souverain se refusail à un mode plus expéditif de régler les choses, à une hospitalité plus libre et plus familière. Il y avait là de quoi m'alarmer, d^autant que, — s'il fallait en croire les propos unanimes de ceux qui m'entouraient, — cette sorte de procédés était dans la tradition, dans les usages du pays, et dérivait des soins que se donnent les « grands rois » pour s'entourer de respect, maintenir leur dignité, augmenter leur prestige. Bombay insistait là-dessus et semblait fort tenté de railler ma crédulité au sujet des avances par lesquelles on m*avait attiré jusque-là. « Tout étranger en reçoit de pareilles, disait-il en riant ; mais quand le roi les a sous sa main, il ne songe plus qu'à se grandir, aux yepx de ses sujets, par les dédains dont il accable le nouveau venu. »
14, 15, 16 et 17 /^^vrier; journées de halte. — N'yamgundou déclare ne pouvoir passer outre sans autorisation préalable, et voudrait jeter les yeux sur les présents que je destine à Mtésa. le me retranche dans ma dignité pour refuser de lui complaire en ceci : c Une bagatelle pareille ne 'saurait, lui dis-je, donner lieu à aucune méfiance, à aucun malentendu, car je ne suis pas un marchand en quête de gains quelconques, mais un voyageur venu à grands frais pour voir le roi de ce pays. » J'exige donc que mon guide aille, le plus tôt possible, exposer le but de ma visite et les motifs qui me font désirer une prompte réception, c Mon compagnon de voyage est resté malade dans le Karagoué; je n'ai personne à qui parler, les notables de ma race ne s'abaissant js^mais à converser avec leurs inférieurs. Bref, je ne serai complètement à mon aise qu'après avoir vu le roi et m'ôtre assuré de ses bonnes dispositions. J'aurais bien des choses à lui
dire, comme au père de ce Nil parle lit duquel les eaux du N'yanza s'écoulaient au nord jusque dans mon pays. » N'yamgundou se hâta de partir avec ce message.
Le lendemain (15), je distribuai à chacun de mes hommes un fez de laine rouge et ce qu'il fallait de drap, même couleur, pour en faire des jaquettes d'uniforme. Je leur appris ensuite dans quel ordre doit évoluer une garde d'honneur, et comment ils devaient se placer en m'escortant au palais. Je détaillai à Bombay le cérémonial pratiqué dans les cours indiennes pour la présentation des cadeaux. En somme, la répétition ne fut pas mauvaise. Quand elle fut terminée, je montai avec Nasib sur une des hauteurs voisines pour y jouir de la vue du lac.
J'aurais voulu employer la journée suivante (16) à vérifier l'issue de la rivière Mwérango, qui en définitive pouvait provenir non du Grand-Lac, mais d'une de ces vastes nappes d'eau placées en travers de ma route la veille du jour où elle m'était apparue. Personne cependant ne parut prêter Toreille à ce projet. < Dans l'ignorance où on était de mes intentions, on m'accuserait trèscertainement» me dirent tous ceux à qui j*en parlais, de me livrer à des pratiques de sorcellerie. Je pouvais d'ailleurs me tenir pour certain que la rivière sortait du lac, et ils s'engageaient âme le prouver aussitôt que le roi m'aurait permis d'explorer les localités. > Je dus céder à ces observations dictées parla prudence, tout en me promettant bien de faire en sorte que Grant, lorsqu'il arriverait par eau du Raragoué, pût élucider cette importante question. La volaille manquant absolunn.ent, je requis Rosaro do se rendre auprès de Mtésa pour obtenir que ce dernier m'envoyât de quoi vivre. Cette demande parut Tégayer, et il me fit observer • qu'il lui en coûterait la vie s'il se permettait d'avancer, fût-ce d'un seul pas, sans un exprès congé de Sa Majesté. « Plutôt que de me laisser mourir de faim, lui répondis-je, et de subir longtemps pareilles avanies, je retournerais volontiers dans le Karagoué. — Oui-d5, répliqua-t-il en riant toujours, mais où prendriez-vous l'autorisation nécessaire?... Pensez-vous qu'en ce pays vous pourrez vous passer toutes vos fantaisies? »
Dans la soirée du 17, N'yamgundou revint, plus courtois et plus souriant que jamais, s'agenouillera mes pieds; ses « enfants » et lui n*yanzigeaient à qui mieux mieux, de la façon que j'ai décrite plus haut. C'est tout au plus si son agitation lui permit de me
