‹ Les sources du Nil (volume 4)Chapitre 25 sur 28 · Hlle la baronae Tan-Capellea, Hme et Mlle Tinne · texte numérisé non relu

Hlle la baronae Tan-Capellea, Hme et Mlle Tinne

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son commerce à l'ouest du Nil ne l'avait détourné dans cette direction.

Baker m'offrit ses barques pour descendre à Khartoum, mais il me demandait en même temps si je n'avais pas laissé derrière moi quelque entreprise à compléter, quelques résultats à obtenir qui pussent compenser pour lui les fatigues et la dépense considérable de l'expédition qu'il avait organisée.

Je lui parlai naturellement de ce louta (ou lac)Nzigé que j'avais en le regret de ne pas pouvoir explorer. Je lui décrivis le Nil, tel que nous l'avions laissé dans le Ghopi , se dirigeant vers l'ouest; tel que nous l'avions retrouvé dans te Madi, venant de la même direction, — navigable, assurait-on, jusqu'à Koshi — et probablement aussi jusqu'au petit loula Nzigé. Si donc il en était ainsi, on pouvait,aum(fyen de barques construites dans le Madi, plus haut que les cataractes, ouvrir de vastes contrées aux bienfaisantes influences de la navigation. Je lui parlai, enfin, des conventions faites avec Kamrasi, des marchandises que j'avais laissées derrière rooi, et du droit qu'aurait à les réclamer tout homme assez entreprenant pour tenir les promesses que j'avais faites au roi de l'Ounyoro. Tout en écartant l'idée de revendiquer ce qui m'appartenait, Baker parut disposé à exécuter ce plan de campagne ; il se lia peu à peu avec Hahamed , qui promit de le conduire jusqu'à Faloro, et auquel j'offris trois carabines par manière de gratiflcation'.

Si la lune avait été placée de manière à déterminer immédiatement la longitude, j'aurais descendu le Nil sans plus tarder. Mais comme il n'en était pas ainsi, je demeurai h Gondokoro, chez Baker, et ceci me procura l'occasion de causer, à mainto et mainte reprise, avec le chef de la mission autrichienne (M, Morlang) et deux de ses collègues, qui, avant de quitter Kich pour retourner & Khartoum, étaient venus jeter un dernier regard sur leuran* cien établissement.

U est aisé de comprendre que le gouvernement autrichien se soit lassé d'entretenir ici des prédicateurs de l'Évangile. Sur

1. n n'est pas sans iotérit de ssTdr que ces projets ont tli réalisés. Ainsi que nous l'apprend une letlre du capitaine Speke, publiée par les joumaui après la mort de ce dernier, H. Baker a pénétré dans le nord jusque dans l'Ounyoro. 11 y était, i la date des nouvelles les plus rtcenlos, aui prises avec une sîluatioD Irdsdiffldle et très-péri lieuse, dont le capitaine Speke se montrait -fort prioccupè.

vingt miBsionnairea qui, depuis treize ans, sont venus porter la parole de Dieu aux bords du Nil, treize sont morts de la Qèvre, deux de ta dyssenterie, deux autres ont dû fuir avec une santé à jamais détruite, et, en regard de tant de sacrifices, il serait impossible de placer une seule conversion qui mérite d'être signalée. Les missionnaires, cependant, reconnaissent aux habitants du Bari un certain degi% d'élévation morale, d'intelligence et de courage ; mais les nécessités de la vie matérielle, l'absence de toute autorité protectrice, l'insécurité du travail qui engendre nécessairement la paresse, constituent des obstacles à peu près insurmontables. Les enfants indigènes viennent volontiers écouter la parole des prêtres; plus volontiers encore ils regardent les images et les signes extérieurs du culte, mais au bout de peu de temps, n'ayant aucun profit immédiat à tirer de leur docilité, ils s'éloignent ■ pour aller, disent-Us, chercher de quoi vivre. > Le fait est que la disette règne en général dans le pays, non par la faute du sol, naturellement fertile, mais parcelle des habitants qui le cultivent à peine, dévorent les moissons & moitié vertes, et vivent ensuite ou de poisson péché dans le fleuve, ou de tortues ramassées à l'intérieur des terres.

