Iteos
tens Ift langue de l'Ouganda, il n'est pu de mot qui traduise plus exactel'idée du Dieu «upirieur, d'an • Hiltre des EipriU. t
chiquent, mon pombé qu'elles boivent, me sont payés en récits plus ou moins véridiques, touchant les mœurs et coutumes de leur pays uatal. La sœur de Hosaro est aussi venue me proposer de l'épouser, révoltée qu'elle est des procédés de Haoula. Ce brutal a tué une de ses femmes parce qu'elle ne lui plaisait plus, et déjà auparavant lui avait coupé une oreille pour la punir d'avoir cherché à s'échapper. Quand on lui reproche de pareils excès, il se Justifie invariablement en invoquant ■ les usages de la cour.*
Dans la soirée, Je me suis promené en compagnie de Kahala, vêtue d'une écharpe rouge, pour lui montrer, à elle et à Lugoï, les jardins où J'ai fait hier de si agréables connaissances. Chacun paraissait surpris de nous voir. Le mgemma' nous a invités à nous arrêter chez lui, et, tout en nous prodiguant la liqueur favorite de l'Ouganda, s'est épuisé en compliments hyperboliques sur la mise élégante et les attraits de ma jeune compagne. Autant en a fait Lukkanika, un autre des Vouakoungou, chez lequel, un peu plus loin, nous avons reçu la même hospitalité. Les Vouaganda sont décidément passés mattres dans le grand art de la flatterie, et les Français eux-mêmes, sur ce point, n'au* raient rien à leur montrer.
7 avril. — Il pleuvait abondamment, ce matin, lorsque le roi m'a fait prévenir qu'il partait pour la chasse aux bufQes;il espérait bien que J'irais l'y rejoindre. A un mile au delà du palais, nous le rencontrâmes dans un jardin de bananiera, v^tu exactement comme moi, le chapeau de feutre y compris, et déployant toutes les grâces d'un véritable snob. 11 me fit remettre uu pot de pombé que J'expédiai immédiatement auK femmes de mon intérieur, et nous partîmes dans l'ordre accoutumé pour le terrain de chasse, situé à deux miles de 15. J'avais conservé mon poste d'honneur, derrière le roi et en tête des femmes distribuées par ordre de beauté, les plus présentables marchant en avant et le menu fi^tin à l'arriëre-garde avec les lances, le bouclier du roi et les pots de ponoObé sans lesquels il ne bouge guère. Il était aisé de prévoir que, par un temps pareil, notre expédition n'aurait aucuns résultats, et, en conséquence, pour tromper l'ennui de la route, je me mis en coquetterie réglée avec les femmes de
Mtésa, ce qui ne laissa pas de surprendre et le monarque luimême et chacun des assistants. Nous traversions un pays marécageux et coupé de nombreux cours d'eau sur lesquels on avait jeté autrefois des ponts, assez mal entretenus, cela va sans dire. Le premier que nous trouvâmes sur notre chemin n'offrait plus que quelques vestiges de pilotis, tout au plus bons à nous faire trébucher, et que chaque homme en passant enfonçait du talon dans la vase pour faciliter le chemin k ceux qui le suivaient. Le roi me rendit ce service, et j'en Qs autant pour celles de ses femmes qui venaient derrière moi. Surprises de cette galanterie à laquelle rien ne les préparait, elles ne purent s'empêcher de rire, ce qui attira l'attention du rot et mit tout le monde en alerte, attendu que jusqu'alors pas un homme vivant n'avait osé communiquer, avec les femmes de Sa Majesté.
