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voille à tous les vaisseaux estrangers qu'avons rencontré Jejiuis nostre départ ; et particullieremenl avons repoussé l'audasse de la republique de Salle, lesquelz se sont révoltez contre leur roy. Ils avoient acouslumé de s'enrichir, tous les ans, aux despens des pauvres marclians françois, et, pour cest ellait, avoient armé ceste année nombre de vaisseaux, qui n'ont pu sortir de leur port, pour aller es Terre-Neufve et coste de France', en dessain de prendre le plus grand nombre d'esclaves françois qu'ilz pourroyent. Et, ayant apris dans la rade de Salle leurs dessaingz, j'ay fait toute sorte de dilligence pour rettirer les esclaves qu'ilz détiennent. Mais comme ilz esloient mal informez des forces de Sa Majesté par mer, en se riant, demandoient cent pièces de canon et un million de livres, et que. paraprez, ilz traiteroientdepaix avecq nous, disant que le roy d'Angleterre, qui est le maisfre de la mer, a esté contraint de leur en envoyer nombre pour avoir leur amityé. Ayant entendu d'eux telle impudence, je mis les vaisseaux du Roy en ordre et fis de telle fasson qu'en trois mois ils n'ont peu sortir aucuns de leurs vaisseaux, ce qui a rompu leur premier dessain, outre que tous ceux qu'ilz avoient à la mer, pensans entrer dans leur havre, nous les avons pris oubruslez. ParticuUierement leur admirai, du port de trois cens thonneaux. armé de vingt pièces de canon, et d'esquipage cent quatre-vingtz hommes, feust contraint de s'eschouer à une lieue de La Mamore, où, à coups de canon de ceste Hotte, on leur tua un grand nombred honunes ; le reste fut noyé et partye sauvez à la nage, aprez avoir rendu trois heures de combat. Enfin feust bruslé, comme aussy deux autres navires de deux cens thonneaux, bien armez en guerre, que nous avons contrains de s'eschouer. dont l'un a esté bruslé à la veue des Espaignolz de La Mamoie, outre que nous avons pris trois vaisseaux de guerre de cent cinquante à deux cens thonneaux avecq une barcpie françoise qu'ilz avoient prise. L un desquels vaisseaux ne peut estre atrapé que par une patache oUonnoise, que mons' Du Challard' et moy
1. Sur les entreprises des pirates de Rocjuelaurc, servit dans la marine avec dis- Salc contre les pcîcheurs de Terro-Xeuve, tinction ; déjà gouvernciir de la Tour de V. suivra, p. 1^7. note i. Cordouanen i6ig, iirétaitencorc,auraoins
2. Priam Pierre Du Clialard, d'abord en titre, en 1679 (Bibl., Nat., Pièces origiattaclic comme gentilliomme au duc de iialcs. vol. 6^8, cote JÔ2Ô6, pp. G et 7).
LF.TTHE nr. liAZlILY A ItlCHELlEl' 201
avons armée, où il y avoit ciii(|iianlc hommes et six pièces de canon, et dans le vaisseau ennemy y avoit quatre-vingtz liommcs et douze pièces de canon . (pii. aprez trois heures de combat, i'ciisl a horde par le dit OUonnois. où les soldats? courageusement renlcvoient à coups d cspée. Il ne demeura dedans que soixante homnies; le reste feust tué au combat.
Ses navires fuient tellement fracassez et brisez de coulis de canon (jiiil nous cstoit du tout impossible de les amener en France, ce qui nous a obligé de les vendre à un François espagnolizé', qui nous en a donné, pour deux et cinquante Mores, saize mil livres paiables à S' Mallo. Dans ces vaisseaux, il s'est tiouvé vingt François esclaves, que nous avons dans la flotte, et trente Espagnolz ausquelz j'ay" redonné liberté, au nom du Roy et de Vostre Grandeur, ipie j'ay envoyez au gouverneur de La Mamore. où. en suite de ce, j'av lait escorter plusieurs navires espagnolz qui venoient aporter des vivres à ladite Mamore, qui en estoit mal garnie. Hz passoient à l'ahry et fabveur de ceste flotte, qui eussent tous esté pris sans nous. Ce qu'ayant sceu, le duc de Medine m'en a escript deux lettres de remercyement. auquel j'ay fait responce que c'estoit V. G. qui m'avoit commandé de protéger tous les vaisseaux espagnolz.