Les dignes prêtres dont je parle n'ont jamais eu à se plaindre des indigènes. Ceux-ci étaient même favorablement disposés pour les Européens, jusqu'au moment où les trafiquants du NU- Blanc sont venus, par des atrocités sans pareilles, semer ici des ferments de haine et de vengeance. C'est à partir de ce temps que les missionnaires, envisagés comme précurseurs de toutes ces abominations, ont vu leurs pieux efforts frappés d'une stérilité irrémédiable. L'oisiveté forcée à laquelle ils se trouvaient ainsi condamnés, a plus fait que tout le reste pour décimer leur petile cohorte, en les poussant à des excès de régime que l'ar deur du climat rend essentiellement insalubres.

Le 18, — c'est-à-dire trois jours après notre arrivée, — Kourschid Agha, réveillé par un feu roulant de mousqueterie, alla sur ses bateaux porter secours à quelques-uns de ses gens qui, revenant avec de l'ivoire d'une expédition dans le M'yambara, étaient aux prises, sur les bords du Nil, à deux ou trois milles au-dessous de Gondokoro, avec des bandits indigènes. Le lendemain, il était de retour après avoir tué plusieurs hommes h l'ennemi et lui avoir pris une certaine quantité de bétail. Nous

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avions appris que Petherick était, lui aussi, dans une mauvaise passe de ce genre, et je me préparais à marcher à son secours avec Baker et Grant, lorsqu'il arriva fort à propos pour nous èpargiier cette peine. « I! ramenait, disait-il, un grand nombre de porteurs, en vue des recherches qu'il comptait faire maintenant à notre intention sur la rive orientale du Nil, bien qu'en apprenant la désertion dont j'avais été victime dans l'Ougogo, il eût cru devoir renoncer à toute espérance de me revoir jamais. » li mit d'ailleursà ma disposition complète etson dyaiir et en général toutes les ressources dont il était muni, mais je n'en usai que discrètement, grâce aux générosités de Baker, et seulement pour ne pasme refuser à ses pressantes instances. Je lui en voulais au fond, je l'avoue ; et le lecteur le comprendra, s'il veut bien se rappeler combien de fois, dans le cours de l'expédition, j'avais modifié mes vues, bouleversé mes projets, contrarié mes convenances, afin de tenir mes engagements envers Petherick. Cependant, je ne voulus pas rompre avec lui, et nous fîmes table commune. J'eus ainsi l'occasion de lui faire observer qu'il avait perdu de belles chances en ne remontant pas le fleuve pourvenir à moi; il eût été doublement récompensé d'avoir tenu sa promesse, d'abord par une abondante moisson d'ivoire, et en second lieu, par les avantages matériels que lui aurait procurés un navire construit dans le Madi, au-dessus des cataractes. Il suffisait de ceci pour ouvrir à ses marchandises un parcours, navigable selon moi, de plusieurs centaines de milles. On voit que pour tous deux il eût mieux fait de s'en tenir au plan développé dans la lettre par laquelle il sollicitait la souscription de nos amis '. Ce fut à Gondokoro que je reçus mes premières correspondances d'Angleterre ; ce fut là que sir Aoderick Murchison m'annonça que la Société royale de géographie m'avait décerné sa grande médaille (Founder's Medal) pour avoir découvert, en 1858, le Victoria-N'yanza.

1. Voir cette lettre, adressée au Irit-honoràbU lord Asbburtoa, président de la ttoyal Geographieat Socielij, dans les comptes reodus de cette savante compagnie, à la date du 19 juin 1S60.

Le reste de mon voyage vers Alexandrie ne fut pas sans incidents, et ât passer sous mes yeux des tableaux tout à (ait dignes de la description que j'aurais pu leur consacrer en d'autres circonstances. Mais il me semble que j'ai mis la patience du lecteur à une épreuve très-sufGsante, et je ne veux pas surcharger mon volume de ce qui ne se rattache pas directement au grand problème dont je poursuivais la solution. Je termine donc ce journal, après vingt-huit mois de travaux, par quelques explications ayant pour but de comparer les diverses branches du Nil avec ses aflluents, et d'établir leur valeur respective.

