‹ Les sources du Nil (volume 4)Chapitre 16 sur 28 · Ks|ièGe de clut-Ugre · texte numérisé non relu

Ks|ièGe de clut-Ugre

ikK VOYAGE AUX SOURCES OU NIL.

paisibles et ses molles ondulations de terrain, que lacontrée tout entière avait dû se trouver, & une époque antérieure, de nivean avec ses sommités actuelles ; c'est l'incessante action des eaux qui sans doute a creusé peu à peu ces vallons charmants et formé leurs pentes boisées; en effet, on n'y voit aucune de ces tranchées abruptes, de ces murailles de quartz qui, dans l'Ousoui et le Karagoué, tranchent par leurs reliefs hardis sur ces formations aquatiques, et signalent la présence de volcans souterrains.

1" février. Sangoua, — Pour traverser les ba*4bnds humides et fangeux qui se présentent à chaque pas, il fallait se déchausser trois ou quatre fois par heure; j'ai fait une grande partie de la route, mes bas et mes souliers à la main. Les «enfants > de Rosaro. enhardis par l'impunité, sont devenus de plus en plus incommodes. Ils mettent la main sur tout ce qui leur convient dans les huttes des villages que nous traversons. En arrivant & Sangona, je trouvai plusieurs de ces maraudeurs , que certains habitants, poussés à bout, mais plus courageux que les autres, avtùent fini par mettre en prison. Pour les rendre, on exigeait deux esclaves et une charge de rassades. J'envoyai mes gens s'informer de ce qui était arrivé, avec ordre de m'amener h la fois les plaignants et les prévenus pour faire à tous la partie égale. Hais les drôles, s'attribuant le droit de haute et basse justice, chassèrent à coups de fusil les paysans vouaganda et mirent nos voleurs en liberté. Le principal ofScier du village dressa une plainte en règle contre N'yamgundou, et je fus sollicité de faire halte; mais je n'y voulus jamais consentir, et m'en remis, pour trancher le différend, au gouverneur général, monseigneur le Pokiao, que nous devions rencontrer, m'assuraitnjn, & la station suivante,

1 février. Masaka, — Lorsque nous nous présentâmes au siège du gouvernement, — groupe considérable de huttes gazonnées que de vastes enclos séparaieutTunede l'autre, et qui couvraient toute la cime d'un coteau, — je fus requis de me retirer à quelque distance, dans certaines habitations qui m'étaient assignées, pour y attendre la visite de Son Excellence, provisoirement absente. Cette visite eut lieu des le lendemain avec toutes les formes requises. Le gouverneur, suivi d'un grand nombre d'ofBciers , m'amenait une vache et fit déposer en outre devant ma tente plusieurs pots de pombé, d'énormes cannes à sucre, et une bonne

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provision de ce café qae le pays produit en aliondance. Il y pousse sur des arbres touffus, où les fèves adhèrent aux branches par paquets semblables A ceux que forment les graines du houx.

Présenté dans toutes les règles, on m'apprit que l'autorité du grand personnage auquel j'avais affaire s'étendait sur le pays compris entre les rivières Katonga et Kitangoulé. L'affaire de Saogoua lai fut soumise aussitôt après les premières formalités, et il donna immédiatement tort aux villageois, qui, d'après les lois de l'Ouganda, ne pouvaient jamais se croire autorisés A mettre la main sur ud des hôtes du monarque. Maoula, survenu justement alors, maltraita de paroles mon pauvre N'yamgimdou. Ceci ne pouvait me convenir, et, après un sincère exposé des faits que le lecteur connaît déjà, je priai le Pokino d'expulser de mon camp ce guide indocile, dont je ne voulais plus à aucun prix. Son Excellence ne jugea pas que cela fût possible h rencontre de la nomination royale; mais, raillant Haoula d'avoir ainsi ■ laissé partir l'oiseau qu'il tenait dans ses mains, ■ il le rejeta au second rang, et décida que nous marcherions sous la conduite de N'yamgundou. En échange d'un paquet de fil d'archal que je me permis d'offrir au gouverneur, il me donna trois grandes couvertures de mbougou, * dont j'aurws besoin, me dit-il, pour traverser les nombreux ruisseaux qui allaient se trouver sur ma route. > Tout ceci réglé, il fallut encore attendre vingtquatre heures, car plusieurs de mes gens tremblaient de ta fièvre qu'ils avaient prise, selon toute apparence, dans ces abominables marécages où nous avions pataugé plusieurs jours de suite. Au surplus, nous n'étions pas en peine de nourriture. Nulle part encore je n'avais vu tant de bananiers ; leurs fruits jonchaient littéralement le sol, bien que les brasseries et les buveurs du pays fussent en activité du matin au soir, et que les seconds se gorgeassent en outre de bananes cuites.

