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présente & pressante de tant d'àmes en péril d'un naufrage éternel.
Ce n'est pas sans sujet, comme on peut connoitre, qu'ils avoient tant solicité pour l'envoy de M. le Commandeur ou de quelque autre, ou à tout le moins d'une lettre de Sa Majesté en faveur des Chrestiens. Car, outre les dispositions qu'ils remarquoient en ce prince, qui eussent rendu le traité de paix plus facile, les misères se multiplioient en ces pauvres captifs. Et pource que les habitans de ces côtes les crevn-ent estre abandonnés de tout secours, chacun se retira d'eux, &les marchands chrestiens, qui quelquefois les avoient aidés, refusèrent depuis de les secourir. Les Percs mêmes & les gentilhommes qui restoient perdirent leur crédit; on ne leur voulut plus rien avancer, voyant leur liberté désespérée, aussi bien que le retour de monsieur le Chevalier. Ceux qui étoient en avance ne pouvoient estre remboursés, & ces plaintes rctenoient les autres de s'y engager. Et pource que les Pères ne recevoient aucune nouvelle de France, que l'on sçavoit là estre en guerre, ils la jugeoient en mauvais état, veu qu'on n'en mandoit rien, croyant bien asseurement que la jjrosperité eût été publiée.
Le roy de Maroque étoit, ce mois d'aoust. en la campagne vers Saphy, près l'isle de Mongador, en dessein d'y faire un port qu'il pretendoit fortifier. On tira trente Chrestiens de la Cezenne pour les y conduire, afin d'y travailler. Ces pieux Pères apiehendoient bien fort qu'au retour de là il n'execulât sur les Chrestiens ce que les ocasions pressantes de son Estât l'avoient obligé de diferer. Il est vray que si M. le Commandeur fût lors arivéà cette côte, tandis que le Roy étoit si proche de la mer, il eût encor remporté une heureuse & prompte issue de son traité.
Les frères de ce prince avec les méconlans pensoient à son nouvel avènement luy donner de la peine, mais il les rengea & se fit rendre obéissance de tousses sujets, ce qui leur imprima le respect & la crainte, de sorte qu'il étoit redoutable par tout son royaume & regnoit en grande paix avec beaucoup de douceur. Il étoit fort civil, qui ne vouloit estre vaincu par courtoisie'. Aussi est-ce le sujet
I. Ces détails sur le caractère de Woiiloy contraires aux portraits que les liisloriens Abd el-Malok ben Zidùu sont absolument ont tracé de ce prince. Ils sont d'ailleurs en
HISTOIRE DE LA MISSION DES PP. CAPUCINS AU MAROC l'y
que les Pères avoient de faire instance pour obtenir une lettre de Sa Majesté Très-Chrestienne.
Une puissance irritée est redoutable. Les rois sont comme les foudres qui n'employent leurs efforts que contre les corps qui leur font de la résistance et se contentent de toucher ceux qui fléchissent sous leur pouvoir. Ainsi Esther baise lextremité du sceptre d'Assuerus.
Ce monarque afi icain fit avouer cette première vérité. Car enfin sa patience lassée par quatre aimées, croyant que son honneur étoit blessé par un manque notable <k public de parole, résolut, au retour de ce voyage, de faire, comme jay dit, tous les Chrestiens esclaves mores ou de les faire cruellement mourir. De quoy les Pères furent avertis.
Si ces nouvelles leur touchèrent encor le cœur d'allégresse, je le laisse à penser.
Ils jugèrent qu'il étoit à propos de taire passer la mer à leur joye, donnant avis du sujet qu'ils en avoient, premièrement au R. P. Joseph, qui les avoit envoyés, en qualité de Commissaire Apostolique des Missions Etrangères, ce qu'ils firent par une lettre du 3 octobre ', quatre ans après leur arrivée en ce païs-là. Elle est signée des deux PP., ce qu'ils n'avoient encor faict. Ce qui étoit un présage de leur prochaine union dans le Ciel. J'en propose la copie toute entière, rpie jay prise dans l'original, comme jay fait des autres.
