‹ Les sources du Nil (volume 4)Chapitre 17 sur 28 · L'abrui Psl une plante midicmale du genre ^ycinr · texte numérisé non relu

L'abrui Psl une plante midicmale du genre ^ycinr

cou, sur les bras, autour des chevilles, soit des ouvrages de bois qui représentent des charmes, soit de petites cornes garnies de poudre magique et retenues par des ficelles ordinairement revêtues de peau de serpent. Avec leurs boucliers à houppe et leurs longues lances au fer énorme, ces barbares ont quelque chose d'imposant qui fut ressortir le caractère étriqué de nos habits d'Europe.

N'yamgundou et Uaoula continuaient à réclamer, comme un privilège de leur office, l'inspection préalable des présents destinés au roi. Sur mon refus, ils essayèrent d'élever une autre

Un VOBlkoangiiu. - Noble de l'Ongiiiida.

difficulté. Selon eux, il follait absolument que chaque présent fût enveloppé dans un morceau d'indienne, les convenances ne permettant pas de laisser à découvert les objets qu'on offrait au monarque. Quand nous eûmes aplani ce petit obstacle, les articles énumérés dans la note ci-dessous' furent portés au palais avec tout le cérémonial de rigueur. L'Union Jack, l'étendard des trois

1. One boite de Ter-blanc, quatre belles écharpes de aoîe, un rusil rayé de Whitwotlb, un cbroDoiDètre d'or, un pistolet-revolver, trois carabines rayées, troti $ibres-baIonnette9, une caiue de poudre, une de balles, une de capsules, un té- Itxope, an fauteuil de fer, dir piqueta des plus belles verroteries, un serrlce de table, couteaux, cuillers et rourchettes.

IflO VOYAGE AUX SOURCES DU NIL.

roTaames, ouvrait la marche. Il était dans les mains du Idrangozi, & cAté duquel dous étions groupés, N'yamgundou, les pages et moi. Suivait la garde d'honneur, composée de douze hommes en manteaux de flanelle rouge, l'arme sous le bras et la baïonnette au bout du fusil. Le reste de mes gens venait derrière, chacun portant un des objets que j'allais déposer aux pieds de mon nouvel h6te.

Sur tout son passage, notre cortège soulevait des cris d'admiration : parmi les spectateurs, les uns de leurs deux mains se prenaient la tête ; les autres, au contraire, s'en faisant un porte-voix, criaient i qui mieux mieux dans leur extase : ■ Irungi! ïrvngi! ■ ce qui équivaut pour eux au > bravo > le plus énergique. Toutes choses allaient donc, selon moi, aussi bien que possible, quand je m'aperçus , — désagréable surprise , — que les gens chargés du hongo ou offrande de Souwarora (une centaine de paquets de fil d'archat, comme je l'ai dit), se fenaieut en léte du cortège et prenaient ainsi le pas sur moi. Le déboire était d'autant pins amer, que ce présent, par moi destiné à Mtésa, était au nombre des objets que Souwarora m'avait arrachés dans l'Ousouî; mais j'eus beau me plaindre, beau protester, les Vouakoungou chargés de m'escorter seMablaieot sourds à mes griefs. Nous remontâmes ainsi la grande route, jusqu'à une espèce de place qui sépare le domaine de MMêa et celui de son kamraviona ou commandant en chef. Là, B«uft ^trames dans la cour, et ma surprise revint tout entière k la vue de ces grandes huttes gazonnèes, dont la toiture eti ehaume semblait avoir passé par les ciseaux d'un de nos coiffeulrs. De l'une à l'autre, et divisant en compartiments réguliers l'enclos de chacune d'elles, couraient des claies à la fois solides et légères, faites de cette espèce de roseaux, très-communs dans l'Ouganda, auxquels on B donné le nom ■ d'herbe à tigre > (tiger-grast). C'est ici qu'habitent pour la plupart les trois ou quatre cents femmes de Mtésa. Le reste a ses quartiers auprès de la N'yaiTxasoré ou reine-mère. Elles se tenaient par petits groupes devant les portes, faisant leurs remarques et paraissant s'égayer, je dois le dire, de notre procession triomphale. Les ofSciers de garde à chaque issue, ouvrant et refermant les portes, faisaient tinter les cloches dont elles sont garnies et qui ne permettent pas de se glisser à petit bruit dans la royale enceinte.

LE PALAIS DE L'OUGANDA. tSl

La preniière cour une fois franchie, lea exifj^Dces de l'étiquette semblèrent se compliquer. Les grands ofSciers venaient me saluer, chacun k son tour, en habits de féte.Des groupes d'hommes, de femmes, de taureaux, de chiens et de chèvres défilaient de tous côtés, et les petits pages, avec leurs turbans de corde, passaient en courant commesîleurvieeût dépendu de la promptitude avec laquelle serait rempli le message dont ils étaient porteurs ; pas UD d'eux, toutefois, qui n'eût soin de tenir bien clos son manteau de peaux d'antilope, afin de ne pas laisser entrevoir un seul instant ses jambes nues.

La couroùnous étions maintenantprécëde celle des réceptions, et il m'eût semblé naturel d'entrer sous la hutte où se tenaient les musiciens, qui tous, en chantant, jouaient de l'harmonica et de harpes à neuf cordes, pareilles à la tambira nubienne; mais les maîtres des cérémonies, qui s'obstinaient à nous mettre sur le pied des trafiquants arabes, me requirent de m'asseoir à terre en dehors de cette hutte, avec tous mes gens. Or, j'étais bien résolu à ne pas suivre, à cet égard, l'exemple des indigènes et des Arabes, encore que ceux-ci m'eussent averti qu'ils n'avaient pas osé enfreindre les usages de la cour. Je comprenais fort bien que, faute d'affirmer mon indépendance et ma valeur sociale, je perdrais pour tout le reste de ma visite les avantages que m'avaient donnés jusqu'alors ma supériorité sur le commun des trafiquants et le râle princier dont je revendiquais les privilèges. Gepeudant, — pour éviter le reproche de précipitation, et vu la crainte que manifestaient mes serviteurs en me trouvant si rebelle aux prescriptions de l'étiquette, — j'accordai cinq minutes de réflexion aux gens de la cour, les prévenant que faute d'un accueil plus convenable, je me retirerais i l'expiration de ce délai.

Les Youaganda, stupéfaits, ne bougeaient non plus que des poteaux. Mes gens, qui me connaissaient homme de parole, commençaient à me croire perdu. Les cinq minutes écoulées, ne Toyant rien changer à l'ordre établi, je repris le chemin de ma hutte, après avoir eigoint à Bombay de me suivre, en laissant déposés à terre les présents que nous avions apportés.

Bien que le souverain soit réputé inaccessible, — si ce n'est lors des occasions assez rares où il lui passe par la (été de tenir conrplénière,— il apprit sans retard que je venaisde m'élolgner dans un transport d'indignation. Son premier mouvement tat de

ses VOÏAGE AUX SOURCES DU NIL.

s'élancer hors de son cabinet de toilette et de courir après moi. Mais comme je marchais fort vite et que j'étais déjà loin , il changea d'avis et me dépécha un certain nombre de Vouakonngou. Ces pauvres diables, galopant de leur mieux, finirent par me rejoindre, et me supplièrent, ageno:uillés, de revenir au plus vite, ■ attendu que le monarque, k jeun depuis la veille, ne voulait manger qu'après m'avoir ru. > Leurs louchants appels, dont je ne comprenais pas un traître mot, me causaient cependant une cerlaioe émotion ; j'y répondis en posant la main sur mon cœur et en secouant la tête d'un air pénétré, — mus je n'en marchai que plus vite.

A peine dans ma hutte, je vis arriver, tout en nage, Bombay et plusieurs autres de mes hommes , chaînés de m'apprendre que mes plaintes avaient été portées devant le roi. Le hongo de Souwarora était ajourné jusqu'à nouvel ordre; et, dans son désir de me témoigner tous les égards qui m'étaient dus, le roi m'autorisait à faire apporter avec moi mon propre siège, bien que ce fût là un des attributs exclusifs de la royauté.

Ayant ainsi ville gagnée, je me calmai à loisir par le moyen d'une pipe et d'une tasse de thé. Ce qui me touchait le plus dans ma victoire était l'humiliation de Souwarora. Lorsque je reparus dans la seconde enceinte que je venais de quitter, j'y trouvai une agitation et un trouble extraordinaires, personne ne sachant au juste quelles pourraient être les conséquences d'une témérité comme la mienne. Les maîtres des cérémonies me supplièrent, avec les formes les plus courtoises, de m'asseoir sur le tabouret pliant que j'avais apporté; d'autres ofGciers se hâtèrent d'aller annoncer mon retour. Je n'attendis pas plus de'quelques minutes, pendant lesquelles les musiciens, vêtus de peaux de chèvre à longs poils et dansant & peu près comme les ours de la foire, s'efforcèrent de charmer mes loisirs. Ils jouaient, pour la plupart, sur des instruments de roseau epjolivés de verroteries, et auxquels pendaient, en manière de pavillons, des peaux de chat-pard; la mesure était battue sur des tambours de forme oblongue.

On m'annonça bientôt que le tout-puissant monarque siégeait sur son trône dans la hutte de cérémonie, située au centre de la troisième enceinte. Je m'avançai donc, le chapeau à la niain, suivi de ma garde d'honneur, h qui j'avais ordonné d'oqvrir les

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raDgg, et derrière laquelle marchaient en t>on ordre les porteurs de mon présent. Au lien d'aller droit h Sa Majesté, comme pour lui serrer la main, je restai à l'extérieur de l'espèce d'enceinte que formaient les Vouakoungon, accroupis sur les trois cdtés d'an carré. Tous étaient velus de peaux, la plupart de peaux de vache; quelques-uns, en très-petit nombre, avaient des peaux de cbat-pard nouées autour de la taille, indice du sang royal

qui coulait dans leurs veines. Je fus requis de faire halte à l'endroit où je m'étais placé moi-même, et de m'asseoîr par conséquent en plein soleil; aussi me hâtai-je de mettre mon chapeau et d'ouvrir mon parasol, — phénomène qui, par parenthèse, excita l'admiration et l'hilarité universelles; puis je commandai à ma garde de serrer les rangs. Je m'assis enfin pour contempler à mon aise un spectacle si nouveau pour moi. Il avait quelque

chose d'éminemment dramatique. Le roi, grand jeune homme de vingt-cinq ans, doué d'une physionomie avenante, taillé dans de belles proportions, ayant disposé avec le soin le plus scrupuleux les plis de sa toge en mbougou tout ballant, neuf, siégeait sur une couverture ronge recouvrant une plate-forme carrée qu'entourait un clayonnage « d'herbe à tigre. - Sa chevelure était coupée de fort près, sauf au sommet de la tête; là, de l'occiput au sinciput, elle dessinait un relief pareil à celui du cimier de certains casques, ou bien, — la comparaison sera moins noble, — à celui d'une crête de coq. Un large collier plat, une cravate si l'on veut, de petites perles agencées avec goût, un bracelet pareil, des anneaux alternés de bronze et de cuivre h chaque doigt et à chaque orteil, au-dessus des chevilles et jusqu'à la moitié du mollet, des bas ou guêtres en verroteries de la plus belle qualité, lui composaient un costume à la fois léger, correct et véritablement élégant. Il avait pour mouchoir une ■ écorce ■ soigneusement pliée, et tenait à la main une écharpe de soie brodée d'or derrière laquelle il abritait à chaque instant son large sourire, ou dont il se servait pour essuyer ses lèvres après avoir bu le vin de bananes que lui versaient à longs traits, dans de petites gourdes taillées en coupes, les dames de son entourage, — & la fois ses sœurs et ses femmes. Placés près de lui, un chien blanc, une lance, un bouclier, une femme représentaient le blason national, le symbole héraldique de l'Ouganda. Il y avait aussi sur la même plate-forme, à la droite du roi, un groupe d'officiers d'état-m^or avec lesquels il semblait bavarder volontiers; de l'autre côté, une bande de ces vouichwézi ou sorcières que j'ai déjà, eu l'occasion de décrire.

