‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 113 sur 362 · I. Sur ce frî're de Razilly, V. p. 112, iioln · texte numérisé non relu

I. Sur ce frî're de Razilly, V. p. 112, iioln

avoit que la première n'arivât pas heureusement l'oblige à réitérer ses mêmes soins tV leur en donner les asseurances par des efets ; leur commande, par tout le pouvoir que son office & l'amitié luv donnoient, qu'autant qu'il leur seroit possible, ils employassent à leurs besoins le secours qu il leur envoyoit, ^^ pour servir Dieu »k le prochain en cette ocasion, ils ne se laissassent pas acabler aux misères inséparables d'une captivité. Il répète les excuses du retardement de monsieur le Chevalier, étant encor actuellement dans l'employ, commandant des vaisseaux' devant La Rochelle, étant en grande considération, comme l'un des meilleurs & expérimentés hommes do mer qui fût en ce temps ; le Roy avoit lors en prest les ramberges d'Angleterre, sur lesquelles éloit ce chevalier. Il redouble aussi comme le roy de Maroque peut trouver des raisons pour servir d excuse valable à ce retardement, par sa propre expérience, dans les incommodités qu'il soufroit par la révolte de ses sujets. Ces mouvemens font diversion de tous les autres desseins, étant chose asseurée qu'en cette ocurrence on ne fait pas tout ce que l'on voudroit faire. 11 ajouste :

Lettre du P. Joseph aux C.vpucins captifs au Maroc.

// est à la Cour où il sollicite l'argent nécessaire à la rédemption des captifs. — Services que le Chéri/ pourrait attendre de l'amitié de la France.

Paris, iG dûcembre iGaS.

Et je masseure que Sa Majesté aura du contentement de montrer sa générosité & bonté royale à ne point surcharger de peines les sujets d'un grand Roy, qui peut luy témoigner de l'amitié en plusieurs ocasions à l'avenir. Or, quant à moy, je suis maintenant libre de toute charge i^ n'ay point d'autre plus grand pensement que de pourvoir par toute sorte de moyens à l'expédition de vos

I . Etant encor actuellement dans l'employ, ayant encore actuellement l'emploi de commandant des vaisseaux... c'est-à-dire: commandant des vaisseaux.

HISTOIRE DE LA MISSION DES PP. CAPUCINS AU MATtOC iS'y

afaires, m'étant icy attaché exprés à la Cour près du Roy. où nous avons quelque jour de treuver des deniers extraordinaires. Cependant nidusieur de La Fosse Besnard est icy de la part de monsieur de Uazilly, pour m'aider à cette solicitalion ; cV il est vray que. si j'eusse été plus tôt libre, je croy que vos afaires eussent pris un meilleur train.

Consolés vos pauvres compagnons captifs, soit ceux qui sont allés avec vous, ou ceux que vous y avés treuvé, lesquels je porte très-ecrits dans mon cœur, & n'épargneré rien pour les secourir. Ceux qui auront été fidèles en Nostre Seigneur auront une consolation indicible d'avoir soufert pour son amour. Outre l'attente des deniers du Uoy, nous ne laisserons de voir avec nos amis ce qui se pourra, ».V; vous faire tenir au moins de quoy vous sustenter. Je ne doute pas que la fin de cette afaire ne soit bonne, ainsi que je voy les choses disposées : ce qui m'en déplaist, c'est la longueur, que nous tasclierons d'abréger.

Et vous, mes très-chers Pères, je vous suplie cependant, pour ne point augmenter la peine que je soufre pour vous, par la compassion de vos travaux, de vous soulager A: conserver autant que vous pourrés. Vous ne sçavés pas ce que Dieu veut tirer de l'abisme oia il semble qu'il vous ail mis; peut-estre en ferés-vous sortir un trésor plus riche que l'on ne pense. Et quand le Roy sera contenté, s'il juge à propos de tirer du service des nostres, même pour le bien temporel de son royaume, par voye de commerce ou de service contre ses rebelles, il Ireuvera que nous sommes des gens fidèles & constans.

Jettes cependant les yeux, & voyés ce (jui se pourra faire de mieux pour le bien du pays où vous êtes, après que le nuage

présent sera dissipé & que le roy de Maroque sera satisfait Je

vous envoyé seulement l'obédience \ les facultés de Rome, qui sont fort amples.

Le Pape vous envoyé sa bénédiction, comme aussi nostre trcs-R. P. General.

L'obédience & les facultés desquelles ces lettres font mention ne

se sont pas treuvées entre le peu de papiers qui ont resté des meubles de ces pauvres religieux, non plus que d'autres mémoires. Ce n'est pas une petite merveille que Dieu ait permis qu'il en soit resté & venu à nostre connoissance.

Chacun sçait que l'on découvre plus librement ses pensées à un amy qu'à tout autre. Je veux que l'on parle au supérieur avec une sincérité toute entière, néanmoins l'esprit est toujours partagé de respect & de creintc ; mais à un amy, on luy ouvre son cœur, comme les fleurs s'épanouissent au soleil, on n'a point de reserve, car, comme l'on est sans crainte, il y a aussi plus de franchise. J'avance ce raisonnement parce quencor que j'aye trouvé assés de preuves qui font connoitre le désir extrême de soufrir qu'avoient ces Pères, par les lettres qu ils envoyoient à leurs supérieurs, toutesfois j 'en ay rencontré une du R. P. Pierre, qu'il écrivoit dans la confidence à l'un de ses plus intimes amis >k anciens compagnons, qu'un même sentiment de zèle avoit autrefois lié d'une amitié saincte. Je me persuade que, par sa lecture, on verra mieux cette ardeur seraphique qui l'a fait consommer dans l'exercice de la charité. Elle a ce tiltre :

Desiderium animœ ejus tribuisli ei, Domine, cj volantate lahiorum ejus non fraudasti eiun, posuisti in caplte ejus coronam de lapide pretioso, id est. omnibus an<justiis\

Lettre du P. Piekre d'Alençon \v P. Joseph de Vitré.