Le premier de ces afïluents, le Bahr-el-Ghazal, nous étonna singulièrement; en effet, le grand lac marqué sur nos caries à l'extrémité d'un coude formé par le Nil, était remplacé par une simple pièce d'eau, une espèce d'étang, perdu pour ainsi dire dans un océan de roseaux. Le vieux Nil semblait passer avec dédain devant cette insigniQante annexe, et nous porta bientôt en face de cette branche de la rivière Sobat qui, sous le nom de Gérafle, constitue le second affluent du grand fleuve ; elle décrit en y tombant une courbe gracieuse; son courant est rapide et parait profond, mais sa largeur ne s'étend pas sur plus de cinquante pieds.

Vient ensuite la Sobat elle-même, plus large et moins rapide que la Gëraffe. Le Nil est considérablement accru par cette double addition, mais i) ne prenait cependant pas le noble aspect qui nous avait tant frappés, immédiatement après la saison des pluies, pendant notre navigation sur les canots de l'OuDyoro,

C'est ici que je pris mes dernières observations astronomiques; elles placent l'embouchure de la Sobat sous le 9* 20' 48"

de latitude nord, et sous le 31* 24' o* de longitude est, La Sobat se déverse dans le Nil par une troisième branche à l'embouchure de laquelle je passai malheureusement sans être prévenu. Celle-ci du reste est assez connue, et mes regrets s'en trouvent diminués d'autant.

Il faut parler maintenant de ce fameux Nil Bleu, qui, même comparé à la Géraffe, simple branche de la Sobat, n'est qu'une très-mesquine et très-insignifianle rivière. Alimenté, selon tonte apparence, par quelques chaînes de montagnes, il doit être sujet  de grandes fluctuations périodiques. J'ai rarement subi un désappointement pareil à celui que m'a procuré la vue de ce cours d'eau si célèbre, et je suis convaincu que si on l'isolait du Nil Blanc, le Bahr-el-Arzek se perdrait, absorbé dans les sables, avant d'atteindre la basse Egypte.

Ce que j'ai dit du fleuve Bleu s'applique à la rivière Albara, le dernier des aflluents que je passe en revue ; c'est encore un torrent de montagnes qui déborde pendant la saison des pluies, et qu'ensuite tes ardeurs du soleil dessèchent h peu près complètement.

J'en avais assez vu, désormais, pour être convaincu que le fleuve Blanc, qui sort du N'yanza par les chutes Ripon, est bien le vrai Nil, le père des fleuves, car il l'emportait d'une manière éclatante sur tous ceux qui venaient s'y embrancher, et cela dans la saison sèche, qui est la meilleure époque pour apprécier l'importance permanente et les forces relatives de ces rivières.

Quant au petit louta Nzigé, je me rallierais volontiers à l'hypothèse du docteur Hurie, qui était avec nous à Gondokoro. La manière dont nous avions devancé le débordement du Nil, entre les chutes Karouma et Gondokoro, lui faisait regarder le louta comme un grand réservoir du Nil, que ce fleuve avait peu & peu rempli pendant notre séjour au Madi, et qui, se trouvant garni d'eau justement à l'époque oJ!i nous quittâmes ce pays, permit au Nil de reprendre son cours vers le nord, en même temps que nous y marchions nous-mêmes. Cette théorie me parait expliquer d'une manière satisfaisante la décroissance phénoménale du Nil, à mesure que nous le descendions. Elle explique aussi l'extrême lenteur avec laquelle les débordements du Nil gagnent l'Egypte.

J'ose espérer que le lecteur, assez bienveillant pour nous accompagner jusqu'ici, désire Bavoir ce que devinrent les ■ fidèles- que j'avais emmenés si loin de leur pays, et dont je D'avais plus & réclamer les services. Au Caire, où nous levons dans l'hâtel Shepherd, je les fis photographier en masse et leur procurai la satisfaction de se montrer aux concerts publics, taûleaui vivants, etc. Nous fûmes invités à visiter le vice-roi dans son palais de l'Ile Roudah {GeHret-el-Boudah) , et son accueil nous satisfit complètement, car après nous avoir écoutés avec la plus flatteuse attention, il me promit de concourir pour sa part

à toute nouvelle entreprise ayant pour objet d'ouvrir l'Afrique centrale aux progrès de la civilisation.