Un peu plus loin, au bord d'un ruisseau assez profond, je propose par signes à ces dames de le leur faire traverser sur mes épaules. La première en tête hésite d'abord, puis, s'enhardissant peu k peu, finit par accepter. Loubouga, la belle des belles, qui vient immédiatement après celle-ci, et qui grille, ce me semble, de faire plus ample connaissance avec < l'homme blanc, » donne k sa physionomie une expression suppliante, et me tend les deux mains avec un laisser aller si parfaitement irrésistible que, malgré mon désir de ne pas attirer l'attention par une halte trop prolongée, je ne puis m'empécher de faire droit à cette requête silencieuse. Tout ceci n'échappa point à Htésa ; mais au lieu de m'adresser des reproches, il prit la chose en plaisanterie et, courant au kamraviona, — qu'il avertit par un coudoiement significatif, — il lui raconta tout bas ce qui venait d'arriver, comme s'il se fût agi de quelque secret. « Woh! wohi s'écriait son confident au comble de la surprise, à quoi faudra-t-il s'attendre maintenant? s
Nous étions arrivés sur le terrain de chasse ; mais sauf quelques vieilles empreintes de buffles et une espèce de fosse préparée pour les prendre au trébuchât, nous ne pûmes rien apercevoir. Le roi néanmoins était déjà las, et voyant que je cherchais un tronc d'arbre pour m'asseoir, il fit agenouiller à quatre pattes un de ses pages, pourmemontrer, sans doute, comment il fallait s'y prendre : sans cela il se fût installé, selon son usage, sur une pièce de mbougou étalée à terre. Nous nous en revînmes, tantôt
prenant une direction, tantôt l'autre, dans un désordre que le roi semblait augmenter à plaisir, en verta de c«8 instincts puérils qui l'ont rendu maître expert en toutes sortes de gamineries. Il aime à nous faire quitter la route tracée, — à prédpiter lesVouakoungou-dans des fourrésethautes herbes dont les brins affilés leur tailladent les jambes, —à lesrappeler ensuite en leur indiquant le point éloigné par lequel il veut sortir de la jungle et vers lequel ils doivent lui frayer un passage à travers tous les obstacles; — bref, mille caprices contradictoires qui n'ont d'autre but que de les mettre sur les dents, eux et les pauvres femmes du cortège royal ; celles-ci, près de succomber k la fatigue et ne gardant leurs rangs que pour ne pas s'exposer k une mort presque certaine.
Ces facéties monarchiques se répétèrent toute la journée, car le soleil allait se coucher lorsque nous rentrâmes au palais ; les femmes et les Vouakoungou disparurent alors, et le reste de la compagnie, — c'est-à-dire le roi, le commandant en chef, les pages et mon humble personne, — prit place devant un festin composé de patates douces et de bananes cuites, plus le pombé de rigueur et les fruits de la saison, festin où le double rôle de l'eau etdes serviettes fut rempli par ces disques d'écorce humide que j'ai déjà eu l'occasion de signaler. Les fusils ensuite devant être déchargés, et pour ne pas perdre les balles qu'ils renfermaient, le roi fit amener quatre vaches qu'il tua de sa main. L'une d'elles fui gracieusement octroyée à mon escorte.
8 avril. — Sa besogne d'hier a fatigué Htésa qui ne veut recevoir personne. Je profite du loisir qui m'est ainsi laissé pour porter au mgemma un paquet de verroteries et le récompenser ainsi de l'hospitalité que je lui ai due naguère. Lugoï et Kahala m'accompagnent. Nous sommes reçus à bras ouverts par les hommes et les femmes de son entourage, qui se montrent particulièrement sensibles à l'honneur de notre visite. Une des nombreuses sœurs de la N'yamasoré, à qui nous sommes présentés en grande cérémonie, se déclare très-satisfaite de moi et de mes ■ enfants. ■ Le mgemma se confond en remercîmenls et, trop pauvre, à ce qu'il prétend, pour nous fa're un accueil digne de notre mérite, il veut à toute force nous remettre quelques volailles que nous emporterons avec nous. Après maints refus et maints débats, ,il demeure convenu qu'il me les apportera lui-
mâme en compagnie de sa Temme. — C'est tout au plus si je puis compter sur cette promesse '. — A notre départ, tous les serviteurs de notre hôte nous escortent par son ordre jusque par delà les limites de son domaine.
Le soir, les musiciens du roi venant à passer près du camp, je leur ai commandé de me jouer le MiUlé pour que mes gens pussent se livrer au plaisir de la danse. Puis je les ai renvoyés fort heureux, moyennant quelques poignées de rassades.
9 avril. — Visite à Congow, que je ne trouve pas chez lui. Comme d'habitude, il fait la cour au monarque. Celui-ci envoie chercher un grand fusil pour tuer quelques oiseaux- Ayant eu l'occasion d'expliquer à Mtésa comment se distillent nos spiritueux, il m'envoie un certain nombre de vases de terre et plusieurs bougoa de pombé que je dois réduire à l'état alcoolique. Ces vases n'étant pas ce qu'il me faut, je cours au palais pour en obtenir d'autres. C'esten vain que j'y passe toute la journée. Le roi fait ses dévotions, c'est-à-dire se livre aux opérations magiques de VOuganga, et personne n'oserait pénétrer dans son cabioet. Cependant le pombé s'aigrit et ne pourra plus servir. Ainsi se passent les choses, dans le pays où nous sommes.
