‹ Les sources du Nil (volume 2)Chapitre 39 sur 50 · AS 10*, L · texte numérisé non relu

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TILDE N f ;'i;yjA:

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du pays de Madi. Là, si je veux attendre qu'ils aient réuni leurs approvisionnements d'ivoire, ils viendront se joindre à moi, et nous serons assez forts, une fois réunis, pour passer sur le ventre à quiconque voudrait nous faire obstacle. Je commençai par accepter cette offre, mon vœu le plus cher étant de quitter ce pays, où mes gens prenaient des habitudes d'ivrognerie, et où ceux de Ridgwiga désertaient l'un après l'autre. Une fois en route, je ne désespérais nullement de gagner Grondokoro à moi tout seul.

En attendant, et pour me concilier Mahamed, je lui oflris de présider une revue militaire qu'il passe tous les vendredis. Ses soldats , avertis, ont pris la tenue de cérémonie et manœuvré un peu moins mal que je ne m*y serais attendu. Les commandements donnés en langue turque leur étaient tout à fait familiers, et les choses se seraient assez régulièrement passées, si les simples soldats n'eussent commandé la manœuvre en même temps que leurs capitaines.

La revue terminée, je complimentai Mahamed, et quand je le crus favorablement disposé, je remis sur le tapis les préHminaires du départ qui devait avoir lieu le lendemain ; mais, sans oser me regarder au visage et revenant effrontément sur ses promesses, il me déclara « qu'il ne pourrait me laisser partir sans lui, attendu le blâme qu'il encourrait s'il m'arrivait quelque mésaventure. » Il s'étonnait, au reste, de ma précipitation : — « Après être resté si longtemps chez Kamrasi, je pouvais bien, disait-il, lui accorder quelques jours. »

Son obstination renversait tous mes plans et me jeta dans une véritable colère. La désertion, je l'ai dit, s'était mise parmi les gens de Kidgwiga et, pour peu qu'elle se propageât encore, je ne voyais plus comment je pourrais, une fois à Gondokoro, acheminer vers le palais de Kamrasi un autre visiteur blanc, s'il s'en trouvait un qui voulût compléter notre besogne et vérifier, — ce que nous n'avions pu faire, — les communications entre le Nil et le Louta Nzigé. J'insistais ; Mahamed se débattit de plus belle. « Ses gens ne pouvaient partir qu'après la moisson (car ils cultivent du blé pour leur nourriture). Quant à lui, avec une hutte pleine d'ivoire, il ne saurait se procurer les porteurs nécessaires qu'après la récolte faite, lorsque les gens du pays seraient disponibles. » Bref, voyant que je m'entêtais à demander l'interprète

et les guides qu'il m'avait promis, il finit par disparaître; et ceux de mes gens qui se tenaient encore sur leurs jambes vinrent me supplier de renoncer à mon projet.

6 décembre. — Kidgwiga que j'ai chargé ce matin de nous procurer des interprètes et des guides, n"a pu trouver personne qui voulût s'engager avec nous. Mahamed, que je suis allé trouver en désespoir de cause, balbutie quelques vagues promesses, puis se dérobe et me fait avertir « qu'on ne le reverra de trois jours. » J'ordonne alors, poussé à bout, que tout soit prêt pour demain matin ; et cette détermination vigoureuse fait reparaître Mahamed qui s'oblige à me fournir des guides, « moyennant une déclaration écrite et signée par laqueUe je dégagerai complètement sa responsabilité. »

Je me croyais hors d'affaire, mais le lendemain, sept, au moment de se mettre en route, les < enfants » de Kidgwiga désertèrent en masse, et aucun guide ne voulut consentir à se chai^r de nous. Il devenait évident pour moi que, même en conduisant Kidgwiga jusqu'à Gondokoro, je ne pouvais plus compter sur lui pour ramener qui que ce fût chez Kamrasi. Je l'appelai donc, et lui faisant apprécier les circonstances où nous nous trouvions, je l'engageai à retourner chez son maître. Il y répugnait, sa mission n'étant pas remplie, mais finit par se rendre à mes conseils. Je lui remis alors un fusil double et des munitions, ainsi que quelques verroteries de prix empruntées au magasin de Mahamed, le tout à l'adresse du roi de l'Ounyoro, à qui j'enverrai un voyageur blanc dès que je serai rendu à Gondokoro ou à Khartoum Le voyageur ne traversera point le Kidi comme je l'ai fait; il suivra, au contraire, la rive gauche du Nil. — « Rien ne sera plus à propos, me fait observer Kidgwiga, car notre monarque doit sous peu changer de résidence et venir s'installer sur le Nil, de ce côté des domaines de Rionga, pour intercepter toutes communications entre ce dernier et les fusils turcs. »

