‹ Les sources du Nil (volume 3)Chapitre 18 sur 36 · CÂ · texte numérisé non relu

CÂ

LE KARAGOUÉ — L'OUGANDA.

Les petits pois en Afrique. — Un mariage par ordre. — Premier aperçu de la Kitangoulé. — Les sorcières Vouishwézi. — Lettre à Grant. — Les caprices de Maoula. — Autre échantillon de la môme espèce. — A quoi servent les leçons de boxe. — Probité mal vue. — Une décoration usurpée. — Conjectures géologiques. — Un vol et ses conséquences. — Les battus payent Tamende. — Inconvénients d'une ambassade. — Prédictions inquiétantes. — Halte et préparatifs. — Paroles de bon augure. — Le palais d'un roi défunt. — Installation déplaisante. — Je proteste et revendique mes droits. — La pluie. — Une visite nocturne.

10 janvier 1862. — Visite aux Arabes de Kufro. Je trouve chez eux le premier échantillon de petits pois que m'ait offert cette partie du monde. Le lendemain (11) nous campâmes à Louandalo, où Rosaro vint nous rejoindre pour m'accompagner, suivant les instructions de Roumanika. L'ajournement de son départ avait eu pour but de réunir un grand nombre de Vouanyambo, appelés à partager l'existence gratuite sur laquelle croient pouvoir compter ces voyageurs primitifs, dans des conditions pareilles aux nôtres.

Arrivés le 12 à Kisaho, dans ces montagnes de FOuhaiya, renommées pour leur ivoire et leur café, je fus informé qu'il fallait y attendre Maoula, notre hôte l'ayant retenu pour lui offrir en présent la sœur de Rosaro, mandée tout exprès. Elle était, il est vrai, l'épouse d'un autre, qu'elle avait déjà rendu père de deux enfants; mais ceci n'importait guère, car ce dernier avait encouru, par je ne sais quel délit, la confiscation de tous ses biens. La halte du 13 se passa tant bien que mal au milieu d'une population uniquement occupée à boire du pombé ; puis, quand

Maoula m'eut rejoint, nous nous remîmes en marche au son du fifre et du tambour. Ce Ait ainsi que nous descendîmes des montagnes de la Lune pour arriver le 15, par une longue plaine d^alluvion, à cet établissement de Kitangoulé, dont nous avions tant de fois entendu parler, et où Roumanika tient en réserve des milliers de vaches. Ces plaines humides sont entourées de marécages où croissent d'épaisses forêts jadis peuplées d'éléphants ; mais depuis que le commerce de l'ivoire s'est développé, ces animaux, harcelés sans cesse, ont fini par se réfugier dans les montagnes du Kisiwa et de FOuhaiya.

16 janvier. Ndongo. — Nous sommes arrivés aujourd'hui au bord de la kagéra pu rivière Kitangoulé, qui — je m'en étais assuré en 1858 — se jette à l'ouest dans le Victoria N'yanza. Par malheur, au moment de la traversée, la pluie se mit à tomber et jeta le désordre dans nos rangs; je ne pus ni la dessmer (ce que Grant fit plus tard) ni mesurer exactement sa largeur ou sa profondeur. Il fallut même soutenir une longue discussion avec les superstitieux bateliers pour qu'ils me permissent de monter dans leur canot avec mes chasseurs. Ces pauvres diables s'imaginaient que leur Neptune, irrité d'un procédé si leste, les ferait chavirer ou dessécherait la rivière. Tout ce que je puis dire de la Kitangoulé, c'est qu'elle doit avoir une largeur moyenne de quatre-vingts pieds ^ qu'elle est encaissée entre deux hautes rives, et que les crocs de nos bateliers n'en touchaient pas le fond. La rapidité de son cours peut être évaluée à quatre nœuds par heure.

Je ne la voyais pas sans quelque orgueil, pouvant ainsi vérifier l'exactitude des raisonnements scientifiques d'après lesquels j'avais conclu qu'elle devait être alimentée par des sources placées sur les hauteurs des montagnes de la Lune, et qu'il fallait évaluer leur altitude, d'après la masse de ce courant, à huit mille pieds pour le moins*, précisément celle que nous leur voyons dans le Rouanda. Je me répétai ce que je m'étais dit chez Roumanika, lorsque m'apparurent pour la première fois les cônes élevés du Mfoumbiro, et en présence des renseignements géographiques réunis par moi de toutes parts, à savoir que ces

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