Au bout d'un certain temps, je fus prié d'entrer dans l'espèce de carré formé par l'assistance, et au centre duquel se trouvait, sur un tapis de peaux de léopard, une énorme timbale de cuivre garnie de clochettes en bronze disposées sur des arceaux de fil d'archal, plus deux tambours de moindres dimensions, recouverts de coquilles courtes et de verroteries artistement travaillées. Je brûlais d'engager- l'entretien, mais d'abord la langue du pays m'était inconnue, et d'autre part, pas un de mes voisins n'eût . osé parler, pas un ne se fût hasardé à lever les yeux, de peur qu'on ne l'accusât de lorgner les femmes. Aussi demeurâmesnous, Mtésa et moi, pendant plus d'une heure nous contemplant

I'dd l'autre, sans échanger une parole ; réduit pour ma part à un silence complet, je l'entendais discourir avec ses voisins sur la nouveauté de mou appareil, l'uniforme de ma garde, etc. On vint même me demander en son nom, pendant qu'il se livrait & . ces commentaires, tant6t d'6ter mon chapeau, tantôt de refermer et d'ouvrir mon parasol, et mes gardes reçurent ordre de se retourner pour qu'on pût admirer leurs manteaux rouges, l'Ouganda n'ayant jamais rien vu de pareil.

Enfin, comme le jour baissait, Sa Hajesié m'expédia Haoula, qui vint s'informer « si j'avais vu le monarque? • Je répondis que je prenais ce plaisir depuis une heure entière, et dès que ces paroles lui eurent été transmises, il se leva, la lance à la main, pour se retirer, avec son chien qu'il tenait en laisse, dans les huttes de la quatrième enceinte. Le jour étant consacré à un lever de pure étiquette, aucune affaire ne devait être traitée entre nous- La démarche du roi, au moment où il prenait ainsi congé de nous sans la moindre cérémonie, devait, paratt-il, nous sembler majestueuse. C'est une allure traditionnelle de sa race, qui, au dire des flatteurs, rappelle le pas du lion. J.e dois convenir, cependant, que cette manière de jeter la jambe & droite et à gauche me foisait songer au dandinement maladroit des palmipèdes de basse-cour, et loin de me frapper de terreur, m'empéchaît de prendre Sa Mqjesté tout à fait au sérieux.

Un nouveau délai m'était Imposé, mais l'humanité cette fou ne me permettait pas de m'en plaindre; on m'avait révélé, sous le sceau du secret, que le roi, lié par son serment de ne pas rompre le jeûne avant de m'avoir vu, venait d'aller prendre son premier repas. Dès que cette réfection fut achevée, nous passâmes à une autre exhibition des splendeurs de sa cour. Je fus invité à l'aller trouver avec tous mes hommes, — ses propres officiers, à l'exception de mes deux guides, restant exclus de cette audience particulière. H était debout sur une couverture rouge, adossé à l'une des portes de la hutte, causant et plaisantant, mouchoir en main, avec une centaine de ses femmes vêtues de mbougou neufs, et qui, partagées en deux groupes, s'étaient accroupies à ses pieds. Mes gens n'osaient pas avancer léte levée, encore moins risquer le plus léger coup d'oeil du cAté des , femmes; courbés en deux, le nez à terre, le regard oblique, ils rampaient derrière moi. Ne me doutant guère du sujet de leurs

craintes, je m'impatientais de cette attitude qui les fitisait ressembler ft des oisons effarouchés, et après les avoir rabroués à haute vojz, je restai debout, le chapeau & la main, l'œil fixé sur ces dames, jusqu'au moment où Je reçus l'ordre de m'asseoir et de me couvrir.

Htésas'étant alors informé de ce qu'onavaît&lui dire au nom de Houmanika, Haoula répondit, évidemment flatté de parler directement au roi, ■ qu'on avait signalé au souverain du Kara^ goué l'arrivée de certains Anglais qui, remontant le Nil, étuent parvenus jusqu'au Gaui et au Kidi. ■ Le roi reconnut la vérité de cette nouvelle, qui lui avait également été transmise, et là-dessos les deux Vouakonngou, selon l'usage de l'Ouganda, remercièrent leur maitre avec un enthousiasme, des génuflexions, une ferveur d'humilité qui semblaient inépuisables. « N^iyanzig, IViyanzxg, kai, /fiyanxig, Mkama Ifan^, > répétaient-ils à tout bout de champ. Puis, lorsqu'ils jugèrent le moment venu, ils se jetèrent à plat ventre, déjà tout en nage, et se tournant par de brusques soubresauts, comme le poisson sur la grève, Us continuèrent à répéter les mêmes paroles qu'ils prononçaient encore alors qu'ils se relevèrent, la face barbouillée de fange. — Il Ëiut tout cela, dans l'Ouganda, pour satisfaire aux exigences de la suprématie monarchique. Cet entretien terminé, le roi, qui s'était remis à me considérer et à bavarder avec ses fenmies, termina ce qu'on pourrait appeler le second acte de la comédie. Le jour baissait rapidement, et la troisième cérémonie fut menée avec moins de lenteurs. Mtésa se transporta tout simplement dans une autre hutte, oit, s' étant assis sur son trdne et toiijours entouré de ses femmes, il me fit approcher et m'asseoir aussi près de lui que le permettait l'étiquette. Après quoi il me demanda ■ si je l'avais vu? > question qui impliquait de sa part un sentiment intime d'orgueil satisfait. Aussi m'empressai-je, saisissant l'oc- CMion, d'ouvrir nos conférences en lui parlant de sa grande renommée qui m'avait attiré vers lui, et des obstacles que j'avais eu à surmonter pour contenter une curiosité devenue peu à peu l'unique objet de mes désirs. Hetirant en même temps de mon doigt un anneau d'or : ■ Voici, lui dis-je en le lui présentant, un léger gage d'amitié ; vous pouvez voir qu'il affecte la forme d'un collier de chien, et comme l'or dont il est fait est le roi des métaux, il me semble de tout point approprié à votre

illnstre race. — Puisque c'est mon amiUé que tous recherchez, répliqua-t-il, que diriez-vous si je vous indiquais une roule par laquelle vous pourriez eu un mois retourner chez vousî •

Je n'eusse pas mieux demandé que de répondre à cette question, mais ce que j'avais à dire, — communiqué d'abord k Bombay et trausmis par lui à Nasib, le seul de mes gens qui parlât le Idganda', — devait l'être ensuite soit à Maoula, soit à N'yamguadou, et n'arriver que par eux à l'oreille du roi, dont les offiders seuls sont autorisés à lui servir d'intermédiaire. Ceci n'était guère favorable à une conversation suivie, que rendaient encore plus difficile le débit rapide et l'humeur impétueuse naturels aux Vouaganda.

Htésa, qui déjà sans doute avait oublié sa question, changea brusquementde sujet : « Quelle espèce de fusil avez- vous apportée! demaDda-t-il.... Voyons celui dont vous vous servez habituellement!... ■ Mon désappointement était extrême, et je voulus revenir sur son premier propos, que je devinais avoir trait i une route directe pour se rendre & Zanzibar par le pays des Hasai. J'aurais également désiré traiter immédiatement ce qui avait rapport à Petherick et à Grant; mais je ne trouvai personne qui voulût se charger de mes interpellations. Je me bornai donc à répondre ■ que j'avais apporté les meilleurs fusils du monde, entre autres le fiisil rayé de Whitworth que je le prierais d'accepter avec quelques bagatelles; s'il voulait bien le permettre, je les déposerais à ses pieds sur un tapis, selon l'usage de mon pays quand on rend visite aux sultans. ■ Il consentit, renvoya toutes ses femmes, et fit dérouler un mbougou, sur lequel Bombay, par mes ordres, commença par étendre une couverture rouge ; puis mon agent défaisait l'un après l'autre chaque paquet, et Nasib, prenant un à un les objets offerts, tantôt les caressait de ses mains malpropres, tantât les frottait de ses joues enfumées, — suivant une coutume mentionnée plus haut,— pour bien prouver au roi qu'ils ne renfermaient ni poison caché ni sorcellerie. Htésa, qui semblait tout à fait émerveillé, tournait et retournait, avec mille remarques puériles, tous les articles sur lesquels se portaient tour h tour ses mains avides, et, comme un véritable enfant, ne pouvait s'arracher à

1 . Nous avons dèji dit que le préSie ki, avuit le nom d'un paya, indique l'idioaiF qu'on y parle.

leur contemplation. La nuit vint, cependant, il fallut allumer des torches, et alors les fusils, les pistolets, la poudre, les caisses, les outils, les verroteries, bref, tout ce que j'avais apporté, fol ' entassé péle-raèle, roulé dans des mbougou, et enlevé par les pages.

> l] se fait tard, disait Htésa, il est temps de nous séparer.... Quelle espèce de provisions désirez-vousî

— Un peu de chacune, répondis-je, et pas constamment les

— Vous serait-il agréable de me voir demainf

— Certainement, tous les jours.

— Demain, la chose ne sera pas possible ; j'ai trop à Caire ; le jour d'après, si cela vous convient.... Maintenant vous pouvez partir et emporter avec vousces six pots de vin de bananes ; mes gens s'occuperont demain à vous procurer des aliments. >

21 fisrier. — Dans la matinée, sous une pluie battante, des pages nous amènent vingt vaches et dix chèvres ; ils sont porteurs d'un message verbal par lequel le roi me témoigne, en style métaphorique, la satisfaction qu'il a éprouvée & me voir; il espère que je voudrai bien accepter ■ ces quelques poulets • d'ici h ce qu'il puisse m'en envoyer d'autres. Maoula et N'yamgundou, sur qui doit rejaillir une partie de la faveur accordée à l'hAte qu'Us ont amené, me félicitent à perte de vue sur les bonnes chances que me garantit la protection de leur roi. La pluie qui tombe est considérée h. la cour comme d'un bon augure, et le monarque, assure-t-on, ne se connaît plus de joie. Toujours pressé de l'entretenir au sujet de Petherick et de Grant, je lui détache aussitôt les deux Vouakoungou pour le remercier de son présent et lui demander une entrevue dans le plus bref délai possible- Arrêtée au passage par les prescriptions iatlezibles du cérémonial qu'affectent ces monarques sauvages, — aussi rigoureux sous ce rapport que les empereurs d'Orient, — ma requête n'a pu parvenir jusqu'à Ntésa. J'ai su qu'il avait employé la journée à recevoir le tribut de Souwarora. Ce tribut, comme on sait, se composait de fi) d'archal, et le roi s'est enquis des moyens par lesquels Souwarora s'est procuré cette sorte de marchandise, fabriquée exclusivement par les hommes de race blanche. « Il fallait qu'il me l'eût dérobée, & moi ou & tout autre, et c'était par ces pratiques abusives qu'on empêchait Iqa visiteurs

LE PALAIS DE L'OUGANDA. 26u

d'urirer jusqu'k Mtésa. > L'officier chai^ des présents a répondu que ■ Sou-warora ne voyait pas la nécessité d« traiter avec égard les hommes de race blanche, infimes sorciers qui, au lieu de dormir la nuit sous un toit, s'envolaient k Is cime des monta- gnes, pour s'j livrer anx enchantements les plus abominables. >

A ceci, le prince a répliqué avec un sans gène tout à fait africain : * Vous mentez ; je ne puis rien découvrir de mauvais dans les procédés de cet homme blanc : si c'eût été un méchant, Boumanika ne nous l'aurait pas adressé. ■

Le soir, déjà couché, on m'est venu demander de la part du roi de lui prêter un fusil pour compléter la demi-douzaine, avec ceu que je lui.ai d^à donnés. ■ Il sollicite ceci au nom de notre amitié, voulant, le lendemain, faire une tournée chez ses parais. > Au lieu d'un fusil, je lui en fais tenir trois, car je crois comprendre que je ne perdrai rien h me montrer généreui.