Lettre des IM*. IMkhue d'Alen(;o.\ et Michel de Vezins AU p. Joseph.
Aucune inlcrvcntiim de lu Fninrc ne s'étanl pruilnile. les ntniheurs préi'us sont .sur le point d'orrircr. — Ils ont été prérenus tpte le dliérif allait
COI itrailic lion avec ce qu'a l'crltlel*. l''raii(,"ols nt's ici par le I'. l'Vançois (l'Angers sont lires
dWiigcrs ci-dessus (p. ifig), déclarant (]uc d'une letlre d'un l^ére capucin de la mission,
Moulay .\bd oI-Malck « étoit cruel comme lequel sachant cpie ce qu'il écrivait serait
un autre Néron». — John Harrison raconte lu au maklizen se sera montré prodigue de
q\i'ou l'appelait « tlie mad king » (^i''' Série, louanges envers le Chérif.
Angleterre, /fc/n(ion»/t'./. //«rr/son. 8octol)re i. I^a date donnée plus bas (p. i-ij)
iCi'io). — Il est probable que les détails ilon- dans la copie de la letlre porto : ô octobre.
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les condamner i) mourir ou à renier leur foi. — Ils se préparent nu martyre et font leurs adieux au P. Joseph. — S'ils viennent à mourir il ne faudra pas pour cela négliger le rachat des autres captifs Français.
Merrakcch, 5 octobre- 1G28.
^lon R. & Très-Magnanime P.
Je regrette en mon cœur de vous importuner par tant de lettres, & sans mentir, si la nécessité ne forçoit la loy en ce j5oint, je ne consentirois pas à cette importunité. Nous sommes travaillés plus que jamais, v^ certes, si nous voulions croire nos sens, il nous ennuyeroit de vivie. Les malheurs que j'ay preveu de si longtemps & contre lesquels j'ay tant de fois invoqué en vain le secours de la France, sont enfin loml)és dessus nos testes. Le lion est entré dans nostre bercail, il déchire cruellement les âmes, rien ne s'oppose à sa violence, la foiblesse des Chrestiens cède à la moindre menace, on ne voit que regrets. Au moins, si nous pouvions voir en face cette besle sauvage, peut-estre dompterions-nous sa fureur, par le pouvoir de la divine raison, ou par la magnanime efusion de nostre sang. Mais hélas! nous sommes arrestés dans une étroite prison, d'où l'on ne peut entendre nos soupirs 6: nos cris. Nos écrits ne peuvent rien répliquer à la terreur des tourmens presens, il seroit besoin danimei- ces petits courages par nostre exemple, ou au moins par nostre vive voix ; mais les jugemens de Dieu qui nous tiennent si serrés dans nos liens ne nous ont pas permis jusques icy de pouvoir satisfaire selon nos désirs ny à 1 un ny à l'autre. J'espère néanmoins que bientôt nous accomplirons tous les deux, étant ja condamnés, ce dit-on, à mourir ou à renier la foy. tSt quelques uns de nos compagnons qui servent le Roy en son armée nous ont mandé que cela est arcsté. & que nous préparions les courages de ceux qui sont avec nous, pour soutenir vaillamment un si grand assaut. Grâces à Dieu, cet arrest a redoublé à l'infiny l'ardeur des désirs que nous avons toujours eu de sacrifier nostre sang à Jesus-
Christ, nostre très-aimé & honoré Seigneur Quelque nombre
de captifs qui vivent avec nous participent à celte joye.
Quant au reste, je ne sçaurois (jue \ous du'c pour ce qui louche
HIST01HE DE LA ^IISSION DES PP. CAPUCINS AU M VMOC l'Q
les inoNCiis que Ion doit tenir en Fiance pour nostre libellé. Car vous convier à la prompte exécution des promesses déjà faites & renouvellées chaque année, peut-estre seroit-ce chose inutile après nostre mort ; vous dissuader aussi absolument de vous employer davantage à nos libertés, peut-estre seroit-ce contre la prudence, ne sçachant pas si la Providence de Dieu dissipera encore cette fois limpatience & la fureur du roy de Maroque, pour nous reserver à d'autres ocasions pour son service, joint aussi qu'encor que fussions morts, il restera toujours beaucoup d'autres pauvres François à qui on fera une insigne charité de procurer leur liberté par la paix. Faites donc en cela tout ce que le Sainct Esprit vous inspirera.
