‹ Les sources du récit johannique de la passionChapitre 60 sur 62 · Lotsy, p · texte numérisé non relu

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2. La mise au sépulere dans le lieu ott Jésus a été crucifié a cerlainement de Vimportance pour lévangéliste puisquwil lexplique par la nécessité ott lon est de se hater tandis que les synoptiques donnent Vindication chronologique pour expliquer Vensevelissement précipileé.

3. Sur deux points il y a une relation particuliere entre le récit de Jean et celni de Luc, L’indication chronologique est placée a la fin du réecit, non au commencement comme chez Mare et Mathieu, et personne n’a encore été mis dans le sépulere.

Il nous faut maintenant essayer de grouper les résultats auxquels nous a conduit analyse du récit johannique de,la passion.

Plusieurs indices matériels établissent que ce récit, sous sa forme actuelle, n’est pas homogéne, mais qu'il est une combinaison de fragments dorigine et de caractere assez ditférents. Ainsi Jésus, & son entrée & Jérusalem, est accueilli comme roi messianique (72, 73), tandis qu’un peu plus loin il est dit que le peuple lui fait une ovation a cause de la rvésurrection de Lazare (1/2, 17-20). La trahison est annoneée deux fois coup sur coup (15, 18-20; 13-21-30), la seconde fois il en est parlé comme sil n’en avait pas encore été question. Au milieu dun discours Jésus dit : « Levez-vous, partons dici » (14, 37), et cette invitation nest suivie d'aucun effet. Quand Jésus est emmené chez Hanne (78, 72), Pierre le suit et se trouve non pas chez Hanne, mais chez Caiphe (7/8, 75). Chez Hanne (78, 79 s.), Jésus est interrogé non par Hanne, mais par Caiphe (78, 24). Devant Pilate les Juifs crient de nouveau : « Ne délivre pas celui-la, mais Barrabbas » (78, 40), alors qu il mavail pas encore été question de Barrabbas. De plus la conclusion de lépisode manque. Le supplice de Jésus commence par la flagellation (7/9, 7), sans qu’aucune condamnation ait élé prononcée et ensuite le proces continue comme si de rien n'était (79, 6 s.). Au chapitre 19, versets 16-18, les Juifs crucifient Jésus, un peu plus loin dans le méme chapitre (19, 23), il est question des soldats qui lont crucifié. Joseph d’Arimathcée (79, 38) demande le corps de Jésus, comme si les Juifs n’avaient pas déja pris des mesures pour que les corps des supplicies ne restassent pas sur la croix pendant la féte.

Toutes ces incohérences’ viennent de la négligence avec laquelle le rédacteur johannique de la passion a combine les divers éléments quil voulait faire entrer dans son récit. Cette négligence s’explique par ce fail que ce qui domine tout le récil, c’est un intérét dogmatique et non pas historique.

Les éléments divers qui ont constitué le récit johannique de la passion forment différents groupes qu'il n’est pas impossible de dégager.

Nous trouvons d’abord quelques traditions anciennes indépendantes du récit synoptique, mais qui peuvent avoir été en contact avec la source du récit de Marc, puis un certain nombre de récits empruntés aux synopliques mais ayant subi une certaine élaboration avant d’entrer dans le récit johannique, ‘enfin quelques morceaux qui doivent étre attribués au rédacteur de l’évangile.

On peut attribuer a une tradition ancienne d’abord Vindication chronologique divergente de celle des synoptiques, diseretement mais netlement marquée a trois reprises (73, 7; 18, 28; 19, 14). Ul faut lui attribuer aussi la premiére annonce de la trahison de Judas (7,9, 78-20) et le discours d’adieux sous sa forme primitive (14,7. 2. 16 en partie. 17-26). Dans le récit de Varrestation qui, sous sa forme actuelle, trahit nettement la main d'un rédacteur, le détail topographique sur la situation du jardin et lintervention de la cohorte et du centenier dans Parrestation doivent provenir de la source. Il faut aussi attribuer a la méme origine le fond premier de la relation du procés juif et le reniement de Pierre (18, 19. 15-18. 25-97). Enfin, un détail du récit de la mise au sépulere, lintervention de Nicodéme, peut provenir d’une source ancienne.