2S février. — Le roi est allé chez tous les membres de sa lamiUe étaler les magnifiques cadeaux qu'il a reçus de ■ l'homme blanc. ■ Ceci prouve, selon lui, que les Esprits l'ont en faveur tingulière, attendu qu'aucun de ses ancêtres n'a joui de privilèges pareils, et par U se trouvent établis ses droits légitimes sur le trdne de l'Ouganda. Vers minuit, les trois fusils m'ont été rapportés, et la promptitude, la loyauté du jeune prince m'ont tellement charmé que je l'ai prié de vouloir bien les accepter de moi.

S3 février. —Les pages de Mtésa sont venus vers midi m'inviter à me rendre au palais. J'y suis effectivement allé avec une garde d'honneur et mon siège ; mais il m'a fallu attendre près de trois heures, avec le commandant en chef et d'autres grands officiers, que Sa Majesté fût prêta k me recevoir. Pour charmer nos loisirs, no\u avions les musiciens vouasoga, dont les harpes étaient accompagnées par le son de l'harmonica. Cependant un petit page, pliant presque sous un faix d'herbes, est venu me trouver et m'a dit : * Le roi compte bien que vous ne vous formaliserez pas, si on vous demande de prendre ceci pour vous aaseoir devant lui; personne, dans l'Ouganda, même le fonctionnaire le plus élevé, n'a jamais la permission de se placer Bor quoi que ce soit au-dessus du sol; personne, si ce n'est le roi, ne peut s'asseoir sur du foin comme celui>ci ; son trAne même n'est pas fait d'autre chose. S il a souffert le premier jour que

VOUS TOUS servissiez de votre siège habituel, c'était uniquement pour apaiser la colère où il vous voyait. ■

Dès que j'eus consenti, moyennant les égards qoi m'étaient ainsi témoignés, à me conformer aux usages du pays, je fus introduit^ns plus de relard. La cour oShiit le même aspect qu'au jour de la première entrevue, si ce n'est que les Vouakoungou accroupis s'y trouvaient beaucoup moins nombreux, et qu'au lieu de sa douzaine d'anneaux en bronze et en cuivre, te prince portait tout simplement mon anneau d'or an troisième doigt. La journée semblait d'ailleurs consacrée aux affaires; car, outre les grands of&ciers, on voyait paraître k chaque instant, et défiler sous les yeux du monarque, des lots de fenvnes, de vaches, de chèvres, de volailles, produits de diverses confiscations ; des paniers de poissons, des antilopes en cage, des porcs-épics, des rats d'espèce parlicollère pris et apportés par les gardes-chasse de la couronne. Les tisserands arrivaient avec leurs mbougou, les magiciens avec leurs terres de couleur et leurs baguettes charmées; mais, sur ces entrefaites, il se mit à pleuvoir; les courtisans se dispersèrent, et il ne me resta plus qu'à me promener ça et là sous mon parapluie, non sans quelque rancune contre cet h6te orgueilleux qui ne songeait môme pas à m'offrir l'abri de sa hutte.

Lorsque, l'orage dissipé, nous nous rassemblâmes de Doaveati, je le trouvai siégeant comme naguère ; mais cette fois il avait devant lui la tète d'un taureau noir, à cAtô de laquelle gisait une des cornes, abattue d'un coup de masse. Quatre vaches en liberté circulaient autour de l'assistance. Je fus requis de les tuer en aussi peu de temps qu'il me serait possible ; alors, n'ayant pas de balles pour mon fusil, il me fallut emprunter à Mtésa le revolver dont je lui avais fait présent, et, en quelques secondes, les vaches étaient par terre; la dernière pourtant, que j'avais seulement blessée du premier coup, fit mine de se jeter sur moi, et je dus l'achever avec la cinquième balle du revolver, haut fait merveilleux qui me valut de bruyants applaudissements, et à la suite duquel les quatre animaux tués furent donnés à mes gens.

Le roi se mit eosutte à charger de ses propres mains une des carabines que je lui avais donnée, et la remettant tout armée à un page, lui enjoignit * d'aller tuer un homme dans l'autre cour. > Le marmot partit ; nous entendîmes la détonation et nous

LE PALAIS DE L'OUGANDA. ill

le Ytmes revenir presque aussitôt avec la même grimace de satis&ction, te même air de malice heureuse que s'il eût déni^ dié un oiseau, trouvé une truite au bout de sa ligne, bref, exécuté quelqu'un de ces tours d'adresse dont les enfants tirent si ▼(dontiers vanité.

• Et vous vous en êtes bien acquitté? lui dit le roi.

— A merveille 1 > repartit l'apprenti bourreau.

B ne mentait pas, bien certainement; son maître n'entendait pas laillerie. Mais l'incident ne parut intéresser personne ; au- CDo des assistants ne me dit et ne semblait désirer savoir quel individu avait reçu la mort des mains de ce petit dràle.

Les Vouakoungoufurentalors congédiés, etle roi, m'ayant permis de m'approcher, me montra un livre dont j'avais fait présent à Ronmanika; ceci lui servit de transition pour réclamer de moi la drogue spécialement fortiSante qu'il m'avait précédemment demandée, ainsi que je l'ai dit, au moyen du béton mystique. Le jour finissait; on alluma les torches et nous reçûmes notre congé, sans qu'il m'eût encore été possible d'entamer ce qui regardait Grant et Petherick, mes timides interprètes n'osant ouvrir la bouche que pour répondre aux questions du monarque. Celui-ci se levait déjà lorsque, stimulé par la crainte de voir se perdre encore un jour, Je lui dis en kisouahili * : c Je vous prierai d'envoyer par courriers une lettre à Grant, et aussi de lui expédier un bateau qui, remontant la Kitaogoulé jusqu'au palais de Roumanika, le mettrait à même de venir nous rejoindre, car son état ne lui permet pas de voyager autrement. ■ Bien qu'il ne comprit pas un seul mot de ce que je lui disais, je parvins de la sorte à fixer son attention; il s'arrêta pour se faire traduire mes paroles et répondit alors '■ que des courriers ne serviraient à rien, attendu que personne ne voudrait prendre la responsabilité d'un message pareil; il enverrait N'yamgundou chercher mon compagnon, sans croire toutefois que Roumanika voulût permettre à ses liarques de remonter la Kitangoulé jusqu'au petit Windermere. i Puis, avec l'impétuosité caractéristique de sa nation, il s'éloigna sans me permettre d'ajouter une seule parole.

S(i février. — Les pages sont revenus ce matin de bonne heure,

t ta langue parlée sur taate la

demandant, au nom de Mlésa, ■ que je roulasse bien lui envoyer trois de mes Vouangouana pour tuer des vaches sous ses yeux. > Cette requête concordait précisément avec mes défiirs. Frappé de l'espèce d'excilation où mes conférences personnelles avec lui jetaient le roi de l'Ouganda, je ne voyais gu^ jour é traiter directement les affaires qui m'intéressaientleplus; en conséquence, détachant sept hommes sous les ordres de Bombay, je lui recommandai très-expressément de ne commencer le tir qu'après avoir transmis au roi un message par lequel je voulais exciter sa cupidité : ■ J'avais au Gani, lui foisais-je dire, une barque chargée de marchandises et confiée à deux hommes blancs que je manderais auprès de moi, s'il voulait me fournir des guides pour escorter les gens à qui mes ordres seraient confiés; — quant à Grant, Je priais qu'on l'envoyât chercher, du moins jusqu'au gué de la Kitangoulé, où Roumanika trouverait certainement moyen de le faire parvenir en canot. > Bombay remplit fidèlement sa mission, et le roi, impatient de voir commencer l'espèce de massacre pour lequel il avait convié mes Vouangouana, se hAta du promettre à mon ambassadeur d'expédier à mon choix, soit par terre, soit par eau, et dûment accompagnés, les messagers à qui je voulais faire traverser le Kidi*. Sur ce, le tir commença. Mes Vouangouana se mirent à l'œuvre; sept vaches tombèrent sous leurs balles et leur furent encore données au moment où Us se reliraient. Le soir, on vint me demander • si je ne voulais pas aller au palais, tirer des milans avec le roiï ■ Mais je refusai sous prétexte que je me réservais pour les éléphants, les rhinocéros ou les buffies; — ■ et encore on ne me les verrait chasser, ajoutais-je, que si le prince consentaità venir avec moi ; > stratagème dont je m'avisai comme devant, mieux que tout autre, amener entre nous des rapports quotidiens et me soustraire à ces difficultés d'éUquette quientravaient à chaque instant le progrès de mes négociations.

S5 février. — Le roi m'a fait inviter à chasser le bufDe dans le voisin^e du palais ; mais ses pages, qu'il avaitexpédiés en tonte hâte, n'apportaient pas des instructions complètes et je refusai encore, alléguant — «que je n'étaispastraitéavec assez de civilité,

1. Peisonue alors n'ouil parier de la route directe qtii descend avec le Nil à travers l'OuDjoro, et cela parce qne les rois des deux pays étaient «ir un pi«d d'incessantes bostilitis.

qu'on me faisait perdre des heures eatière» avant de m'accorder aodience; ne me souciant pas de faire dea scènes au palais, j'enverrais Bombay pour régler d'avance les conditions d'une visite que je renvoyais au lendeouiîa, attendu que, pour le moment, je me trouvais indisposé. ■ Les pages, redoutant la colère de leur mattre, partirent avec cette réponse, mais l'un d'eut reparut presque aussitût pour m'exprimer de la part du roi, disait-il, le regret qu'il éprouvait à me savoir souffrant. - Lui-même, au surplus, n'était pas en bonne santé; il comptait bien me voir, ne fût-ce qu'une minute ou deux, et me priait d'apporter ma médedoe. > Je ne doutai pas que ce message ne fût une feinte, à cause du peu de temps qui s'était écoulé depuis le départ des pages; mais prenant avec moi ma pharmacie portative, je n'en allai pas moins où on m'appelait ainsi, quitte à laisser retomber sur qui de droit la responsabilité du mensonge. Comme je l'avais prévu, le roi n'était nullement prêt À m'accueillir, et je dus attendre, en compagnie des officiers de service, le moment où il daignerait se montrer. Aussi me gardai-je bien de contenir l'expression de ma colère. Je traitai les pag^ comme un tas de petits misérables, et, tournant les talons, je repris, à travers les cours intérieures, le chemin de mon logis. Chacun tremblait. On alla prévenir le roi que je quittais le palais, et il enjoignit aux Vonakoongou de'me retenir. Ils gagnèrent les devants, au moment où je franchissais à grands pas la dernière enceinte, et fermèrent la principale entrée. C'en était trop; aussi, frappant du pied et du doigt montrant le portail dont les cloches vibraient encore, je jurai dans toutes les langues & mon usage que ■ s'ils u'ouvraient pas immédiatement et sous mes yeux, comme ils venaient de le fermer, l'huis qui me barrait le passage, ils ne me feraient pas quitter vivant la place que j'occupais. > Terrifiés pour le coup, et après s'être prosternés à mes pieds, les Vouakoungou se soumirent; alors, par manière de récompease, je retournai aussitAt vers le roi, qui, maintenant assis sur son trAne, leur demanda comment ils s'y étaient pris pour me décidera revenir, c Oh I répondirent-ils & l'unisson, n'yataigeant k qui mieux mieux, quelle peurnous avons euel... Jamais on ne vit colère plus terrible.... Néanmoins, aussitôt la porte ouverte, il a rebroussé chemin. — De quelle porte s'agit-il, et que voulez-vous dire? • demanda le roi. Puis quand l'histoire lui fltt connue dans tous ses détails,

Sa Majesté daigna sourire. Je le questionnu sur ses souflrances, prenant texte des propos qu'on m'avait tenus au sujet de sa santé. Mais, pour toute réponse, il secoua la tëlfi comme s'il trouvait déplacé que je me permisse de l'interroger ainsi ; puis il enjoignit à quelques-uns deà assistants de tirer sur des vaches qui paissaient à peu de distance.

