‹ Les sources du Nil (volume 4)Chapitre 13 sur 28 · CI£«!D · texte numérisé non relu

CI£«!D

Une théorie. — Invasion asiatique du continent africain. — Traditioos encore vivantes. — Démembrement du royaume de Kittara. — La Terre

des Esclaves. — Chronique d'Ouganda — Un nemrod législateur

Constitution aristocratique. — Liste des grandes charges. — L'étiquette ou la mort. — Le N'janïig et ses lois. — Les sorcières officielles. — Haute et basse justice. — Les vierges expiatoires. — Discipline intérieure. — Les p^ges et leurs turbaoa. — Cérémonies da sacre. — Expéditions militaires.

Avant de pénétrer dans rOugaoda, le plus puissant des Etats auxquels a donné naissance le démembrement de l'ancien royaume de Kittara, je voudrais placer sous les yeux du lecteur les notions ethnologiques que j'ai recueillies sur cette portion du continent africain où habitent les peuples connus sous le nom collectif de Vouahouma, et qu'on désigne aussi par celui de Gallas ou Abyssiniens.

J'ai là-dessus une théorie personnelle, fondée sur les traditions de ces différents peuples et sur ce que j'ai pu voir pendant que je résidais au milieu d'eux. Bien des gens, je le sais, regardent les Abyssiniens et les Gallas comme deux races distinctes. C'est une opinion, selon moi, mal fondée. Chez les uns comme chez les autres, le christianisme est de la plus haute antiquité. Il est bien vrai que les aborigènes de l'Abyssinie propre sont plus généralement agriculteurs, tandis que les Gallas s'adonnent de préférence à l'élevage des bestiaux; mais leurs rapports n'en ont pas moins dû être les mômes qu'on voit exister entre les rois pasteurs, les tribus nomades des Vouahouma et les populations agricoles de rOuzinza, du Karagoué, de l'Ouganda et de l'Ouayoro.

Dans ces divers pays, le gouvernement est aux mains d'enva-

hisseurs étrangers qui, après s'en être emparés, ont laissé la coltore du sol aux travailleurs aborigènes, tandis que la jeunesse des tribus conquérantes se réservait le soin des troupeaux et leur exploitation. C'est justemeotce qui s'est passé en Abyssinie, où un clan pasteur, venu du cAté de l'Asie, a fait prévaloir sa domination et a toi^ours gouverné depuis lors, voyant modifier peu à peu, par son continuel mélange avec ta race africaine, la couleur de son teint, la consistance de sa chevelure, piais conservant, de son origine asiatique, ce trait spécial qui tient à l'élévation des parois du nez.

U est permis de croire qu'il exista jadis en Abyssinie un gouvernement solide, quoique de provenance étrangère, lequel, devenu de plus en plus fort, envoya de tous cAtés, et surtout d'occident vers le sud-est, des armées nombreuses qui promenaient avec elles la dévastation et l'esclavage. Les pays conquis prirent à la longue une trop grande étendue pour qu'il fût possible de les maintenir sous le même sceptre. Des princes de la maison royale, généraux victorieux, poussèrent leur fortune, et, se.détachant de la souche métropolitaine, fondèrent des royaumes séparés auxquels, pour des raisons encore inconnues, ils assignèrent des noms nouveaux. C'est ainsi, devons-nous supposer, que les Gallas, cessant de former un même groupe avec les Abyssiniens, allèrent s'établir au midi de leur pays natal.

D'autres Abyssiniens, peut-être des Gallas — il importe peu de savoir ce qu'ils étaient au juste et de quel nom nous devons les appeler — se détachèrent à leur tour, entrèrent à force ouverte dans le pays des Somals, qu'ils subjuguèrent tout d'abord, furent ensuite vaincus dans une certaine mesure par les Arabes du continent opposé, et portèrent alors leurs armes au sud jusqu'à la rivière Jub, laissant bon nombre d'entre eux dans les pays ainsi parcourus. Us attaquèrent ensuite Omwita (qui porte à présent le nom de Mombas), furent repoussés avec perte, disparurent à l'intérieur du continent, et, traversant le Nil près de sa source, découvrirent les riches pâturages de rOanyoro, où ils fondèrent le grand royaume de Kittara. Là, peu à peu, ils perdirent leurs traditions religieuses, oublièrent la Ifuigue de leurs aïeux, s'accoutumèrent comme les indigènes à se priver de leurs incisives inférieures, changèrent leur appellation nationale en celle de Vouahouma, et laissèrent s'eflacer de