A propos de ces morceaux qui ont en commun ce caractere de provenir de traditions indépendantes des récits synoptiques, se pose une question importante. Sont-ils indépendants les uns des autres, ou bien ont-ils tous la méme origine? Entre Vannonce de la trahison de Judas, le récit du reniement de Pierre et celui du procés juif, il y a un point commun. Ces fragments semblent avoir été en contact assez

élroit avec ce qu’on peut considérer comme la source premiére du récit de Mare. IL n’est sans doute pas illégitime de supposer, qu'un récit qui suivait Jésus, au moins depuis sa derniere soirée jusqu’au proces juif, devait contenir une indication chronologique et un récit de larrestation. IL ne sera done pas téméraire dattribuer a cette méme source Lindication chronologique et le détail de Vintervention des Romains dans l’arrestation. :

Nous avons remarqué que dans annonce de la trahison on trouve, a cote de l’énonceé du fait, certaines déclarations ayant nettement un caractere johannique. La forme primitive du discours des adieux qui a le méme caractére peut done avoir fait partie de la méme source. Ainsi tous les éléments ‘que nous avons reconnus comme indeépendants de la tradition syhnoptique et que nous ne pouvons pas attribuer au rédacteur, proviennent de la méme source. Il ne subsiste un doute qu’au sujet de la petite indication relative & lensevelissement de Jésus par Nicodéme. Le détail est trop isolé pour quwil soit possible de formuler une conclusion précise & son sujet.

Il est trés probable qu'une partie seulement de la source a été conservée ; il est peu vraisemblable quun récit qui contenait les adieux de Jésus, son proces juif et son arrestation naif pas contenu aussi des indications sur les faits qui avaient motivé Varrestation, ainsi que des détails sur lissue du proces. Ces parties du récit johannique primitif ont disparu pour faire place a une autre relation des mémes faits.

Le quatriéme évangile a-t-il jamais contenu ce récit dans son intégrité? Deux hypotheses sont a priori possibles : ou bien lévangeliste s’est trouvé en face de différents documents qui se présentaient a lui exactement dans les mémes conditions et quil a utilisés au méme titre, reproduisant tantot Pun tantot autre pour des raisons subjectives, ou bien le rédacteur s’est trouvé en face dun récit faisant déja partie de Tévangile et quil voulait reviser et compléter apres d'autres documents, en particulier d’aprés nos évangiles

synopltiques.

Pour répondre a cette question — dans la mesure ot: l'on peul y répondre — il faut partir dune constatation faite sur

deux points (Discours des adieux, relation du proces juif) sur lesquels nous avons vu quune tradition primitive empruntée

i la source a été remaniée par le rédacteur, qui vouiail rendre son récit conforme a celui des synopliques. Ce fait doit, semble-t-il, nous incliner a penser que le rédacteur s'est trouvé en présence d'un récil qui faisait déja partie de lévangile. S’il n’en Gtail pas ainsi on aurait peine a s’expliquer que le rédacteur se soit donné la peine de modifier completement un récit emprunté a une de ses sources, pour le conformer au récit synoptique plutot que.de choisir ce récit pour le reproduire.

Nous aboutissons done a Vidée dun récit johannique de la

passion dont quelques fragments seulement auraient été con-

servés dans le quatri¢me évangile actuel'.

Une question doit encore étre posée : ce récit était-il homogene ou nétait-il lui-méme qu'une compilation d’éléments, (origine et de caractére différents? Il faut, en tous cas, distinguer entre le récit des faits et les développements théologiques mis dans la bouche de Jésus. Si les récits du proces juif et du reniement de Pierre ont ou peuvent avoir un caractere historique, il n’en est pas de méme des discours des adieux. Peut on méme dire que tous les reécits historiques que contenail Pévangile primitif ont él¢ puisés a la méme source? Les morceaux qui se rattachent a Vhistoire de la passion sont trop peu nombreux pour qu’on puisse sur ce point formuler une conclusion certaine. I] faut se borner a observer quil y a dans le récit johannique primilif quelque chose d'un peu étrange. Jésus est arrété par des Romains et cependant conduit non pas chez le gouverneur, mais chez le . grand-prétre. Il ne faut cependant pas se hater de conclure quil y a ici juxtaposition de deux sources différentes, car le récit du proces juif est dans lévangile johannique primitif étroitement lié a celui du reniement de Pierre qui provient dune source excellente. 11 nest d’ailleurs pas impossible que les Romains et les JuifsS aient les uns et les autres joué un role actif dans le proces de Jésus.

Les morceaux empruntés par le rédacteur johannique & la

|. Nous ne pouvons entrer ici dans l’examen de la question de savoir quelles parties de Vévangile avant et aprés le récit de la passion peuvent se ratlacher ala méme source.

tradition synoptique sont nombreux et importants, ce sont les suivants :

117, 47-53. Décision des Juifs de faire mourir Jésus.

12, 1-47. Onction de Béthanie. ;

12, 12-16. Entrée a Jérusalem.

12, 27-31. Trouble dans lame de Jésus (Equivalent de Vépisode de Gethsémaneé).

13, 1-17. Lavement des pieds et legon @humilité (Transformation d'un détail de la dispute de préséance racontée chez Luc).

13, 21-30. Annonce de la trahison.

13, 36-38. Annonce du reniement de Pierre.

14, 3-5 et ch. 15, 16, 17. Revision du discours des adieux (Eléments). ;

18, 1 11. Arvrestation.

18, 13-14. 19-24. Additions au récit primitif du procés juif.