Au iieu de m'eitasier devant ce passe-temps puéril qui compte dans l'Ouganda pour une chasse royale, je le regardais avec un dédain marqué dont le prince finit par s'émouvoir. H s'inCiHina de ce que contenait la botte avec laquelle j'étais venu. Lorsqu'il sut que c'était la médecine par lui réclamée, il me fit approcher et renvoya tous ses courtisans. Resté seul avec moi, les deux interprètes et un seul fonctionnaire qui paraissait jouir de toute sa confiance, il voulut savoir si je pourrais faire usage de la médecine sans la mettre en contact avec la partie malade. Afin de lui donner confiance dans mes talents anatomîques, je me mis & remuer un doigt et lui demandai < s'il savait en vertu de quelle force cette action pouvait avoir lieu. ■ Sur sa réponse négative, je me livrai A une démonstration aussi élémentaire que possible, dont il se montra parfaitement satisfait, et qui le fit consentir à se laisser opérer. L'opération consistait à lui poser un vésicatoire ; elle se fit d'une façon passablement ridicnle, vu que l'empUtre déjà posé dut être alternativement frotté sur les mains et les visages tant de Bombay que de Nasib, pour bien établir que le Docteur et les < mauvais Esprits ■ n'avaient absolument rieo de commun. Profitant du moment où j'avais le roi bien à ma disposition, — ce qui est dans l'Ouganda une circonstance tout à fait exceptionnelle, — je lui soumis les plans que j'avais formés pour l'arrivée de Grant et de Petberick ; mais je n'obtins que ce qu'on appelle au palais • une exception dilatoire, ■ car, après m'avoir dit qu'il désirait autant que moi les voir à sa cour, il s'engagea simplementi < tout arranger dés le lendemain. >

26 février. — Dès le matin, comme nous en étions convenus, je retournai chez le roi. Le vésicatoire avait fort bien pris, et en donnant issue h l'humeur, — que Bombay appelait* la maladie,» — je fis à mon royal client un plaisir extrême. 11 commanda un panier de fruits, ressemblant assez aux loquou de l'Inde, et nous les mangeâmes ensemble tout en discutant les mesures à {H^ndre pour Grant et Petherick ; le roi finit par me promettre qu'il enver-

rait nn officier sur la EitaDgonlé, tandis qu'an antre, avec deux de mes gens, se rendrait dans le Gant & travers t'Onsoga et le Kidi; mais comme il importait que ces derniers fuissent déguisés, je priai le roi de m'envoyer quatre mltougou et deux lances. Avec une libéralité digne de son rang, il m'a fait passer vingt pièces de l'étoffe susdite, quatre lances de son arsenal, et une chaîne de poissons séchés au soleil, distribués en forme de bouclier autour d'un b&ton.

S7 ^vrier. — Voici enfin quelque chose de fait. Selon que nous en étions tombés d'accord dans la journée d'hier, te roi m'a expédié un officier de l'Ouganda et un guide du Kidi avec lesquels partent Mabrouki et Bilal, deux de mes gens, à qui je remets des lettres et descartesgéographiques adressées àPetherick; ils emportent aussi une charge de m\endé^, pourpayersurla route leurs frais d'aubei^e, et ont les ordres les plus stricts de suivre autant que possible le cours du Nil. Aussitôt après les avoir mis en route, je me suis rendu chez le roi pour régler avec lui certains arrangements relatifs à Grant, et aussi pour me plaindre de ma résidence actuelle, qui n'est ni commode, ni salubre, ni en rapport avec mon rang, très-supérieur à celui des marchands arabes pour lesquels elle a été construite. — Une fois logé comme je devrais l'être, dans le voisinage plus immédiat du palais, je manifestais l'espoir que les dignitaires de la cour ne rougiraient pins de me rendre visite, ce qui parait aujourd'hui me priver de cet honneur. — Quand il ne sait que dire, le roi se renferme dans un silence provoquant. Au lieu de répondre à mon pressant appel, il s'est livré d'abord à une dissertation géographique et m'a conseillé ensuite d'aller voir sa mère, la N'yamasoré, dans son palais de Masorisori (vulgairement appelé Soll-Soli), car elle aussi a besoin d'une médecine. J'ai de plus été prévenu pour l'avenir que, selon l'étiquette de l'Ouganda, je ne devais jamais manquer de visiter le roi deux jours de suite et de consacrer le troisième & sa mère. Ce sont I& leurs privilèges respectifs.

Jusqu'à présent, les lois du pays m'avaient iulerdit d'aller voir personne, sauf le roi lui-même. Je n'avais eu occasion de met-

1. l£mtendi ou mfounda (on l'appelle aussi mitiima, bolgamt' et ijtU>bi) eV. le large grain de Terre plat qui porte en Europe le oom de perle-anneau d'Ailem^ite. Les trente-cinq livres coulent, i ZaniUwr, de sept & neuf doUus espa-

tre qui que ce fût dans mes iutéréts par des générosités bien entendues; nulle visite ne m'arrîvtit si ce n'est cell^ des pages à cocardes, et celles-ci par ordre exprès du souverain; personne enfin n'était autorisé à me vendre des provisions; de telle sorte que mes gens en étaient réduits, pour se nourrir, tantôt i mettre au pillage tels ou tels jardins que leur désignaient les officiers du roi, tantôt à s'emparer du pombé ou des bananes apportés par les Vouaganda qu'ils rencontraient sur la route du palais. Ce système particulier de <■ non-intervention, * — un des traits de la uolitique royale, — avait pour but de réserver au souverain le monopole de l'exploitation à pratiquer sur ses hétes.

l*our donner à ma première visite chez la reine-mère toute la solennité requise, je pris avec moi, outre ma pharmacie portative, une oQï^nde composée de huit bracelets de bronze et cuivre, trente ■ œufs de pigeon ■ de couleur bleue {smmgomaji), un paquet de menues verroteries, et seize coudées ou ziraa* d'indienne. J'emmenai aussi ma petite garde d'honneur, sans oublier mon trône de foin royal. Le palais où je me rendais est à un miUe et demi par delà celui du monarque, mais la grande route m'était interdite, vu qu'il est regardé comme incivil de passer devant la porte de ce dernier sans entrer chez lui. Aussi, faisant le tour des jardins extérieurs et des faubourgs de fiandowaroga, je débouchai sur le chemin public, presque en face la résidence de Sa Majesté douairière, où se trouvaient reproduites, sur une moindre échelle, les dispositions intérieures du Louvre de Mtésa. Un grand espace séparait la demeure de la reine de celle de son kamraviona ou commandant en chef; les enclos extérieurs et les diverses cours avaient de même, pour palissades, un clayoDuage d'herbe à tigre ; les huttes n'étaient ni anssi nombreuses, ni aussi grandes que chez le roi, mais on les avait construites sur le même modèle. Des gardes veillaient aux portes, garnies de grosses cloches d'alarme, et les ofUciers de service occupaient avec les musiciens les salles de réception. Toutes les autres huttes étaient remplies de femmes. On me fit asseoir, dès mon entrée, sous on hangar servant d'antichambre, mais je n'y

1. Lsliroa «e compose de deui jfrl et demi ou petites palmes. La petite palme M compte du bout de l'index éteuduiuboutdupouce. La«hifrr, ou grande palme K compte du pouce au petit doigt. Deui de ces dernières palmes représentent la

mesure primitive connue sous le nom de coudée.

restai pas loa^mps; car ]a reine, prévenue, était prête à me recevoir, et, plus afbble que son fils, elle me gardait, au lieu d'an accueil d'apparat, un lever de simple distractiou. Aussitôt qu'on eut poussé la porte devant moi , je m'avançai vers la « hutte da trdne, ■ cbapeau bas, il est vrai, mais à l'ombre de mon parasol toujours ouvert, et je ne m'arrêtai que pour m'asseoir, en face de Sa M^esté, sur l'espèce de • pouff > tout à bil rustique, dont j'avais été gratifié par son fils.

Arrivée h la pleine maturité de l'âge et de l'embonpoint', simplement vêtue de mbougou, assise à terre sur un tapis, le coude nooclialamraent appuyé sur un coussin revêtu delà même étofle, la reine avait pour tout ornement un collier d'abrus et un fichu de mbougou roulé autour de la téle. Un miroir à compartiments, fktigué par un fréquent usage, était ouvert à cAté d'elle Devant l'entrée de la hutte, une longue tige de fer, en forme de broche, portant à son extrémité supérieure une coupe remplie de poudre magique, dominait quelques autres talismans du ménoe genre; à l'intérieur, quatre sorcières mabandwa (exor* cistes femelles), dans le costume fantastique que j'ai déjà décrit, et un grand nombre de femmes se pressaient autour de leur mattresse. Nous demeurâmes quelque temps à distance l'un de l'antre, échangeant des regards curieux ; puis on renvoya l'assistance féminine, et, comme pour varier le tableau, un orchestre fat introduit ainsi qu'une foule de Vouakoungou appelés à fah-e leur cour. Je fus invité à m'approcher et à m'asseoir devant la reine, à l'intérieur de la hutte. Le meilleur pombé de l'Ouganda drcnlait de mains en mains, sablé d'abord par la reine, puis par moi, et enfin par les grands officiers, chacun à son tour. La N'yamasoré se mit ensuite à fumer sa pipe et me pria d'en faire autant. Le signal fut donné aux musiciens, vêtus de leurs peaux de chèvre & longs poils, et qui commencèrent immédiatement leurs danses d'ours. On battit consécutivement plusieurs tambours, et je fus questionné sur le point de savoir ■ si je reconnaissais leurs différents tonsî >

La reine, dont l'humeur était joyeuse, se leva tout & coup, et me laissant sur mon siège, passa dans une cabane voisine, 06 elle changea son mbougou contre un diouli. Après quoi, elle revint

se faire admirer de doos, et lorsqu'elle eut assez joui de l'efliet qu'elle était certaine d'avoir produit, elle fit pour la seconde fois évacuer la salle du tr4ne, où il ne resta que trois ou quatre Vouakoungou plus particulièrement admis dans son intimité. Elle prit alors un petit Taisceau de Mtonuets fort proprement arrangés, et mettant h part trois d'entre eux, elle me déclara que j'aurais à la guérir de trois différentes maladies : ■ Ce premier bâton, disait-elle, représente mon estomac, dont je souffre beaucoup; le second, que voici, est mon fbie, qui m'envoie de tous côtés dans le corps des douleurs lancinantes ; et ce troisième est mon cœur, auquel je dois chaque nuit des rêves fïcheux, à propos de Sounna, mon défunt mari. >

Je répondis d'abord que les rêves, ou plutôt les insomnies dont elle se plaignait, lui étaient communs avec la plupart des veuves, et ne se dissiperaient que dans le cas où Sa Migesté se résignerait à contracter un second hymen. Quant h ses souffrances purement physiques, il me fallait, avant que je pusse risquer la moindre prescription, regarder sa langue, tâter son pouls et peut^tre même, au besoin, poser mes mains sur ses augustes flancs. Les Vooakoungou se récrièrent h ces derniers mots : ■ Ceci, disaient-ils, ne peut se bire qu'avec l'autorisation du roi. ■ Nais la N'yamasoré, se soulevant sur son trdne, r^ela bien loin l'idée de consulter un pareil jouvenceau, et se soumit d'avance à l'examen nécessaire.

Texhibai alors deux pilules dont je laissai goûter la poudre aux Vouakoungou pour les rassurer contre les sortilèges du Docteur, et je prescrivis à la malade de les avaler le soin:, en lui recommandant de se priver de nourriture et de pombé jusqu'i nouvelle consultation. Je constatais avec grand plaisir les progrès de mon influence sur elle, — influence qui devait s'étendre iQd)rectemenljusqu'aujeuneroi,—etje l'entendis avec satisftction me dire que ■ tout en moi lui avait plu, sauf l'interdiction de sa liqueur favorite. ■

La présentation des cadeaux eut ensuite lieu avec les formalités accoutumées : «Jamais, disait-elle naïvement, on ne lui avait donné de trésors pareils ■ et ses offlciers, d'une voii enthousiaste, la proclamaient ■ la plus heureuse des reines. > En retour, obéissant à un instinct de reconnaissance qui lui faisait honneur, elle me pria d'accepter un de ces longs tubes artîstement tr&-

vailles qui servent & pomper la bière du pays; et tout le monde reconnut, dans ce présent purement hononfique, la plus haute marque de distinction qui pût m'ëtre conférée.

