V. p. ig
3. Cf. i" Série, .Angleterre, Relation J. Ilarrison, 8 octobre i63o.
/|. La plus grande confusion a régné au sujet de ces désignations dans les auteurs du xvii'' siècle, et elle se retrouve même dans des documents cartographiques II en est résulté quelques divergences dans les récits des événements, surtout dans les ouvrages de seconde main. Dans tous les temps, le nom do Salé semble avoir été employé d'une façon générale pour designer l'onsomble des villes situées à rcmboucluire de l'oued Bou Regrag. L'arrivée des Moriscos ne changea pas cet usage et l'on appela même « Salélins » les pirates qui
s'étaient fixés presque exclusivement à Rbat (Salé-le-Neuf). Pour l'intelligence des faits, il est nécessaire de bien préciser la topographie et la dénomination des lieux situes à l'embouchure du Rou Regrag et formant le groupe Rbal-Salé, plus connu aujourd'hui sous le nom de Rbat. .\ l'époque de l'installation des Moriscos on distinguait sur la rive gauche du Bou Regrag : ["la kasba (alcassava) habitée par le caïd et la garnison du Chérif, puis pendant un certain temps par les llornaclieros 2" la ville de Salé-le-Neuf, l'ancienne Rbat des Almobades, reconstruite par les Moriscos. Cette ville était souvent appelée par les contemporains Arrabal, Arrabal de Salé, Arrabal do l'alcassava, ce qui introduisit un nouvel élément de confusion. On sait que le mot espagnol « arraval » (venu de l'arabe
) Jl très voisin comme prononciation de
Er-Riibat lai Jl) a la signification de faubourg. A deux kilomètres en amont de Salé-le-Neuf (Rbat) et sur la rive gauche du Bou Regrag on trouve les ruines de la ville de Chella. Sa fondation, d'après quelques auteurs, serait antérieure à la Salé des Carthaginois, qui lui aurait même emprunté son nom, d'où il est résulté pour quelques auteurs une nouvelle équivoque. Enfin sur la rive droite du fleuve s'élevait la ville de Salé proprement dite, appelée Salé-le-Vieil depuis la reconstruction de la ville de Rbat par les Moriscos. Dans son Histoire de Barbarie. ..,1e P. Dan place par erreur Salé
LES MOmSCOS A SALE ET SIDI EL-\^.\(:lll 1 Ç).")
('■lat de choses ii était résulté pour les Hornaclicros, premiers occupants, une situntion prépondérante. Ils s'étaient constitués « en forme de seigneurie republicque, dominative et successive à soy », sorte de conseil communal imité de l'Espagne (cabildo) ; le pouvoir appartenait à un gouverneur élu annuellement assisté d'un divan. La nouvelle république avaitété reconnue à sa naissance par l'Angleterre qui, sur le conseil de J. Harrison invoquant le précédent d'Alger, se décidait à entrer en relations et à traiter avec elle. De leur côté les Moriscos avaient mis en liberté plus de cent quatre-vingt-dix esclaves anglais et avaient écrit à Charles I'"' (i8 avril 1637), l'assurant du plaisir qu'ils auraient « à le servir de leurs vaisseaux et de leurs personnes' ».
Mais la domination des Hornacheros finit par peser sur les Andalous de Saléle-Neuf. Ceux-ci, de beaucoup les plus nombreux, réclamaient ajuste titre une part dans le gouvernement et les revenus de la douane -, qui étalent dépensés en travaux de défense constituant une menace pour leur propre existence. La Kasba leur répondait par des coups de canon, qui Ibrt heureusement faisaient peu de dommage dans des maisons construites en pisé ^ Par contre, Salé-le-Neuf tenait la Kasba étroitement bloquée par terre, et celle-ci ne pouvait se ravitailler qu'en communiquant par le fleuve avec Salé-lc-\'ieil ; elle y entretenait un détachement de ca\aliers toujours prêts à opérer des razzias sous les murs de Salé-le- Neuf.
El-Ayachi avait vu avec non moins de plaisir que Moulay Zidân l'établissement des Hornacheros à Salé. Il espérait que ces ennemis de l'Espagne lui fourniraient un précieux appoint dans ses expéditions contre les « frontcras ». La prise de El-Mamora par les Chréliens avait indigné son âme de a moudjahid » et il voulait à tout prix les déloger de cette place. Son influence s'étendait maintenant à tout le pays compris entre Taza et le Tamesna ; les chefs des tribus et les notables lui avaient reconnu par un acteoUiciel l'autorité suprême pour diriger la lutte contre les infidèles '. El-Ayachi, afin d'entretenir le zèle des k croisés » de l'islam, les entraînait à de continuelles attaques contre El-Mamora,
Ic-Vicil ail sud du Bou lîcgrag et Salé- inscrit sur les rogislrcs de la douane pondant
le-Neuf (Hbal) au nord du fleuve. Cette ces dix années. Cf. 1" Série. Espagne,
confusion est reproduite dans des plans Rapport du P. Maihias de San Francisco à
conservés au Service liydrwjrapliiqne de la la date du 28 mars i63g.