Kidgwiga lui-même a reçu son assortiment de rassade, et les principaux officiers de notre escorte, tant ceux du Ghopi que ceux de l'Ounyoro, participent à une gratification de même nature. Nous nous sommes quittés fort bons amis, et immédiatement après leur départ, je me suis occupé de monter une chasse à l'éléphant, qui me servira de prétexte pour aller à la recherche du Nil dans la direction de l'Ouest. Bien que personne, depuis

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mon départ du Ghopi, ne veuille ou ne puisse me dire ce qu'est devenu ce fleuve, je ne saurais croire que nous en soyons trèséloignés.

8 décembre. — Mahamed semble ravi de ce projet. Il réunit les chefs de villages pour tirer d*eux toutes les informations que je réclame. Mais j'ai beau insister sur le voisinage probable du Nil, tous prétendent qu'il se trouve à quinze marches d'ici, et que le voyage, aller et retour, me prendrait un bon mois. De plus, il me faudrait emmener trente-six des soldats de Mahamed, dont celui-ci consent bien à me louer les services, mais à de telles conditions que mon enthousiasme s'en trouve considérablement refroidi.

J'étais, au fond, persuadé qu'on me trompait, et que le Nil n'était pas si loin ; mais, craignant de manquer l'occasion de quelque prochain départ, je me décidai à prendre patience et à profiter de mes loisirs, soit pour écrire l'histoire des Youahouma, soit pour compléter mes collections. Une fois à Gondokoro, je me promettais de trouver quelqu'un en état de suppléer aux lacunes de mon expédition, ou de remonter moi-même le Nil sur les embarcations dont je pourrais alors disposer.

Du 9 au 14 décembre. — Rien n'est arrivé de notable jusqu'à cette dernière date, où quatre-vingts des sujets de Rionga sont venus offrir à Mahamed, de la part de leur maitre, deux esclaves et trente défenses d'ivoire. Présumant qu'il s'agissait de déterminer mon hôte à marcher contre Kamrasi, de concert avec le frère qui cherche à lui ravir la couronne, je jugeai néanmoins que ces questions politiques devaient me rester étrangères, et ne m'occupai qu'à tirer de ces hommes quelques renseignements sur la topographie des contrées qu'ils venaient de quitter. Pas un, cependant, ne voulait entrer en relations avec moi, du moment où j'étais l'ami de Kamrasi, et les soldats de Mahamed trouvaient mauvais que mes gens cherchassent à se mêler aux nouveaux venus : « Que vous importe, disaient-ils, si nous échangeons nos étoffes et nos verroteries contre l'ivoire apporté par ces gens-ci?... Ne vous mêlez pas de nos affaires!... > Mahamed, toujours mystérieux, vint m'emprunter ensuite une couverture et un fusil « dont il avait besoin, disait-il, pour aller visiter un de ses entrepôts d'ivoire. » Ceci fit naître chez moi de véritables appréhensions, et je m'imaginai qu'en me forçant à m'ar-

rêter, Mahamed me laissait en son lieu et place, tandis qu'il irait avec Rionga porter la guerre dans les domaines de Kamrasi. Je tâchai donc de Teffrayer sur les conséquences de son expédition. — « Si vous traversez le Nil, on vous coupera la retraite et tous vos fusils seront perdus. » U vit bien où tendaient mes pensées, et m'assura qu'il allait dans une direction toute différente av6c les gens de Rionga. Je refusai cependant de lui prêter un fusil, tout en lui donnant la couverture dont il prétendait avoir aussi besoin.