leurs annales les noms de Hubshi ou de Gall^. Cependant les rois actuels, par un retour bizarre vers les temps oubliés, prétendent que leurs ancêtres étaient jadis moitié blancs, moitié noirs, et qu'ils avaient les cheveux droits sur une moitié de la tète, crépus sur l'autre moitié. De même pouvons-nous envisager comme tenant au souvenir de leur extraction étrangère l'opinion qui prévalut à notre sujet dans l'Ounyoro, que l'arrivée d'hommes blancs, se montrant à la fois au midi et au nord de la contrée, présageait une prochaine conquête. Persuadés comme ils le sont que l'Afrique appartenait jadis aux Européens, à qui les nègres l'ont enlevée avec le secours des Vouahouma, ceuxci se regardent comme un débris de la race blanche expulsée, idée naturelle après tout, quand on compare leur petit nombre à celui des populations qui les entourent.

Ajoutez que les princes de l'Ounyero s'intitulent Vouawitou (hommes du Witou), et quand nous leur demandions où était situé ce pays, ils indiquaient vaguement le Nord, ajoutant, pour répondre à nos questions : ■ Comment voulez-vous que nous ayons gardé souvenir de choses aussi lointaines?... Mais ce doit être du cAté de chez vous. • Tout en se rattachant ainsi, pour ce qui est des temps les plus reculés, k une origine européenne, ces Vouahouma, si dignes d'intérêt, conviennent qu'en dernier lieu ils sont arrivés de l'est, où ils faisaient partie d'une puissante tribu vouahouma, sise au delà du Kidi, et tellement belliqueuse que les habitants de ce pays, l'effroi des peuples voisins, ne purent tenir contre elle. Si nos cartes sont fidèles, ceci s'^plique aux Gallas; car, aux yeux de ces peuples, toute tribu de pasteurs appartient à la race vouahouma. Uaintenant, si nous admettons que les Vouawitou tirent leur nom d'Omwita, la dernière place dont ils aient fait le siège sur la cdte d'Afrique, on voit de quelle lumière serait éclairée la question qui nous occupe.

Voilà pour ce qui est des conjectures ethnologiques. Parlons désormais des Vouahouma, depuis qu'ils ont traversé le Nil et fondé le royaume de Kittara , vaste pays bordé au sud par le Victoria-N'yanza et la rivière ou hagira Kitangoulé, k l'est par le Nil, au Nord par le petit lac Louta- Nzigé *, à l'ouest par les royaumes d'Outoumbi et de Nkolé. Le

I. Louta veut dire morte, nii'g^ veut dire sauterelle, donc ■ le Itc de )a 5au>

nom de Kittara tend à disparaître peu à peu ; on ne l'applique gnëre maintenant qu'aux ^gions occidentales de la contrée;* celle du nord-est, où la capitale est située, s'appelle Ounyoro, et le reste, qui n'appartient pas à l'Ouganda, est désigné, nous le verrons plus bas, sous le nom d'Uddou.

Personne n'a pu nous dire depuis combien de temps l'Ounyoro est soumis aux Vouabouma. Nous savons seulement que les trois derniers rois ont été Cbiawambi, N'yawongo et Kamrasi, le monarque actuel. Nous savons aussi qu'à un moment donné les dissensions survenues entre les princes de la famille royale amenèrent les vaincus à se retirer dans le Nkolé, où se trouva ainsi établi un second État vouabouma tout 6 fait indépendant du premier. Plus tard, le gouvernement du Earagoué se constitua de la même manière, etdure déjà depuis vingt générations. Il eut pour fondateur Rubinda, expulsé de Kittara comme conspirateur, et qui vint, à la léte d'un grand nombre de Vouabouma, chercher asile chezlesVouanyambo du Karagoué.Leurroi Nono l'accueillit favorablement, el, pour prix de son hospitalité généreuse, fut assassiné par les nouveaux venus, à l'issue d'un repas où de trop fréquentes libations l'avaient mis k leur merci. Telle est l'origine de la dynastie actuelle. L'Ouzinza s'est trouvé placé sous la domination des Vouabouma dans des circonstances à peu près identiques. Il formait encore un seul royaume, lorsqu'à la mort de Rouma, l'avant-dernier monarque, ses deux Sis, Robinda et Souvrarora, commencèrent par se disputer la couronne et finirent par se partager te pays, à l'instigation de Dagara, le dernier roi du Karagoué.