Marine, Porlefcuille tio, D"" i, pièces 2 et 3. Cette remarquede IIarrison(/™ .SVne,
'5. — V. les vues de Salé, PI. I, p. 187 et Angleterre, 8 octobre i6.3o) sur le peu
l'I. II. p. i()i. d'cHicacité du tir de l'artillerie contre les
1. \. /•■' Série, .\ngIelerro, Lettre des constructions maure.sijues en pisé est encore Miiriscos de Salé à Charles /"■. 18 avril 1627. absolument exactit aujourd'hui, et elle a été
2. Les douanes consliliiaient déjà un vérifiée dans toutes les opérations contre revenu très important, si l'oiien juged'après les oasis sahariennes.
le chilTrc altiint par les prises pendant la /|. El-Oufràni. p. !,!,(>. Cf. El-Ma-
période décennale de iGjg à iBSg. Le P. werdi. Traduction Ustkokog, t. Jl, Titre
.Mathias de S. Francisco affirme par serment quatricmc, De la collation de la commanderie
avoir vu le cliifTrede 27 millionsde ducats, de Guerre Sainte, pp. i-ki.î.
De Casikiks. III i3
ig^ INTRODUCTION CRITIQUE
Larache et Tanger, voire même contre Tétouan, dont le mokaddem Abdallah en-Neksis ne s'était pas rallié à sa cause *.
Les Hornacheros, après avoir répondu pendant quelques années aux espérances du Marabout, se fatiguèrent de ses exigences pour la Guerre Sainte et accentuèrent déplus en plus leur indépendance et leur autonomie. Une hostilité sourde s'établit dans leurs rapports. Quand, en juillet 1629, le chevalier de Razilly vint mettre le blocus devant Salé, El-Ayachi faisait des vœux pour que l'escadre française démantelât la Rasba, le seul point qui l'empèchàt d'être maître de l'embouchure du Bou Regrag-. Mais Razilly, gêné par la lourdeur de ses navires, ne put affronter la barre et obtenir un résultat aussi complet ; force lui fut de mouiller à El-Mamora et de diriger de là les opérations du blocus. Au bout de deux mois, les Andalous, qui « pàtissoient grandement » de la cessation du commerce et « qui desiroient unanymement la paix», se soulevèrent contre la Kasba qui les repoussa, leur tirant « force canonades ». Néanmoins les Hornacheros jugèrent sage d'entrer en composition avec Razilly : une trêve de cinq mois fut signée le 2 octobre 1629 et le chef d'escadre put rentrer en France avec l'apparence d'un succès^.
Cependant El-.\yacbi, ne jugeant pas le moment opportun pour entrer en lutte ouverte contre les Moriscos, se porta sur Tanger avec les moudjahidin, mais le vlirilant "ouverneur Fernando Mascarenhas marcha au-devant de lui
avec la garnison et lui infligea des pertes considérables (10 janvier lëSo)*^.
Telle était la situation des partis en mars i63o quand J. Harrison se présenta devant Salé : lutte intestine entre .\ndalous et Hornacheros; incursions de El-Ayachi dans le nord du Gharb. Harrison écrivit au Marabout pour lui demander de s'interposer entre la Kasba et Salé-le-Neuf, mais celui-ci, occupé à préparer sa revanche de l'échec de Tanger et ne voyant dans tous les Moriscos que des ennemis de l'islam, refusa sa médiation. Un accord fut néanmoins signé entre Andalous et Hornacheros (i63o),dont les conditions, valables pour une durée de deux ans, étaient les suivantes : les Andalous auraient un caïd élu par eux mais résidant dans la Rasba ; ils nommeraient la moitié des membres du divan, mais celte assemblée tiendrait ses séances dans la Rasba; enfm ils auraient une part dans les revenus des douanes °.
Un rapprochement au moins momentané s'imposait entre Andalous et Hornacheros, car à Salé-le- Vieil, comme dans les tribus du Bou Regrag, on pre-
1. Cf. infra p. ^aS, Relation anonyme, de cet accord, on voit deux gouverneurs 3i octobre i63i. résider à la Kasba, l'un Mohammed ben
2. Cf. /"'Série, Espagne, Le/ire de Villa- Abd el-Kader Ceron pour les Hornacheros franco à Philippe IV, ili octobre 1629. et l'autre Abdallah ben Ali el-Caceri pour
3. V. infra, Proces-verbal d'André Che- les Andalous (sur ces personnages, V. inmin, pp. 218 et 243-246. fra. p. 209 et note i ; p. 282, note 3 et
4. V. infra. Doc. XXXV, pp. 273-281. p. 3o8, note i). Mais la méfiance continue
5. Cf. 7" Série, Angleterre, Relation de de régner entre les deux partis (V. infra, J. Harrison, 8 octobre i63o. — A la suite Doc. XLVIII, p. 870).