11 aoril, ~ Le roi étant à la chasse et me laissant le libre emploi de ma journée, j'ai engagé Gourikou, la gentille femme d'Oulédi, à venir prendre sa part d'un carré de mouton. Elle doit en même temps modérer par de sages conseils l'orgueil souveot incommode que manifeste > ma ûUe • Héri. J'entrevois que nous y parviendrons, mais sa paresse me semble irrémédiable. Elle ne veut ni marcher, ni causer, ni faire quoi que ce soil, mais l)ien rester oisive, étendue la plupart du temps, et fumant sa pipe.
12 avril. — La matinée s'est passée à distiller du pombé peut le compte du roi. Je suis allé le lui porter dans l'après-midi, et malgré les coups de fusil par lesquels j'avais annoncé mon arrivée, il ne s'était pas encore montré lorsque des cris effrayants se sont fait entendre. Fresque aussitôt nous avons vu tratner vers le lieu de l'exécution une fort belle femme, une des sœurs du roi, reconnaissable à sa crête de cheveux. La malheureuse invoquait tour à tour, au milieu de ses clameurs plain-
]. EffecUvement elle n'a jamais été tenue.
tives, tantAt Htéaa lui>niéine, tantôt le kamravioDa, tantôt le mzouQgou (l'homme blanc), leur demandant la vie avec instance. PlùtàDieu que j'eusse pu la sauver 1 Mais je ne savais pas quel crime on lui reprochait (en supposant qu'il y eût crime), et, par conséquent, il fallut me taire pendant que le kamraviona et les autres Voualtoungou présents regardaient cette scène avec tous les dehors de l'indilTérence la plus complète, sans oser se permettre la moindre observation. Irungou se trouvait en ce moment avec nous et se prit de querelle avec Maoula, lorsque ce dernier parut avec mes gens, lui contestant l'honneur de nous avoir conduits au roi et lui reprochant d'avoir usurpé la plus grande partie des récompenses qui, pour ce service particulier, leur était dues à tous deux : * Mais, disait il, je prendrai ma revanche, et moyennant une offrande convenable, j'obtiendrai <]u'on écoute mes plaintes. — Soit, répliqua Maoula, volontiers railleur; mais je donnerai plus de ûl de fer que vous, et nous verrons qui sera le mieux écouté des deux. ■ La querelle de ces deux grands enfants continua ainsi jusqu'au coucher du soleil, où je les laissai aux prises pour rentrer chez moi et dîner tout à mon aise. Mais j'avais compté sans mon hdte, car Mtésa me fit rappeler aussitôt, et je crus qu'il était politique de me montrer complaisant. Il m'attendait avec impatience, et, après s'être excusé de n'avoir pas répondu au signal, goûta la liqueur que j'étais parvenu à distiller. Elle avait à peu près le goût du toddy et sa force étonna le monarque, qui me demanda de lui en fabriquer d'autre, m'offrent d'ailleurs, pour cette opération, toutes les facilités dont il pouvait disposer, entre autres le canon d'un vieux fusil & pierre, une provision de bois, et du pombé à discrétion.
1 3 avril. — N'ayant rien à faire aujourd'hui, je suis allé me promener comme à l'ordinaire dans le parc du sérail, où je me suis vu accoster par une très-gentille petite personne, — Kariana, femme deDoumba, — qui,fort proprement attifée, revenaitdequejque visite.Elles'était mise toutd'abord à me suivre, puis s'arrêta retenue par latimiditéjpuisiit encore quelques pas en avant et demeura immobile quand je m'approchai d'elle, comme fascinée par mon étrange aspect. Un peu remise à la longue, elle déploya dans Ses woh! woA/ toute la coquetterie dont une Mganda est susceptible, et une /îirlation régulière s'établit entre nous. Elle voulut exa-
mioer mes cheveux, ma moDtre, retourner mes poches, et ces ■ (kmiUarités grandes ■ ne semblaient pas lui suffire encore. Malgré mes signes d'adieu, elle persistait à me suivre. Je lui offris mon bras, lui enseignant comment il fallait le prendre pour se conformer aux usages européens, et nous continuâmes la promenade, à la surprise d'un chacun, — comme si nous eussioDS été à Hyde-Park et non pas au cœur de l'Afrique centrale, — toujours échangeant des œillades et des sourires. Je m'étoDnais qu'on ne vint pas modérer la légèreté de ses allures, mais personne ne s'eo avisa, jusqu'au moment où nous arrivâmes en vue de ma hutte. La jeune femme reçut alors, avec force réprimandes, l'ordre de s'en retournerchez elle : mais, avant d'obéir, elle trouva le temps de me demander une visite, en me faisant comprendre qu'elle aimerait à me verser quelques tasses de pombé.
