PUBLIC LIL'P.ARY
paratonnerrey et je tAchais en même temps de ramener sur le tapis l'affaire de rOunyoro, où j'aurais grande envie de me rendre immédiatement. Tant qu'il n'aura pas vu Grant, ce projet n'a rien qui lui plaise, mais il a désigné un officier qui, par rOunyoro, sera chargé d'aller au Gani, et avec lequel le roi me demande de faire partir quelques-uns de mes gens, ainsi que des lettres à l'adresse de mes compatriotes.
Notre causerie fut agréablement interrompue par de lointaines détonations qui nous annonçaient l'arrivée de mon camarade. Je pris tout aussitôt congé pour aller le recevoir. Inutile de dire toute la joie de cette réunion, après tant d'anxiétés et de mutuels regrets. Heureux de voir Grant assez bien rétabli pour en être venu à boiter deçà, delà, sans trop de fatigue, j'écoutai, en riant aux éclats, l'amusant et pittoresque récit de sa pénible traversée.
28 mai. — Budja, l'ambassadeur nommé hier par le roi, est venu, en compagnie de Ridgwiga, prendre mes hommes et mes lettres, afin de retourner chez Kamrasi ; il lui demandera passage à travers ses États pour se rendre dans le Gani. Je voulais, au préalable, m'entendre avec Mtésa, mais les envoyés ont répondu qu'aucun ordre ne les autorisait à s'arrêter dans ce but, et ils sont partis immédiatement.
Le roi, auquel j'ai fait passer, comme présent, un fusil double et des munitions, nous a convoqués, Grant et moi, pour un lever solennel, pareil à celui qui marqua mon arrivée. Toutefois, nous avons trouvé la cour assez dégarnie quand nous nous sommes rendus au palais dans l'après-midi. La première séance promptement expédiée, nous nous retirâmes dans une des cours intérieures, où les femmes comparurent devant nous; mais le roi, se lassant bientôt de ces muettes exhibitions, se fit apporter le fauteuil de fer, et entama l'entretien par des questions relatives à ces stimulants dont il est si fortement préoccupé. Je rompis les chiens en demandant < si le fusil était de son goût? » puis nous traitâmes des sujets plus généraux, concernant tour à tour Souwarora, Roumanika et les difficultés de la route par rOunyamouézi, qui remplacera bientôt, nous l'espérons du moins, celle de l'Ounyoro.
On voudra bien ne pas perdre de vue qu'en prolongeant ainsi notre séjour chez Mtésa, et par toutes ces négociations si diffi-
ciles à mener de sang- froid , nous nous proposions toujours 4e même objet, celui de nous faire montrer le H'û à son issue du N'yanza, et de vérifier ainsi un phénomène sur iequel, depuis longtemps, mon esprit ne conservaitaucun doute. Sans le consentement, que dis-je? sans le concours et la connivence de ce capricieux sauvage à qui j'avais affaire, il ne fallait pas songer à la réalisation de ce projet. On ne s'étonnera donc pas que je fusse constamment au guet, pour glisser à propos dans le cours de tous nos entretiens, quelques paroles de nature à nous rapprocher de ce grand but. L'occasion, cette fois, me semblait favorable, et nous risquâmes une requête directe, tendant à obtenir des embarcations pour essayer de nous rendre par eau vers le Gani, en supposant que le lac et le fleuve fussent navigables «ur leur parcours entier; nous demandions aussi que Kitounzi nous accompagnât avec une mission officielle, afin de ramener tout ce qui serait fait à notre important dessein de frayer pour le commerce une nouvelle voie par laquelle trouveraient leur chemin vers rOuganda les divers articles de fabrique européenne. Nous n'en vînmes pourtant pas à nos fins. La pétition, attentivement écoutée, — et qui avait été parfaitement comprise , maint et maint commentaire nous le prouva, — la pétition n'obtint aucune réponse directe. Il n'entrait pas dans mes combinaisons diplomatiques de laisser voir toute l'importance que nous attachions à cette question. Je dus, par conséquent, manifester une certaine indifférence, et je pris ce temps pour réclamer ma boite à couleurs que le prihce, après me l'avoir empruntée un jour, retenait depuis plusieurs mois. Cette nouvelle demande rencontra le même silence que la première; mais je fus immédiatement harcelé au sujet de la boussole, promise, on s'en souvient peut-être, pour l'époque où Grant serait arrivé. Il a fallu m'engager à Tônvoyer demain matin, et moyennant ce, le roi, qui s'apprêtait à se retirer, nous dit « qu'il s'entendrait avec ses femmes pour fixer la quantité de pombé dont on pouvait di^* poser en notre faveur; » — après quoi, il nous souhaita le bonsoir.