Or, les prisonniers tui'cqz cpic nous avions pris dans les susditz vaisseaux me prièrent instamment d'envoyer un navire à la rade de Salle et m'asseuroient que ceux dudit Salle rendroicnt les esclaves françois pour eulx ; où, à cest elfait, j'envoyey à leur rade mons' Du Cliallard avecq son navire, auquel ilz tirent responce quilz ne voulloient aucunement eschanger personne. Ce que voyant, je fis remetre les vaisseaux du Roy en ordre, pour confirmer à leur l'aire la guerre, où nous empeschames plusieurs navires anglois et hoUandois de M'iiir traiter avecq eux, lesquelz nous contraignimes de regaigncr à la mei' ; ce qui leur " aporta une grande tristesse, outre cpie, durant tout ce tenqis là, plusieurs har([ues quilz avoient à Arzil chargez de hicd n'ozoient se mettre à la mer pour venir audit Salle, qui feust cause qu'ilz se trouvèrent à la famyne. (|ui insita le commun peuple, se voyant si fort incommodez de ^ ivres, à se révolter contre ceux du cliasleau et se battre les uncrz les
1. Daniel Desliaycs. \. pp. 22y-233. 2. Leur, aiii pirales île Salé.
202 25 NOVEMBRE l62f)
autres, de telle fasson qu'il y en eust beaucoup de tuez de part et d'autre, d'autant que le gouverneur estoit poussé par quelques ungz à ne faire point la paix, si bien qu'ilz l'obligèrent à nous rechercher. A cest efiait, me fit escrire sourdement par les esclaves, alïln que j'envoyasse un navire en leur rade, et qu'ilz rendroient tous les esclaves pour le prix qu'ilz leur avoient cousté en la place publique, qui se montent, l'un portant l'autre, à quelque deux cens livres.
Sçachant l'extresme charité que V. G. a pour la liberté de ses pauvres François, je renvoyayde rechefle s' Du Chalard avecq son vaisseau en ladite rade, avecq tout pouvoir de negotier avecq eux à l'advantaige du service du Roy ; où, lorsqu'il y feust, le Gouverneur envoya à son bord les articles signez, qui contiennent une trefve pour cinq mois, que nous avons trouvée à propos, et fit offre de toutes sortes de service au Roy et à V. G.
Sur le temps que l'on debvoit prendre les esclaves, survint une sy grande tourmente de mauvais temps qui contraignit le s' Du Cliallard à lever l'encre, pour s'en venir me trouver à la rade de Saffy. où le temps m'avoit forcé d'aller rellacher ; où estant arryvé, japris touttes nouvelles de Marocq par M"' les chevaliers Des Roches et de Guitault, que j'y avois envoyez, il y avoit trois mois, dans l'un desquelz' estoit le Révérend Frère. Rodolphe, capuchin, qui avoit porté la lettre de Sa Majesté au roy de Marocq et qui avoit charge de negotier ; d'autant que nous avyons apris, à nostre arryvée à Salle, que les deux bons Pères capuchins estoient mortz ensemble la pluspart des gentilhommes françois, compris mon nepveu ", et que, d'un sy grand nombre, il n'en restoit que centdix : les autres estoient mortz de la peste, qui avoit esté sy forte qu'il estoit mort en un an à Marocq cent soixante-six mil hommes.
Ayant donc sceu par le retour du R. F. Rodolphe la bonne vollonté et inclination qu'avoit le roy de Marocq de faire la paix avecq Sa Majesté, feust cause que j'escrivis une lettre audit roy, qu'il receust avecq contentement, et me fit response où il me mandoit que, puisqu'il sçavoit asseurement que j'estois serviteur du roy de France et que je luy avois tenu ma paroUe, combien que je
T. Dans l'un dcsijiieh,.. Entenrloz : dans liers Des Rochrs ol rlc (>uitanlt. l'un 'les navires commandés par les chuva- 2. Gabriel de Kazillv., V. p. 1-9, note 2.
