‹ Les sources du Nil (volume 4)Chapitre 2 sur 28 · PRÉFACE DK L'AUTEUR ANGUIS · texte numérisé non relu

PRÉFACE DK L'AUTEUR ANGUIS

J'ai entrepi'is de réunir dans les pages suivantes tout ce qui m'a paru de quelque importance et de quelque intérêt parmi les incidents et les scènes qui ont passé sous mes yeux pendant ma résidence dans l'intérieur de l'Afrique. Si ce que j'ai i dire ne se trouve pas tout à fait d'accord avec les notions préconçues touchant les races primitives, on comprend que je n'y puis rien. Je prétends décrire avec soin l'Afrique telle qu'elle est, en ellemême, partout où la civilisation européenne n'a pu l'affecter soit en bien soit en mal. Si ce tableau est chargé d'ombres, il faudra nous rappeler cette époque lointaine des fîls de Noé où l'alnë de tous, l'infortuné Gham, frappé de la malédiction paternelle, se vit condamner à être l'esclave de Sem et de Japhet. Telle était alors cette branche de la descendance de Noé, telle nous la retrouvons aujourd'hui, preuve vivante et frappante de la vérité des saintes Écritures. Rappelons-nous aufsi ce contraste : tandis que les peuples de l'Europe et de l'Asie, communiant arec Dieu par l'intermédiaire de ses prophètes, ont reçu ses lois et n'ont jamais tenu en oubli l'Être suprême qui les avait créés, les Africains, exclus de cette dispensalion divine, n'ont gardé aucune idée ni de la suprématie providentielle ni des conditions d'une autre existence; ils ne croient donc qu'aux chances heureuses, aux talismans, et ne s'occupent que de la vie présente. La censure que provoquent chez nous leur Apreté au gain, leur manque

de sociabilité, nous la méritons bien plutdt que ces pauvres ignorants, nous qui, mieux doués, investis de qualités supérieures, avons négligé de les instruire. Soit dit en pfissant, il est absurde de prétendre que le nègre est incapable d'éducation *, car les enduits noirs élevés en petit nombre dans nos écoles ont presque toujours Ikit preuve d'une intelligence et d'une aptitude au moins égales à celles des élèves européens. Entre eux, d'autre part, les fils de Cham déploient une subtilité de ruses, une vivacité de reparties, une fertilité d'invention qui malheureusement se révèlent par les mensonges les mieux trouvés, débités avec un sans façon, un naturel tout â fait amusants. Quelques aperçus généraux, joints à ces reinan]ues, et que je placerai sous leurs rubriques respectives, me paraissent devoir précéder le compte rendu de mon voyage.

Géographie. — Le continent de l'Aftique se présente assez bien & l'esprit sous l'image d'une assiette renversée. Au centre un plateau élevé que forment des plaines immenses, et autour du-

1. Un écrivain distingué résume ainsi cette question très-giavB et tris-contrO' venée : Les nègres sont-ils susceptibles de cirilisalionT

« Le Dègre ne possède pas la, force d'inifiaiive et les instincts naturels qui ont permis aux autres bommes, jetés comme lui nus sur la terre, de se déTekipper et de s'amâliorer ; mais également facile aux bonnes et aux mauvaises Impressions, d'un naturel en général doux et bienveillant, il se prête Tolontîert k l'éducation qu'on lui apporte. L*s autres hommes peuvent jouer t leur gré auprès de lui le réle de bon eu de mauvais géoie; le ntgre subit toutes les inQuences sans les discuter, avec une conscience en quelque sorte touchante de son inlSriorité. Cette inTériorlIé, ses traditions la constatent; elles sont pleines du lointain souvenir d'une malédiction divine...,

<• L'éducation et le mélange, tels sont, d'après les démonstrations de l'eipérience, les principaux moyens d'améliorer la race noire. Le mélange sera la conséquence naturelle de réttd>lissement des Européens en Afrique. Quant i l'éducation, il se pourra qu'elle prenne dans beaucoup d'Ëtats noirs une forme analogue 1 la tutelle que les Etats-Unis eiercenl sur ta petite république da Libéria, on qu'elle soit aidée par leconcoursdes missionnaires; mais, de quelque façon qu'elle procède, il n^aul pas s'attendre i lui voir produire de prompts résultats, •

H. Jacobs développe ensuite celle idée que les principaux obstacles au progrès de la civilisation européenne en Afrique viendront de ce qu'il existe dans ce pays des populations d'origine sémitique ou malaisienne qui l'isoleront du mouvement général : les Arabes, les Berbtres, les Fellani, conquérants implantés sur le sol et qui, mieux que les indigènes, le défendront contre l'invasion étrangère.