9 février. Nakuti, 10. Kibibi. — Ce merveilleux pays m'étale toi^ours les mêmes richesses. Le nombre des cours d'eau ne diminue guère, mais ils ne gênent pas autant le voyageur, attendu que sur beaucoup d'entre eux, on a jeté des passerelles de bambous ou des troncs de palmiers. A Kibibi nous sommes chez N'yamgundou. Je m'y arrête une journée pour tirer des buffles. Haoula, de plus en plus malveillant, veut m'imposer une balte de quelques journées pour prendre les devants et aller prévenir

le roi de notre arrivée. N'yamgundou se refuse à cette combinaison, qui le mettrait en désaccord avec les instructions du monarque. Satisfait de sa conduite, j'acquitte libéralement ma dette d'hospitalité, ce qui augmente encore l'humeur boudeuse de Maoula. Mes chasses, au surplus, n'ont pas été productives. Dans ces herbages deui fois plus hauts que moi, les buffles, h peine entrevus, avaient toujours le temps de se dérober, et le bruit que j'étais forcé de faire en suivant leur piste, les mettait continuellement sur leurs gardes. Pendant la nuit, une hyène est venue enlever une de mes chèvres, attachée à un pieu entre deux de mes gens qui dormaient.

12 février. Nakatèma. — J'ai rencontré, au début de cette marchn, les gardes-chasse du roi , posant leurs filets pour prendre des antilopes qu'ils se préparent à [rabattre avec des hommes et des chiens. Plus loin un convoi de cent vaches, adressé à Roumanika par mon nouvel hôte, qui lui témoigne ainsi sa reconnaissance de ce qu'il m'a laissé partir. C'est là le seul mode de correspondance en usage chez ces > grands rois. >

13 février. N'yama-Goma. — Nous rencontrâmes ce joiur-là UD cours d'eau large d'au moins trois cents yards (274 mètres), sur les deux tiers duquel on avait jeté un pont. C'était la rivière Mwérango, dont l'aspect leva toutes les incertitudes qui me restaient encore sur la véritable direction des torrents que j'avais remarqués dans les environs de la Katonga. Ici, plus de doutes, car cette masse d'eau allait bien évidemment vers le nord. J'avais-donc atteint la pente septentrionale du continent et découvert, selon toute apparence, une des branches par lesquelles le Nil se jette hors du N'yanza. Je fis observer à Bombay la direction du courant, et, rassemblant les gens du pays, je leur demandai d'où sortait la rivière. Selon quelques-uns, c'était des montagnes au sud ; mais la plupart lui donnaient le lac pour point d'origine. Je discutai la question avec les uns et avec les autres, au fond bien persuadé qu'un courant de cette importance ne pouvait s'alimenter ailleurs que dans le N'yanza. Tous se rallièrent peu à peu à cette idée, et m'assurèrent en outre que la Mwérango se dirigeait dans l'Ounyoro, vers le palais de Kamrasi, où elle se jetait dans le N'yanza, — c'est-à-dire, vu la confusion des termes qu'ils emploient, dans le Nil lui-même, considéré comme une annexe et un prolongement du Grand-Lac.

