‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 122 sur 362 · I. Cette date est placée en marge dans l'édition princeps · texte numérisé non relu

I. Cette date est placée en marge dans l'édition princeps

HISTOIRE DE LA MISSION PES PP. CAPUCINS AU MAROC l8l

lettres en lesprit du roy barbare & en conséquence quel soulagement les esclaves en receurent. Je n'ay aussi pu sçavoir quand ce rov lefourna de son voyage, ny rien apprendre de la peste qui se rendit cette année universelle dans tout ce royaume, quoy que j'aye deux lettres de ces Pères du 26 décembre, qui asseuroicnl seulement le R. P. Joseph & monsieur le Commandeur de la réception de la dernière dépesclie. Par icelles je suis certain que le Roy étoit encor près de Saphy & que la peste n'éloit pas dans leur prison.

Mais par des conjectures que je tire des mémoires & des circonstances de leur mort, il faut croire que le Roy se rendit à Maroque au mois de janvier, ou du moins à la fin de février, ik qu'à son arivée, son esprit étant adouci par l'espérance dune paix future, que ces lettres luy promettoient en bref, il donna un peu plus de liberté à ces Pères. Ou bien il faut juger que, la peste étant générale, les esclaves de la grande Cezenne demandèrent ou achetèrent la liberté de pouvoir estre secourus dans le péril de la mort où ils étoient tous réduits; parce que toutes les relations que j'ay de diverses personnes en différents voyages asseureut qu'ils moururent de peste, que le R. P. Pierre prit le premier, assistant un Portugais esclave, qui en étoit malade. Et il est certain qu'il n'y avoit dans leur prison que des François de l'équipage de monsieur le (Commandeur — & encore en étoicnt-ils séparés — avec les gentilhommes qui avoient suivi ce généreux chevalier. Ce fut donc dans la grande Cezenne, où en efet la peste étoit furieuse, parmy ces captifs de diferentes nations, où le P. Pierre fut frappé de ce mal, en les assistant, comme assurent nos mémoires.

La peste suit de fort près la famine, aussi ne se faut-il pas étonner si elle parut dans ce royaume, où la faim depuis deux ou trois ans coupoit tous les jours la goi'ge à plusieurs personnes. Elle y fut de vray si furieuse quelle fit mourir en un mois ])\ufi de cent mil Arabes, selon une relation, & une autre en compte jusques à cent soixante mil & plus en un an, qui sont de grands nombres pour peu de temps & en petit espace, sans parler de ceux qu'elle avoit chassés. Et après qui s'étonnera de la sçavoir dans une prison. 011 environ douze ou quinze cens esclaves chrestiens languissoient de faim, accablés de tant d'autres misères que la moindre pouvoit

iSa 1626-1629

alirer la peste, qui prit enfin possession au commencement de cette année de la grande Cézanne, & de prison de captifs la changea en hospital de pestiférés?

En cette calamité publique, la cliarité de ces bons Pères leur ouvrit le cœur, pour voir que Dieu leur proposoit un autre moyen pour estre martyrizés que celuy d'un bourreau. Ils s'engagèrent volontairement, par un généreux mouvement de la charité, entre ces pauvres Chresliens, sans s'épargner, ofrant leurs vies, selon le conseil apostolique, pour le salut de leurs prochains, avec tant de zèle, que, sans pensera leur conservation, ils rendoient à ces malades tous les ofices de pieté qu'ils pouvoient, aussi bien pour les corps que pour les âmes. Et. ce qui est admirable en leur charité, ils secouroient indiferemment tous les malades, les Arabes comme les Chrcstiens. Et, au rapport du sieur Aliberque', marchand flamand résidant à Salé, ils convertirent beaucoup d'heretiques & infidèles & administrèrent à tous les saincts sacrements. Ce qui donne sujet de croire que, ce mal étant si grand, chacun ne pensoit plus qu'à se garentir par la fuite, â: eurent par ce moyen la liberté d'aller par toute la ville chercher les malades pour l'exercice de leur charité & de leur zèle. Et, sans mentir, il n'étoit plus besoin de reserver pour la mort des personnes que la peste cherchoit & qui s'exposoient eux-mêmes dans les périls d'où il n'en échape gueres.

Enfin le R. P. Pierre fut frapé de la peste, rendant à un chrestien portugais les assistances nécessaires pour le salut de son ame & le soulagement de son corps, par quelques services dont il avoit besoin. Et après avoir résisté au mal quelque peu, la violence l'obligea d'y céder, il s'alita, & peu après il mourut, le 22 de mars. Et le R. P. Michel, qui avoit gagné le mal en le servant, ne vescut que cinq jours après. Ils étoient si fortement unis en charité qu'ils ne pouvoient estre plus long temps séparés. Et d'autant que le sang de Jésus en sa croix étoit le ciment qui les avoit joints ensemble au désir de partager avec luy ses soufrances, voila pourquoy il ne permit pas qu'ils fussent séparés plus d'espace que celuy de cinq jours, nombre qui est mystérieux en ce qu'il désigne la Passion

I. Alibertjiir. Abrali.Tm van Liliorgi'ii. Cf. j). iii, noie 4-

HISTOIRE DE LA MISSION DES PP. CAPUCINS AU MAROC l83

du même Sauveur en ses ciiKj principales douleurs & playcs plus notables.

Mais aussi il étoit juste que la ferveur & la libéralité, qui avoient eu plus d'éclat au R. P. Pierre, fussent recompencées de cette avance. Et croy que la clarté qui parut sur la teste de ce grand serviteur en expirant étoil la marque glorieuse de ces avantages, comme celle de sa charité & de sa gloire. Cette clarté fut vcuc de grand nombre de personnes (|ui assistoient à sa mort, qui en demeurèrent ravis. Et on a sceu depuis cette vérité par des personnes' sans soupçon d'interest, mais très-sinceres. Ainsi, je puis asseurer que sa mort fut précieuse, puisque sa vie a été dans liimocence, au moins depuis sa conversion.