Je nommai Bombay chef des ■ fidèles, ■ et je lui remis en triple exemplaire les photographies de nos dix-huit hommes et de DOS quatre femmes, destinées à faire reconnaître leur identité par les consuls de Suez, d'Aden et de Zanzibar; au moyen de traites sur cette dernière ville, je leur assurai un supplément de salaire, égal à une année de service. Chacun d'eux doit être

I. Katiak s'appelait ausai Raiiki. Faïda est devenue ta femme de Fiij.

gratifié, en outre, de ce qu'on appelle à Zanzibar un jardin ■ dtiomnie libre, ■ et d'une dot équivalente k dix dollars quand il lui plaira de prendre femme.

J'ai su, depuis lors, que maître Bombay et sa suite, manquant les Iles Seychelles, avaient été poussés jusqu'à Maurice, où le capitaine Anson, inspecteur général de la police, prit d'eux les plus grands soins et leur assura tous les bénéfices d'une véritable vogue. On les mena au théâtre et une souscription fut organisée à leur profit. Ils furent ensuite rapatriés & titre gratuit, et le colonel Playfair, tout récemment nommé consul k Zanzibar, leur a manifesté, je le sais, l'intérêt le plus cordial. Je sais aussi qu'ils ne demandent qu'à me suivre encore une fois, si, réalisant mes rêves les plus ambitieux, je traverse un jour l'Afrique de l'est à l'ouest, dans sa zone la plus fertile.

Ce noble vœu ne se réalisera jamais. Le capilaÎDe Speke, après avoir échappé aux périls de la grande insurrection indienne, et h ceux do trois voyages dans les pays les plus inexplorés du continent africain , a péri, comme James Bruce, comme l'amiral Dumont-d'Ur ville, victime d'un aocident vulgaire. U chassait prËs de Bath, eu compagnie d'un de ses amia, lorsque, essayant de traochir un mur de clôture, il requt en plein corps la chaîne de son fusil , malheureusement retenu dans un buisson voisin. La mort fut presque instantanée. Deux jours après une multitude recueillie (plus de deux mille personnes, ont dit les journaux), dans les rangs de laquelle on remarquait le bienveillant protecteur de l'expédition au lac Victoria, sir Roderick Murchison, et le docteur Livingstone, le plus illustre des émules de Speke, accompagnait ses restes vers le tombeau de famille.

Résumons cependant la courte et brillante carrière qui venait de s'achever ainsi. Second fils d'un propriétaire du comté de Somerset (M. Williams Speke, de Jordans), et né en 1837, John Hanning Speke fut élevé dans une école provinciale (grammare-schoof; , où se manifestèrent de bonne heure sa passion pour la chasse et les exercices du corps, son infatigable curiosité , son courage i toute épreuve, penchants innés qui le désignaient d'avance pour le rdle hlui assigné par la Providence.

Il n'avait pas plus de dix-sept ans, en 18^4, lorsqu'il prit place dans les rangs de l'année snglo-indienne, et fit, comme officier subalterne de la division CoUo Campbell, avec les troupes commandées par lord Gough, la terrible campagne du Pendjab. Il combattit à Ramnuggur, à Sadoulapore, à Chillianwallah, à Guizerat, et mérita par ses brillants services, une fois la guerre finie, que les autorités militaires fissent d'amples con-

cessions à soa humeur svantureuse. Coogéa sur congés lui furent accor* dés. Il en profita pour explorer les parties les moins accessibles de l'Himalaya, et s'avancer, pionnier intrépide, dans certaines régions du Thibet, sur lesquelles on n'avait encore aucunes notions précises. Botaniste, géologue, mais surtout naturaliste passionné, il fonnait de précieuses eoUeo lions et rapportait de chaque voyage des cartes lavées avec un grand sda. Ces heureux résultats autorisaient ses cheb à lui laisser une liberU à peu près complète.

Ainsi préparé, le hardi voyageur aborda la grande entreprise de toute sa vie : la découverte des sources du Nil. Profitant de quelques renseignements recueillb par deiu missionnaires allemands (le docteur Krapf et le Rév. Rebmann), sur l'existence de grands lacs d'eau douce occupant plusieurs degrés, au sud et au nord de la région équatori^Ie, dans le centre du continent africain, le capitaine Burton et le capitaine Speke essayèrent d'y arriver par le nord. Ce fut l'objet d'une première expédition au pays des Somals, racontée en détail par notre voyageur dans le BUichwood'i Magazine (1S6^ et 1655), et tout récemment dans un volume intitulé : tf^ led to the discwerg of th» sources of the Nilt. Le capitaine Burton en a donné une autre version dans ses First footsUps m Êoitoni Africa,

Speke, échappé par miracle à des mésaventures qui avaient failli lui coûter la vie, se hâta de courir en Crimée, où il servit, comme volontaire, dans les rangs des troupes fournies par le Sultan. Après la campagne, il eut d'abord lafantaisied'ètudierla faune du Caucase, mais renonçant à ce projet, il partit pour rejoindre le capitaine Burton, qui, une seconde foia, allait pénétrer en Afrique.