LETTRE DE RAZILLY A HICHELIEV 2o3
n'eusse rien aporté, qu'il ne laisseroil do me randre lous les esclaves, et que, à plus forte raison, il estoil très aize de donner ce contentement à Sa Majesté, souhaitant et désirant l'amityé d'un sy grand et puissant monarque, comme est le roy de France, duquel les victoires rcdondent par toute la terre. Il est vray aussi qu'il faisoil enharnacher six chevaux barbes avecq leur mors d'argent et leurs selles en broderye, pour en faire présent à Sa Majesté.
Sur le point que les affaires estoient prestes et que le Roy debvoit envoyer à Saffy les esclaves pour les faire embarquer, survint une tourmente d'un vent de surouest, qui dura sy longtemps qu'il nous fallut par nécessité s'esloigner de la terre ou se perdre, et avons esté contrains, aprcz avoir enduré ceste tourmente trois sepmaines, d'un bort et d'autre à la mer, à faire vent derrière pour venir rellacber en France où ', quinze jours aprez, qui feusl le dix-huif de novembre, parut à midy le solleil. Je ne voullus perdre l'ocasion de prendre haulteur avecq mes pillotes, et me trouvay par les quarante-sept degrez, et nostre estime de l'est estoit proche de terre, tellement que je fis porter à l'cst-nord-est, où le lendemain je me rencontré à deux lieux de l'isle de Groys. La tourmente continuant tousjours, le vaisseau faisant grande eau. la pouUayne toutte rompue, par l'advis de mes pillotes, j'entrey, le vingt" de novembre, dans le Port Louis, allln de sauver le navire du Uov, bien fâché de ce que le vent ne me permetoit d'aller à La Rochelle, où je croy que mes compaignons auront rellaché, voyant journellement arryver des miracles pour les armes du Roy, comme Dieu les conserve et benist par les conseilz de V. G.
Le jour auparavant que je fus contraint de lever l'encre de la rade de Saffy, j'avois envoyé trois navires " à Mongador j^our exécuter les commandernens de V. G., ausquelz j'avois donné ce qui estoit nécessaire. Mais, ayant receu la tourmente comme nous, je croy quilz n'auront rien fait et auront esté contrains de s'en revenir, car, de dix voillcs que nous estions, je me suis trouvé seul'\
1. La fin ilu paragraphe est presque Icx- et Dos Koclics. V. infra. p. îCm. tuellcmeril semblable aux clcriiières lignes 3. II semble cependant qu'ils purent du Proces-verbal d'André Chemin. V. infra. remplir leur mission, car, d'après le récit p. 255. du P. p'rançois d'Angers, ils levèrent le
2. Les navires île Treillebois, Guitault plan de l'île et de la forteresse de Mogador
2o'l 25 NOVEMBRE iCaf)
Je diray à V. G. que, tous les capitaines de ceste ilolte, se sont les plus sages qui se peut dire, remplis de courage et zellez au service du Roy et de \. G. ; et. durant tout le voyage, il n'y a eu aucune paroUe de controverse ny dispule, tous portez d'affection à execuler vos commandemens. J'asscnieray V. G. qu'il n'y en avoit pas un qui n'eust plus d'hommes que lestât de Sa Majesté ne porte; moy en particulier, qui ay employé mon reste, avois deux cens trente hommes pour hien servir le Roy et V. G., n'ayant rien f[ue pour l'employer à son service.
Ceste Hotte esfoit sy unie qu'elle pouvoit faire de grandz exploitz, sy elle eust rencontré de plus puissans cnnemys, mais nous avons perdu la saison dans le long radoub cju'ont eu ses vaisseaux à s'acommoder à Brouage, et moy qui ay l'ait le radoub de ce vaisseau « La Licorne » et achapfé des cables et agreilzà mes dépens, n'ayant eu affaire aux officiers de la maryne, j'ay esté prest trois mois devant les autres, bien que je ne sçaurois dire nv accuser les capitaines que ce deffault soit venu de leur part ; ilz y ont aporté toute sorte de soingz et dilligence.