Le neveu de monsieur le Commandeur", avec plusieurs autres gentilshommes & grande partie des esclaves françois, moururent aussi de ce mal, en ce même temps, comme les enfans qui suivent leurs pères, les disciples leurs maistres.

Non seulement les Chrestiens & les esclaves ressentirent avec tendresse la mort de ces Pères, mais aussi les Arabes : & le Roy même en témoigna du regret. Et pour preuve donna de l'argent aux Clircsliens pour les faire enterrer avec le plus de solennité qui se pourroit selon le lieu >k la saison, dans le cimetière des Chrestiens esclaves, & furent mis l'un près de l'autre. Ce que je trouve digne de grande considération, est que les Mores aussi bien que les Chrestiens avoient leur sepulchre en veneralion, y aloicnt souvent par dévotion, en prenoient de la terre pour la conserver'.

liihiiolhèqac Aationalc. — Imprinu'x. (f j 03. — L'histoire de la mission des pères capucins... au royaume de Maroque, pp. 39-252.

I. /)(?s p<?rsonnes... En marge on lit cette tombeaux des saints personnages est très

note: « Ce furent (les marchans anglois répandu en Algérie et au Maroc. Il n'y a

& holandois, le consul des François à Salé pas do maison, de tente ou de gourbi où

& plusieurs esclaves. » l'on ne trouve, précieusement conservée

a. Sur ce neveu d'Isaac de Razilly, V. par les femmes dans quelque chiffon, do supra, p. 179, note a. t I II 1 -

3. L'usage de recueillir de la trrr.^ aux '••' « ^'"'^ '''' "'^iral'onts » ùvia^.'ji' <->'jr-

i84 i8 FÉVRIER iGag

INSTRUCTIONS POUR RAZILLY

Grenoble, iX février 16:29

An <los : Instructions au s' de Razilly.

Le sieur de Razilly aura soing de faire mettre en estât, pour partir dans le dixiesme jour de mars au plus tard ', les six vaisseaux^ dont le Roy luy donne le commandement pour aller à Maroc rachepter les esclaves François qui y sont, prenant garde à faire ledict rachapt en sorte qu'il ne soit circonvenu par la mauvaise foy de ceux avec qui il aura à trailtcr, comme il a esté par le passé ^

Il tiendra la main à ce que tous les équipages de cet embarquement reçoivent la solde de deux mois et que lesdictz vaisseaux soient garnis de victuailles pour liuict mois, lesquelles seront mesnagées en sorte quils n'en puissent manquer pendant le cours de leur voiage.

Lesdicles victuailles seront délivrées aux capitaines qui en demeureront chargez, pour leur estre, au cas qu'ils demeurent moins que

I. Le fléjiart d'Isaac de Razilly dut èlre ceux qu'il trouverait à la mer. Louis XIII plusieurs fois retardé. A la date du i4 lui écrivit le 17 mai 1621J de ne pas metavril itizg, la reine-mère lui envoya en tre à la voile avant de nouvelles instructoute diligence par Du Chalard l'ordre de lions. Ibidem, p. 271.

convoyer avec son escadre jusqu'au Havre- 2. Dans la lettre de Marie de Médicis

de-Gràce quatre-vingt-dix navires chargés à Razilly du li avril 162g (V. note i), il

de sel et venant du Brouage. ^ . Généalogie est question des « sept vaisseaux qui sont

Rasllly. p. 270. La paix avec r.\nglcterro equippez en Brouaige n. En réalité le

signée le 24 avril 1629 vint apporter Chevalier partit avec une escadre de dix

un nouveau retard au départ de Razilly, navires. V. infra. pp. 206-208. car celui-ci, outre sa mission au Maroc, 3. Allusion au guet-apens dont avait

devait « entreprendre » contre les .Vnglais été victime la mission de Razilly en 102/4.

de l'île de Saint-Christophe et contre tous \. supra, p. 107.

INSTRUCTIONS POUR RAZILLY 1 85

lesdictz huicf mois à la mer, dcsduictes sur les soldes qui pourront estre deues à tout lequipage lorsqu'il sera de retour.

Ledict sieur de Razilly advertira tous les capitaines et autres qui seront sous sa charge de se tenir en la discipline de la guerre et autres bons usages de la mer, en sorte qu'il ne puisse à leur retour y avoir subject de plainte d'eux pendant leur voiage.

Si, pendant le cours de sa navigation, il rencontre quelque Hotte ou vaisseaux hors des termes de l'amitié, Sa Majesté luy donne pouvoir de les attaquer, s'il juge par raison estre assez fort pour s'en rendre maislre ; mais auparavant que d'en venir aux mains, il tiendra conseil et ne fera rien qu'avec meure délibération.

Au retour de ^laroc. il costoyera la Virginie et les lieux où les Anglois font leur poisson sec, et, trouvant l'occasion propre, il pourra s'en saisir et les prendre comme ennemis '.

Faict à Grenoble le dix-buictiesme jour de febvrier mil six cens

Signé: Le card. de Richelieu.

vingt-neuf.

Par mondict seigneur :

Sifjné : Charpentier.

Archwes du manjuis de Rasilly. — Ori(/in(il-.

I. Ce paragraphe fut modifié par la note i. afifi et note 8. signature de la paix avec l'Angleterre. V. 2. l'uhlié dans la (icnéalmjie de la Ja-

supra, p. 184, note i, et infra, pp. 265 et mille de liasilly, p. aCij.

i86 i8 JUIN 1629

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