I. //; : les Salctins
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à bord, contre ledilroyde Marocq, et qu'on les apeloit La Rochelle d'AITrique. successyve et dominatyve en Republique', partant 1 on jugea que cestoit perdre temps d'avoir recours au roy de Mai'ocq pour la liberté des esclaves de Salle, et qu'il falloit les ravoir par force d'armes, s'ilz ne les voulloii'nt lendre damityé.
Les marchans hoUandois etanglois, qui poui- lois cstoientà Salle, nous asseurerent de la déplorable mort des deux R. P. Pierre d'AUenson et Michel, capuchins, que tout le monde de la terre ^, quoy que Mores, croyent qu'ilz sont morfz saintz : et. en elTalt, il seroit impossible de resyter par escript le nombre de cbaritez et bonnes œuvres qu'ont fait ses deux bons Pères. Le grand zelle du service de Dieu les faisoit eslre tousjours entre les Chrestiens, qui estoient pestiiTerez, affin de les assister, tellement qu'à la fin ilz ont rendu l'ame à Dieu, avecq un très-grand nombre d'autres Fransoys esclaves, entre lesquelz y avoit quelques genlilhommes qui sont mortz, particuUierement le nepveu dudit s' ch" de Razilly. A l'exemple de ces deux bons Pères capuchins, ilz ont rendu lame, trèsparticuUierement louant Dieu, à chacun moment, de les avoir envoyez mourir parmy les infidelles, oîi ilz avoient recogneu plus facillement les merveilles de Dieu que s'ilz eussent esté en France parmy les dellices, car la pluspart estoient fort desbauchez en France et neantmoingz ont fait une mort très-chrestienne. Voillà comme Dieu se sert de plusieurs moyens pour sauver des âmes !
^ous feusmes asseurez par les susdits marchans que, pour tout certain, il estoit mort de peste dans la ville de Marocq, en l'année iiî-2-^, cent-soixante mil hommes arrabes et quelques deux mil Chrestiens esclaves, contant ceux qui sont mortz à Salle, de sorte qu'il ne reste d'esclaves françois à Marocq que cent-dix, et à Salle cent-soixante.
Geste triste nouvelle nous feust confirmée par les Andallous de Salle, tellement que nions' le chevallier de Razilly pensa mourir de desplaisir, sçachant la mort des Pères capuchins. de son nepveu et autres gentilhommes qu'il estimoit grandement. Mais particuUiei'ement de la mort dudit Père Pierre d'AUenson, il nous feust presque
I. Sur la révoltt! des Salétinsct la cons- 2. De la terre, c'est-h-dirr : du pays,
litution de Salé en républicjue, V. Inlro- 3. Sur culte peste, V. supra, pp. 1^4,
duction critique, pp. 191-192. iS/, iSg, i8i-i83.
PROCES-VErtBAL n ANDHIÎ CIIKMIN 2IO
impossible de le pouvoir consoUer, car il laymoit autant que soymesme ; à la vérité, la grande fréquentation ([u'il avoit eue avecq luy et la cognoissance de ses bonnes mœurs luy faisoient admirer la sainteté de sa vie.
Or ledit s' chevallier de Razilly, sçachanl que le plus grand nombre d'esclaves estoient à Salle et que, s'il allnit avecq toute sa Hotte à SafTy, il ne pourroit revenir audit Salle, — d'autant que les marcz et le vent de noirouest ordinaire, cpii dure le plus souvent trois mois, fait' qu'il fault un grand temps à rellovoyer de SalTy à Salle, bien qu'il ny ait que soixante lieux — donc" par l'advis du Conseil de guerre, il feust trouvé à propos d'envoyer deux des plus légers navires de ceste flotte, qui fut le vaisseau « la Sainte-Anne », commandé par le s' chevallier Des lloohes, et « le Hambourg », commandé parle s'' chevallier de (iuitault, et une pinasse, ausquelz sieurs feust ordonné de commander sepmayne par sepmaine, estans tous deux camarades, et prier le II. F. Rodolphe, capucliin, d'aller à Marocq. aprezavoireu passeport et seureté dudil roy, etpoiterla lettre de Sa Majesté pour negotier la liberté des esclaves qui restent et la paix, selon l'ordre de monseigneur le Cardinal, ce qui a esté exécuté.
Le Frère Rodolphe feust généreusement à SalTy avecq les deux navires et la pinasse^ où ayant pris passeport, alla présenter la lettre du Roy audit roy de Marocq, où il feust très hien reecu avec tout honneur. Neantmoingz les caballes eslrangeres travaillèrent jour et nuit afRn d'empescher qu'on ne rcnouvelast les antiennes amitycz qu'il y a eu autrefois entre la France et Marocq. d'autant que ceste alTairc est plus importante que beaucoup ne se pourroicnt imaginer, parlicullierement pour la navigation. Mais ledit Révérend Frère Rodolphe, estant pratique du pays et fort entendu à touttes bonnes alVaires, a dissipé ces obstacles de telle sorte qu'il a sussité le roy de Marocq à rendre les esclaves et faire la paix, et avecq passion souhaiter l'amityé du Roy Très-Chrestien, luy disant: « Bien que les François maynl l'ait tort de la valleur de trois millions de pierrer\es et de sent mil volhunesdc livres des manuscriizde S' Augustin *,