Le P. Joseph, dans les sages instruc- dans le Blavet
De Castries. 111. — ii
otoit le moyen de vaquer h cette sollcitation, joint aussi que le terme prefix par le roy de Maroque étoit expiré, pendant lequel les pauvres captifs se consoloient de l'espoir de leur délivrance. La joye d'avoir ces deux bons Pères pour compagnons de leur servitude redoubloit leur consolation
Ils [les capucins] furent reconduits à Maroque'. & resserrés dans la sagene", qui est la maison commune pour tous les captifs. Ils avoient la liberté de célébrer les adorables mystères de nostre rédemption dans une chapelle que d'autres prisonniei's y ont bâtie, quand ils pouvoienl avoir du vin; là ils preclioient, enseignoient, confessoient tS; rendoient les autres assistances aux pauvres esclaves. &, comme les Apostrcs, ce qui sembloit leur devoir imposer silence les a portés à prescher plus hardiment lV plus hautement la parole de salut, avec une satisfaction publique. Si leur zcle en ce poinct avoit quelque raport à celuy de Sainct Paul, je puis dire sans mentir qu'en certaine façon ils possedoient cet avantage que. leur distribuant la pâture spirituelle, la temporelle leur manquoit. Il est vray qu'ils furent nourris quelque temps aux frais du Roy, comme les autres, ce qui ne dura gueres : car je suis asseuré qu'en ce temps ils commencèrent à ressentir de grandes mesaises. que je n'ay pu découvrir en détail, qui redoublèrent à mesure qu'on s'éloignoit du temjjs aresté pour la satisfaction du Roy.
Au mois d'aoust ils écrivirent en France^ pour avertir que les François esclaves commençoient à perdre l'espérance qu'ils avoient toujours eue de leur future liberté, à cause du retardement de monsieur le Chevalier, trois mois étant déjà passés au delà du terme'. Ce qu'ils treu voient de plus étrange étoit de ce qu'ils
1. L'auteur se sert du terme impropre lyse la lettre du P. Pierre d'Alonçon au « reconduits ». Les PP. capucins avaient P. Joseph de Vitré, lettre qu'il publiera été conduits de Safi à Merrakech peu après plus loin (V. p. i38). Ce procédé l'oblige la mise en liberté de Razillv, autorisé par à une répétition.
le Chérif à retourner en France. Ce l'ait 4. Le terme fixé par le Chérif pour faire
tfue l'auteur n'a pas relaté explicitement droit à .sa demande devait être mentionné
peut se déduire du récit de 16240 . p. 1 10) dans le mémoire que Razilly était chargé
et de la Relation de Thomas Le Gentire (V. de présenter à la cour de France, mé-
Doc. CXXIX, pp. ■^33-73/1). moire qui n'a pu être retrouvé. V. supra,
2. Sagene. Sur ce mot, V. p. 1 13, note 2. p. i lo, note 2. D'après la /ïe /a (ion de Thomas
3. L'auteur, dans le récit qui suit, ana- Le Gendre (V. infra, p. 784), Razillv s'était
HISTOIRE DE LA MISSION DES PP. CAPUCINS AU MAROC l3l
n'eniendoient rien de luy, qui n'avoit aussi que mander, étant à la suite de la Cour en grande peine de n'avoir pu avancer ses afaires, ce qui faisoit désespérer son retour. Le Roy môme' en témoignoit son sentiment à ceux de sa confidence, ik ne s'y attendant plus, il s'éloignoit de la douceur & prenoit d'étranges resolutions.
Le doute aparent du retour de ce seigneur fist résoudre les Pères «k tous les captifs à se préparer pour de nouvelles soufrances, élant probable que ce prince, ainsi irrité, se vengeroit sur les François. tV particulièrement sur les deux capucins &: ceux de la suite du Cbevalier, estimant Sa Majesté plus ofencée pour ce manque de parole, que de sa perte". Leur creinte éloit apuyée de raison, car. voyant le feu dans la maison de leur voisin, ils avoicnl sujet d'en attendre tout autant.
Le fils aisné du Roy ' commença le premier acte d'une sanglante tragédie, faisant renier la créance à deux Fiançois, l'un Provençal, l'autre d'Olone, par la force des tourmens. Et n'y avoit pas plus d'un mois qu'un jeune écolier de la ville de Rennes en Bretagne '^, ayant sorti de France pour une querelle, fut pris, passant en Espagne, par les Turcs. vS; vendu en ce païs-là, puis envoyé à Sapbi, afin de l'obliger au desaveu de sa foy. Après quoy on le devoit razer, pour s'en servir dans le desordre que reprocbe l'Aposlre aux Romains, qui ofence la nature. Il y en avoit desja plusieurs autres choisis pour ce mauvais usage.