Du Ib au 30 décembre, — J ai vu partir Mahamed à la tête de son régiment, enseignes déployées, au bruit des tambours et des fifres. Les soldats faisaient feu de tous côtés; les officiers étaient montés, quelques-uns sur des ânes, et les autres, — le croirat-on? — sur des vaches!... Derrière eux marchait une foule d'indigènes, y compris les gens de Rionga, les uns munis de lances, les autres d'arcs et de flèches, et le tout ressemblait à une expédition de maraudeurs, bien plus qu'à une paisible caravane. J'ai appris depuis qu'ils ne s'étaient point rendus chez Rionga lui-même, et qu'ils avaient seulement conduit les gens de ce chef auprès du vieux Ghonji. Chonji, de son côté, avait invité Mahamed avenir combattre un de ses ennemis, sur le territoire duquel on espère trouver une immense accumulation de dents d'éléphant, et qui, vivant de pillage, possède en outre un bétail considérable. Tel était, en réalité, le but de l'expédition.

Du 21 au 31 décembre, — Depuis mon arrivée ici, je m'étais étonné souvent que les indigènes consentissent à subir les brutalités auxquelles ils sont exposés de la part des tyrans que l'Egypte leur envoie. Je constate donc, sans la moindre surprise, qu'ils ont fréquemment recours, pour s'y soustraire, à de lointaines émigrations. Ils enlèvent leurs huttes, emportent leurs effets mobiliers, et, poussant devant eux leur bétail, transfèrent leur village sur un autre point du territoire. La principale femme de Mahamed m'annonçait, le jour de Noël, que les Turcs ayant mis à sac et brûlé trois villages, rentreraient d'ici à peu avec leur butin. Elle devinait juste, car Mahamed est revenu le 31 à la tète de son armée triomphante, avec des masses d'ivoire ; il ramène aussi cinq jeunes prisonnières et trente têtes de bétail.

Du 1^'au 3 janvier 1863. — Je désirais vivement me remettre

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en route, mais il a fallu céder aux instances de Mahamed qui m'ajourne au 5 courant, date à laquelle il aura réuni assez d'hommes pour transporter tout son ivoire. Les gens de Rîonga ont quitté le camp, et Mahamed semble bien décidé à partir, car il a fait tuer une douzaine de vaches, dont la chair est distribuée à ses porteurs, tandis qu'on découpe le cuir en longues lanières destinées à relier les faisceaux entre lesquels se répartissent les plus petites défenses pour égaliser à peu près le poids des charges.

Préparatifs pour le transport de l'ivoire.

4 et 5 janvier. — Triste échantillon de la barbarie turque. Un chef de village apporte une défense d'éléphant pour solder la rançon de sa fille, récemment enlevée par les gens de Mahamed. Heureusement pour elle, le père de la jeune esclave est un homme influent, que nos nouveaux compagnons ont tout intérêt à se concilier, et avec lequel ils veulent vivre en bons termes Non-seulement Mahamed lui a rendu sa fille, mais, pour effacer toute rancune, il lui fait en outre cadeau d'une belle vache.

Du 5au 10 janvier. — Il m'a été donné, ces jours-ci, de voir le chef de nos bandits frapper une contribution à l'instar des rois

nègres. Quelques bons villageois qui avaient pris la fuite à son approche, et dont il ne s'était pas donné la peine d'incendier les habitations, ont cru devoir lui en témoigner leur reconnaissance en lui apportant dix belles dents d'éléphant. Au lieu de les remercier, et trouvant avantageux de lever des impôts sous cette forme, notre homme s est donné les grands airs d*un potentat qu'on offense par des hommages insuffisants, et qui se croit dupe de sa clémence. — « Vous avez raison de rechercher mon amitié, a-t-il dit à ces pauvres gens, mais vous ne tenez pas assez compte du respect qui m'est dû.... J'avais droit au double de

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Deménagemeui. ci u'«ui!»iaiioQ d'un village.

ce que vous m'apportez. — Que faire, alors? ont-ils répondu ; c'est là tout ce que nous possédons. — S'il en est ainsi, a repris Mahamed, je ne dois pas vous affliger par un refus; mais à mon prochain retour de Gondokoro, j'espère bien que vous acquitterez le reste de votre dette.... Adieu, et ne perdez pas de vue ce qui vient de vous être prescrit. »

1 1 janvier. Panyoro. — Les ajournements de Mahamed ont épuisé ma patience et j'ai pris les devants, à son grand désespoir, en lui laissant un délai de vingt-quatre heures pour venir me rejoindre à la prochaine station. C'est à Panyoro que nous

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