Le s' Chemin s'en va trouver V. G., qui luy porte le procezverbal de tout ce qui s'est passé de jour à autre'. Lequel ne s'estpas comporté seuUement en commissaire, mais en homme de guerre, car, en toute sorte d'ocasions qui se sont piesentez, a tesmoigné avoir le courage généreux et fort zellé au service de V. G. ; laquelle je suplye considérer que, pour faire des embarquemens à l'advenir en dilligence, il est très-nécessaire de faire paver nos matelotz, qui ont servy fidellement, comme pourra asseurcr le s' Chemin àV. G., laqucUejesupliequejeluy aille baiser les mains et luy porteries estandars des Turcqz qu'avons pris et luy mener un capitaine d'Alger que nous avons trouvé assosyé avecq ceux de Salle', comme aussy luy porter les lettres dudit roy de Marocq, qui souhaite avecq passion l'amityé de Sa Majesté, qui se peut faire au premier voyage, ayant raporté toutes les marchandises ', ausquelles l'on n'a touché.
qui Ipiir parurent à l'abri il'uiic suqirisn. d'André Chemin, pp. 225-226 ol 289-240. \. infrn, p. 2'ja. 3. Il faut entendre que le.s marchandises,
1. V. ci-aprcs ce procès-verbal, p. 206. c'est-à-dire les présents destinés au Chérif
2. Ce capitaine d'Alger est le capitaine (V. p. 261^ et note 8), seront toutes prêtes Oja dont il est question dans le Proe'es-oerbal pour de nouvelles négociations.
LETTRE DE RAZII.LY A HICHELIEU 20.1
Je rendray compd' plus particiillicroniciif à V. (i., loiscjue jaurav riionneur de la salhier. Atendant. je priciav Dieu 230iir sa prosperilé el santé, de laquelle je suis <à jamais,
Monseigneur,
Vostrc très-liunible, Irès-obeissant el très-obligé servileui-. Signé : Le chevallier de Razilly.
Au Port Louis eu Bretagne, le 20 novembre iG^çj.
Archives des Affaires Elramjères. — Maroc. — Mémoires el Doc.uineiiLi. Vol. 2, ff. ^8-U9 r". — Original.
Archives de la Marine. — D' ^9, p. 120. — Copie.
îoG '629
Troisic'ine voyage de Razilly au Maroc.
En trie : Geste relation se doibt jDresenter à monsieur le commandeur de La Porte ^, lequel est tics-huniblement suplié par le clievalliei- de Razilly de prendre son temps jiour la faire veoir à monseigneur le Cardinal.
Relation en abrégé fait par nous André Chemin, esouier, sieur de La Gaultraye, commissaire ordinaire de la marine, député pour la pollice des sept vaisseaux' et deux pataches ordonnez par Sa Majesté et monseigneur le cardinal de Richelieu, grand maistre, chef et surintendajit gênerai de la navigation et commerce deFiance, pour faire le voyage de Marocq et autres lieux de la coste dAffrique, soubz la charge de monsieur le chevalier de Razilly, chef d'esquadre des vaisseaux de Bretaigne et commandant ladite flotte, composée des navires du Roy cy-aprez mentionnez, suivant lestât de Sa Majesté:
Premièrement, le navire « la Licorne », commandé par ledit sieur chevalier de Razilly ;
Le vaisseau « le Saint-Louis », commandé par le sieur de La Touche de Non ' ;
1. On trouve ;i la Bibl. Nat., il/ss., Dos- croix de l'ordre de Malte, grand prieur de siers bleus, vol. i<Si, la généalogie d'une France, commandeur de Bracque, gouverfamillc Chemin, dans laquelle figure un neur d'Angers en i6rg, du Havre en 1626, André Chemin qui est peut-être le commis- lieutenant du Roi au pays d'Aunis et es îles saire de la marine attaché à l'espédition de Ré et d'Oléron en i633, mort à Paris de Razilly en 11129, mais ce document ne le 3i octobre i6^4.
fournit aucun renseignement biographique 3. En réalité huit, d'apri s l'énumération
sur ce personnage. qui suit.