C'est la coustume de ces royaumes, avant d'exposer les Chrestiens à ces horreurs, qu'on leur fait renoncer à la loy de Jesus-Christ. Il permet cet excès, d'où il tire de la gloire, faisant avouer à ses ennemis mêmes que la pureté de l'Evangile & de la foy divine est incompatible avec des abominations si honteuses. Ces bons Pères
cngagr îi revenir au .Maroc dans six mois de sa bibliothèque emportée par Caslelane
et les marchands français de Safl s'étaient et retenue en Espagne. V. i'' Série, France,
portés caution pour lui. Comme, d'après t. Il, p. .î^i. Sommaire.
le récit du P. François d'.\ngers, le délai 3. Le fils nisné du Rny. Moulay Abd el-
se trotivait dépassé de trois mois en Malrk, tpii lui succéda et régna de i6'2t
aoiH itiiô, on en peut déduire que Razillv à i03i.
était parti do Safi en novembre lOs'i. /). Sur cet écolier, qui se nommait (îuido
I. Le Roy même. Entende/: Moulay Jacopin, on trouvera des détails circonstan-
Zidùn ciésdans la lettre du P. Pierre d'Alenron au
■>.. De sa perte, c'cst-à-dint: de la perle P. .loseph deViIré. V. infrii. pp. i3g-l4o.
ont remarqué que le malheur de cette cheute étoit lors trop aisé. à cause du peu de pieté qui restoit en ces pays, où la charité étoit refroidie, je n'ose dire éteinte, ainsi qu"il doit ariver vers la fin du monde, entre les Chrestiens qui restoient dans ces contrées, & principalement entre les captifs, qui ne porloient que le seul nom de chreslien. De bouche ils reconnoissoienl Dieu, mais par leurs actions ils le desavouoient. leur vie étant une continuelle abomination, leur volonté dans un tel endurcissement qu'on ne pouvoit attendre d'eux, en ce déplorable état, aucune œuvre qui fût véritablement bonne.
Ce soupçon se changea en vérité, car en ce temps ils furent plus resserrés, »& on leur retrancha le commerce c|u'ils avoient au dehors avec des Mores lV des Juifs. Cette peine, aussi bien que les autres, leur eût été douce, si elle n'eût été acreue à l'excès par un suplice qui étoit insuportable à leur probité lV: à leur zèle. Ces mauvais Chrestiens & les captifs faisoient plus d'injures à Dieu que les Mores mêmes, par leurs crimes continuels, A: le plus sensible déplaisir étoit qu'ils ne faisoient pas avec eux le profit qu'ils pretendoient, correspondant à leurs soins.
On commença lors à parler de chaînes ^: de fers, ils furent menacez d'esire réduits à un pain de cjuatre deniers par jour. Si en elTet ils ne furent pas pour l'heure dans cet acal)lement extrême, néanmoins leurs esprits furent pénétrés jusques au vif de voir que leur charité alloit estre privée de son exercice
Ils écrivoient aux captifs éloignés deux qui voyaient par là que ces bons Pères leur étaient presens d'esprit, ne le pouvant de corps
Ils écrivirent en ce tems à plusieurs des Pères de leur Province.
Voicy partie dune lettre que je donne, où vous verres exprimée la ferveur seraphique de ces légitimes enfans de Sainct François, le profit de ses exemples en l'amour de la Croix. La subscription est: Au R. P. Joseph de Paris, Provincial des PP. Capucins de la province de Touraine, Commissaire Apostolique des Missions étrangères.
Lettre des Capucins captifs au Maroc au P. Joseph
Ils attendent dans une dure captivité que Razilly revienne pour conclure la paix entre la France et le Maroc.
De la prison do Merrakoch, aoiit iGaS.
Mon R. >S: et tiès-lionoré P. en JNostre Seigneur,
Si ce mot vous treuve retourné d'Italie, il vous dira comme nous sommes encor esrlaves en Barbarie, attendant toujours monsieur le commandeui- de Hazilly. pour consommer la paix de ces deux royaumes; iSc vous dire les peines que nous y avons soufertes, le peu de seureté qu'il y a d'envoyer des lettres hors ce rovaume nous le défend. Vous pouvés seulement croire qu'elles ont été du tout extrêmes. \, n'eût élé les assistances extraordinaires que vos prières nous ont obtenues de Nostre Seigneur, je ne croy pas que nos esprits les eussent pu suporter, eussent-ils été de marbre ou de bronze. Je ne parle pas de celles qui nous ont été infligées par les Mores, car bien que celles-cy ayent été prou grandes en soy, elles ont pourtant été douces comme du miel, au désir que Nostre Seigneur nous a donné de soufrir beaucoup pour la gloire de son nom. Je parle de celles qui nous sont venues de la part de quelques Clirestiens. Et de celles-ci je vous puis asseurer que la malice >k les circonstances en sont si efroyables qu'à grand peine les pourés-vous croire (juand on vous les expliquera en particulier.