14 aoril. — Les nouvelles qu'on m'apporte sur le compte de Grant n'étant pas d'accord entre elles, le roi m'a fourni trèsobligeamment le moyen de lui faire passer une lettre. Mes fonctions de distillateur m'ont pris toute la journée, et le soir je suis allé voir mistress Doumba, suivi de Méri, Rahala, Lugoï, et d'une troupe de femmes Vouaoyamouézi. Ma nouvelle conoaissance s'est montrée fort accueillante ; mais son mari était à la cour, et, TU son absence, le pombé n'était pas disponible. En revanche, et par manière de dîner, plusieurs paniers de bananes et de patates ont été offerts à mon escorte féminine ; après quoi, mistress Doumba nous a reconduits à moitié chemin, non moins coquette et non moins gracieuse que la veille.
1 5 avril. — Je suis allé porter au roi tout l'alcool que j'ai pu., obtenir, et en outre, les résidus sucrés de cette distillation rudimentaire. Il tenait un lever et percevait les tributs d'usage, consistant en jeunes filles, vaches, chèvres, etc. L'une des chèvres offertes a été pour moi le sujet d'une révélation que je note ici comme un des traits les plus surprenants de l'étrange pays où je réside. Cet animal servait d'expiation pour une tentative de ri'gicide, qui a eu lieu dans la journée d'hier. Profitant de ce que le roi se trouvait seul, — ce qui n'arrive presque jamais, — un tout jeune homme, un enfant, est venu le menacer
' de mort > pour le punir, disait-il, d'avoir fait périr injustement bon nombre de ses sigets. ■ Mtésa lui-même m'a expliqué, par
une pantomime énergique, comment les choses se sont passées. Au moment de t'attaque, il avait en main le pistolet-revolver que je lui ai donné ; il le porta vivement à la t^te du jeune homme, et, bien que l'arme ne fût pas chargée, celui-ci, saisi de terreur, prit aussitdt la fuite. 11 va sans dire qu'à la fin de ce récit, regardé comme une marque de haute condescendance, tous les courtisans en ont remercié le monarque par de vigoureux n'yansigs. Mais comment se fait-it que, sous un régime où la moindre violation d'étiquette entraîne la peine de mort, un crime si grave ut été suivi d'un châtiment si doux?... Voilà ce qui me confond et ce que je n'ai pu éclaircir. Le coupable, jeune cadet de seize à dix-sept ans, doué d'un extérieur agréable, en a été quitte pour offrir sa chèvre, avec les frottements d'usage et des n'yanxigs par deux fois réitérés.
Après cet incident curieux, le rapport de quelques officiers nous a fait connattre (non sans provoquer une émotion générale) quedeux > hommes blancs * avaient été vus chezKamrasi ', l'un barbu comme moi, l'autre k visage complètement lisse. Ces nouvelles me trouvaient tont disposé à les accueillir. Il me semblait reconnaître le signalement de Petherick et d'un compagnon avec lequel je savais qu'il devait faire son expédition. Je voulais me hâter de leur écrire; mais le roi, tempérant un peu mon ardeur, me déclara qu'il ne trouvait pas ces informations suffisamment garanties ; il fallait attendre, selon lui, le retour de certains Vouakoungou qu'il avait envoyés en mission dans l'Ounyoro.
\6 avril. — Les environs du palais, aujourd'hui, sont tout à fait sens dessus dessous. On ne voit de cdtés et d'autres que fugitifs et fugitives, poursuivis par les Vouakoungou et cherchant à se dérober à la mort. Il s'agit tout simplement d'une < saisie exécutoire > pratiquée, en vertu d'un décret royal, contre certains grandsvassaux, coupables de rébellion. Mtésa, parfaitement tranquille au fond de son palais et entouré de ses musiciens, s'amuse par moments à jouer de la flûte. Ensuite il m'a pris à part et m'a demandé de > l'instruire, > ainsi que je le lui avais maintes fois promis. Je l'ai prié, à mon tour, de me faire connaître par ses questions les points sur lesquels sa curiosité se trouvait le