Cette nouvelle expédition (juin 1S57 k mars 1859) conduisit les deui aventureux compagnons jusque sur les bords du lac Tanganyika. Hoiu avons expliqué, au début de ce volume, par quel heureux hasard Speke fut amené, se détournant de sa route, à constater l'existence du N'yansa, ou lac, qu'il a baptisé du nom de sa souveraine. Sa découverte lui suggéra une hypothèse hardie ; il pressentit, il devina que cette espèce de mer intérieure, réservoir profond où se déversent les eaux des montagnes de la Lune, devait être le point de départ du grand fleuve dont il espérùt fixer la mystérieuse origine. Vainement son compagnon ne voulut voir qu'un rêve dans celte conjecture sans preuves. Speke se promit de trancher k tout prix la question qui venait de se poser ainsi devant lui, et tel a été te but de sa troisième campagne (1859-1863), accomplie de coDcert avec le capitaine Grant. C'est celle qui est racontée jour par jour dans les pages ci-dessus.

Bien que certains esprits scrupuleux aient envisagé comme encore incomplète la solution du problème géographique dont tant de savants s'étaient tour à tour préoccupés, l'Angleterre salua d'un cri de triomphe le retour de ses deux vaiUaots champions. Félicité par la reine, récompensé par la Société royale de géographie, comptant le prince de Galles parmi les auditeurs qui se pressaient pour entendre ses récits, le capitaine Speke devint le point de mire de tous les regards, l'objet de toutes les curiosités. Sou comté natal (qui fut aussi la patrie de sir Francis Drake}, le revendiquait comme une de ses illustrations, par l'organe du doyen de

ses députés ', qui tJDt à honoeur d'appeler l'attention de la Chambre des communes sur les ëclatants services de son jeune compatriote. Lord Palmerston releva le gant au nom du pays tout entier, et la reconnaissance nationale promettait à notre voyageur les plus magnifiques récompenses, lorsque la mort vint brusquement l'arracher aux enivrements de sa célébrité naissante.

L'Association britannique tenait dans la ville de Bath les assises de son congrès annuel. Membre du comité de géographie, Speke devait y prendre la parole en présence du capitaine Burton, jadis son associé , maintenant son rival et son contradicteur. Le capitaine Grant assistait à ce rendezvous, ainsi que le docteur Livingstone, et cette pléiade de voyageurs intrépides, groupée autour de sir Boderick Murchison, fixait l'attention générale. Coïncidence étrange, ce fut au moment même oi le comité de la section de géographie (section £) débattait la question de savoir s'il convenait de provoquer, par une démarche directe auprès du gouvernement, les marques de bveur dues aux deux explorateurs du N'yanza Victoria , — ce fut à ce moment, disons-nous, qu'arriva la nouvelle de l'horrible accident qui venait d'enlever Speke à sa famille et à ses amis. Sir R. Murchison interrompit le débat, et d'une voix émue annonça le fatal événement. Le capitaine Burton , dont les lèvres se refusaient à parler, saisit un crayon et traça sur un morceau de papier qu'il fit passer au président, l'expression sentie de ses tifs regrets et de son admiration pour < l'ardeur et la loyauté > de son ancien camarade.

Les obsèques du capitaine Speke ont eu lieu le 33 septembre dernier. Ses restes reposent daes le caveau de famille qu'abrite l'église de Dovrlish-Wake. Une souscription est ouverte pour élever un monument t à l'Européen qui le premier, avec le capitaine Grant, traversa du sud au nord le centre de l'Afrique équatoriale; à celui qui (abstraction faite de tout conflit d'opinions au sujet des sources du Nil), a incontestablement déterminé l'existence et le site du vaste bassin aquatique au dehors duquel s'épanche ce fleuve*. •

Le Traducteur.

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