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Les sources du Roman de Renart

J'afficherais certes une grande prétention si j'osais présenter les résultats exposés dans cette étude comme entiers et définitifs. L'histoire de la propagation et du rôle des fables et des contes au moyen âge offre un vaste champ où la récolte est loin d'être achevée. En écrivant ces pages et dans le cours même de l'impression, j'ai dû maintes fois modifier des passages que venaient tantôt contredire, tantôt compléter, quelque article ou quelque ouvrage récemment publiés. A considérer la rapidité avec laquelle la science des traditions se renouvelle et accomplit son évolution, il ne serait même pas impossible que, dans dix ans, mon livre fût à refaire dans un nombre considérable de ses parties. Je crois toutefois que mes conclusions ne seraient pas différentes. Au point où en est notre connaissance des rapports de la littérature écrite et de la littérature orale entre le XP et le XIV^ siècle, on peut regarder comme solidement acquis que le Romande Renart, malgré son air de famille avec les apologues antiques, ne présente avec eux que des affinités rares et lointaines. Jesuis même persuadé que tousles documents qu'il reste à découvrir, toutes les preuves que l'on pourra accumuler, seront favorables à cette thèse et établiront de plus en plus que l'épopée du goupil et du loup est sortie de la foule et non des livres.

Une étude de ce genre était donc faisable, et je n'ai pas cru téméraire de l'entreprendre. Elle pouvait d'autant mieux aboutir que, depuis quelques années, nous sommes en possession du principal instrument de travail, sans lequel toute hypothèse était hasardée, toute induction incertaine, je veux parler d'une édition définitive du Roman de Renart. Le texte des branches dû à

Méon était d'une correction douteuse et présentait de graves et nombreuses lacunes ; les additions de Ghabaille n'en étaient qu'un médiocre complément. C'est surtout pour n'avoir connu qu'à l'état fragmentaire la célèbre compilation de nos poètes que Jacob Grimm, malgré ses incursions hardies en dehors du cercle déjà si large des poèmes français, latins, allemands et flamands sur le renard, n'a pu édifier une théorie assise sur des fondements durables. Or, maintenant, grâce aux patientes investigations de M. Martin, nous avons un texte satisfaisant, et de plus toute la luxuriante collection des variantes qui caractérisent chacun des innombrables manuscrits. Désormais nous pouvons envisager chaque morceau dans les différentes phases de son histoire et en déterminer presque le degré d'ancienneté. La comparaison des diverses branches non seulement avec les poèmes qui en sont sortis, mais aussi et surtout avec les fables et les contes d'où elles sont nées peut être aujourd'hui conduite avec une exactitude et une rigueur scientifiques.

Si j'ai réussi dans cette tâche, si j'ai éclairé de quelque lumière ce coin encore obscur de la littérature du moyen âge, j'en serai redevable avant tout à celui auquel je fais hommage de mon travail, à ce maître si bienveillant dont les conseils et les encouragements n'ont cessé de me guider et de me soutenir dans mes recherches. Puisséje ne m'en être pas montré indigne ! J'ai aussi une grande dette de reconnaissance envers M. Léger, dont les précieuses leçons m'ont permis de me familiariser avec certains ouvrages russes que je ne pouvais laisser de côté, sous peine d'avoir une connaissance incomplète de mon sujet. Je dois enfin remercier M. Schwartz, professeur au Collège Stanislas et à TÉcole Monge, pour la complaisance qu'il a mise à relire la plus grande partie de mes épreuves, et à me suggérer d'importantes corrections.

Saint-Sever (Landes) août 92.

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