‹ Les sources du Nil (volume 2)Chapitre 9 sur 50 · Abrévialioii familière du mot Uolieniot · texte numérisé non relu

Abrévialioii familière du mot Uolieniot

posa sur le sol, chargea la mule en deux temps, et termina par deux ou trois caresses amicales, qui, de la part d*un hercule pareil, avaient un caractère passablement dédaigneux.

10 octobre, Sagéséra, Envoyé, mais sans résultat, un détachement de Béloutchis sur la trace de nos déserteurs et de nos chèvres. Kirongo (M. le Trou), phanzé de Sagéséra, vient nous offrir ses hommages et du riz. Le sheik prétexte une maladie pour n'avoir pas à régler notre compte avec ce personnage. Bombay s'en charge et lui fait accepter, avec un dabouani, quatre mètres de cotonnade américaine. La force dont je dispose me donne le droit de résister à des exigences ridicules, et je n'entends pas préparer des embarras aux voyageurs futurs, par des prodigalités dont s'autoriseraient plus tard ces hobereaux de race noire. Je cherche en vain la rivière Moukondokoua dont on m'avait parlé dans le cours de la première expédition comme venant se joindre à la Kingani, dans le voisinage de Sagéséra. M. le Trou« qui ne voyage guère, ne peut me donner aucuns renseignements à cet égard. Sauf la Kingani, nulle autre rivière ne lui est personnellement connue, si ce n'est la Youami, qui traverse l'Ouzégoura et dont l'embouchure se trouve à Outondoué, entre les ports de Whindi et de Saadani.

Pour mettre un terme aux désertions des hommes du sultan :> Majid, j'ai vainement tâché de les amalgamer avec les Vouanguana. Ils s'y refusent obstinément, et le camp indigène est resté composé de groupes à part. Ces clubs de deux à dix hommes ayant appartenu au même mattre, ou nés dans le même village, ou désirant conserver intact un lien de famille dont ils ont seuls le secret, font table commune, lit commun, et au besoin révolte commune. N'ayant pu réussir à les fondre l'un .dans l'autre, j'écrivis quelques < billets d'émancipation > et, réunissant les hommes du sultan» je fis un choix des meilleurs à qui je délivrai comme récompense ces précieux documents. Je leur annonçai ensuite que, dorénavant, leur paye et leurs gratifications seraient sur le même pied que celles des Youanguana. J'ajoutai que les autres jouiraient du même bénéfice dès qu'ils l'auraient mérité par leur conduite ; d'un autre côlé, venant à déserter, ils apprendraient que j'avais le bras assez long pour les faire arrêter et jeter en prison s'ils osaient se montrer sur la côte.

L'OUZARAMO. 53

1 1 octobre, Makoutaniro. — C'est ici que le chemin sur lequel nous sommes rejoint la ligne de Mboamaji et celle de Kondouchi, qui traversent TOuzaramo central et par lesquelles, lors de la première expédition, s'était accompli mon voyage de retour. Les mines à fleur de terre, creusées pour l'extraction de la gomme copal, cessent en cet endroit. Le palmier doum ne va pas plus loin ; les grandsarbres, au riche feuillage, qui décorent le plateau inrérieur, sont remplacés par le mimosa ; la pente de la Kingani n'est plus aussi forte, et au lieu de côtoyer une berge escarpée, nous nous trouvons dans une espèce de parc en rase campagne, où les antilopes ont libre carrière, où on rencontre de temp.^ en temps le zèbre et le bufile, et où les pintades abondent.

12 octobre, Matamombo. — 13 octobre, Dégé La Mhora. — A la sortie du parc que nous traversions naguère, nous nous sommes trouvés dans la portion la plus fertile de l'Ouzaramo. C'est ici qu'a péri un Français, M. Maizan, chef de la première expédition européenne qui se soit aventurée dans ces parages. J'ai obtenu, de l'assassin lui-même,— le sous-chef Hembé, — les détails les plus confidentiels sur le meurtre dont il a été le principal agent. Une longue impunité lui fait supposer que le souvenir en est k, peu près éteint, et il en parle sans craindre Içs suites d'une indiscrétion. Il n a fait en somme, dit-il, en tuant M. Maizan, qu'exécuter les instructions écrites de son père Mzoungéra, un des dihouans de la côte, n est donc évident que l'attentat dont le voyageur fut victime a été tramé par les trafiquants arabes, et dicté à ceux-ci par la jalousie que leur inspire tout Européen dont les elBforts tendent, plus ou moins directement, à mettre au jour les mystères de leur commerce, à faire connaître les sources de leurs immenses profits. Le sultan de Zanzibar et le consul anglais, protecteurs zélés de M. Maizan, lui avaient donné pour guide et pour assistant l'Indien Mousa, l'un des négociants les mieux accrédités dans le pays. Malheureusement, après une marche ou deux, la maladie d'un de ses compagnons^ obligea M. Maizan à s'arrêter, et Mousa, dont cette halte gênait les affaires, dut le quitter au bout de huit à dix jours. Leur séparation fut le coup de mort du malheureux

l.Nous ne croyons manquer à aucune convenance en indiquant ici une variante au texte du capitaine Speke. Le compagnon de M. Maizan était, paratt-il, une compagne; et cette femme se trouvait dans cet état que la pudeur britannique indique comme « digne d'intérêt. «

voyageur, assassiné peu après, comme il a été dit dans le récit de notre première expédition.