Des Etats fondés par les Vouahouma, le dernier est le plus méridional; mais par delà ses frontières on trouve encore des ém^rants de la même race, tels que les Vouatousi, venus du Kar^oué, qui occupent les hauteurs d'Uhha au bord du lac Tanganyitia, et, sous la protection des chefs nègres indigènes, donnent rOunyamouézî tout entier pour terrain de parcours à leurs immenses troupeaux. On dit aussi que les Vouapoka de Pipa, au sud du lacRukwa', proviennent de la même souche. Ces

1. Le lac Rukwa, guéable dans cerUmes saisons, et auprès duquel il existe un marché d'ivoire, est i l'est du lac TaDganjika, sur la route des caravanes qui de Kaieh se rendent i KaZembë dans la direction du sud. Le district de Fipa, dont il at ici question, est situé entre tes deux lacs.

changements de nom déroutent les voyageurs ; mais, noe fois 'constatés, ils permettent de croire que les Hubshi sont devenus des Gallas, et que les Gallas, à leur tour, ont pris le nom de Vouahouma. Toutefois, malgré la modiâcation qu'a subie le nom de leur clan, les princes de ces États situés au sud conservent' le titre de Vouahinda, usité dans le Karagoué, au lieu de celui de Vouavitou, dont on se sert dans rOunyoro, et la noblesse de leur ori^ne est si bien reconnue que beaucoup de chefs oëgres preanent plaisir à dire : ■ Je suis un Hhinda, > c'est-à-dire un prince, et un prince de la race aborigène. De là naît une grande incertitude pour les voyageurs, incertitude encore accrue par la fôicilité avec laquelle les Vouahouma se conforment aux usages des différents pays qu'ils occupent. Les Vouahouma de l'Ouganda et du Karagoué, par exemple, bien que si voisins de l'Onnyoro, ne se privent pas de leurs incisives inférieures; et bien que les Vouaoyoro n'aient d'autre arme de guerre que la lance, les Vouahouma du Karagoué sont les plus habiles archers de l'Afrique. Il reste donc uniquement à cette race remarquable, comme gage certain de son origine mixte, de sa [M>OTenance pour ainsi dire Sem-Obamitique, sa constitution particulière, où le tempérament phlegmatique paternel (celui des eniants de Sem) domine le naturel excitable et nerveux que les Vouahouma semblent tenir de la lignée maternelle, celle des enfants de Gham.

Il reste à parler des circonstances dans lesquelles l'Uddou s'est détaché de l'Ounyoro, événement d'autant plus intéressant que le gouvernement y a été constitué sous une forme particulière, aussi différente de celle qui prévaut dans les Etats voisins que peut l'être le régime politique des pays d'£urope, comparé & celui d'une contrée asiatique.

Les Vouahouma de l'Ounyoro considéraient autrefois comme leur jardin, vu leur excessive fertilité, toutes les terres qu'ils possédaient sur les rives du lac Victoria ; aux peuples qui cultivaient ce sol fécond et à qui revenait le devoir spécial de nourrir et d'habiller la caste gouvernante, ils avaient infligé l'épithètede ■ Vouirou, > qui revient à celle d'esclave ou d'ilote. Le café nécessaire à la consommation de la capitale, les mbougou (manteaux d'écorce), que fournit un figuier inépuisable, provenaient de cette terre des Vouirou, renommée pour sa fertile opulence. Le

