‹ Les sources du Roman de RenartChapitre 39 sur 55 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

un cadre nouveau et élève le ton pour stigmatiser tel ou tel événement, tel ou tel personnage dutemps.Gette préoccupation s'accentue et tend à dominer chez quelques-uns des poètes français de la dernière heure. Ce n'est d'abord chez les uns qu'une moquerie fine et légère, à l'adresse de types plutôt que d'individus ; c'est, plus tard, chez les autres, une diatribe des plus acerbes et toute personnelle. Bref, la matière de Renart est en train de se renouveler et de servir non plus à amuser, mais à instruire ou à ridiculiser. C'est la manière prétentieuse et violente de Nivard transportée dans la langue vulgaire. « La seconde partie du Roman de la Rose, a-t-on dit, est moins un art d'amour qu'un recueil de dissertations philosophiques, théologiques scientifiques, de satires contre les femmes, contre les ordres religieux, contrôles rois et les grands, d'anecdotes tirées des auteurs anciens ou contemporains, le tout bien ou mal, plutôt mal que bien, groupé autour de l'idée principale, la conquête de la rose. » ^ La même chose peut se dire des trois poèmes qui ont remplacé dans la faveur publique le Roman de Renart primitif. Celui-ci, œuvre inoiïensive, comme le poème de Guillaume de Lorris, destiné avant tout à plaire, à amuser, est devenu une suite de tableaux d'une satire souvent âpre et mordante, d'abord dans les branches postérieures, puis dans le Couronnement Renart et Renart le Nouvel, enfin une encyclopédie informe et étrange dans Renart le contrefet . Ces évolutions parallèles de deux ouvrages pourtant d'une nature différente nous montrent qu'à une société naïve et éprise encore d'un art aimable et naturel a succédé une société troublée, curieuse d'un savoir indigeste et avide d'un nouvel état de choses. Mais tout a été dit et bien dit sur cette matière. ' Il n'entrait pas d'ailleurs dans mon sujet de la traiter. Il était toutefois nécessaire d'en dire un mot ici pour me justifier par avance du reproche qu'on pourrait m'adresser d'avoir fait tort à la réputation des contes du Roinan de Renart.

* Langlois, Oiigines et sources dit Roman de la Rose, Paris, 1891, p. 93. T~

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