18, 98-19, 16. Procés romain.

19, 17-37. Exécution.

19, 38-42. Mise au sépulcre.

Le rédacteur doit ces morceaux au récit synoplique ce qui ne veut pas dire quil les en tire directement. Aucun n’est la reproduction textuelle d'un passage des premiers évangiles. Quelques-uns n’ont, pour ainsi dire, pas un mot en commun avec les synoptiques, Le rédacteur leur a fait subir une profonde élaboration avant de les faire entrer dans son récit.

Il nous faut examiner de quelle maniére le rédacteur johannique traite les récits synopliques. On doit d’abord remarquer que lorsque les récits des trois évangiles divergent, il lui arrive de chercher & les mettre d’accord : c'est ainsi qu’il met la désignation personnelle du traitre dans un aparteé entre Jésus, Pierre et le disciple préféré, et quwil fait de Joseph d’Arimathée un disciple secret de Jésus. Parfois le rédacteur corrige les indications de ses devanciers; il le fait avec fermeté en sorte qu'il est impossible de se méprendre sur sa pensée, et avec une certaine délicatesse comme s'il avail le souci de ne pas paraitre les contredire ouvertement, C'est ainsi que, sans dire que le dernier repas de Jésus n’a pas été un repas pascal, il indique par trois fois quil a été pris le 13 Nisan. C’est ainsi encore que pour rapporter un

dialogue de Jésus avec Pilate, il place la scéne a Vintérieur du tribunal.

Sur d’autres points, le rédacteur johannique semble continuer sur la méme ligne le développement de la tradition que Pon peut déja reconnaitre par la Comparaison des trois formes du récit synoplique. C’est ainsi que dans le récit de Vonction de Béthanie, il introduit une allusion a lavarice de Judas pour indiquer quel a été le mobile auquel a obéi le traitre. Tl marque aussi dans le réecit de Varrestation en quoi a consisté la trahison. D’autre part, il introduit dans le récit de Vannonce du reniement une allusion au martyre de Pierre des-

linée a atténuer lodieux de la défection de lapotre. Dans le —

récit de Varrestation, il justifie par une parole de Jésus la fuite des disciples. Il attribue Vintervention violente a Pierre et donne le nom de sa victime. Entin il développe histoire da partage des vétements.

Sur tous ces points il y a développement et non déformation de la tradition synoptique. Sur d'autres, il y a développement dt. a Vinfluence dune idée théeologique ou dune preéoccupation apologétique. Les exemples les plus typiques de ce genre d’élaboration sont le déplacement et la transformation de lépisode de Gethsémané et la substitution du lavement des pieds 4 Vinstitution de la céne. Au méme procédé se rattache la suppression de l’'épisode de Simon de Cyrene et du cri de Jésus : « Mon Dieu,mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? »

Certains morceaux enfin, compositions du rédacteur, sont dus a des préoccupations dogmatiques et apologétiques. L’exécution de Jésus par les Juifs, le développement du récit du proces romain, la sympathie évidente que Pilate montre. pour Jésus, tout cela est destiné a favoriser lapologétique chrétienne dans sa tache vis-a-vis des Romains. La présentation de Jésus comme roi, lépisode du titulus, les détails qui assimilent la mort de Jésus a celle de lagneau, ceux qui sont destinés & montrer que Jésus ne tombe pas dans les embiches de ses ennemis mais va librement 2 la mort, Ta réponse indirecte faite par Jésus a la question des Grees, le sang et leau qui coulent du cdté de Jésus, les paroles de Jésus quil intercale dans sa narration, ces détails et autres,

CONCLUSLON 109

encore que Vévangeéliste ajoule au recit de ses devanciers, sont destinés a servir dillustration aux divers chapitves de la . . e dogmatique johannique '!. ;

1. Une question importante serait encore a examiner, c’est celle de la composition du récit. Comment les différents ¢lements provenant des sources que nous avons reconnues, ont-iJs élé groupes et combinés? Le récit est-il loeuvre d'un seul rédacteur ou de plusieurs? WrLLUAUSEN, SCHWARTZ et Spirra ont essayé de résoudre le probleme. Ils sont unanimes a reconnaitre quil faut distinguer plusieurs formes successives du récit, mais different profondément dans la maniére dont ils se représentent l’ceuvre de Vauteur primitif et celle des différents Bearbeiter et Interpolatoren quwils croient devoir faire intervenir. Nous ne pensons pas quil faille entrer dans Vexamen et dans la discussion de leurs systémes et cela pour deux raisons: @une part une théorie sur la composition du quatrieme évangile ne peut pas reposer sur l'étude d’un seul groupe de récits quelque importance quait ce groupe; dautre part, il faut, nous semble-t-il, avant d’aborder le probléme de la composition, laisser aux études relatives aux sources le temps d’aboutir a des résultats qui puissent étve admis d’une maniére générale.

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