‹ Les sources du Nil (volume 4)Chapitre 14 sur 28 · Légende de la gravure ci-eontre · texte numérisé non relu

Légende de la gravure ci-eontre

), Guerrier; — 1, ornemente d'ivoire pour les jaml)*»; — 3, chauMDie et jambières du roi; — 4, bandeaux i. l'usage des hommes; — â, omemenU de tiie; — C, bouclier et lancea; — T, 8, colliers ; — 9, amulette en verroteries, portée par le roi; — 10, colliers; — 11, poignard de femme;— 11,13, 14, charmea, lalismana; — 1&, javelines; — 16, anneau d'orteil en peau de serpent avec sa cheville de bois.

.après tout, De soDi-elles pas salutaires? Pour rendre grâces, on se traîne sur le sol, tantdt sur le ventre, taotâl en roulant sur soi-même, et avec c^s petits gémissements entrecoupés par lesquels les individusde la race canine témoignent leur plus vive satisËiction. Ceci fait, le courtisan se relève tout à coup, saisit une baguette, — car les lances ne sont pas tolérées à la cour, — el, feignant de charger le roi, lui débite avec une rapidité surprenante les assurances multipliées d'une fidélité à toute épreuve- En ceci consiste le salut de la gratide étiquette ; il en est no autre, de moindre valeur, pour lequel on s'agenouille dans l'attitude de la prière en étendant les bras à chaque instant et en réitérant certaines formules. Des mots que l'on prononce alors celui de * N'yanzig • est le plus fréquemment employé. De là vient que cette manifestation a pris le nom générique de N^yanzig, expression si souvent reproduite que j'ai dû me résoudre à la faire passer dans notre langue, soit comme substantif, soit comme verbe, selon que la circonstance pourra l'exiger. On comprendra aisément qu'un pareil cérémonial, se renouvelant à toute minute, empiète beaucoup sur l'expédition des affaires : mais le roi, qui ne perd pas de vue les nécessités de son budget, s'arrange pour constater à chaque instant quelque menu délit, prononcer la sentence de mort, liquider la compensation qu'il accepte, et maintenir ainsi la recette au niveau de la dépense.

Le roi se tenant debout ou assis, personne n'oserait demeurer droit devant lui; on ne doit l'approcher qu'en rampant et le regard à terre; auprès de lui, on s'agenouille ou on s'accroupit. Toucher au trône, aux vêtements du roi, même par hasard, ou lever les yeux sur ses femmes, entraîne de soi la peine capitale. Lorsqu'il tient un de ses levers, une de ses audiences de cérémonie, un certain nombre de sorcières (vouabattdwa) restent invariablement à sa portée. Appelées à détourner le Mauvais ceil, elles parlent avec une voix factice dont les notes aiguës ont presque la valeur d'un cri perçant. Elles ont sur la tète des lézards sécbés, autour de la taille des tabliers de peau de chèvre fort exigus et bordés de clochettes; elles ont aussi des petits boucliers et des lances décorées d'une houppe de filasse. Comme service actif, elles font circuler à la ronde les coupes remplies de marwa (vin de bananes). Pour achever

le tableau d'une cour afrïc^ne, il faut se figurer uoe foule de pages sans cesse prêts & transmettre de tous côtés les ordres du prince, et se les figurer courant toujours; car ane allure moins rapide, attestant leur négligence , leur coûterait infailliblement la tête. N'oublions pas le symbole national dont nous avons déjà parlé, mais sur lequel nous revenons parce qu'on le rencontre à chaque pas, — le chien, les deux lances et le bouclier.