Cette lettre est dattée: de Maroque. en nostre prison bien aimée, environ le mois d'aoust iCaô. Elle fut receue. J'en ay rencontré la réponce, écrite à Paris le m novembre. C'est celle qui suit.
Lettre du P. Joseph aux Capucins captifs au Maroc.
Le chevalier de Razilly a le plus vif désir de retourner au Maroc, mais il a été retenu en France par la révolte des protestants de La Rochelle.
— Ceux-ci viennent de perdre une batadle dans laquelle Razilly et son frère se sont distingués. — Le P. .Joseph insistera auprès de Louis XIII pour quil soit donné satisfaction au Chérif. — Son éloit/nemeni de France a été une cause du retard apporté au règlement de cette ajjcdre.
— Le F. Rodolphe se trouve à l'île de Ré.
Paris, If) novembre lOaS.
Mes vénérables & très-chers Pères, humble salut en N. S.
J'ay eu part de la lettre que vous avés écrite au R. P. Angélique, gardien d'Orléans, jay aussi receu celles dattées des mois de juillet ik d'aoust passé?
ÏS.
Je suis de retour de mon voyage de Rome, & me suis déchargé à nostre Chapitre provincial, tenu depuis mon retour Le R. P. Hierosme de la Flèche est maintenant en cette charge, tout plein d'afection pour le bon œuvre auquel vous travaillés. J'ay parlé de vous au Pape, qui vous donne sa bénédiction ik a témoigné recevoir delà joye de vostre voyage, avec beaucoup de désir d'aporter tout ce qu'il pourroit pour le contentement du roy de Maroque, selon les ocasions. Sa Saincteté vous donne toutes les facultés dont vous pourries avoir besoin pour toute sorte d'absolution des cas réservés au S. Siège: vous pourrés en son nom distribuer chacun mille indulgences de S. Charles. Et. n'étoit qu'à même heure part le messager de Rouen', ik que je creins de perdre l'occasion que cette lettre vous soit rendue, je vous envoyerois la copie des facultés, ce que je feré dans huict jours.
I. Les relations de la ville de Rouen Doc. XLIX, p. 1 33 et supra, p. 120), ce qui avec le Maroc étaient très suivies (/''« Série, explique l'envoi parle messagcrde cette ville France, t. I, Dot. LXWl, |). 3o3 ; t. II, des correspondances à destination du Maroc.
Quand à M. de Razilli, il meurt de désir de relourncr vous voir, ce qu il eût fait il y a Ions temps, si le Hoy ne l'eût employé malgré lui contre La Rochelle, qui depuis un an s'est révoltée de nouveau de son obéissance ik a fait une puissante armée navale. Depuis six sepmaines, ils ont perdu une bataille navale signalée, où commandoit M. l'Amiral, \ où M. le chevalier de Razilli ik M. de Launay son frère' ont fait des merveilles. Ils seront bientôt à Paris, où je me tiendré assiduellernent, pour faire que le Roy donne contentement au roy de Maroque, qui lui eût desja sans doute donné il y a long temps, sans la grande ocupation qu'il a eue depuis vostre parlement à soutenir de grandes guerres dedans & dehors son royaume. Le roy de Maroque, qui est un sage prince, peut bien considérer combien ces remumens publics donnent d'empeschement. Avec un peu de patience, tout ira bien.
Et de rechef je vous asseure que je n'aurc aucun repos jusques à ce que cela soit. Il est vray que mon éloignement de France a un peu retardé cette afaire. F. Rodolphe est dans l'isle de Ré tV se porte fort bien, trcs-desiroux de retourner vous voir. C'est ce que je vous puis dire pour cette heure. Je ne manqueré désormais de vous écrire par toutes les ocasions, comme je vous prie faire de vostre part & de vous souvenir de moy dans vos heureux & glorieux liens, qui pourront servira l'honneur de Dieu, peut-estre plus que vous ne pensés, comme vous verres par la suite, ou en ce monde, ou en l'autre, si Dieu vous y apcloit entre ses plus chers amis. Vous vous ferés part l'un à l'autre de cette lettre, selon que vous treuverés.
J 'ay mis cette lettre au temps qu elle fut écrite ; nous exprimerons bientôt quand elle fut rcceue, qui n'ariva que l'année suivante, avec une autre dattée de trois semaines après, qui furent receues ensemble, avec la copie des pouvoirs qu'il leur avoit obtenu. J'ay choisi cet ordre pour n'interrompre le temps & dire les choses selon qu'elles sont arivées, rengeant chacune dans sa place.
La seconde lettre est du i6 décembre de cet an : la creinte qu'il