Les lettres étant ouvertes au Maroc, les commereantf: français lut ont recommandé une i/rande réserve. — // <?.</ détenu en esclavage. — -Sa captivité va devenir plus dure si Ra:dly larde à venir.

[Delà prison de Mcrrakecli. aoiH]- 1625.

Mon V. & très-honoré Père, humble salut en Nostre Seigneur.

1. Psaumes, \X, 3, 4- note i. T.e P. François d'Angers n'a donc

2. SurcoltedalcrcstiUi('c,\ .m/in.ji. 1 3g, pas placé la présente lettre à sa vraie date.

HISTOIRE DE LA MISSION DES PP. CAPUCIXS AU MAROC l39

Cette occasion présente est si précipitée que je ne puis luy faire violence pour l'arester. quoy que je m'en évertue, si bien que vous n'aurés maintenant que ce mot de vostre fidel amy, joint aussi que les marchands Irançois auxquels je fais tenir mes lettres pour la France mont prié instamment de ne rien écrire qui puisse fâcher les Mores, de peur de les mettre en peine. Toutes nos lettres sont vcues, disent-ils, avant que de sortir de Barbarie; contcntésvous donc que je vous die en deux paroles que par la grâce de Nostre Seigneur je suis esclave, & dans un pays doù la sortie est plus dificile que d'aucune autre terre qui soit dans l'univers. Nous avons banqueté cent >S: cent fois avec la très-haute pauvreté, i\ostre

bonne maitresse Il y a neuf mois' qu'elle nous fait l'honneur

de nous aprester tous les jours nostre couche à terre avec tant de sua^'ité que les roses iSc les lys qui jonchent les lits mollets des plus grands rois nous seroient en vérité des épines mortelles.

Pour les nouvelles de ce pays, je n'oserois presque vous rien dire sur ce sujet, de peur que vous racontant une conqueste miraculeuse, entre les autres, que Nostre Seigneur a faite par ses indignes serviteurs, je n'en empesche l'entière consommation.

L'on nous prépare les chaines tSc les fers, avec la faim, si monsieur le chevalier de Razilli ne vient bientôt. Vienne tout l'enfer ensemble pour nous gesner, je ne croy pas que leur fureur soit plus forte que nos désirs de soufrir infiniment jîour nostre bon Jésus.

Nagueres un jeune écolier de bon lieu, après avoir fait quelque batterie, se retira vers la Basse-Bretagne, d'où voulant passer en Espagne, il fut pris par les Turcs, près de la côte d'où il étoit party, & amené en ces lieux. Il est très-beau de corps & d'esprit. Le Roy le tient enfermé avec defence à qui que ce soit de luy parler, sur peine de ciM(j cens coups de bâton, horsmis les euneuques. Il y a sept ou huict mois qu'il soufre pour la foy . Je ne manque de courre tous les hazards pour encourager son esprit ^: sustenter son pauvre petit corps. Il est fort proche parent de mademoiselle de La Trous-

I. Cette mention permet d'établir que capucins à leur supérieur le P. Josepli de la date de celte lettre est la même que Paris (V. p. i33), car les neuf mois .sont à celle de la lettre adressée parles deux PI*. compter de novembre i624(V. p. i3o, n.4).

i/jo 1G25-1629

sanais. de ^ itré, lV de tout plein d'autres conseillers de Rennes. Il a nom Guido Jacopin. Je le recommande instamment à vos prières. Il a très-bien étudié, aussi est-il plein de coui'age en son martvre. J'espère que le Roy le donnera à monsieur le Chevalier, avec tous les François, aussitôt qu'il sera de retour.

Il finit cette lettre comme S. Paul & les autres apostres presque toutes leurs Epistres, avec des recommandations pleines d'une

saincte charité La suscription est: Au V. Père Joseph de Vitré,

Gardien des Capucins du convent d'Angers.

Je commence le narré de cette année par l'échantillon d'une pièce que l'on verra un jour étendue dans la vie du R. P. Joseph.

Le R. P. Joseph étoit, comme j'ay dit. Commissaire apostolique des Missions étrangères; comme bon fils ^: bon sujet, il étoit soigneux de rendre compte de sa commission aux eminentissimes cardinaux de la Sacrée Congrégation pour l'étendue de la foy". Il leur donna avis de sa mission de Maroque, ainsi qu'il se remarque par une lettre de cette Congrégation, de Rome, le 28 janvier, écrite au R. P. par l'ordre de la susdite Congrégation. Elle est en italien, je la donne en françois. La suscription est au R. P. F. Joseph de Paris. Prédicateur Capucin.

1. Cette date est placée en marge dans Ludovisi, préfet de la Propagande, seront l'édition princeps. publiées dans /''' Série. Dépôts divers,

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