2. .\.mador de La l'orte, chevalier, grand [\. V. p. 2(1/1, note 5.
Le vaisseau « la Renommée », commandé par le sieur Du Chalard' ;
Le vaisseau « le Hambourg», commandé par le s'' chevallier de Guilaull" ;
Le vaisseau « la Sainte-Anne », commandé par le s' chevallier Des Roches' ;
Le vaisseau « la Catherine », commandé par monsieur le chevalier de Jalesnes' ;
Le vaisseau « le Griffon », commandé par le s' de Trellebois ;
Le vaisseau « le S'-Jean », flibot ' commandé par le s' de La Selle, armé, suivant l'ordre de mondit seigneur le Cardinal, pour donner advis au loy de Marocq, d'autant que la dote croyoit faire le voyage de Canada.
Le vingt deux' jour de juin 162g, les susditz vaisseaux estans mouillez à la rade de La Palliée, arryva un courrier du Roy qui aporla les ordres de Sa Majesté et de mondit seigneurie Cardinal, où il estoit enjoint au sieur chevallier de Razilly de faire voille au 2>lustostet suivre son voyage de Marocq, dont, dès la mesme heure, il fit assemblei- tous les capitaines de la Hotte avecq le dit s' Chemin commissaire, allin de suivre exactement les ordres et commandemens qui luy esloient enjointz, où il feust tiré au sort à qui possederoit les marques honorables de la flotte, qui escheurent, sçavoir : au s'' de La Touche, le vis-admiral ; au s' chevallier de Jalesnes, le contreadmiral; et au sieur de Trellebois, l'avan^arde. Et feust remonstré par le sieur Du Challard les grandes incommoditez qu'il avoit pour ne pouvoir charger ses \ ictuailles, à cause du présent qu'il porloit au nom du Roy. A ce subjet furent tous d'advis avecq le sieur che-
1. Sur ce personnage, \. supra, p. 200, le i" août 1616. Vertot, t. IV, p. 563. note 2 et Introduction, notice biogra- Mentionné en i636 et 1687 comme capiphiqiie. taine de galère. Bibl. du Ministère de la
2. Charles de Pechpcirou-Commenge, Marine, Alphabet Laffilard, p. 5n. connu sous le nom de Commandrur de 4. Jacques, seigneur de Jalesnes (châ- Guilaud, se distingua comme capitaine de tellcnie en Anjou), reçu chevalier de Malte vaisseau i la prise de Sainte-Marguerite en le i5 octobre 161 5. Vertot, t. IV, p. 563. 1637. Maréchal de camp en lôôg. Moueki, Mentionné comme capitaine de vaisseau en t. VIII, p. i53. ifi34 et 1662. Alphabet Laffilard. p. 3o5.
3. Martin Fumée, seigneur des Rocbes 5. Flibot (en néerlandais : Vlie-boot, en (diocèse de Tours), reçu chevalier de Malte anglais ; l'ij-hoat), petit navire, mouche.
vallier de Razilly [qu'Jilz acheteroient un navire ollonnois, bon voillier, du port de quatre-vingt thonneaux. qu'ilz aimeroient tant pour servir de palacheaux occasions de guerre, pour renger et approcher les costes d'AiTrique et poursuivre les vaisseaux cnnemys et forbans, que pour charger et porter une partie des vuituailles de ladite « Renommée » ; et feust aussy accordé au s'' de Trellebois qu'il armeroil une siene pettitte pinasse avecq quinze hommes, lesdites patachcs eslans fort bien armez et esquipez pour le voyage, veus et visilez jDar nous, commissaire.