L'assistance, accroupie autour de lui en un large demi-cercle, — ou bordant sur plusieurs rangées les trois côtés d'un carré au centre duquel sont les tambours et autres musiciens, — le monarque, majestueusement assis sur son trdne, lance à pea près dans la forme suivante ses décrets quotidiens : ■ Les troupeaux, les femmes, les enfants ne sont pas assez nombreux dans l'Ouganda; il importe qu'une armt^e d'un à deux mille hommes parte iomiédiatement pour aller piller l'Ounyoro.... Les Vouasaga ont insulté mes sujets et doivent eux-mêmes être asservis : ceci rend essentielle la formation d'une autre armée aussi forte que la première, et qui combinera ses opérations avec celles de la flotte.... Les Vouahaiya, dans ces derniers temps, ont omis d'acquitter le tribut qu'ils me devaient; il faut que des taxes soient levées sur eux.... > Le commandant en chef désigne alors les ofGciers généraux qui lui semblent le plus aptes à conduire ces diverses opérations, et si son choix est approuvé par le roi, l'affaire se trouve réglée en ce qui concerne la cour. Ces ofBciers ont alors k composer leur état-major comme ils l'entendent, et c'est aux subordonnés ainsi choisis à se procurer les soldats dont ils ont besoin; après quoi, la campagne commence. En cas d'échec, on envoie des renforts, et les déserteurs, flétris du nom de ■ femmes, > sont privés, au moyen d'un fer rougi, des attributs de leur virilité. Ils périssent ainsi, victimes de leur couardise. Tout exploit marquant, en revanche, est récompensé par un grade supérieur. Le roi reçoit en grande pompe, au retour de la guerre, les ofBciers de son armée; il écoute le récit détaillé de leurs hauts laits et leur distribue libéralement, à titre de récompense, les femmes, le bétail, l'autorité, — les trois grandes sources de richesse dans l'Ouganda.

A défaut d'afibires plus importantes, la cour se transforme pour ainsi dire en tribunal d'assises. Les ofQciers amènent les

I et font leur rapport. La sentence est immédiatement rendue, — sentence de mort, impliquant peut-être les tortures lei plus atroces, — sans autre Torme de procès, sans investigations préalables, et probablement à l'instigation de quelque persooaage en crédit, animé de passions plus ou moins malveillantes. Si le prévenu essaye de se justifier, sa voix est couverte anssltdt par une clameur réprobatrice, et la misérable victime entraînée le plus brutalementdumon.de parées mêmes officiers, empressés de montrer leur zèle. De jeunes vierges, filles de Toaakouogou, dans ud état de nudité complète et l'épiderme luisant de graisse,— mais tenant des deux mains, devant elles, par un reste de pudique scrupule, un petit carré de mbougou, — sont offertes par leur père, soit en expiation de quelque offense commise, soit tout simplement pour alimenter le harem. Tel ou tel officier, de ceux à qui sont conGées les arrestations, reçoit l'ordre de traquer certains Vouakoungou coupables de quelque délit, et de confisquer leurs terres, leurs femmes, leurs enfants, en un mot tout ce qu'ils possèdent. Tel autre, dont le salut a'est pas absolument régulier, est désigné comme devant être livré au bourreau ; chacun de ceui qui l'entourent se lève à l'instant même, les tambours battent pour couvrir ses cris, et le malheureux, garrotté en quelques secondes, est emporté par une douzaine d'assistants. Un troisième subira bientdt après le même sort pour avoir, en s'asseyant à terre, exposé aux regards un ou deux pouces de sa jambe nue, ou parce que son mbougou a'est pas noué tout à fait selon l'ordonnance. Chèvres, vaches, volailles, arrivent i la file; ce sont des amendes qui rentrent au trésor ; celui qui s'acquitte ainsi les caresse d'abord du plat de la main, qu'il applique ensuite à son visage, pour montrer que le don volontaire ne recèle aucun principe malËiisant, aucun • mauvais esprit, ■ comme ils disent; il remercie en même temps le roi de le tenir quitte à si bon compte, et se retire en souriant, heureux, pardonné, dans les rangs des courtisans accroupis. Parfois ce sont d'immenses troupeaux, de longues chaînes de fenunes et d'enfants, produits d'une razzia victorieuse ou de plusieurs saisies pratiquées coup sur coup au détriment de Vouakoungou rebelles. En effet, pour apaiser la colère du monarque, nul don n'est aussi efficace que celui de quelques jeunes beautés qui, après avoir habité le harem, seront distribuées

comme récompeose de quelques serrices éclatants, à des officiers fidèles.

Les magiciens du roi lui apportent des > baguettes charmées, ■ bâtons de tonte forme auxquels ils supposent des vertas surnatnrelles, ou des terres de couleur, également douées d'une influence particulière. Le maître des chasses amène au pied du tréne, logés dans de grandes corbeilles d'osier, les antilopes, chats sauvages, porcs-épics, et jusqu'aux rats d'étrange espèce qui se sont trouvés pris dans ses filets; il y ajoute des peaux de zèbre, de buffle et de lion. Les pécheurs arrivent chargés de poisson, les jardiniers avec des fruits et des légumes. Les couteliers exhibent des simés et des fourchettes fabriquées en fer, qu'ils ont incrustées de bronze et de cuivre; les fourreurs, des mosaïques de peaux d'antilopes cousues avec une habileté singulière ; les forgerons, fabricants do boucliers, tailleurs de vêtements, produisent des échantillons de leur industrie, des mbougou (robes d'écorce), des lances, etc. ; —mais rien ne s'offre jamais sans avoir été manié, caressé au préalable, et sans que le donataire, portant la main à. son visage, ainsi que nous l'avons dit plus haut, n'ait manifesté par de longues formules sa reconnaissance pour le monarque > qui veut bien accepter un si infime présent. ■