(ALFaBD J*oOBS, Rnmt ies Defix-Morulet, 15 juin ISâS.)

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quel se dessine en relief une bordure de montagnes. De leur base extérieure, et par une pente brusque, ce continent va rejoindre' les grèves plates qui confinent à la mer. Une assiette cependant est d'une forme à peu près régulière ; l'Afrique sous ce rapport échappe à la comparaison. C'est ainsi qu'au milieu du plateau central nous rencontrons, entourant la partie supérieure du lac Tanganyika, un groupe de hautes montagnes prîndpalement formées de graviers argileux, que je suppose être les LuTue Montes de Ptolémée ou les Soma Giri des anciens géographes indous. De plus, au lieu d'offrir à son extrémité nord le relief dont nous parlions, ce vaste pays va s'abaissant toujours graduellement de l'équateur à la Méditerranée. Enfin, dispersés à la surface du plateau intérieur, se trouvent des bassins remplis d'eau (les lacs), que les pluies font déborder, et d'où sortent alors' des fleuves assez puissants pour percer leur enveloppe de montagnes, rompre ainsi la digue qui leur était opposée, et prendre leur cours vers la mer.

Agmu atmosphiriques.~SuT la côte orientale, près de Zanzibar, les pluies marchent pour ainsi dire sur la piste du soleil et ne durent pas plus de quarante jours, en quelque lieu que se fasse la traversée de l'astre. Les vents, cependant, soufflent du sudouest ou du nord-est vers les régions échauffées par sou rayonnement vertical. Mais au centre du continent, dans une zone qui comprend les dix degrés les plus rapprochés de l'équateur, la saison pluvieuse se prolonge beaucoup plus. Au cinquième degré de latitude sud, par exemple, pendant six mois entiers où le soleil se trouve de ce cété de l'équateur, les pluies continuent à tomber, et j*ai ouï dire que pareil phénomène avait lieu jusqu'au cinquième degré de latitude nord ; tandis que sous l'équateur même, ou plutôt un peu au nord de l'équateur, il pleut avec plus ou moins d'abondance pendant toute l'année, mais plus particulièrement aux équinoxes, ainsi que le prouvera le tableau

dont j&vaisfaire suivre ce paragraphe. Moins fixe que la direction des pluies, celle des vents peut cependant se déterminer avec assez d'exactitude. Leur tendance générale est à l'est, mais ils inclinent alternativement au nord et au midi, suivant, eux aussi, la marche du soleil. Au temps des sécheresses, ils fratchjsseni assez pour rendre moins incommode la chaleur solaire ; il suit de là, et de l'altitude moyenne du plateau (3000 pieds), que la température générale de l'atmosphère est fort agréable, ainsi que j'ai pu en faire l'expérience personnelle ; j'ai porté, en effet, tout le temps de mon voyage, un épais vêlement de laine, et j'ai dormi toutes les nuits entre deux couvertures.

NOMBRE DES JOURS OÙ UipMe tomba (plus ou moÎTis) durant fwtre. voyage de Zanzibar à Gondokoro.

(Octobra 1860 à décembre 1B6Î.)

JOUBS

JOUBS

DE PLUIB.

DE PLDJÏ,

DE PIOIE.

Février

Février' ....

Mars

Mars

Ami

Aïril. ..

Juin

Juin

Juillet

Juillet

Aoûl

Aoûl

Septembre...

Septembre..

Novembre...

Déwmbra...

ÎO

Décembre...

Décembre...

flore. — De ce qui vient d'être dit touchant la condition de l'atmosphère, on peut aisément conclure que les régions africaines dont je parle ne sont pas, à beaucoup près, aussi mal partagées qu'on l'avait cru jusqu'ici; en effet, dès que les rayons du soleil tombent d'aplomb sur une terre pénétrée d'humidité, toute vie végétale doit se développer presque spontanément.

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