I. On se rappelle •ani doute que c'est te nom du souverain de l'Ounyoro.
plus en éveil. Au fond, j'espérais qu'il me fournirait l'occasion d'entrer dans quelques détails sur l'existence des peuples étrangers; mais rien n'était plus loin de sa pensée : comme l'immense m^orité de ses compatriotes, il ne se préoccupe nallement de ce qui se passe au dehors de l'Ouganda-
Tout l'entretien roula sur les maladies, leurs causes, leurs effets et leurs remèdes ; — le choiera, par exemple, qui vient à certaines époques dévaster la contrée, et disparaît ensuite sans qu'on sache comment. Où sont les causes de ce fléauî Comment pourrait-on le prévenir? On a le mal de télé, que fàut-il prendre pourcelaîllémequestionpourlemat de jambes, le mal d'estomac, la gale, etc. De proche en proche, passant ainsi en revue toutes les maladies qu'il connaissait, il en vint à certaines défaillances physiques dont il semble se préoccuper au plus haut point, mais pour lesquelles je n'ai malheureusement aucune médecine à lui offrir.
17 avril. — En vertu d'un rendez-vous formel, j'assiste à une grande réunion, où les Vouakoungou que l'on prit hier, et qui étaient condamnés à mort, ont reçu leur grAce moyennant de fortes amendes, payées en bétail et en jeunes filles , celles-ci choisies parmi leurs enfants. Do grand nombre de talismans, dont quelques-uns sont des baguettes entourées de cuir et recouvertes d'une peau de serpent, ont été offerts et acceptés avec reconnaissance. Kaggao, qui tient ici le second rang parmi les hauts dignitaires, a obtenu pour moi l'autorisation d'aller le visiter comme médecin. J'ai réitéré mes instances auprès dn roi pour qu'un détachement de ses hommes et des miens allât chez Kamrasi réclamer la venue de Petherick. Il objectait tout d'abord que ■ c'était envoyer nos messagers k une mort certaine ; » mais il a fini par céder, et Budja, son ambassadeur dans l'Ounyoro, a été spécialement désigné pour cette mission. La séance levée, il s'est retiré avec quelques-uns de ses Vouakoungou les plus intimes, et leur conversation a roulé comme d'habitude sur ce qui parait être, pour le roi et ses courlisaos, une source inépuisable de propos excitants et d'agréables souvenirs.
\8aorU. — J'ai porté ma pharmade chez Kaggao. Se plaignant d'une infirmité locale qu'il attribue à la sorcelleiie, mais i laquelle on doit évidemment assigner une tout autre cause, il réclamait quelque remède pareil h celui dont j'ai gratifié
Hkounda, et que ce dernier croit devoir porter anz nues*. Hoo nouveau malade me trouvait, par malheur, dépourvu des drogues spéciales pour le tirer d'affaire, et je me bornât à le mettre en garde, par des explications détaillées, coutre les dangers qu'il pourrait courir si J'infection dont il était atteint se communiquait de proche en proche aux diverses catégories de sa nombreuse domesticité. Ceci ne lui procura qu'une demisatisfaction. Il me suppliait de le guérir, m'oSyant k mon choix des vaches ou de l'ivoire. Je pouvais m'assurer, ^outail-il, que j'avais affaire à un trës-grand personnage, el qu'il était messéant de le condamner à une abstinence dont il n'avait pas l'habitude. Repoussant ses munificences, je lui donnai pour le rafraîchir une dose de calomel ou de jalap, qu'il avala comme une gorgée de pombé, en proclamant ■ m^nitique • ce remède si simple en lui-même. > Magnifique > était son expression favorite. J'étais ■ magnifique, ■ ma pharmacie était ■ magnifique; - et ce mot qu'il prononçait en levant les mains au ciel défrayait toute son éloquence. 11 me mena voir ses femmes qu'il avait Eait mettre, à ma requête, sur le pied de guerre, et qui toutes avaient un poignard à leur ceinture de rassade. Elles étaient au nombre de cinquante à soixante, en général très-réservées, trèsdignes, mais ne possédant guère d'autre charme. Kaggao m'apprit ensuite que le roi, causant avec les Vouakoungou, leur avait manifesté • l'intention de me garder encore quatre mois, pour voir si Petherick viendrait me rejoindre ; au bout de ce temps, s'il n'en était pas ainsi , un domaine serait mis à ma disposition, bien pourvu d'hommes, de femmes et de bétail, en vertu d'une concession perpétuelle, de sorte que, si je venais à quitter l'Ouganda, j'y laisserais derrière moi de quoi m'y rappeler un jour. > Kaggao m'a fait présent de deux vaches et de dix paniers de patates.