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A N'yama-Goma je trouvai Irungou, — le grand ambassadeur que j'avais déjà rencontré dans l'Ousoui : — non-seulement il était là, lui et sa nombreuse suite, mais aussi mou ennemi Hakinga, et la députafion de Souwarora chargée du tribut de Ql de fer, — en tout quelque chose comme une centaine d'hommes. Depuis un mois entier ils attendaient la permission d'avancer vers le palais du roi; aussi le dé^iert s'est-il fait dans un circuit de plusieurs milles : les habitants avaient pris la l'uite, il ne restait plus une banane sur les arbres, et c'est h peine si de temps à autre, en fouillant la terre, on rencontrait quelques patates douces. Ce riant et fertile pays était affamé, tout simplement parce que l'orgueil du souverain se refusait & un mode plus expéditifde régler les choses, à une hospitalité plus libre et plus familière. Ilyavaitlà de quoi m'alarmer, d'autant que, — s'il&liait en croire les propos unanimes de ceui qui m'entouraient,— cette sorte de procédés était dans la tradition, dans les usages du pays, et dérivait des soins que se donnent les ■ grands rois ■ pour s'entourer de respect, maintenir leur dignité, augmenter leur prestige. Bombay insistait là-dessus et semblait fort tenté * de railler ma crédulité au sujet des avances par lesquelles on m'avait attiré jusque-là*. > Tout étranger en reçoit de pareilles, disait-il en riant ; mais quand le roi les a sous sa main, il ne songe plus qu'à se grandir, aux yeux de ses sujets, par les dédains dont il accable le nouveau venu. *

14, 15, 16 e( 17 /Xtn-ier; journées de halte. —PTyamgundou déclare ne pouvoir passer outre sans autorisation préalable, et voudrait jeter les yeux sur les présents que Je destine à Htésa. Je me retranche dans ma dignité pour refuser de lui complaire en ceci : ■ Une bagatelle pareille ne saurait, lui dis-je, donner Heu k aucune méfiance, à aucun malentendu, car je ne suis pas un marchand en quête de gains quelconques, mais un voyageur venu h grands frais pour voir le roi de ce pays. • J'exige donc que mon guide aille, le plus tAt possible, exposer le but de ma visite et les motifs qui me font désirer une prompte réception. > Mon compagnon de voyage est resté malade dans le Raragoué ; je n'ai personne à qui parler, les notables de ma race ne s'abaissant jamais & converser avec leurs inférieurs. Bref, je ne serai complètement à mon aise qu'après avoir vu le roi et m'étre assuré de ses bonnes dispositions. J'aurais bien des choses à lui

dire, comme au père de ce Nil par le lit (lucjuel les eaux du N'yanza s'écoulaient au nord jusque dans mon pays. ■ N'yamgundou se hÂta de partir avec ce message.

Le lesdemain (15), je distribuai à chacun de mes hommes un fez de laine rouge et ce qu'il fallaitde drap, même couleur, pour en faire des jaquettes d'uniforme. Je leur appris ensuite dans quel ordre doit évoluer une garde d'honneur, et comment ils devaient se placer en m'escortant au palais. Je détaillai à Bombay le cérémonial pratiqué dans les cours indiennes pour la présentation des cadeaux. En somme, la répétition ne fut pas mauvaise. Quand elle fut terminée, je montai avec Nasib sur une des hauteurs voisines pour y jouir de la vue du lac.

J'aurais voulu employer la journée suivante (10) à vérifier l'issue de la rivière M-wérango, qui en définitive pouvait provenir non du Grand-Lac, mais d'une de ces vastes nagtpes d'eau placées en travers de ma route la veille du jour où elle m'était apparue Personne cependant ne parut prêter l'oreille à ce projet. ■ Dans l'ignorance où on était de mes intentions, on m'accuserait trèscertainement, me dirent tous ceux h qui j'en parlais, de mts livrer à des pratiques de sorcellerie. Je pouvais d'ailleurs me te< nir pour certain que la rivière sortait du lac, et ils s'engageaient k me le prouver aussitôt que le roi m'aurait permis d'explorer les locaUtés. ■ Je dus céder à ces observations dictées par la prudence, tout en me promettant bien de faire en sorte que Grani, lorsqu'il arriverait par eau du Karagoué, pût élucider celte importante question. La volaille manquant absolument, je requis Rosaro de se rendre auprès de Mtésa pour obtenir que ce dernier m'envoyât de quoi vivre. Cette demande parut l'égayer, et il me fil observer < qu'il lui en coûterait la vie s'il se permettait d'avancer, fût-ce d'un seul pas, sans un exprès congé de Sa Majesté. — Plutôt que de me laisser mourir de faim, lui répondis-je, et de subir longtemps pareilles avanies, je retournerais volontiers dans le Karagoué. — Oui-dà, répliqua-t-îl en riant toujours, mais où prendriez-vous L'autorisation nécessaire t.. . Pensez-vous qu'en ce pays vous pourrez vous passer toutes vos fantaisies P ■