Ceci ne lui suffisait pas; elle me força, malgré ma résistance, de choisir un certain nombre de tambo (qu'on appelle ici goundou), savoir des anneaux de poil de girafe, tressés avec de menus fils de fer ou de cuivre, et qu'on porte autour de la clieville. Toutes ces libéralités forent couronnées par le don de plusieurs cruches de pombé, d'une vache et d'un paquet de poissons séchés appartenant h. l'espèce particulière que mes gens désignent sous le nom de samaià-kambari. Cette affaire r^lée , elle me pria de

lui montrer mes dessins, et ils la divertirent singulièrement; aussi convoqua-t-elle aussitôt ses ■ sorcières > et le reste de ses femmes pour leur faire partager le plaisû* qu'elle prenait ainsi. Nous échangeâmes alors de chaleureux compliments, qui aboutirent à UD minutieux examen tant de mes bagues que de mes poches, et de ma montre surtout,-que la reine appelait Joutorï — expression équivalente à celles de ■ temple, idole, ou talisman *. > Elle me répélait & chaque instant qu'elle * n'avait pas assez de moi, — qu'il faudrait revenu dans deux jours,— que je lui plaisais beaucoup, excessivement, au delÀ de ce qu'elle pourrait dire, mois que, la journée étant finie, j'étais libre de me retirer. > Sur cet adieu bizarre, elle se leva et me laissa seul avec mes

gODS.

26 février. — Je ne songeais plus qu'à obtenir une hutte dans l'intérieur du palais, aussi bien dans l'intérêt de ma dignité persoimeHe et de mon influence k la cour, que pour être h. même

1. L'emploi du même mot pour dètigoer plusieurs objet* «nalognes «M ua de* traits caractéristique* de toute langue i l'état d'entance. Nous l'avons diji vu pouc te mbougoa, qui est à la fols ud arbre, t'AcorM de cet arbre, l'étoffe bbriquée •*M c«tt« ^coKx, le Tttemeot de cette itoBe.

d'étadier de plas près les mœnrs et les coutumes de ce peuple étrange. Aussi n'étais-je pas fUché de me voir convoqué par te monarque & des audieoces presque quotidiennes, cet empressement de bon augure pouvant me fournir l'occasion de revendiquer le privil^e aaquel j'aspirais.

C'est ainsi que ce matin, au lieu de me rendre à l'appel de ses pages, je lui envoyai Bombay et quelques-uns de mes hommes, alléguant que ■ malgré mon désir de le voir tous les jours, je ne saurais m'exposer si souvent aux rayons du soleil. Dans les autres pays par moi traversés, on m'avait reconnu le droit d'habiter un palais égal & celui du roi ; me traiter différemment, c'était me manifester un certain mépris. Si j'insistais, d'ailleurs, pour qu'une demeure me fût assignée à l'intérieur de l'enclos royal, c'est que je désirais me trouver le plus fréquemment possible auprès de Sa Majesté, l'entretenir à toute heure du jour, et lui expliquer en détail l'usage des divers objets que je lui avais offerts. ■ D'après ce que me dit Bombay, le roi comprit à merveille les motifs de mon humble requête. • 11 n'eût pas mieux demandé, assurait-il, que de garder sans cesse auprès de lui le Bana (on sait que j'étais désigné sous ce titre); mais ses huttes étaient remplies de femmes, ce qui rendait la chose impossible. Si cependant le Bana voulait prendre patience, on lui élèverait aux environs, une habitation spéciale, honneur qui n'avait été fait à aucun des h6tes précédents. > Puis, changeant de siget, et passant la revue de mes hommes, il s'éprit tellement de leurs petits fez rouges^ qu'il m'envoya* ses pages pour m'en demander UD échantillon. Je leur en remis plusieurs, ce qui le fit se confondre en témoignages de reconnaissance pour mes généreux procédés, et consulter Bombay, séance tenante, sur ce qu'il pourrait m'oQl'ir de plus agréable en échange de ce présent. Mon Indou, stylé d'avance, répondit que * le Bana, grand personnage dans son pays, ne recherchait aucun des profits que donne le commerce de l'ivoire et des esclaves; tout au plus pourrait-on lai faire accepter une lance, un bouclier, un tambour, — objets sans valeur intrinsèque, — qu'il rapporterait chez -lui comme UD écliantillon des manufactures de l'Ouganda et comme un souvenir agréable de sa visite. — SI c'est là tout ce qu'il désire, a répondu Htésa, j'espère combler ses vœux, car je lui donnerai les deux lances avec lesquelles j'ai conquis tout le paya, et dont

l'une, en cette occasion, perça trois hommes du mémecoop.... Haintenaot, pouniuiïit-U, dois^je croire que le Bana, comme on l'aasure, a grande envie de cbasser avec moi! >

Bombay a répliqué affirmativement, non sans exalter mes prouesses cynégétiques et en insionant & Sa Majesté que je serais heureux de lui donner quelques leçons.

Le roi, de plus en plus satis&iit, a promu N'yamgundou et Maoula an grade de centurions pour lui avoiramené un visiteur tel que moi. Aussi, dès qu'ils en ont en le loisir, sont-ils venus me trouver tous les deux pour me raconter leur bonne fortune, prosternés & mes pieds et ■ Q'yaazigeant> à qui mieux mieux. Ils snppUaient en outre Ma Grandeur « de leur prêter quelques vaches, qu'ils oflHraient au roi pour reconnaître la faveur dont ils étaient l'objet. > Je leur répondis que i mes vaches venaient toutes du roi, et qu'il n'était pas dans nos usages, à nous autres hommes blancs, de donner d'une main ce que nous avons reçu de l'antre. Cependant, comme l'honneur de leur avancement rejaillissait en quelque sorte sur moi, je mettais à la disposition de chacun d'eux un bracelet de fil d'archal pour rendre leur tarant digne de la circonstance. >

Ils n'en demandaient pas davantage, se sont grisés tout aussitét, et nous ont donné une sérénade aux tambours qui a duré la jonmée entière. Le soir, & raa.grande surprise, j'ai reçu du conunandant en chef, avec force compliments, une matrone mganda, destinée, me dit-ilià > porter mon eau. > Il egoute, par manière de post-scriptum, que si je ne la trouve pas assez jolie, je pourrai choisir parmi une dizaine d'autresde « toutes couleurs, ■ ; compris des Vouahouma qui attendent mes ordres dans son palais.

N'ayant pas prévu cette agréable addition au personnel de mon camp, je me suis senti, je l'avoue, dans un certain embarrSs. Refuser d'emblée eût été trop désobligeant; aussi gardai-je provisoirement la belle, me promettant de la renvoyer le lendemain matin, avec un collier de perles bleues comme fiche de consolation ; mais elle m'a tiré d'inquiétude en s'échappant cette nuit, ce qui n'étonae nullement Bombay, attendu qu'elle provenait sans doute de quelque domaine confisqué par le prince, et n'était pas en peine de trouver qui la protège.

Aujourd'hui, pour la {vemière fois, une certaine quantité de

aSS VOYAGE AUX SOURCES DU NIL.

bananes m'a été apportée de la part du roi. Ceci vient des plaintes que j'ai fait entendre aur ce que la permission dounée à mes gens de < vivre sur le pays > tendait h faire d'eux une véritable bande de brigands.

1" mart. — Une lettre de Grant, datée du 10 février, m'annonce que le 30 janvier Baraka est parti pour l'Onoyoro avec les gens de Kamrasi qui s'en retournaient chez eux, et des envoyés de Roumanika chargés pour son royal collègue d'un de ces présents que les princes africains échangent en guise de lettre. Grant lui-même espère quitter le Karagoné avant la fin du mois.

J'ai envoyé Bombay & la reine pour demander de ma part conunent elle se trouvait, solliciter de rechef une hutte à l'intérieur du palais, et dire expressément que je serais allé chez elle on personne, sans la crainte de trouver, comme on dit vulgairement, ■ visage de bois. > Or je ne puis, n'ayant ni cheval ni éléphant, me hasarder & faire en plein soleil des courses réitérées. — La reine me prie de ne pas remettre plus tard qu'A demain notre prochaine entrevue.

Il court des récits merveilleux sur un coup de ftisil tiré par le roi, lequel avait mis double charge de poudre dans son rifle sorti des ateliers de Wbitworth : il visait une vache, et, après avoir traversé l'animal, puis la palissade de la cour, puis une femme (percée de part en pari), et enfin la muraille extérieure, la balle est allée se perdre on ne sait oâ.

2 mari. — La reine, chez qui je suis allé de bonne heure, m'a grondé de n'être pas venu la voir pour vérifier l'efiiat de mon ordonnance. Les pilules, & ce qu'elle dit, ne lui ont fait aucun bien, et j'ai dû, cédant & ses instantes prières, formuler une nouvelle prescription. Ensuite elle a fait apporter un sac rempli de gourdes i boire, m'invitaot à choisir six des plus belles, en échange de ma montre, qu'elle désirait vivement. C'était là un marché tout à fait inacceptable, et j'ai profité de l'occasioD pour lui signaler les inconvénients de ma résidence actuelle, < bonne tout au plus pour de misérables Arabes qui ne s'inquiètent pas de vivre dans un trou moyennant qu'on les nourrisse gratuitement. 1 Lorsqu'après cette remontrance un peu verte je me levai pour aller déjeuner, Sa M^esté voulait me retenir encore, mais ses instances n'ont rien obtenu. Elle a fait rester Maoula, qui assiste par ordre à toutes nos entrevui's, et lui a demandé pour-

quoi j'BTtis absolument voulu la quitter. — > Son palais, dit- elle, regorge de provisioos et de pombé; ses cuisiniers sont les meilleurs du monde ; elle peut donc satisfaire à tous mes besoins et compte bien que je ne discontinuera pas mes visites du matin.* 3 mars. — Les malentendus semblent se compliquer entre nous. Tandis que j'insiste vainement pour obtenir une entrevue et une résidence qui me convienne, le roi mande N'yamgundou auprès de lui et s'informe des raisons pour lesquelles on ne me voit jamais à la cour. — > Je lui ai donné, dit-il, d'excellents fasUa et une foule d'objels curieux dont il voudrait counatlre l'osage. ■ N'yamgundou répond, selon mes ordres, ■ que mon babilalion est trop éloignée, et que je réclame un palais. >

Je me rends aussitôt après chez la N'yamasoré, où j'emporte mes couvertures , un coussin et quelque batterie de cuisine, car je compte y passer la journée. Pour me f^ire encore mieux venir, J'ai pris aussi seize coudées de bandiro\ trois pintes de verroteries péki, plus trois pintes de mtendé ', que je dois lui présenter en me servant des formules atténuantes de l'Ouganda, comme ■ simples bagatelles > à distribuer parmi les gens de sa maison.