Je SUIS pour jamais. Mon U. i'., vos très-humbles tk
obeissans serviteurs en Nostre Seigneur,
F. Pierre d'Alençon, cap. ind.
& F. Michel de Vezins, cap. ind.
De Maroque, ce 5. octobre 1628.
LeR. P. Pierre écrivit une lettre pour son particulier au R. P. René d'Angers, qui avoit été plusieurs années son Gardien, en qui il avoit une singulière confiance, aussi étoit-cc un fort excellent religieux, & d'une rare pieté'.
Il eu d;illc une de deux jours après à monsieur le chevalier de Razilly, pour luy faire aussi son adieu. U l'asseure que sa joye est redoublée par le courage que Dieu avoit donné au neveu de ce bon seigneur' ik aux autres gentilhommes qui restoient encor en vie
1. Cette lettre, toute d'édification, est tesse de Soissons, les Etats-Généraux des sans intérêt pour l'histoire du Maroc. Provinces-Unies avaient écrit à Moulay
2. Gabriel de Ra/illy, lils de François Zidàn pour intercéder en faveur du prisonde Razilly et de Marguerite de (llerinont, nier et demander son élargissement. V. né vers i6o.5. Il servait comme officier flans supru. Doc. XXVI, p. laGet i'^'^ Série, Paysl'escadrede son oncle Isaac de Razilly, lors Bas, t. III, à la date du 7 octobre 1627. de sa mission au Maroc en 162/1. Il fut Gabriel de Razilly mourut de la peste à retenu en captivité avec les PP. capucins Merrakech à la fin de mars 1629. V. Géet l'escorte qui était descendue a terre à néatoyie de la famille de RasUly. pp. 288, Safi. \ la requête du comte et do la rom- .Hi.T et inj'ra. pp. IiS3, 312, 2l5.
dans la même prison, qui protestèrent ne rien faiie indigne de leur sang & de leur créance, embrazés qu'ils étoicnt du désir de soufrir le martyre, & promet qu'avec l'aide de Dieu leurs efets ne démentiront jjoint leuis resolutions magnanimes. Ce sont les fruits des labeurs & des exemples de ces deux excellens leligieux, car celte jeunesse ne s'éloit pas embarquée à ce dessein. Mais il n'apartient qu'à Dieu à changer les cœurs & employer en d'illustres usages les vaisseaux destinés aux prophanes.
Tandis que ces deux braves champions de Jesus-Christ se preparoient, pour se rendre dignes du bonheur auquel ils s'attcn-
doient , Dieu, qui les reservoit à une autre sorte de martyre,
permit que le roy de Maroque n'exécutât pas sa resolution, outre qu'il n'en eût pas été le temps commode, car étant loujour-s empesché à son dessein de Sapliy, il ne i-elourna à Maroque sinon au commencement de l'année suivante, & Dieu retira ces deux seraphiques Pères, ainsi que nous dirons, au mois de mars.
En décembre de cette année, ils receurent des nouvelles de France par une lettre du R. P. Joseph & ime de monsieur le Chevalier, & dans ce pacquet il y avoit une dépesclie de ce seigneur au roy de Maroque : à l'ouverture du pacquet, ils jugèrent le retardement de leur couronne. Ces lettres furent longtemps avant d'ariver : elles étoient du mois d'avril & de may : tJc [ils] rendirent leurs compagnons esclaves participans de ces bonnes nouvelles, À: les envoyèrent avec la dépesche de monsieur le Commandeur à Sa Majesté à Saphy, par un exprès, & y en joignirent une de leur part. Le Roy commanda à son interprète de les translater toutes afin de les considérer. Le R. P. Joseph écrivoit aux marchans de Mazagan afin de les disposer pour servir fidèlement au rachapt des cajîtifs, si d'aventure il arivoit qu'on fùl obligé de les y employer.
Je n'ay rien tieuvé qui fût asseuré de ce que produisirent ces