‹ Les sources du Nil (volume 3)Chapitre 22 sur 36 · Uooseigneur ou sire · texte numérisé non relu

Uooseigneur ou sire

LE PALAIS DE L'OU&ANDA. 30i

— J'enverrai donc dès ce soir mes gardes- chasse vérifier les pistes. Nous avons ici une espèce de chat-pard avec du blanc derrière les oreilles, et un porc-épic ndézl que mes sujets trouvent très-bon... Si vous êtes curieux d'animaux Je vous en donnerai des échantillons aussi nombreux que vous voudrez, car j'en reçois chaque jour de mes gardes-chasse.... En attendant, emportez ce panier de porcs-épics pour votre dîner. »

U sortit là-dessus, après le rCyanzig de mes gens, ordonnant qu'un second officier fût expédié dans TOukori pour nous ramener Petherick dans le plus bref délai possible.

Quant à moi, je rentrai pour m'assurer, dès mon arrivée au logis, que la journée était décidément bonne. Un messager de la N'yamasoré m'attendait avec une chèvre et un paquet de bananes qu'elle adressait « à son fils, le Bana. > Je lui remis un foundo^ de mtendé, en lui expliquant pour quelles raisons je n'étais pas allé voir la reine, ce que je me proposais de faire incessamment, dès qu'une demeure plus voisine m'aurait été assignée. Je doute qu'un seul mot de cette communication soit parvenu jusqu'à elle. Son présent témoignait, du reste, qu'elle désirait me voir, bien qu'elle fût trop orgueilleuse ou trop prudente pour le manifester plus clairement.

9 mars. — Un messager du roi vient me trouver dans mon lit. Je suis requis d'envoyer à la N'yamasoré un spécifique contre la gale dont Sa Majesté se trouve atteinte. Objections de ma part : « les marches au soleil me sont contraires ; j'irais plus volontiers si j'étais logé près du palais, etc. » En somme, je m'aperçois que les deux cours se disputent mon humble présonce, et j'espire tirer parti de leur jalousie réciproque pour la réalisation de mes plu* chères espérances, à savoir la continuation de mon voyage vers le nord. Les pages, à qui j'ai annoncé que j'irais voir le roi, revienuent m3 déclarer que «je prendrais h un soin inutile. C'est à la reine que ma visite est due, car elle est en réalité fortsouffrante.» Jeprotestede plus belle, ne perdant pas de vue le but de mes efforts, « que je ne suis l'esclave de personne, et qu'une résidence dans l'intérieur du palais m'est absolument nécessaire si l'on requiert ainsi mes services. »

]. Le foundo ou noeud (au pluriel mafounio) se compose de dix khélés. Le khétô est un fil de verroterie qui fait le tour du pouce et remonte jusqu^au coude, ou fait deux fois le tour du cou.

10 mars, — Pour faire une surprise à la reine mère, et pour essayer d un nouveau stratagème, je me rends chez elle avec ma vaisselle de table, mes effets de literie, bref en manifestant l'intention d'y passer toute la journée et toute la nuit. En lui administrant sa quinine, je stipule expressément que je resterai pour réitérer au besoin ce remède, et je lui explique pourquoi je ne suis pas venu plus tôt. Les ordres sont donnés pour qu'on me prépare une hutt^ d'ici à ce soir ; une des cours voisines est mise à ma disposition afin que j'y puisse déjeuner en paix. Vers midi, le bruit des tambours et des calebasses annonce Tarrivée du jeune monarque; mais il était cinq heures lorsque j'ai pu rentrer, après invitation formelle, dans la hutte de réception. J'entends de là , dans la cour adjacente, les rires de la mère et du fils, qui paraissent beaucoup s'amuser et ne tiennent pas à ce qu'on l'ignore. La porte s'ouvre ensuite, et le roi, véritable enfant, s'étale à nos yeux dans un costume qu'il revêt pour la première fois en public. En guise de bonnet, il a une alfia* de Mascate ; un turban de soie, fixé par une bague, entoure son cou ; un kisbow* indien lui sert d'habit, et un doti de laine remplace tant bien que mal les pantalons absents. On voit qu'il essaye de me copier, à cette baguette de fusil qu'il tient en main et qu'il fait glisser parmi ses doigts écartés. Au moment où je m'avance chapeau* bas, il entre en souriant dans la salle du trône, suivi d'une toute jetme fille vêtue de bandira rouge, qui porte le fauteuil dont je lui ai fait présent et deux lances nouvellement fabriquées.

Bien évidemment, Mtésa s'efforce de mettre en pratique le conseil que je lui donnai lors de notre dernière entrevue en lui parlant des innovations que chaque monarque doit introduire, s'il est ami du progrès, dans les. usages du peuple qu'il gouverne. Je l'en féliciterais volontiers, n'était que je ne saurais lui parler moi-même, et que personne n'ose me servir d'interprète, Survient la reine, de très-bonne humeur, qui s'installe à côté de son fils sur un mbougou, bien que je lui offrisse comme siège ma pharmacie portative; mais personne dans l'Ouganda, pas même la mère du prince, n'ose ainsi « trôner » devant lui. Les Vouakoungou présents, au nombre d'une vingtaine, ne trouvent pas

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