Dans la soirée du 1 7, N'yamgundou revint, plus courtois et plus souriant que jamais, s'agenouillera mes pieds; ses «enfants >et lui n'yanzigeaient à qui mieux mieux, de la façon que j'ai décrite plus haut. C'est tout au plus si son agitation lui permit de me

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dire ce qu'il avait h me communiquer. Petit à petit, néanmoins, j'appris qu'arrirant au palajs en ral>sence du roi, il avait .dû aller le r^oiadre à bord de ses bateaux de plaisance, dans cette partie du lac & laquelle j'ai donné depuis le nom d'anse MurchiaOD (JforeAtwn-crewfc). Mtésa, longtemps incrédule au récit de mon arrivée, s'était mis ensuite à danser de joie, protestant ■ qu'il ne mangerait pas avant de m'avoirvu. — Ëh quoil s'étaitil écrié, se peut-ii que l'Homme blanc ait fait tant de chemin pour venir me voirt... Que de force ne lui faut-il pas quand il fraachit si vite de telles distances!... Puisqu'il aime le lait, voici sept vaches, dont quatre bonnes à traire, et que vous lui donnerez de ma part; vous en aurez trois pour l'avoir amené si promptement.... Je ne puis le faire venir Ici, où je n'ai rien de ce qu'il faut pour une réception convenable. Le pèlerinage que j'accomplis en ce moment devait durer sept jours encore; mais je suis tellement impatient de le voir, que je vais me rendre immédiatement au palais, d'où je lui enverrai aussitôt l'ordre de marcher en avant. >

18 février. Po/ttwtfeSownno.— Vers midi, le jour suivant, quelques pages vinrent en courant nous avertir qu'il fallait nous mettre en marche sans, une minute de retard : ainsi l'avait ordonne le roi, bien décidé à faire diète jusqu'au moment où j'aurais paru devant lui, tant il avait k cœur de me témoigner toute sorte d'égards. En attendant, il serait fort aise de recevoir un pea de poudre à canon. Je lui expédiai aussitét, par ces pages eux-mêmes, une petite quantité de cette précieuse denrée, et je n'eusse pas demandé mieux que de les suivre à l'instant; mais, parmi mes hommes, quelques-uns étaient malades, d'autres fourrageaient aux entours du camp, et tout cela retarda notre départ, qui eut lieu seulement dans la soirée. A^ertaine distance de la station, nous rencontrâmes un cours d'eau bien autrement large que la Mwérango, et qui porte le nom de moga (ou rivière) H'yaoza. Il était assez profond pour me réduire à le traverser mes habits sous le bras, et s'écoulait dans la Mwérango, mais avec un courant aussi peu prononcé que possible. Les gens du pays m'assurèrent qu'il prenait sa source, non dans le lac, comme la Mwérango, mais dans les montagnes du sud, et qu'on n'avait pas songé à y jeter des ponts, vu qu'il était guéable toute l'année. Ce rapport me parut de tout point conforme au bon sens; car

bien que son lit soit plus large que celui de la Hwérango, la M'yanza, partout également basse, n'a pas de courant central, de cunette, pour ainsi dire, tant soit peu profonde. Nous étions, du reste, au moment le plus favorable pour apprécier l'importance relative des deux rivières, au coeur de la saison sèche, où la plus grande partie des hautes hert>es vient d'être livrée aux flammes. 11 taisait presque nuit quand nous eûmes traversé la H'yanza, et nous dûmes chercher, dans le voisinage, l'endroit le plus convenable pour y dormir. Le kibouga, c'est-i-dire le palais du feu roi Sounna, se trouva bientôt sur notre route et nous eût merveilleusement convenu ; mais il fallut pousser plus avant, car il n'est pas permis de pénétrer dans les mystérieuses profondeurs de ces habitations où dorment en paix les rois qui ne sont plus.