- Las de vaquer aux affaires publiques, le roi se lève, prend sa lance, et avec son chien qu'il tient en laisse, s'éloigne sans un mot d'excuse et sans s'inquiéter de ce quedeviendra l'assistance, livrée & ses propres inspirations.

Si stricte que soit la discipline de la cour prise en général, celle de l'intérieur du palais est peut-être encore plus rigide. Tous les pages portent, roulé autour de leur tête, un turban de corde en fibres d'aloès. Si une des femmes se permet la moindre intempérance de langage, la moindre action contraire aux lois de l'étiquette, elle est condamnée sur place, garrottée aussitôt par les pages, et traînée à la mort sans plus de cérémonie. Nonobstant le décorum si absolument et si rigoureusement imposé aux domestiques du sexe mile, le service habituel se fait par des femmes adultes, littéralement nues de la tête aux pieds.

Chaque mois, dès que la nouvelle lune s'est montrée, le roi se met en retraite, pendant deux ou trois jours, pour se livrer k la

contemplation et au classement de ses * cornes magiques. ■ Ce sont, nous l'avons dit, des cornes d'animaux sauvages^ bourrées d'une pondre qu'on suppose propre à la fabrïcatioD des talismans. Telle est la part des loisirs consacrés à la religion ; tels sont, pour ainsi dire, les * dimanches > du roi. Les autres jours, il mène ses femmes, par deux ou trois cents, se baigner et s'ébattre . dans les étangs ; ou bien, blasé sur ce voluptueux spectacle, il entrepcend de longues promenades où il marche suivi de ses odalisques et précédé de ses musiciens, derrière lesquels viennent s'échelonner les Vouakoungou et les pages; lui-même est au centre du cortège, isolant le beau sexe de tout rapport avec le reste de l'assistance. Durant ces excursions, nul individu de la plèbe n'oserait se permettre de lever les yeux sur le défilé royal. Celui qui aurait le malheur d'être aperçu serait h l'instant méfue relancé par les gens de la suite, dépouillé de tout son avoir, et devrait s'estimer fort heureux si rien de pire ne lui arrivait. Pareils pèlerinages ne sont pas rares, et le roi consacre parfois une quinzaine au plaisir de la navigation ; mais quel que soit l'emploi de ses loisirs ou la direction de ses courses, le même cérémonial est de mise ; — ses musiciens, ses Vouakoungou, ses pages et ses fenmies sont inévitablement de la partie.

Au couronnement sont réservées les solennités les plus imposantes. Le prince élu débule par nouer des relations d'amitié avec les rois de tous les pays voisins, en demandant à chacun de lui donner pour femme une de ses filles ; à défaut de ceci, quelque autre gage de reconnaissance est impérieusement réclamé. L'ilmas ' fait alors un pèlerinage au tombeau du souverain défunt pour coiijecturer, d'après la croissance et l'aspect de certains arbres et de certaines plantes, les destinées promises au nouveau règne. Ces pronostics tantôt annoncent que le roi doit mener une vie pacifique, tantôt qu'après le couronnement il lui faudra se mettre à la tète d'une armée pour aller combattre soit à l'Ouest, soit à l'Est, soit même sur lime et l'autre frontière simultanément. D'ordinaire, la première attaque est dirigée contre le Kittara, la seconde contre l'Ousaga. On con-

I. On a vu plus hauique ce titre désigne la femme dont lea mains ontdéUTré )a mtre dn roi lonqn'il nt venu an monde.

suite ensuite le Hgussa', dont la voix se lait entendre par des moyens qui me sont inconnus, attendu qae toute conversation touchantles affaires de l'Etat sont rigoureusement proscrites dans le pays dont je parle. Ces préliminaires une fois r^lés, le couronnement a lieu, et le roi cesse dès lors d'entretenir aucuns rapports avec sa mère. Les frères qu'il peut avoir montent sur le bûcher, et lui-même se met en campagoe, si toutefois les augures l'ont ainsi décidé.

C'est par suite de ces sortes d'expéditions qu'une bonne moitié de l'Ousaga, et tout ce qui restait de l'Uâdou, ont été annexés à l'Ouganda.