ES VOUAHOUMA ET LEURS OBIGINES. 219

mot qui se prononce vouirou dans le Nord devint toaddou dans le dialecte du Sud ; de là ce nom d'Uddou (le Pays des esclaves) donné à toute la région riveraine du lac, depuis le Nil jusqu'à la kagéra ou rivière Kitangoulé. Elle le portait encore il y a huit générations — disent les chroniques locales — quand un chasseur de rOunyoro, nommé Ouganda, vint, avec une meute de chiens, une fenune, une lance et un bouclier, poursuivre le gibier de ta vallée Ratonga, qui n'est pas fort éloignée du lac. Cet homme n'était pas riche, mais son habileté le popularisa bientôt parmi les Vouirou qui le suivaient en foule, avides de venaison, et qui Unirent par lui proposer d'être leur roi. •> Ils étaient las, prétendaient-ils, d'envoyer leurs tributs h un souverain tellement éloigné d'eux, qu'une génisse, partie dans le ventre de sa mère, avait le temps de mettre bas, et la nouvelle née de produire à son tour, avant que le présent ne fût parvenu h destination. • Ouganda hésitait d'abord, alléguant qu'ils avaient déjà un monarque; mais, sur de nouvelles instances, il finit par accepter la couronne, et le peuple, pour qui le nom de son bienbiteur était sacré, décida que tout le pays entre le Nil et la Katonga s'appellerait Ouganda, et que le roi dé ce nouvel État prendrai! le nom de Rimera. Le soir même Kiméra monta sur une pierre, tenant sa lance à la main, tandis que sa femme et son chira étaient assis à cété de lui. On affirme, encore aujourd'hui, que le rocher conserve la trace des pieds du roi, la marque laissée par le bois de la lance, l'empreinte de la femme et celle du chien. Toutes ces circonstances miraculeuses, rapportées au puissant monarque de l'Ounyoro, l'affectèrent à peine : • Laissez, disait-il dans son magnifique abandon, laissez ce pauvre afi^mé chercher sa nourriture où il voudra. ■ Kiméra n'en fonda pas moins sa dynastie ; il eut pour successeurs les princes dont voici les noms: 1, Mabanda; 2, Katéréza; 3, Ghabago; 4, Simakokiro; 5, Ramanya; 6, Sounna; 7, Mtésa, qui n'est pas encore cou ronné. '

Ces rois ont tous suivi le même système de gouvernement, Introduit par Kiméra et qui les a rendus, peu à peu, nous le verrons plus tard, la terreur des pays voisins. Kiméra, qu'exaltait son élévation soudaine, se montra fier et tyrannique; il groupa autour de lui une espèce de phalange vaillante, nn camp belliqueux de Vouakoungou, c'est-à-dire de grands officiers; il ré-

compensait laidement, châtiait avec rigueur, et prit rapidement un train de vie magnifique. Il lui fallait le palais le plus vaste, le liarem le plus nombreui, les officiers les plus reclierchés par leur parure, un trâne pour siéger solennellement, voire une ménagerie de plaisance, bref, ce qu'il y avait de mieux en tout genre. Il fît construire des barques de guerre, à la place des canots dont on s'était servi jusqu'alors; il constitua des armées qui devaient maintenir intacts son ascendant et sa gloire : somme toute, un gouvernement parfait dans l'ordre d'idées où se place un peuple non civilisé. On traça des grandes routes d'un bout du pays à l'autre, et on jeta des ponts sur les rivières ; il fut défendu de bâtir une maison dépourvue des attenances nécessaires à sa propreté; personne, même parmi les plus pauvres, n'eut le droit d'étaler sa nudité ; — toutes ces lois avaient pour sanction unique la peine de mort.

Après le décès de Kiméra, la prospérité de l'Ouganda ne fit qu'augmenter. L'espèce d'aristocratie otficieUe qu'il avait fondée se montrait aussi Qère de son affranchissement que le roi créé par elle pouvait l'être de la dominer. Kiméra fut enterré en grande cérémonie, après que son cadavre, placé surune planche à la bouche d'une espèce de four en terre cuite, chauffé en dessous, eut été convenablement desséché, trois mois durant, par les soins de son plus fidèle compagnon. Cette longue opération terminée, on lui coupa la mâchoire inférieure qu'on enveloppa d'un beau travail de verroteries, de même que le cordon ombilical précieusement conservé depuis la naissance de Kiméra. Ces reliques furent mises i part. Mais le corps lui-même, placé dans une tombe, y demeura sous la garde perpétuelle de l'ofllcier en question et d'un certain nombre de femmes favorites du défunt souverain. Vivant du produit des jardins qu'elles cultivaient autour de la tombe, elles ne devaient jamais s'exposer aux regards de son successeur.

Kiméra, pourvu de tant de femmes, laissait un bon nombre de princes (Vouarangira) et tout autant de princesses. Parmi les premiers, les Vouakoungou choisirent pour roi celui qu'ils jugeaient le plus apte au gouvernement du pays, et le choisirent de naissance inférieure, au moins du cêté de sa mère, de peur que cet élu ne les écrasât de son orgueil. Les autres furent placés avec leurs femmes sous la surveillance d'un gardien,