Le vingl-sejjl'' dudit mois, le vent estant devenu bon, le sieur chevallier de Uazilly ne le vouUant perdre fit lever l'encre à tous les navires de la ilotle pour commencer le voyage, et, estant à vingt lieux à l'ouest de La Rochelle, firent rencontre de quarante-trois navires hollandois qu'ilz feurent recognoistre, et ayant veu qu'ilz porloienl le pavillon de Hollande au grand mas, les vaisseaux du Roy arryvereni à portée du mousquet de ladite flotte pour les faire amener leurs enseignes à la veue du pavillon du Roy, ce qu'ilz firent et le salluerent de trois coups de canon, et leur feust respondu dun coup du vaisseau « la Licorne ».
Pour doubler lecap de Finisterre, l'on fit porter à l'ouest-sorouest, où l'on eust huit jours de calme, qui attira les vaisseaux dans le goulTre vers la coste de Biscaye. Neanmoingz le vent de nort, venant à deux lieues pour heure, nous fitdescouvrir le cap d Ortiguières', et passans à unze ou douze lieux du cap de Finisterre, le vent continuant au norl. nous singlames au sud. puis au su'est, jusques à recognoistre les terres d'Affrique par trente-cinq degrez, à la veue de La Rache, et, rengeant la coste au surouest, nous arryvames à la rade de Salle, le vingt" de juillet, à la pointe du jour^. Mons' le chevallier de Razilly donna ordre que deux des vaisseaux yroient vers Fadalle ^ au surouest, et deux autres yroient, terre à terre, vers la rade de Salle, venant du costé du nord-est, etluy, avecq les trois autres vaisseaux, yroient droit mouiller l'encre à la rade, pensant surprendre des vaisseaux de Salle de ceste fasson, qui estoient en ladite rade, qui ne pouvoient eschaper. n'eusl esté que le calme
1. OrU'jiiicrf.i, Ortegal. juillcl pour lenir conseil. V. p. 2(17.
2. D'apri's le P. [•'raiiçois il'Aii^'nrs. 'A. FatlalU. Fedala, rade forainr. V liazillv avail f'ail i-^cali- .'1 KI-Maiinini li- 17 ;'■' Sérif. rraiicu, t. Il, p. 2') i , uolc 3.
PROCES-VERBAL D ANDRE CHEMIN aOQ
vint, qui empesclia que les vaisseaux ne peurcnt acomplir l'ordre qu il leur avoit donnée : tellement que trois navires du port de centcinquanle et deux cens llionneaux quiesloient à ladite rade, descouvrans deux de nos vaisseaux proche de la forteresse de Salle et les autres venans du costé du nord-est, ilz l'eurent contrains de gaignerà la mer vers Fadalle ; que sy le vent eust permis que les deux vaisseaux ordonnées eussent esté de ce costé-là, ses trois vaisseaux eussent esté pris. Hz se sauvèrent avecq fort peu de vuituaillcs, mal accommodez, d'autant qu'ilz pensoient embarquer à loisir leurs nécessitez.
Touttc la Hotte vint doncq mouiller l'encre à la rade de Salle, à portée de canon du chasleau, et l'eust tiré de la forteresse trois coups de canon en balle sur les plus proches vaisseaux d'icelle.
Deux heures aprez. 1 on envoya une chaloupe à portée du mousquet de terre, conduite par le capitaine Delormel. lieutenant dans le navire « la Licorne », auquel l'on donna la lettre qui s'ensuit, laquelle il tira à terre avecq un arc et une lleche :
Teneur de la lettre.
Lettre de Razilly a Mohammed be\ Abd ei.-Kader Ceron'.
// le prie de liiifuirc conruu'lre l<i voie lu plus sàre pour entrer en relations arec Moulay Abd el-Malek.
En rado de Salé, 30 juillrt lOai).