19 février. Bandawarogo. — Une autre jouniée de marche nous conduisit en vue du kibouga royal, situé dans la province de BaAdawarogo, sous le 0* Si' 19" de latitude nord et le 32' 44' 30* de longitude est. 11 nous offrait un spectacle imposant. Toute une colline était couverte de huttes élevées, dont je n'avais pas encore vu les pareilles sur le continent africain. Je voulais me rendre immédiatement au palais, mais les officiers chargés de ma personne s'y opposèrent énergiquement. - Non, disaient-Us, ce serait Ih, selon les idées reçues dans notre pays, une inconvenance grave. Il faut ranger vos hommes en bataille et leur laire tirer une salve de mousqueterie, aân que le roi vous sache arrivé; nous vous conduirons ensuite à la résidence qui vous est assignée, et le roi vous enverra sans doute chercher deniain, car la pluie l'empêche, pour le moment, de tenir son lever habituel. > Je commandai à mes hommes de faire feu, et nous fûmes immédiatement menés vers un groupe de huttes passablement malpropres, qui ont été tout spécialement construites, à ce qu'on m'assure, pour Ic^er les hôtes du roi. C'est ici que les Arabes s'arrêtent invariablement lors de leurs visites périodiques, et je dois faire comme eux.

Cette assimilation ne me convenant guère, je me mis à revendiquer mes droits de « prince étranger, dont le sang royal n'était pas fait pour de pareilles ignominies. Le palais du souverain était ma véritable sphère, et, si je n'y pouvais obtenir une butte, je m'en retournerais sans avoir vu le roi. ■

Terrifié par ce langage altier, N'yamgundou se prosterna dc-

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rant moi et me supplia de ne pas me compromettre par une démarche précipitée. — «Le roi ne comprenait pas encore ce que je pouvais être, et pour le moment demeurait inabordable. Je devais donc, écoutant sa prière, me contenter provisoirement de ce qui m'était offert ; plus tard, sans aucun doute, le roi, mieux informé, satisferait à mon désir, bien que nul étranger n'eût encore été admis à résider dans la royale enceinte. •

Je cédai aux supplications de ce brave homme et fis nettoyer ma hutte à grand renfort de torches qu'on promenait sur le sol, attendu que, dans ces régions caniculaires, les habitations sont toutes plus ou moins infectées de ces petits insectes sauteurs que les Russes qualifient de ■ hussards noirs. > Une fois que j'y fus installé, les pages de la maison royale vinrent au galop me rendre visite, et me dire de la part du roi que, * désolé de n'avoir pu me recevoir à cause de la pluie, il me verrait dès le lendemain avec la joie la plus vive. ■

Toute l'ambassade de Souwarora vint s'installer un peu plus tard dans une réunion de huttes voisines de celles que j'occupais, et dans le courant de la nuit, ne s'inquiétanl guère de troubler mon sommeil, Irungou entra chez moi, suivi de ses femmes, pour me demander des verroteries.

Toilette des TouagaadA. — Le cortège. — Déboira inattendu. — La traversée du harem. — Je bats en retraite. — Désespoir des Vouakonn* ^u. ^ Première audience, — Le parasol merveilleux. — Le pas du fion. — Le N'yaiiEig et ses rigueurs. — Calomnies inutiles. — Un ta- . bouret à la cour. — Un bourreau de douie ans. — Tours et détours diplomatiques. — Coup de tête bien réussi. — Bons effets d'un vêsicatoire sur notre voyage. ^ Visite à la reine-mère. — Les mauvais rêves d'une veuve. — Coquetteries sans conséquence. — La médecine aoec le médecin. — Nouvelle négociation. — Journée de plaisir, — L'auge à courtisans. — Escarmouche galante. — Trahison et n " malgré moi. — Ha pénitence. — Le roi s'amuse.

SO féorier.— Le roi m'ayant fait prévenir qu'il tiendrait aïgonrd'hui un lever en mon honneur, je préparai une toilette de circonstance ; mais je dois avouer qu'elle faisait une assez pauvre figure quand on la comparait à celle des Vouaganda, toiyours recherchés dans leur parure. Par-dessus leur premier manteau d'écorce, — dont l'étoffe rappelle nos plus fins croisés de laine jaune et se maintient comme si elle était légèrement empesée, — ils portent, en ^ise de surtout, un second manteau de peaux d'antilope cousues ensemble avec une habileté dont nos meilleurs gantiers pourraient être jaloux. Leurs turbans, ou plutôt leurs couronnes, généralement en tiges d'abrus' tressées, sont décorés de défenses de sanglier polies avec soin, de baguettes à talismaoa, de graines colorées, de verroteries ou de coquillages. Ils ont au

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