1 9 avril. — Je loi ai envoyé, par voie de réciprocité, deux paquets de fil d'archal et douze foundo de perles assorties. On me raconte que le roi est allé se montrera sa mère dans le costume porté par le ■ Bana. ■ Le soir, un fHre de la N'yamasoré, nommé Katunzi, récemment revenu du pillage de l'Ounyoro,
1. C'était loul simplemenl, J« l'ai dit, une infusion de csfé, a preodre cbaque malin.
entra chez moi pendant mon dtner. Ne sachant à qui j'avais affîiire, et surpris d'une importunité si rare dans l'Ouganda ( il était le premier qui eût pris arec moi licence pareille), je lui oflHs un couteau, une fourchette, en l'invitant à prendre sa part du repas. Ceci lui parut d'abord un reproche déguisé, auquel il répondit en se justifiant par mille excuses d'avoir manqué aux règles de l'étiquette nationale ; de plus, sans mes instances réitérées, il serait parti h l'instant même. 11 m'apprit ensuite que l'armée tout entière était revenue de l'Ounyoro avec une immense quantité de femmes et d'enfants; mais les hommes manquaient au butin, car tous ceux qui n'avaient pu fuir s'étaient feit tuer en combattant. — Si je veux, ajoute-t-il, accepter une de ses prisonnières, il me la donnera très-volontiers.
20 mrit. ~- H'étant aperçu que le roi ne se pressait pas de faire partir ses Vouakoungou pour l'expédition de l'Oonyoro, j'ai cm qu'il fallait lui rafraîchir la mémoire, et profitant de ce qu'il voulait entendre quelques mots d'anglais, afin d'apprécier la sonorité de notre langue, je lui fais remarquer que * s'il m'avait envoyé Buc|ja, comme nous en étions convenus, j'aurais expédié mes lettres è. Petherick. ■ Dès qu'on lui eut traduit ce reproche indirect, il me fit dire que si je voulais lui envoyer, le lendemain, des messagers auxquels mes lettres seraient confiées, il les ferait partir avec une armée. Et surcequeje lui demandais <■ s'il s'agissaitd'nneguerreT* ilme répondit, en somme, que «c'ëlaitafinde tâter le terrain. > J'insistai aioi% sur des conseils que je lui avais déj& donnés, pour lui persuader de procéder vis>à-vis de Kamrasi par des mesures conciliatrices. < De bonnes paroles, un présent insignifiant, vaudraient mieux, pourouvrir une circulation permanente dans les États de ce prince, que les armées les plus formidables et les déprédations les plus fï-équentes. >
Noos fûmes interrompus par l'arrivée d'une trentaine de femmes comdamnées & divers chAliments, et dont quelquesunes devaient être livrées au bourreau. Le roi, qui avait essayé d'apprendre le kisouahili, pour être à même de converser directement avec moi, me demanda> se servant de cet idiome, • s'il me serait agréable d'avoir quelques-unes de ces femmes, et, dans ce cas, de lui dire combien il m'en Eallaitî
— Une seule, ■ répondis-je à l'instant même, et comme la liberté du choix m'était laissée, je pris naturellement la plus johe. Dieu
356 VOYAttE AUX SOURCES DU NIL.
sait ce qui advint du reste. Hais quant à celle que j'emmeDaû cbez moi, je la donnai, aussitôt rentré, à mon vatet de chambre limas, seulement à condition qu'il en ferait sa femme. Cette agréable addition au personnel de mon établissement sembla mettre la joie au cœur de tout le monde; mais la pauvre fille elle-même, qui, en se voyant l'objet de mon ciioix, avait cru devenir la femme du ■ Baaa, > ne trouva pas la substitution de son goût, et en témoigna une véritable colère. Uéri et Kaliala nous montrèrent alors de quoi elles étaient capables : toutes deux voulaient me donner cette nouvelle compagne. Elles la ûrent venir dans la butte, et bavardant avec elle jusqu'à minuit, l'exhortèrent à ne pas accepter l'époux que je lui avais choisi; puis, au lieu d'aller se mettre au lit comme de coutume, elles s'étendirent par terre toutes les trois. Ha patience ne pouvait s'accommoder plus longtemps de ces insurrections domestiques : je hs donc appeler Manamaka, la surveillante m'yamouézi de nos fenunes, et avec l'assistance d'Ilmas, elle empaqueta nos trois jeunes rebelles dans les lits qui leur étaient destinés.