Introduit sans le moindre retard, j'ai trouvé Sa Majesté assise sur UD tapis de l'Inde, vêtue d'un peignoir de cotonnade rouge à bordure d'or, et gardant à côté d'elle une espèce de botte & ouvrage décorée de jolis dessins en petites perles. Ses conseillers l'enlODraieot, et un orchestre complet, autour duquel étaieni aKronpis dans la cour une foule de Vouakoungou subalternes, disaient de cette réunion un • lever > dans loutes les règles. Haoula ouvrit la conférence en lui exposant mes griefs , tels que le lecteur les connaît àéjh, griefe dont elle se liéta d'admettre la légitimité, lyoutant que > si Mtésa était autre chose qu'un kijana (on tout jeune homme, et, pour traduire exactement, un gamin), j'aurais déjà obtenu satisfaction. Du reste, elle n'était pas sans influence dans l'État et verrait à ce que justice me fût rendue. > • Maints et maints compliments s'échangèrent encore à l'occasion

1. Cotonnade rouge Tenant de Bombay ;eUe est tris-recherchée parles remmes de l'intérieur.

On wUnmda. Noua avons dit plus haut ce qu'est cette perle. Quant au pélU, quB l'auteuc mentionae pour la première tois, nous ignoroiu i quelle catégorie ipçttrtlent ce seore spécial de rassade. . .

des présents que j'apportais et qui nirent nniveraellement admirés. Après quoi la reine, se sentant bon appétit et jugeant de mes dispositions d'après les siennes, me proposa d'aller prendre mon repas dans une des cabanes voisines. Je m'y rendis aussi* tdt, fis dresser ma couchette, et commandât mon dîner; mais comme la hutte se trouvait envahie par une foule d'assistants, j'étendis enire eux et moi mon plaid d'Ecosse, éclipsant ainsi les rideaux de mbougou derrière lesquels la N'yamasoré se dérobe parfois à une curiosité importune.

Le bruit de cette magnificence parvint immédialemeut à la reine, et on vint, par son ordre, me demander ■ si je possédais beaucoup de couvertures pareilles, et si je voudrais bien, à sa requête, lui en oflMr une. » Elle témoigna également le désir d'examiner mes cuillers, ma fourchette et ma pipe, — un kummer anglais monté en aident. L'exhibition de tous ces objets eut lieu après le di^jeuner, mais je dus lui dire qu'en fait de couvertures il ne me restait absolument que celle de mon lit. Elle ne manifesta aucun désappointement, et, sans insister le moins du monde, se mit à fumer avec moi. — • J'avais visité, lui dis-je, les quatre parties du monde, et j'avais vu des gens de toutes couleurs, mais j'ignorais absolument d'où pouvait lui venir sa pipe, qui, vu la longueur du tuyau, ressemblait à celles des Houmish (c'est le mot par lequel on désigne les Turcs). > Agréablement cbatouillée par cette flatterie : — ■ Nous avons entendu parler, dit-elle, de gens qui nous ressemblent et qui, pénétrant dans l'Amara par le côté opposé, viennent y enlever le bétail.

— Il est possible, répliquai-je, que les Gallas ou Abyssiniens, lesquels ont la haute taille et la peau blanche de Houmanikà, se livrent quelquefois & de pareilles expéditions; ils sont en effet assez voisins de l'Amara , dans la direction que vous indiquez ; mais nous ne faisons jamais la guerre dans un but si mesquin. Le bétail que le hasard des combats place entre nos mains, nous

-le laissons manger par nos soldats ; ce qu'il nous faut, à nous, c'est le gouvernement des pays vaincus.

— On nous a dit, reprit-elle, que la route de l'Onnyamouézi ne vous convient pas; nous vous en ouvrirons une antre dans rOukori. >

Tout en la remerciant, je voulais, avec les ménagements de rigueur, lut bien faire comprendre qu'un pareil projet devait

loorner à son profit plutdt qu'au mien. — ■ Vous avez raison, lai dis-je; la traversée de rûanyamouézi m'a coAld trop de pertes et de soucis pour que je ne cberclie pas un chemin moins aeaté d'embûches; mais les Vouaganda n'envisagent pas ma venue sous son ?rai jour. D'ici à deux ou trois ans, lorsque la route d'Oukori sera ouverte, et lorsque vous verrez le commerce s'établir entre votre nation et la mienne, ils apprécieront mieux les avantages de la mission que je me suis donnée. La véritable naissance de l'Ouganda datera du jour où, pour la première fois, an voyageur mzoungou aura mis le pied dans te pays. De même qu'un grain de café semé dans la terre produit une abondance de fruits, de même mon arrivée ici donnera naissance à toute sorte de prospérités. ■

J'avais tout exprès adopté le langage figuré qui plaît à ces peuples; aussi mon discours fut-il accueilli avec une évidente satîsbction. Portant leurs mains h leur bouche et me regardant de c6të, mes auditeurs témoignaient, en hochant la tête, l'admiration qoeleurinspirait mon éloquence : — ■ Il parle bien, l'homme blanci ■ s'écriaient-Us àTenvi, se faisant écho les uns aux autres.

La reine et ses ministres, s'abandonnaot aux charmes du pombé, devinrent peu k peu très-bruyants et poussaient des éclats de rire que n'admet pas un décorum tant sott peu rigide. Les petites tasses de bougou ne se trouvant plus au niveau de la circonstance, on apporta devant la reine une grande auge de bois que l'on remplit de liqueur. S'il en jaillissait quelques gouttes à droite ou à gauche, les Voualcoungou se les disputaient i l'instant même, tantdt balayant la terre de leur nez, tantôt la grattant de leurs ongles pour ne pas s'exposer à perdre un atome de ce liquide, qui représentait à leurs yeux une faveur émanée du trône. La reine elle-même, plongeant sa tête dans l'ange, s'abreuvait à la. façon des animaux immondes, et ses grands (aciers tinrent à honneur de lui succéder tour à tour. L'orchestre se mit dors à exécuter par ordre un air national appelé le MiUli * , qu'entonnèrent ensemble une douzaine d'instruments

]. Ce mot de miUii a déjà paru dans le récit du capitaine Speke comme lignifiant : ■ joueurs de Dote ; > de mSme que celui de mtmkonMri, pris dans te Ku de clariuetlei il y aurait donc li quelque conTusioD, si nous n'avions déjà renuiqué que le mime vocable, dans les langues sauvages, prend tour i tour

aB6 VOYAGE AUX SOURCES DU NIL.

à vent, et dont cinq tambours, de taille et de sonorité différentes, marquaient bruyamment la mesure. Les musiciens, cependant, conduits par quatre chefs et tournuit volontiers le dos à la compagnie pour étaler leurs épaisses toisons, menaient leurs danses grotesques.

Cette scène, d'abord assez gaie, devenait peu à peu ennuyeuse, lorsque Bombay, — soit flatterie, soit curiosité, —jugea bon d'insinuer à la reine que la femme la plus laide peut sembler belle, gr&ce aux recherches de la toilette. Sa H^esté se leva tout ans-, sitét, répondant à ce défi, et reparut au bout de peu d'instants avec un vêtement d'étoffe commune, & carreaux, une fjare d'abrus, un collier de grunes et son miroir à compartiments. Elle reçut, à peine installée, des mains d'une jeune fille complètement nue, une coupe de pombé où surnageait un bouchon de liège et sur laquelle était étendue une espèce de serviette en écorce. Pour la remercier de la condescendance qu'elle avait mise à se montrer en négligé, les assistants se confondirent en * n'yanzig » de toute nature. Elle enjoignit alors à ses suivantes d'apporter bon nombre de sambo % me priant de choisir ceux que je trouverais les plus à mon goût, ■ car elle me portait, disait-elle, une affection sincère. ■ Ce ftit en vain que j'essayai de refuser; il fallut, sous peine de lui manquer de respect, &ire mon choix à l'instant même. Elle cgouta aux tambo un panier de tabac et une couvée d'ceuDs de poule ■ pour le déjeuner de son fils. > Un autre air de danse, la JUoukondin, exécutée par des instruments qui rappellent un peu la clarinette, commença presque aussit6t; mais dès le début une forte averse, compliquée d'un vent impétueux, vint nuire à l'effet de la musique, sans l'arrêter cependant, car personne, à défaut d'un ordre exprès, n'aurait osé cesser déjouer ; et la reine, au heu de prendre en pitié les malheureux concertants, riait à gorge déployée de les voir se démener ainsi sous une pluie battante.

Le temps un peu remis, Sa Majesté retourna une seconde fois dans son ■ cabinet de toilette > pour revêtir un autre peignoir, celui-ci de couleur puce. A son retour, confus d'avoir accepté tant de sambo, je sollicitai la permission de lui offrir un peu de lainage anglais qui remplacerait avantageusement son rideau

iz qui se porteu autour

de mbongoa par des temps aussi troiàs que celui de la présente jouruée, Ud refus u'était pas à prévoir, et nous disposâmes devant elle une couverture double en laine rouge, qui devint aussitôt l'objet de l'admiration générale : ■ Jamais, s'éeriaient les spectateurs, cachant leur bouche derrière leurs deux mains, jamais si beau tissu n'est arrivé jusqu'à nous. Il traverse la hutte dans toute sa largeur; il monte plus haut qu'un homme ne peut atteindre; c'est véritablement une merveille, et l'on doit estimer l'homme qui enrichit l'Uddou d'un pareil trésor.

— Et pourquoi ne dites-vous pas l'Ougandaî m'empressai-je de demander.

— Parce que, me répondit-on, le pays tout entier s'appelle Uddou. L'Ouganda est personnifié par Mlésa, et qui n'a pas été présenté k ce roi ne saurait se vanter d'avoir vu l'Ouganda. •

Le ton de bonne humeur sur lequel la conversation était montée me parut permettre ime discrète allusion au regret que j'éprouvais de ne pas vivre sur un piedde familiarité plus grande avec les naturels du pays. — «-Les Vouaganda, disais-je, se mettent tons si bien que je ne puis distinguer les notables des gens vulgaires (mot à mot : les gros Aesminces) . Ne pourrait-on rassurer au moyen d'instructions formelles ceux qui hésitaient à me venir voir, et me permettre en revanche de leur rendre leurs visites? > La reine, dés qu'elle eut compris, se hâta de me présenter à son premier ministre, & son chancelier de l'Échiquier, aux gardiens de ses femmes, i ses bourreaux et à ses cuisiniers, tous composant la haute aristocratie du royaume, afin que, venant & les rencontrer, je fusse en état de les reconnaître. Tous, émus de tant de condescendance, se livrèrent à des n'yanzig désordonnés, se déclarant d'ailleurs enchantés de leur hâte ; ils exhibèrent ensuite une bande de joho' commun qu'ils comparaient à ma couverture, et me demandèrent si je connaissais celte étoffe : ■ Sans doute, répondis-je; elle se imbrique aussi

I, Joho, corruplian du mot ATahe johh, drap grossier, écarlate ou bleu. Il ae Tend à Zanzibar, cinquanie ceuls ou un demi-dollar le yard (quatre- vingt di:i ceatimètres). Dans l'iiiUrieur, il s'ilève n^iilement à une valeur beaucoup plus GOniidérable, et devient un présent digne d'un prince ; il se porte en souklcali de quatre coudées, autour des hanches par les hommes, et autour de la poitrine par teslenunea, qui en veulent sonvenl une lobé ou double langueur, c'est-à-dire buit

dans moD pays et avec les mêmes matières, seulement de qualité plus infime. Tout ce que vous pourrez voir dans ce genre provient nécessairement de l'Ouioungou (pays des blancs).

— Ed ce cas. reprit en chœur l'assistance, nous vous aimons, et vos étoffes aussi, mais vous principalement.... > Sur ce, j'inclinai modestement la tête, manifestant de mon mieux combieD m'était précieuse l'amitié de ces grands personnages.

Mon éloquence parut les mettre en gaieté. La reine et ses conseillers devinrent pins bruyants que jamais. Sa Majesté entonna une chanson que ses ministres répétaient en chœur. Puis, à force de boire et de chanter, de chanter et de boire, ils transformèrent le palais en un véritable pandœmonium. Tout ce tapage cependant ne leur sufQsait pas : l'orchestre fut appelé de nouveau, et le ■ fou o de la reine dut chanter, lui aussi, avec cette voix artificielle , rauque et discordante , qui est un des accessoires de son râle.