Monsieur,
Vous serez advcrly par la picscnic que je viens de la part de 1 invincible Roy Ïrès-Chresticn, protecteur de l'Europe et monarque des François, alTin de traiter qiiebjucs alTaires importantes avecq le trcs-pulssanl Molley Abd el-Melecq, roy de Marocq et empereur d'AITriquc. C'est pourquoy, ce lieu icy estant le premier que j'aye
I. Ce caïd, qui exerçait une grande in- decelterépnlili((ueavecles Puissances. V. ci-
llui'ncesur les Ilornacheros de Salé, joua un dessous,)). 3o8et note i; i'' Série, Pays-Bas,
rôle important dans toutes les négociations t. III, passini, Angleterre, i4 juillet i63i. De Castuies. III. — lit
2IO iGaç)
peu aborder en ces cosles, je vous adresse ce mol pour vous prier me mander la \ eoye plus asseurée pour luy faire sçavoir de mes nouvelles, et. pour cest eflait, je vous donne ma paroUe, qui est inviollable. que tous ceux qui viendront de vostre part s'en pourront retourner avecq toute seureté; mesmes. s'il y a quelques marchans françois, il vous plaira vous servir d eux pour me mander au plus tost ce que dessus.
En atendant. je demeurerey, Monsieur,
Vostre très-humble serviteur, Le chevallier de Razilly.
Envoyée au gouverneur de Salle le vingt' de juillet 1629.
Le Gouverneur, ayant receu ladite lettre, tout incontinent fit esquiper une siene chaloupe qu'il envoya au bord de monsieur le chevallier de Razilly avecq la response de la susdite lettre en langue espaignolle, dont la teneur ensuit :
Letthe ue Mohammed be\ Abd el-Kadek Cehon a Razilly. ]l lui souhaite lu liicnrcnue et envoie une barque lui porter ses propositions .
Salé, 27 Don cl-Cada [o38' — 18 juillet 1639.
Sea V. S. muy aliora bucna vcnido a este puerlo, que para todos los Andallozes, moradores desta fuerça, a sido negocio de mucho gousto, y lo touvieron muy occido con la carta que Y. S. nos escrivio ; y ansy, para satisfazer a ella y servir a V. S. en toto quanto se offreciere, yra un ijarco a bordo aqui, en suplico se saliiar del procéder y de la seguridad con que aqui se trata, ques notosia a todos el mundo.
I. Il faut probablement rétablir : 39 puisque cette lettre est une réponse à celle Don cl-Caila, correspondanl au 20 juillet, de I\a/illv du io juillet.
j Que Dios y prospéra V. S. largos annos !
Desta fucrça de Salle, 27 de Du al-Cada io38.
Muhamad ban Abdulcader Ceron.
Dans laquelle chaloupe qui aporla ceste responce vindrenl à bort forces Andallous et capitaines de ladite ville de Salle, lesquelz virent le vaisseau « la Licorne » bien armé, comme il est, de force canons et de bons hommes, le tout en bon ordre, qui feurent fort bien receubz dudit s'^ chevallier de Razilly, et s'estonnoient de veoir un sy grand nombre de monde sy bien couvertz et armez, et ravis de veoir de sy belles flemmes et estandars de damas enrichis à perfection, qui les faisoit bien juger qu'un tel vaisseau ne pouveoit apartenir qu'à ung grand roy ; et véritablement tous les vaisseaux de la flotte estoient fort bien armez, et avoient des mattelos et soldatz en plus grand nombre que Testât du Roy ne portoit.
Le gouverneur de Salle monstra sa liberallité et envoya au s'' chevallier de Razilly douze grandz moutons, douze penniers de raisin muscat et quantité de voUailles, lequel, en revenche, luy envoya huit aulnes de toille d'oi', qui valloient six fois son présent.
En mesme temps, ledit s' chevallier de Razilly cscrivit une seconde lettre et dit de bouche à tous les Andallous qui estoient dans son bort : « Dites à vostre gouverneur que, s'il ne me renvoyé tous les esclaves françois qu'il détient injustement dans peu de jours, que je luy déclare rey la guerre de la part du roy de France, mon maistre, et que je l'advise qu'il ne sortira ny entrera aucuns vaisseaux, qu'il ne soit pris ou couUé à fons ; et que, s'il désire rendre les susditz esclaves de bon gré, on luy fera un présent hoiinesle, aprochant de la valleur que pourront avoir cousté les esclaves en la place publique. »
L'ordre estoit de s'adresser au roy de Marocq, aflin qu'il fit rendre lesdits esclaves, s'ilz' n'eiissenl esté révoltez. Mais, ayant apris leur révolte, par les Andallous de la ville de Salle qui vindrent