21 avril. — Le roi, qui m'avait invité à venir voie les travaux d'un étang qu'il fait creuser entre sa résidence et celle de ses frères, exécutait avec eux, sur la flirte, un concert de famille. Porcé de convenir qu'il ne sait pas où est Grant, il a dû reconoaltre qu'il était à propos de lui expédier un message, et Itudja, pour la seconde fois, a reçu l'ordre d'aller, à la tête d'une armée, nous chercher fetliericlc.
ii avt-U. — Mabrouki et Bilal sont partis avec Budja pour rOuoyoro. Trois autres messagers se sont mis en route avec une nouvelle dépêche à l'adresse de lîrant. Visite au roi , qui a tixe le 24 pour une excursion de trois jours, pendant lesquels nous chasserons l'hippopotame sur les eaux du N'yanza.
23 avril. — Nous avons eu aujourd'hui un bel échantillon des caprices inquiets et des volontés irréSédiies qui caractérisent notre jeune despote. Ses pages sont venus m'avertir à midi qu'il était parti pour le N'yanza, et qu'il fallait le suivre sans retard. Or, je l'iii déj j dit, ce mot de ■ M'yanza > signilie simplement une eau quelconque, soit qu'il s'agisse d'un étang, d'une rivière ou d'un lac; et comme personne ne put me dire de quel n'yanza il était question, ni dans quel objet avait lieu ce départ précipité, je dus me mettre en campagne à l'instant même, sans aucuns
préparatifs, à travers jardins, collines et marais, longeant le cà^é occidental de la crique Murchison * jusqu'à trois heures de l'après-midi où ja finis par apercevoir le roi, qui, vêtu de rouge et poussant devant lui, comme une meute, son troupeau de Vouakoungou, tirait de temps en temps UD coup de fusil pour m'appeler sur ses traces Au surplus, il me*
nait de front les affaires ^
et le plaisir, car un instant plustdt, rencontrant une femme qui, les mains garrottées, marchait au supplice pour un délit quelconque sur lequel je n'ai pu obtenir aucuns ren- -^
seiguements, il a fait l'oT- |
Bce du bourreau, et du 1"
premier coup de carabine ~
l'a étendue morte sur la S
route.
C'est, à ce qu'il semble, pour mettre à l'épreuve les gens de sa suite et constater le plus ou moins de zèle que chacun d'eui peut déployer dans l'occasion , qu'il a devancé d'uujour l'époque d'abord assignée & celte partie d^ plaisir. Ceux qui devaient l'accompagner ont dû tout quitter à première sommation, s'éloigner sans dire adieu
I. Adétaot du nom indigènp Mrvantà désignrr celle mn^nitique ntppc d'Mii
& personne, laisser leur dîner sur table, omettre tous les apprits nécessaires, a&n que l'impétueux tyranneau ne subit pas une minute de retard. Il en est résulté que beaucoup de gens ont manqué à l'appel, et que mes armes, mon lit, mes cahiers de notes, mes ustensiles de cuisine, forcément laissés derrito moi, ne m'arriveront que demain.
Pas un bateau n'était rendu à l'embarcadère, et ce Tut seulement après la nuit tombée, au bruit des tambours et de la mousqueterie, qu'une cinquantaine de gros bâtiments vinrent s'amarrer le long du rivage. Peints en rouge avec de l'argile, Us avaient de dix à trente rameurs chacun. Leur longue proue se redresse comme le cou d'un siphon ou d'un cygne, décorés à leur sommet
UtlND des iadlgèoM de l'Oogandi. — N'yaiiia^Viclorw,
d'une paire de cornes d'antilopes nsounnou (leueotis), entre les quelles une touffe de plumes se trouve piquée comme sur un bonnet de grenadier. Ils venaient nous prendre pour noos faire traverser l'embouchure d'un profond marécage fort encombré de roseaux, et nous mener ainsi i ce que j'appellerai le • Cowes de l'Ouganda'. ■ Entre cet établissement et le palais, on doit compter h peu près cinq heures de marche. Nous y arrivâmes,
située i l'ouest de la rivière Uiuageni et à l'est de la rivière Mwérango. j( lui donnai celui de sir Hoderick Hurchison, à qui l'expédition était rederiUe de lui de seiTices. — {N. de la teeondt édition.)
1. Cowes est le petit port où s'a]>ritent les bfttimenu de plaisan<:e deslinéiati service de la coor d'Angleterre.
à la clarté des torches, vers oeuf heures du soir, et après ud sonper en pique-nique, le roi se retira chez ses femnaes pour y goilter les délices d'une comfortable installation, tandis que dans U hutte solitaire où j'étais relégué, il me fallut dormir tant bien que mal sur le sol battu, que l'on avait Jonché, à mon intention, de quelques brassées d'herbes encore humides. Pour tout dédommagement, la beauté du paysage que mes Vouangouana comparaient aux plus riants aspects de leur poani (ou côte) enchantée, mais qui, selon moi, surpassait de beaucoup ce que j'avais pu admirer jusque-là, soit pendant la traversée, soit le long des rivages de Zanzibar.