Tout à coup, comme possédés du même démon, le premier ministre et le reste des assistants se levèrent à la fois, et saisissant leurs baguettes (en visite tes lances ne sont pas de mise), ils accusèrent la reine, avec une colère feinte, < d'avoir livré sod cœur au bel étranger ■ : puis ils s'élancèrent dans la cour, et U baguette haute, la voix menaçante , revinrent à deux repriseï sur leur maltresse comme pour punir de mort l'affection criminelle dont j'étais l'objet, — mais en réalité pour manifester leur dévouement et leur jalouse tendresse. Sa Mcyesté affectait de prendre tout ceci avec l'indifférence la plus impassible; mais son visage témoignait assez du plaisir qu'on lui faisait. Quant à moi, fatigué de la posture contrainte que m'imposait un siège trop bas, je soUidlai la permission de me retirer. Jamais la N'yamasoré n'y voulut entendre. ■ Elle m'aimait beaucoup trop pour souffrir que je partisse de si bonne heure ■ et denianda ud' supplément de pombé. La même orgie que j'ai déjà décrite se reproduisit sous mes yeux ; les coupes se trouvèrent trop petites, et l'auge fut apportée de nouveau. Inauguré par la reine, qui but la première, — et dont l'attitude bestiale me suggérait une comparaison peu flatteuse en me rappelant certains échantillons de la ■ race porcine, > — ce singulier vase fut ensuite présenté par elle à chacun des convives.

Pour ramener un peu de gravité parmi toute cette cohue, et

poBT me ménager en même temps les moyens de m'évader, je m'informai des médecines que j'avais administrées è ma royale hAtesse, et comme elle ne pouvait à cet égard me renseigner d'une manière complète, > vu qu'aucun serpent ne s'était encore éloigné d'elle, ■ je lui promis de nouveaux fortifiants que je lui apporterais le lendemain matin. La journée s'avançant, et attendu la distance qui me séparait de mon logis, it fallait absoloment que je prisse congé d'elle. > Au surplus mon corps seul serait absent, et mon cœur restait dans le palais, car elle m'inspirait une vive affection. >

Stupéfaits de cette galante déclaration, les courtisans promenèrent uD instant leurs regards sur moi d'abord, puis sur leur maîtresse, et partireot d'un éclat de rire quand je me levai, le diapeau & la main , pour prononcer la fortnule des adieux : > Kuahéri, bUn! > (bien le bonjour, madame).

A mon retour chez moi, j'y trouvai Maribou, un des VouakouDgou de Mlésa, que ce dernier faisait partir avec un détachement pour aller chercher Grant sur la Rilangoulé. Cet homme ne voulut emmener avec lui aucun de mes gens, ■ attendu que le roi l'avait chargé très^xpressément de se procurer tous les moyens de transport. > Je me contentai donc de lui confier une lettre pour mon fidèle associé, en lui recommandant de fôire diligence, sous peine de manquer Grant, qui pourrait fort bien être sorti de la Kitangoulé avant qu'il n'y arrivât lui-même. Le messager de Mtésa me rassura complètement à cet égard, en m'expliquant l'itinéraire qu'il allait suivre, — d'abord par teire jusqu'à l'embouchure de la Katonga, — puis en bateau vers l'Ue Sésé, ob se trouvent à l'ancre tous les grands navires du roi de l'Ouganda.

4 mars. — Bomi>ay, que j'avais expédié pour porter à la reine une dose de quinine, s'est vu arrêté par les pages du roi, qui le guettaient an passage et l'oBt contraint, malgré ses instances, à rentrer chez moi sans avoir rempli sa mission. L'un d'eux est ensuite venu me chercher pour me conduire immédiatement au palais, où on se plaint de ne m'avoirpas vu depuis quatre jours. Cet impudent petit dréle, s'étant mis à se rouler sur mon tapis de mbougou pendant que je cherchais la réponse convenable à un pareil message, me fournit par là même la tirade irritée dont j'avais besoin. ■ J'allais, lui dis-je, le jeter à la porte s'il nepre-

Ssa VOYAGE AUX SOURCES DU NIL.

nail pas immédiatement une autre attitude et continuait à iiiéconnaltre le respect qui m'était dû.... Pareils procédés étaient bons pour les colporteurs arabes, qui l'avaient sans doute Iiabi* tué à les traiter sans aucun égard.... Pour moi, je ne me montrerais pas si patient, et personne, pas même le roi, ne me ferait quitter ma huile avant que l'envie ne me prit d'en sortir. •

L'eipression de ma légitime colère eut bientdt ramené chacun à son devoir. ■ Hiésa, me hâtai-je d'ajouter, m'avait offensé dans la personne de mon messager. 11 était le premier qui se fût permis de barrer le passage à un homme chargé de mes ordres, et je ne lui pardonnerais que lorsque la reine aurait reçu les remèdes à elle adressés. • Pour donner plus de poids à mes paroles, je chargeai Bombay, toujours porteur de la quinine, d'aller avec les pages raconter au prince tout ce qui s'était passé. 11 devait en outre insister sur > la honte quej'éprouvais d'être si mal logé, le regret que me causait notre éloignement réciproque, mon désappointement et mon humiliation chaque fois qu'on me faisait attendre au palais, pendant des heures entières, le moment d'être admis auprès de lui. — D'ailleurs le soleil m'incommodait, et je ne pouvais m'y exposer fréquemment sans courir de véritables dangers. Tous ces obstacles, un mot de lui les ferait disparaître. > Maoula resta seul auprès de moi, tandis que Bombay allait accomplir son message. Mtésa, surpris de le voir à ma place, lui demanda compte de mon absence; mais, dès les premiers mots de sa réponse, quittant le tréne où il siégeait, il passa dans une autre cour avec une impatience, une irritation manifestes. Plusieurs heures s'écoulèrent ainsi, et Bombay, las d'attendre, fit informer le roi que ■ sa mission n'était pas tout à fait remplie : il avait des remèdes à porter chez la reine. > La réponse fut « qu'il était libre de continuer sa route, • et mon ambassadeur se rendit immédiatement chez la N'yamasoré. Là, de nouveaux ennuis l'attendaient : on lui fit faire le pied de grue jusqu'à l'entrée de la nuit, où, de guerre lasse, il remit la quinine aux mains de N'yamgundou, chargé de la faire parvenir à qui de droit. Bientôt après, du reste, ce dernier revint au camp pour me prévenir que la reine mère, ne voulant pas prendre médecine aujourd'hui, comptait que je viendrais en personne, et de bonne heure, la lui administrer demain matin.

Pendant que toutes ces difficultés m'étaient suscitées à la cour,

— eUes ne pouvaient être attribuées qu'à une extrême jalousie de la préférence qu'on me supposait pour la reine, — Haoula, plus qu'à moitié gris, m'amenait, contrairement à toutes les règles, un mkoungoti* assez haut placé. Cet homme, dont la physionomie sournoise et l'effi'onterie me déplurent au dernier point, pénétra sans façon dans ma hutte, et, prenant les > tuyaux à pombé > dont la reine m'avait fïtit présent, parut insinuer par des gestes railleurs qu'il y avait entre elle et moi des rapports intimes. Autant que je pus comprendre ces plaisanteries, elles consistaient à dire < que je ne pourrais plus me résoudre à boire le pombé autrement qu'avec ces engins chéris. Ou reste, il m'en fournirait une vingtaine de pareils, si j'en avais besoin, pour les montrer à mes amis quand j'aurais quitté l'Ouganda; ■ puis, joignant la pantomime à la parole, l'immonde personnage retira du pot le tuyau dont je me servais ordinairement, et, après l'avoir remplacé par un de ceux qui me venaient de la reine, s'en donnait à cœur joie de pomper ma bière, quand je lui arrachai violemment celte espèce de biberon, que je mis de cAté.

Cet ami prétendu de Haoula, — je le soupçonnais d'être on espion,— voulut ensuite savoir > lequel j'aimais le mieux, de la mère ou du fîlsî

— La mère, la mère ! s'écria Maoula sans me laisser le temps de répondre.... 11 ne s'inquiële guère de Mtésa.... Jamais il ne va le voir.

— Non, non, reprit l'autre avec l'accent de la flatterie ; Mtésa □e lui est pas indifférent, et, sans aucun doute, il Tira voir.... N'est-ce pas, Bana, vous irezî ■

Mais je refusai de répondre, car, en l'absence des deux interprètes, je craignais de me compromettre par quelque maladresse. Le dialogue n'en continuait pas moins entre les deux ivrognes, Haoula jurant toujours que j'aimais mieux la mère, tandis que son ami, — m'interrogeant du regard et me sollicitant ainsi de confirmer ses paroles, — persistait à préconiser mon affection pour le fils. Quand ils virent que je ne me laissais pa£ intimider et lorsqu'ils furent las de ces vains propos, ils s'éloignèrent à la fin, le nouveau venu m'ayant conseillé, par manière d'adieu, de mettre un burnous arabe la première fois que j'irais

I. jnhwnjfou, nos lecteurs ne l'ont peut-tire pas oublié, n'est auire cbose que Ip «Dgulier de {xmateunirou.

m VOYAGE AUX SOURCES DU NIL.

à la cour, ■ attendu que mes pantalons étaient d'une indécencA réToltante aux yeux de tout habitant de l'Ouganda. >

5 mari. — Craignant de me voir impliqué dane quelque intrigue dont je n'avais pas la clef, je fis appeler N'yamgundou, à qui je racontai tout ce qui s'était passé la veille, et je le priai d'obtenir du roi la convocation de cinq ■ anciens, > qui seraient chargés d'éclaircir tous ces malentendus. Au lien de se ranger h mon idée, le malheureux tomba dans des transes horribles et fit appeler Haoula, disant que, < si j'insistais sur ce projet, je causerais à coup sûr la mort de plusieurs hommes. > Maoula, tonjoui? rusé, sollicitait son pardon et m'assurait que je l'avais mal compris; • il avait simplement voulu dire que j'étais un heureux mortel de m'attirer ainsi les faveurs de la cour et d'être aussi bien avec le roi qu'avec la reine. ■

N'yamgundou avait ordre de se rendre au Karagonë par la route de terre auprès du docteur K'yengo. Malgré les bontés dont je l'avais comblé, il eut peur de me confier l'objet de son mandat, qu'il savait en désaccord avec mes plana. Il vint au contraire me dire * qu'il allait passer quelques jours chez lui, ■ et me demanda pour son église un rouleau de fil de fer, que je lai octroyai volontiers. Ses gens m'apprirent, — mais seulement après son départ,— le véritable but de sa mission, qui consistait à ramener Grant et K'yengo par la route de terre ; aussi me hAtai-je d'écrire h mon compagnon qu'il eût h veiller au grain et à m'apporter lui-même tout ce dont il pourrait composer la cargaison d'un bateau, laissant l'excédant aux soins de Roumanika.

Vers midi, ces affreux petits magots de pages vinrent m'enjoindre de ■ mettre à la disposition du roi tous mes soldats sur le pied de guerre.... Il s'agit d'une saisie qu'on veut pratiquer, k main armée, contre un officier dont l'obéissance est suspecte. > Je ne voulus pas me prêter à cet emploi tout à fait abusif de mes ressources militaires, et après avoir défendu à mes hommes de bouger sous aucun prétexte, je m'acheminai vers le palais pour m'expliquer catégoriquement avec le jeune monarque. Bombay, qui d'abord m'avait escorte, dut s'arrêter à moitié route pour attendre ceux de nos hommes qui ne s'étaient pas trouvés prêts au moment du départ, les messagers du roi s'opposant, sous je ne sais quel prétexte, à ce que nous arrivassions en plusieurs détachemente. Quant à moi, je continuai mon chemin, mais

plus lentement, pour donner aux autres le temps de me rejoindre. fiientAt je vis passer à côté de moi te Vouazinza chargé de la même confiscation, et qui se dirigeait du c6té où l'attaque devait avoir lieu. Presque simultanément, à l'opposé du palais, la poudre de mes gens se mit à* parler- > Comprenant quej'étais dupe de quelque artifice, je rentrai dans ma hutte pour voir ce qui arriverait de tout ceci. Les pages, effectivement, en étaient venus à leurs fins. Sous prétexte de condnire Bombay par un chemin de traverse, ils l'avaient mené, lui et mes gens, devaot la demeure qu'il s'agissait de mettre à sac, comptant bien qu'une fois là, l'instinct du pillage, inné chez les nègres, l'emporterait sur tout sentiment d'obéissance. Et c'est ce qui avait eu lieu, car je vis bientôt revenir dans mon camp, — spectacle assez étrange pour un getaleman anglais, — mes pillards pliant soua le poids du butin, et traînant après eux, dans leurs huttes respectives, des enfants avec leur mère, des chèvres, des chiens, mille autres dépouilles opimes qu'ils rapportaient en triomphe. Bombay seul, docile à mes ordres, s'était abstenu de toute rapine. Je l'accablai de reproches, mais il allégua, pour s'excuser, la mystification pratiquée à son égard comme au mien.