!■ Le ICguut, on s'en souvient peut4tra, est en quelque sorte lo Neptune if

LE KARAGOUÉ. — L'OUGANDA.

Les petits pois en Afrique- — Un mariage par ordre. — Premier apergu de ia KitaDgoulé. — Les sorcières Vouishwézi. — Lettre à Grant. — Les caprices de Macula. — Autre échantillon de la mâina espèce. — A quoi servent les leçons de boie. — Probité mal vue. — Une décoration usurpée. — Conjectures géologiques. — Un vol et ses conséquences. — Les battus payent l'amende. — Inconvénients d'une amb^sade. — Prédictions inquiétantes. — Halte et préparatifs. — Paroles de boa augure. — Le palais d'un roi défunt. — Installation déplaisante. — Je proteste et revendique mes droits. — La pluie. — Une visite noctnme.

IQ jcmvier 1868. — Visite aux Arabes de Kufro. Je trouve chez eux le premier échantillon de petits pois que m'ait offert cette partie du monde. Le lendemain (1 1) nous camp&mes h. Louandalo, où Rosara vint nous rejoindre pour m'aocompagner, suivantles instructions deRoumanika. L'ajournement àe son départ avait eu pour but de réunir un grand nombre de Vouanyambo, appelés à partager l'existence gratuite sur laquelle croient pouvoir compter ces voyageurs primitifs, dans des conditions pareilles aux nôtres.

Arrivés le 12 àKisabo, dans ces montagnes de l'Ouhaiya, renommées pour leur ivoire et leur café, je fus informé qu'il fallait y attendre Haoula, notre hôte l'ayant retenu pour lui offrir ec présent la sœur de Rosaro, mandée tout exprès. Elle était, il est vrai, l'épouse d'un autre, qu'elle avait déjà rendu père de deax enfants; mais ceci n'importait guère, car ce dernier avait encoum, par je ne sais quel délit, la confiscation de tous ses biens. La halte du 13 se passa tant bien que mal au milieu d'une population uniquement occupée à boire du pomb^; puis, quand

Maoula m'eut rejoint, nous nous remîmes en marche au son du fifre et du tambour. Ce fut ainsi que nous descendîmes des montagnes de la Lune pour arriver le 15, par une longue plaine d'alluvion, à cet établissement de Kitangoolé, dont nous avions tant de fois entendu parler, et où Roumanika tient en réserre des milliers de vaches. Ces plaines humides sont entourées de marécages où croissent d'épaisses forêts jadis peuplées d'éléphants ; mais depuis que le commerce de l'ivoire s'est développé, ces animaux, harcelés sans cesse, ont fini par se réfugier dans les montagnes du Kisiwaet de l'Oubaiya.

16 janvier. Ndongo. — Nous sommes arrivés aujourd'hui au bord de la kagéra ou rivière Kitangoulé , qui — je m'en étais assuré en 1858 — se jette à l'ouest dans le Victoria-N'yanza. Par malheur, au moment de la traversée, la pluie se mit à tomber et jeta le désordre dans nos rangs ; je né pus ni la dessiner (ce que Grant Qt plus tard), ni mesurer exactement sa largeur qu sa profondeur. U fallut même soutenir une longue discussion avec les superstitieux bateliers pour qu'ils me permissent de monter dans leur canot avec mes chasseurs. Ces pauvres diables s'imaginaient que leur Neptune, irrité d'un procédé si leste, les ferait chavirer ou dessécherait la rivière. Tout ce que je puis dire de la Kitangoulé, c'est qu'elle doit avoir une laigeur moyenne de quatre-vingts pieds ', qu'elle est encaissée entre deux hautes rives, et que les crocs de nos bateliers n'en touchaient pas le fond. La rapidité de son cours peut être évaluée à quatre nœuds parhflure.

Je ne la voyais pas sans quelque orgueil, pouvant ainsi vérifier l'exactitude des raisonnements scientifiques d'après lesquels j'avais conclu qu'elle devait être alimentée par des sources placées sur les hauteurs des montagnes de la Lune, et qu'il fallait évaluer leur altitude, d'après la masse de ce courant, à huit mille pieds, pour le moins% précisément celle que nous leur voyons dans le Rouanda. Je me répétai ce que je m'étais dît chez Roumanika, lorsque m'apparurent pour la première fois tes cônes élevés du Hfoumbiro, et en présence des renseignements géographiques réunis par moi de toutes parts, à savoir, que ces

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