dans un groupe de huttes , afin de prévenir toutes chances d'intrigues et de dissensions. Ils devaient continuer à vivre ainsi jusqu'à l'époque où le monarque désigné, parvenu à l'âge de discrétion, prendrait solenliellement la couronne; à ce moment on se réservait de les brûler tous, excepté deux; ces derniers conservés en cas d'accident , et destinés à demeurer près du roi aussi longtemps qu'il lui plairait d'avoir des compagnons de sa race : le jour où ceci ne lui conviendrait plus, l'un d'eux serait exilé dans l'Ounyoro, et l'autre recevrait, dans l'Ouganda même, des domaines assez considérables pour subvenir à tous ses besoins. Il fut également pourvu au sort de la mère du roi vivant, laquelle était devenue reine douairière, ou N'yamasoré. Elle partageait avec son fils toutes les femmes du roi défunt, à l'exception de celles qui gardaient le tombeau, n'ayant toutefois que le droit de choisir alternativement en second. Son palais, duquel dépendaient de vastes domaines, était presque égal à celui de son fils, qu'elle continuait k guider dans le gouvernement du pays, gardant ainsi , pour tout le temps de la minorité, la substance et la réalité du pouvoir, en ce sens du moins, qu'aucun changement politique essentiel n'avait chance d'aboutir s'il n'était sanctionné par elle. Les princesses du sang royal devenaient les femmes du roi leur frère, personne autre n'ayant le droit de les épouser.

La mère et le fils avaient respectivement leur kalikiros ou commandant en chef (qui s'infitule aussi kamraviona), et maints autres officiers de haut rang. Parmi ceux-ci — nous observons la gradation hiérarchique — figure Vilmas, la femme assez heureuse pour avoir coupé le cordon ombilical, lors de la naissance do roi; la savouaganzi, sœur de la reine et barbier du roi; les kaggao, pokino, sah^obo, kiiounzi et autres préposés au gouvernement des provinces; le jvmba, grand amiral de la flotte; le kasoujmi, tuteur des sœurs du roi; le mkouenda ou facteur; le kounsa et l'ousungou, bourreaux en premier et en second ; le mgemtna, chargé des tombeaux;. le séroiui ou brasseur, le mfoumbiro ou cuisinier, — sans parler des pages nombreux pour porter les messages et surveiller les femmes, — sans compter, non plus, par centaines, les Vouakoungou subalternes. Un mkoungou, sans cesse au palais, commande ]es wuanangatali (gardes du corps), qui se renouvellent de mois en mois; un autre, égale-

ment assidu, a pour mission spéciale d'arrêter toute personne rebelle. On trouve aussi presque toujours dans la royale demeure les vouanangalavi ou tambours; les fufu^, qui agitent des pois secs dans des gourdes videsj les miliU, joueurs de fldte^ les moukoruUri ou clarinettes, ceui qui s'accompagnent de la voix en eiécutant des airs sur des harmonicas de bois et des harpes portatives; enfin ceux qui sifllent en s'aidant de leurs doigts, — car la musique est le principal passetemps de ces cours sauvages. Chacun, dans l'Ouganda, doit avoir sa lance, son bouclier et son chien ; ce sont les signes caractéristiques de la nation, et pour ainsi dire ses armes parlantes; les vouakoungou, de plus, ont droit de marcher au son du tambour.

Mentionnons aussi une sorte de Neptune ou d'esprit marin {Mguaa), qui habite les profondeurs du N'yanza, manifeste ses volontés par l'intermédiaire d'un mkoungou spécialement chargé de lui servir d'interprète, et, dans une certaine mesure, influe sur les afiaires navales du royaume.

Tous ces officiers, généralement parlant, doivent résider à la cour autant qu'il leur est possible ; s'ils négligent ce devoir — ce qu'on attribue & la désaffection ou à l'insolence — ils perdent leurs terres, leurs femmes et tout ce qu'ils possèdent. Le produit de la conGscation passe à des courtisans plus zélés. Une mise élégante est de rigueur, et toute infraction à ce luxe réglementaire peut, en certaines circonstances, coûter la vie à celui qui se l'estpermise. Toutefois, cette peine trop rigoureuse est fréquemment remplacée par une amende qui s'acquitte en bétail, chèvres, volailles où fil de laiton *. Suivant la règle consUtutionnelle admise dans quelques pays de l'Europe, leur roi, comme on sait, < ne peut mal faire > : on renchérit dans l'Ouganda sur ce dogme si commode pour la tyrannie, et toute mesure royale compte pour un bienfait dontil faut rendre grâces au souverain, même quand il s'agit d'une amende qu'il vous inflige ou d'une Histigation qu'il vous fait administrer. Ces corrections,

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