29 mai. — La boussole que j'ai chargé Bombay de lui remettre a jeté le roi dans un véritable transport de joie. Il a dit à mon messager, puis à Maoula, « que je ne pouvais lui rien offrir de si précieux, et qu'en me privant pour lui d'un pareil instru-
ment, je lui donnais la preuve d*une affection inaltérable. » II est venu le soir, avec tous ses frères, examiner les dessins de Grant, dont les portraits, récemment exécutés d'après plusieurs indigènes, ont été littéralement acclamés. Pour cette fois,' au lieu de lui rien donner, j'ai réclamé ma boite à couleurs, et j'ai conduit ensuite la compagnie vers la colline qui me sert d'observatoire. Parvenus au sommet, le roi s'est appliqué à renseigner ses frères sur l'étendue de ses domaines, et comme je lui demandais « où il place la résidence de ce Dieu universel qui porte le nom de Loubari? > sa main s'est immédiatement levée pour désigner la voûte céleste.
30 mai. — Je vois enfin revenir ma boite à couleurs, à laquelle sont joints certains oiseaux tués par le prince, et qu'il voudrait faire dessiner. Il demande aussi qu'on exécute son portrait, plus une copie de ceux que Grant lui a montrés hier. Pour complément de ces modestes requêtes, il sollicite un surcroît de poudre, et nous prie de lui faire passer tous nos fusils, qu'il souhaite examiner à loisir.
31 mai, — J'ai dessiné deux des oiseaux envoyés par Mtésa, un grand hom-bill blanc, taché de noir, et un pigeon vert ; mais ceci ne lui sufBt pas; il m'expédie d'autres oiseaux et demande à voir mes souliers. Ce dernier message m'étant rendu avec une impertinence par trop marquée, je lance mon livre à la tète des pages qui se sont émancipés à ce point, et je les chasse en leur annonçant « que j'irai moi-même réclamer du roi les subsistances qui font faute à mes Youangouana et sans lesquelles il m*est impossible de les tenir tranquilles. » En l'absence de Mtésa qui est allé chasser, je porte mes plaintes au kamraviona, et je lui annonce mon intention < de quitter le pays, puisqu'il ne me reste rien à donner au roi. » Blessé du rapport que j'établis ainsi entre les aliments que me fournit son maître et les cadeaux qui seraient l'équivalent de son hospitalité, le conunandant en chef me donne immédiatement une chèvre et une certaine quantité de pombé, qu'il prélève sur ses approvisionnements; il m'annonce, de plus, l'intention de porter mes griefs au pied du trône.
1*' juin. — Dessiné une pintade pour le compte du roi, qui l'avait abattue ce matin même. Plus tard, j'ai conduit Grant chez la reine, où nous sommes allés avec sept hommes seule-
menty le reste dé nos gens ayant préféré les chances de la maraude à celles que leur offrait rhospitalité douteuse de la N'yamasôré. Après une heure d'attente, la reine nous a reçus avec force sourires. Le pombé, les bananes qu'elle a fait placer devant nous étaient destinés exclusivement — elle a pris soin de le dire — à son nouveau visiteur. Cette distinction, véritahle trait de politique sauvage, avait pour but de traiter Grant comme une personne à part, voyageant pour son propre compte, et d'obtenir ainsi une nouvelle taxe de passage, un hongo particulier. Cette petite ruse me fit sourire, et je remerciai directement la reine de sa générosité < envers ma maison; » j'ajoutai que lorsque j'aurais pu faire venir du Karagoué le demeurant de mes marchandises, je me hâterais, selon ma promesse, de lui faire accepter quelques présents supplémentaires. « Les messagers du roi, par malheur, méconnaissant les instructions à eux données, avaient doublement déçu mes espérances, d'abord en changeant l'itinéraire de Grant, qui devait voyager par eau, puis en ne m'apportant pas ce que les circonstances m'avaient contraint de laisser entre les mains de Roumanika. >
La reine, peu satisfaite de ces raisons, insistait pour que Grant s'acquittât envers elle, par un cadeau quelconque, de l'hommage qu'il lui devait. Pour détourner la conversation, je lui demandai a d'employer son influence à nous ouvrir un passage vers le Gani, ce qui était, en somme, le meilleur moyen de faire affluer dans l'Ouganda ces nouveautés dont elle semble éprise. » Avec une subtilité dont je ne l'aurais pas crue capable, elle nous promit immédiatement son concours, < à condition que Grant ne partirait pas en même temps que moi, vu qu'elle n'avait pas encore assez de sa présence. » Il est convenu que, dès demain, elle traitera cette afiaire avec son fils.
En réahté c'était bien là notre premier rayon d'espérance, et je m'occupai d'organiser nos opérations futures de manière à leur faire produire quelques résultats pratiques, sans efiaroucher l'humeur capricieuse de notre hôte. Tandis que j'inspecterais le fleuve et que j'essayerais de naviguer jusque dans le Gani, Grant, me disais-je, retournera par eau dans le Karagoué pour aller y chercher notre arrière-train ; cette traversée sur le lac lui permettra de se procurer les informations dont il a été frustré par les manœuvres de Maribou, le commandant de son
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