Il y avait là, selon les règles de la diplomatie africaine, à se tirer d'un assez mauvais pas. J'ai donc ordonné que tous les effets saisis seraient remis à Maoula pour le compte du roi, et, menaçant de congédier quiconque se permettrait de retenir la moindre parcelle du bien volé, j'ai fermé pour deux jours entiers la porte de ma tente, où j 'annonce que je vais faire pénitence ; h l'exception de mon cuisinier limas, personne, pas même Bombay, n'aura le droit d'y pénétrer, car non-seulement le roi est cause que mes gens ont péché, — qu'ils ont déshonoré leur ■ drap rouge, ■ — mais en outre il m'a infligé une insulte que je regarde comme intolérable. Je serais honteux de montrer mon visage au grand jour....

La porte venait de se refermer, quand d'autres pages m'ont apporté, de la part du roi, le fusil Whitworth, qu'il me prie de nettoyer. Vainement ils réclament qu'on leur ouvre; personne n'oserait tenter de pénétrer jusqu'à moi, et ils s'en retournent sans avoir obtenu satisfaction.

6 mort. — Ha pénitence continue. Bombay, par mon ordre, se prépare à éclurcir l'affaire d'hier, lorsque les maudits pages

revienaent eDcore à la char^, avec an fusil et un couteau qu'il s'agit de réparer. Trouvant ma porte close, ils s'adressent è Bombay, qui leur témoigne tout mon ressentiment elle désir que j'ai de voir nommer cinq officiers d'un âge mùr pour vider mes différends avec le roi; d'ici là, je n'irai pas au palais. Les pages répondent qu'on ne saurait trouver à la cour, les ■ anciens ■ que je réclame, mais seulement des jeunes gens de leur Age- Bombay insiste; il demande à partir avec eux pour donner au roi les explications nécessaires, et lui remettre tous lea man< teauz rouges de mes gens, que je leur avais retirés pour avoir souillé ces uniformes en spoliant des femmes et des enfants. Réponse : < Le roi est inabordable jusqu'à nouvel ordre; il tue des vaches en présence de ses femmes. ■ Mon aiter ego met en avant l'idée que les pages eux-mêmes pourraient emporter l'étoffe, mais ils s'y refusent absolument, les règlements de la cour s'y opposant de la manière la plus expresse.

CÂOp)

Fatigues mor&les. — L'ombre factice. — A propos de la raine Victoria. — Consultation inattendue. — L'amour du progrès. — Tableau de famille.

— Une nuit chez la reine. — Exploits de tir. — Une fenuna refusée.

— Utile emploi de la corruption. — Le fib du bourreau. — Conseil de guerre. — Démarche audacieuse. — Visite au Kamravioiia.— Les grands officiers. —Une tête à sauver. - Le lit de justice. — Recette pour faire pousser la barbe. — Mon page et la sœur du roi. — Présentation de quatre sultanes. — Clémence de Mtésa. — Ches les princes. — Confidence intéressée. — Ma boussole en péril. — La favorite et ses vingt rivales. — Défilé tragi-comique. — La mort au harem. — Mariages de l'Ouganda. — Étranges libéralités de la reine mère. — Belle a de poljgamie. — Tailleur et chasseur. — Un vautour bien avisé.

7 mari, — Je commençais k me trouver singulièrement embarrassé en facp de tant de hauteurs et de caprices : il fallait néanmoÏDs teoir bon, aussi bien pour les nécessités de la situation présente que pour ménager aux voyageurs futurs un accueil convenable. J'envoyai donc Nasib m'excuser auprès de la reine avec toutes sortes de bonnes paroles, et dès qu'il fut parti, je me rendis au palais, où je trouvai tes Vouokoungou attendant avec leur patience ordinaire le loisir du roi. J'ai déj& dll, je crois, que leur présence à la cour est obligatoire pendant un certain nombre de mois chaque année, sous peine de confiscation et parfois même sous peine de mort. Un messager, plus hardi que les autres, consentit à porter au roi ma demande d'audience, et revint

me dire, — mensonge palpable, — que Sa Majesté donnait encore. Je me retirai aussitôt, donnant coura h mon impatience et laissant derrière moi Maoula et Oulédi chargés des explications Qècessaires. Le roi fit semblant de ne pas les croire quand ils lui annoncèrent mon départ. ■ Si le seigneur blanc était venu me voir, disait-il, jamais il ne se serait retiré. »

Pendant que je ruminais cette nouvelle complication, un essaim de pages tombe chez moi tout à fait à l'improviste. Ils réclament de la part du roi, qui va partir avec ses femmes pour un pèlerinage au N'janza, un plein sac de mtendé *. Heureux d'acheter à si bon compte le droit de faire parvenir mes plaintes jusqu'à l'oreille du roi, je lui dépêche Haoula qui doit lui manitester mon étonnement de me voir traité avec si peu d'égards. — Pourquoi ne m'emmènerait-il pas au N'yanza*î — Cette question paraît beaucoup surprendre les pages à qui je l'adresse. ■ Comment cela serait-U possible? demandent-ils à leur tour; le roi est avec ses femmes sur qui personne ne peut jeter les yeux. — S'il en est ainsi, leur dis-je encore, je partirai pour l'Oust^, l'Amara ou le pays des Hasai. Ici je suis trop isolé, n'ayant pour compagnons que des corbeaux ou des vautours.... > fls me promettent de rendre mon message, mais pas un ne s'y hasardera, j'en suis certain.

Maoula est revenu. Le roi s'étonne, me sachant si généreux, que je lui aie envoyé si peu de rassade ; il me Eût dire que désormais, en arrivant dans la hutte d'attente, je devrai l'avertir de ma présence par un coup de fusil. •> Ce matin, effectivement, il était levé ; mais ses pages, n'osant pénétrer chez lui, ont fabriqué le mensonge qui l'avait privé du plaisir de me voir. > Cette cordialité inattendue me jeite dans de nouveaux doutes. Seraitil possible que jusqu'ici je me fusse débattu contre des fantômes? C'est ce que nous verrons bien, maintenant que j'ai en qudque sorte la clef du palais.

Nasib, d'un autre côté, bien qu'il ait attendu toute la journée le loisir de la reine mère, n'a pas été admis auprès d'elle. La

1 . Nous avons expliqué, dans une des Dotes prtcédente», c« qu'est cette espace

I. Je supposais qu'il était question du Grand-Lac; mais j'ai vérifié depuis qu'on désignait ftinsi un de cet étangs où le roi el ses femmes vont s'ébatue en-

LE PALAIS DE L'OUGANDA. 29fl

Daissance de deui Jumeaux (modowa) mis au monde par une de ses femmes, avait donné lieu à une fèt« qui absorbait son attention. — KUea pourtant fait dire à mon messager qu'elle te recevrait demain.

Smart. — Je me suis rendu chez Htésa aussitôt après mon déjeuner, pensant cette fois que j'en arriverais à mes fins. Mais, malgré le signal convenu, on m'a requis de patienter comme à .l'ordinaire, parmi les Vonakoungou et les musiciens. Quand j'ai voulu tirer un rideau entre l'assistance et moi, pour faire ma sieste en attendant l'heure favorable, les ofSciers se sont opposés à ce manquement aux lois du roTaume, et ne m'ont laissé d'antre alternative que de me promener de long en large dans la cour, mal défendu par mon ombrelle contre les puissants rayons du soleil. Mon impatience s'est traduite bientôt par des signes non équivoques, et les Vouaganda, qui l'ont remarquée, se sont mis en devoir de fermer les portes pour m'empècher de battre en retraite. J'ai entamé à ce snjet une scène violente, et le roi, qui sans doute en entendait quelque chose, m'a fait apporter du pombé par manière de calmant. Je me suis bien gardé d'y toucher, prétextant nn grand • mal au cœur >, et on est aussitdt venu m'annoncer que Sa H^esté se préparait à me recevoir immédiatement. Admis en effet dans une petite cour ouverte et non bâtie, j'y ai trouvé Mtésa simplement accroupi sur une de ces couvertures de laine dont les Arabes garnissent le bAt de leurs Anes. Il était entouré de quatre pages; un cinquième lui servait de dossier.

Invité par un geste à prendre place devant lui, je demandai la permission d'ouvrir mon parasol, attendu qu'il faisait trèschaud' Le roi s'étonnait que je pusse ■ laire de l'ombre ■ si aisément, et bien plus encore de ce que j'en avais besoin. U fallut lui expliquer, en quelques mots, la différence des climats entre son pays et le mien, ce qui me conduisit à lui dire que sll n'y voyait pas d'inconvénient, je me placerais volontiers h l'abri de la palissade. Il y consentit sans marchander, et voulut ensuite se faire expliquer ■ en quoi j'avais pu être offensé qu'on requit mes hommes de concourir à une saisie pratiquée par ses ordres. ■ Le page dont la conduite m'avait paru blessante arriva bientôt la corde au cou, les mains garrottées et tremblant de tous ses membres. 11 prétendait n'avoir agi que par les ordres exprès

du hamraviona, et aucun de mes hommes n'ayant été bleasé, il ne se rendait pas compte des reprocbea qu'on avait à lui foire. Mtésa, qui était certainement de cet avis, idiassa néanmoins le malheureux enfant, et déclara que le kamraviona recevrait une leçon sévère pour avoir inquiété sans autorisation les hétes du roi.

J'aurais voulu profiter de cette entrevue familière et de ces bonnes dispositions pour donner au monarque une idée de nos. mœurs anglaises et lui faire comprendre mes susceptibilités. Mais un roi de l'Ouganda ne perd jamais de vue le sentiment de son importance et te soin de sa dignité. Avant d'arriver à ses oreilles, chacune de mes paroles doit passer d'abord par la bouche démon interprète, ensuite par celle du mkoungouàeBer^ vice, et comme il n'a ni patience ni attention soutenue, je désespérais des résultats de la conversation, lorsqu'il s'avisa tout k coup de vouloir connaître, — comme s'ill'avait ignoré jamus,— l'emplacement de la bulle où j'étais établi. Sur la réponse qui lui fut faite, il fgouta > qu'elle était trop loin et qu'il fallait me rapprocher. > Mais ceci dit, il me ftit impossible d'ajouter un mot k ce sujet. En revanche, il me fît mainte et mainte question sur l'Angleterre, désirant savoir, par exempte : — * si la reine se connaissait en médecine ; si elle avait autant de fenmies que lui ; à quoi ressemblait son palais, etc., etc. ■ Ceci me oinduisit k lui parler de ses vaisseaux qu'on m'avait représentés comme trës-nombreux et de sa ménagerie dont on disait nieiv veilles. — • Ses vaisseaux étaient loin, répondit-il, mais il les enverrait chercher; quant aux animaux curieux dont il possédait jadis une collection, il les .avait tués tous dans ses exercices de lirî > Et à ce propos, il me demanda > si je voulais cbasserT

— Avec vous, Minangé * ; pas autrement.

— Des hippopotames?

— Sans doute ; ils ont une manière très-divertissante de chavirer les barques en les prenant par-dessous.

— Vous nagez donc?

— Certainement.

— Moi aussi.... Aimeriez-vous tirer des bufOes? - Très-volontiers; mais toujours avec vous.

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