14 et 15 octobre, Kimudda. —Nous nous arrêtons au pied de la première montagne qui se soit offerte à nous depuis que nous avons quitté la côte. Le dihouan ou chef se montre fort poli. En échange de deux chèvres dont il nous a fait cadeau, il reçoit sans observations nndabouaniethuit mètres de merkani, moire escorte béloutchi nous devenant inutile, je la renvoie avec tous les échantillons d'histoire naturelle que nous avons recueillis sur la route et un compte rendu de nos premières journées de voyage.

Le 16 seulement, nous nous remettons en route et, à travers un territoire couvert de jungles où le gibier abonde, nous arrivons, en nousécartant légèrement de la Ringani, jusqu'à la rivière Mgèta, qui lui apporte le tribut de ses eaux. Entre la bifurcation de ces deux courants qui le bornent à Test, — et TOugogo, le premier pays du plateau central qui forme sa limite occidentale, à une distance d'environ cent milles, — se trouve l'Ou-sa-gara (pays de Gara). Il est borné au nord par la Moukondokoua (cours supérieur de la rivière Vouami), et au sud parla Rouaha, grand affluent nord de la rivière Loufigi.

L'OUSAGARA

Halte et chasse dans les montagnes ; — Intrigues de maître Baraka ; — Petites misères et déceptions ; — Changement d'itinéraire ; — La modération punie; — Une revanche; — Le pain de singe et la liberté!

Par une pente insensible à rœil, nous nous sommes élevés à 500 pieds au-dessus du cours de la rivière, et nous avons devant

nous, en deux lignes détachées, une chatne de montagnes qui s'élève en certains endroits à 5 ou 6000 pieds. Elles sont habitées par une race à demi pastorale, à demi agricole qui, partout où on peut se procurer de Teau, partout où on est à Tabri de ces guerres qui sont en définitive de véritables chasses à l'homme, sait faire pousser des moissons abondantes; les habitants, timides et farouches, pauvrement vêtus et de mine affamée, perchent sur les hau- Natif de l'ousagara. teurs les plus inaccessiblcs ;

leurs villages se composent de huttes coniques, plus ou moins nombreuses selon que leurs chefs ont plus ou moins d'influence. Port peu sont en état de se procurer des étoffes ; la plupart ont un vêtement que j'appellerais volontiers un « jupon

d'herbe « K Au lieu de mettre les caravanes à contribution, ils s'enfuient généralement à leur approche, et aucune promesse, aucune avance ne peut les décider à risquer la chance d'une de ces trahisons qu'ils ont tant et tant de fois subies.

Le 16 et le 18 furent des journées de halte et de chasse. Le gibier était abondant, et bien qu'une grande partie des animaux blessés parvint à s'enfuir, le camp fut amplement pourvu de venaison. Par malheur, nous ne pûmes atteindre, dans ce vaste parc où nous les savions en grand nombre, ni éléphants, ni rhinocéros, ni gir.afes, ni buffles, ni antilopes, ni zèbres, — sans parler des lions et des hyènes.

Ici se manifestèrent pour la première fois les mécontentements . et le fâcheux caractère de maître Baraka, le général en chef de nos Vouangana. Cet homme, — d'une intelligence remarquable, et qui aurait pu nous être si utile, — devint peu à peu, par son ambition et sa jalousie, le fléau de notre caravane. La confiance que nous accordions à Bombay et au sheik Saïd, lui pesait sur le cœur. Convaincu de sa supériorité, il prétendait se les subordonner peu à peu et devenir l'homme indispensable, le factotum de l'expédition. Son premier pas dans cette voie fut de montrer assez d'insolence pour que le capitaine Grant, dont il était le valet de chambre, dût renoncer à l'employer comme tel. On lui donna Prij pour remplaçant, et cette combinaison au premier abord sembla lui convenir tout à fait; mais sous cette apparence de satisfaction se cachaient un désappointement et des rancunes dont je n'eus le secret que quelques mois plus tard. J'y reviendrai en temps et lieu.

19 et 20 octobre. Kirourou, — L'état hygiénique de nos Hottentots devient de plus en plus mauvais. Le capitaine Grant est pris de la fièvre*.

21 octobre, Douthoumi. — 22, Hozou, — Je voudrais presser notre marche pour arriver le plus tôt possible à Zoungoméro, où une halte de quelques jours me serait nécessaire pour fixer, par des observations astronomiques, la longitude du revers oriental de VEast Coast Range*. Nos porteurs, que l'abondance de nourriture

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