St avril. Cowes. — Le roi s'est levé aujourd'hui de fort bonne heure, et, tandis qu'on rassemblait les barques, m'a convoqué, sans me laisser le temps nécessaire pour ma toilette, à un déjeuner où je n'apportais pas les plus heureuses disposiUons. Ce repas que nous avalions en plein air se composait de bœuf rôti, servi dans dee corbeilles, et d'une marmelade de bananes roulée dans des feuilles de bananier. Mtésas'aidait parfois pour manger d'un couteau de cuivre et d'une espèce de poinçon, mais le plus souvent il n'employait que ses dix doigts et me faisait l'effet d'un chien vorace. Quand un morceau lui semblaittrop dur pour être mâché commodément, il le retirait de sa bouche, et, par manière de régal, le donnait k ses pages, qui, après tout«s sortes de n'yanxigs, avalaient ses rebuts en manifestant une joie extrême. Les reliefs du festin f\]rent ensuite partagés entre etu, et les paniers vides revinrent aux cuisiniers. Le pombé, boisson favorite du roi, lui tenait lieu de thé, de café, de bière; mais les convives pouvaient s'estimer fort heureux, s'ils en attrappaient çà et là quelques gorgées.
Et maintenant an lac, vers lequel nous nous dirigeons dans l'ordre accoutumé , les Vouakoungou en avant , les femmes A l'urière-garde. Ses eaux magnifiques nous rappellent la baie de iUO'Janéiro, moins les hautes montagnes qui en forment l'aïrière-plan, et qui sont ici remplacées par des collines de Taspect le plus riant. Quinze tambours de diverses grandeurs, formant un orchestre qu'on appelle masagwao, et qui battent avec la régularité de nos engins mécaniques, aononcërent l'arrivée du roi, et les embarcations se rapprochèrent aussitôt du rivage. Hais les clioses ne se passaient pas comme en Angleterre , où
Jack Tar', avec toute l'importance d'uD maître de maison, invite les dames à prendre place et contemple à son aise leurs jolis minois- Ici, aii contraire, chacun de ces pauvres diables, la frayeur peinte sur Le visage, se lance à l'eau par-dessus le plalbord, — et plongeant la tête sous l'onde à la façon des canards, de peur qu'on ne l'accuse de jeter sur le beau sexe un regard indiscret, ce qui est un crime puni de mort, — attend patiemment que l'installation soit terminée. Simplement Titus de feuillage, nos matelots ressemblent à des Neptunes grotesques. Mtésa, son habit rouge sur le dos, son feutre sur la téie, assignait k chacun sa place, distribuant les femmes dans certaines barques, les Vouakoungou et les Vouangouana dans certaines autres, et me réservant une place dans celle qu'il occupait luimême avec trois femmes, assises à l'arrière et tenantdes mbougou remplis de pombé. Le roi, tirant le meilleur parti possible du kisouahili qu'il s'est fait enseigner, me demandait mes conseils pour la direction de la chasse, et les suivîiit avec une promptitude exemplaire. Mais les eaux étaient trop vastes et les hippopotames trop efTarouchés; aussi naviguâmes- nous toute la journée sans aucun résultat. Nous atterrîmes une seule fois pour manger, el par ce 'tunu, ■ il faut entendre seulement le prince et moi, les pages et quelques Vouakoungou favoris ; quant aux femmes, elles firent diète. La principale distraction du roi, pendant cette fastidieuse journée, consistait à diriger son orchestre de tambours; il changeait les musiciens, réglait le diapason, notait au passage la moindre faute de rhythme, et se montrait de tout point un diletlanti ronsommé.
25 avril. Cowes. — Contre-partie exacte de la journée d'hier, Eice n'est que le roi se familiarise de plus en plus, à mesure que nous pouvons mieux nous entendre. Les plaisanteries qu'il se permet ne sont pas toujours du meilleur goût. Il loi est arrivé, par exemple, de se (tamponner à ma barbe, quand le roulis du baieau dérangeait quelque peu son équilibre.
26 avril. Cowes. — Las de fouiller un  un tous les coins et recoins de la crique sans trouver le moindre hippopolame, le roi nous a dirigés vers une Ile occupée par le Mgussa, divinité du lac, — non pasenpersonne, car le Mgussa est un Esprit, — mais par