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dire ce qu'il avait à me communiquer. Petit à petit, néanmoins, j'appris qu'arrivant au palais en l'absence du roi, il avait dû aller le rejoindre à bord de ses bateaux de plaisance, dans cette partie du lac à laquelle j'ai donné depuis le nom d'anse-Murchison (Murchison-creek). Mtésa, longtemps incrédule au récit de mon arrivée, s'était mis ensuite à danser de joie, protestant « qu'il ne mangerait pas avant de m'avoir vu. — Eh quoi, s'était-il écrié, se peut-il que l'Homme blanc ait fait tant de chemin pour venir me voir?... Que de force ne lui faut-il pas quand il franchit si vite de telles distances 1... Puisqu'il aime le lait, voici sept vaches, dont quatre bonnes à traire, et que vous lui donnerez de ma part ; vous en aurez trois pour l'avoir amené si promptement.... Je ne puis le faire venir ici, où je n'ai rien de ce qu*il faut pour une réception convenable. Le pèlerinage que j'accomplis en ce moment devait durer sept jours encore; mais je suis tellement impatient de le voir, que je vais me rendre immédiatement au palais, d'où je lui enverrai aussitôt Tordre de marcher en avant. »
18 février. Palais de Sounna. — Vers midi,le jour suivant, quelques pages, vinrent en courant nous avertir qu'il fallait nous mettre en marche sans une minute de retard : ainsi l'avait ordonné le roi, bien décidé àfaire diète jusqu'au moment où j'aurais paru devant lui, tant il avait à cœur de me témoigner toute sorte d'égards. En attendant, il serait fort aise de recevoir un peu de poudre à canon. Je lui expédiai aussitôt, par ces pages eux-mêmes, une petite quantité de cette précieuse denrée, et je n'eusse pas demandé mieux que de les suivre à l'instant; mais, parmi mes hommes, quelques-uns étaient malades, d'autres * fourrageaient aux entours du camp, et tout cela retarda notre départ, qui eut lieu seulement dans la soirée. A certaine distance de la station, nous rencontrâmes un cours d'eau bien autrement large que la Mwérango, et qui porte le nom de moga (ou rivière) M'yanza. Il était assez profond pour me réduire à le traverser mes habits sous le bras, et s'écoulait dans la Mwérango, mais avec un courant aussi peu prononcé que possible. Les gens du pays m'assurèrent qu'il prenait sa source non dans le lac, comme la Mwérango, mais dans les montagnes du sud, et qu'on n'avait pas songé à y jeter des ponts, vu qu'il était guéable toute l'année. Ge rapport me parut de tout point conforme au bon sens ; car
bien que son lit soit plas large que celui de la Mwérango, la M'yanza, partout également basse, n'a pas de courant central, de cunette, pour ainsi dii-e, tant soit peu profonde. Nous étions, da reste, au moment le plus favorable pour apprécier l'importance relative des deux rivières, au cœur de la saison sèche, où la plus grande partie des hautes herbes vient d'être livrée aux flammes. Il faisait presque nuit quand nous eûmes traversé la M'yanza, et nous dûmes chercher, dans le voisinage, l'endroit le plus convenable pour y dormir. Le Idbouga, c est-à-dire le palais du feu roi Sounna, se trouva bientdt sur notre route et nous eût merveilleusement convenu ; mais il fallut pousser plus avant, car il n'est pas permis de pénétrer dans les mystérieuses profondeurs de ces habitations où dorment en paix les rois qui ne sont plus.
19 février. Bandawarogo, — Une autre journée de marche nous conduisit en vue du kibouga royal, situé dans la province de Bandawarogo, sous le 0* 21' 19* de latitude nord et le 32* 44' 30^ ' de longitude est. Il nous oflrait un spectacle imposant. Toute une colline était couverte de huttes élevées, dont je n'avais pas encore vu les pareilles sur le continent africain. Je voulais me rendre immédiatement au palais, mais les officiers chairs de ma personne s*y opposèrent énergiquement. ■ Non, disaient-ils, ce serait là, selon les idées reçues dans notre pays, une inconvenance grave. 11 faut ranger vos honunes en bataille et leur faire tirer une salve de mousqueterie, afin que le roi vous sache arrivé ; nous vous conduirons ensuite à la résidence qui vous est assignée, et le roi vous enverra sans doute chercher demain, car la pluie l'empêche, pour le moment, de tenir son lever habituel. » Je conunandai à mes hommes de faire feu, et nous fûmes immédiatement menés vers un groupe de huttes passa- ' blement malpropres, qui ont été tout spécialement construites, à ce qu'on m'assure, pour l(^r les hâtes du roil C'est ici que les Arabes s'arrêtent invariablement lors de leurs visites périodiques, et je dois faire comme eux.
Cette assimilation ne me convenant guère, je me mis à revendiquer mes droits de t prince étranger, dont le sang royal n'était pas fait pour de pareilles ignominies. Le palais du souverain était ma véritable sphère, et, si je n'y pouvais obtenir une hutte, je m'en retournerais sans avoir vu le roi. >
Terrifié par ce langage altier, N'yamgundou se prosterna de-
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