I. V. p. 206, note 3. 2. V. Doc. XXXVIII, p
3o2 3o SEPTEMUKli 1 GSo
LETTRE DE GASPARD COIGNET A RICHELIEU Détails sur la mission de Razilly au Maroc.
La Rochelle, 3o septembre i63o.
En léle, alla manu : Lettre du s' de Lu Tliuillcric écrite de La florhclle ;m «iijft flu commerce à Salé.
Monseigneur,
Vous verrez par les articles que monsieur de Kazilly a accordez avec le gouverneur de Salé', et le procès-verbal que j'ay iaict du retour du s' Pallot, le succès d'une partie de leur voyage. Les nopces du roy de Maroc ^ ont jusques icy empesché le dit s' de Razilly de traicter avec luy, et l'aprehention qu'il a de ne recepvoir le contentement qui! espère luy a faict retenir le lieutenant dudict s' Pallot et vinct de ses meillieurs hommes avec quarante esclaves dos plus délibérez de ceulx qu'il a racheptez à Salé, pour prendre de luy-rnesrne ses asseurances, en cas que l'on ne les luy vouUeusl donner.
Ledicl s' Pallot nous raportc quelque dessain sur Saphi, mais je croy que l'isle de Mongador et une fortification sur une poincte de terre joignant suffiront pour nous donner la liberté du commerce en ce pays.
Oultre les articles accordez à Salé, ledit s' Pallot nous dict que
I. Le capitaine Pallot devait avoir ap- de la puissante tribu des Chebàna, où les
porté le texte du traité. cbcrifs avaient coutume de prendre des
î. Moulay Abd cl-Malck bon Zidân vc- épouses. V. infra, p. 827 et noie i ;
nait de célébrer son mariage avec une fille p. 387, note 1 .
LETTUE DE GAî-l'AUl) CURiMCT A UlCIlELlEf OOO
l'on y doil)t bastir ung couvant de capucins', avec obligation aux renegatz de les venir trouver pour lecepvoir instruction, et, en cas de recognoissance", on leur doibt doiuier liberté entière et passage pour s'en retourner en leur pays.
Je prie Dieu que tout réussisse à vosire contentement et (lu'Il me donne aullant de moyen de vous tesnioigner mes obi-issances, (juc i'ay d'obligation à estre toullc ma vie,
Monseigneur,
V'oslre très-bumble, et très-obeissant serviteur.
Siync : La Tbuillerio.
A La Rochelle, le 3o 7'"" iC)lU).
Archives des Affaires Etrangères. — Maroc. Correspondance consulaire, \'ol. I. — Oriijinal.
I. On verra ci-(lcssous (pp. o'|i-34'i) les a. En cas de recognoissance, c'eil-h-dnc;
faisions pour lesquelles les capucins ne ju- ilaii> le cas ori ils recoruiaîLrnient leur erreur gèrent pas pouvoir rester au .Maroc. et reviendraient au christianisme.
JLIN-NOVEMBKE
RELATION DITE DE JEATN ARMAND MLSTAPHA'
(juin-novembre i63o.)
Quatrième voyaye de Razilly au Maroc. — Description de Salé.
Titre de départ': Voyages d'Afrique, où est contenue la navigation des François, entreprise en l'an 1629 & i63o, sous la conduite du sieur de Razilly, es côtes occidentales des royaumes de Fez & de Marroc ; le traicté de paix fait avec les habilans de Salé, & la délivrance de plusieurs esclaves françois ; ensemble la description des susdits royaumes, villes, coustumes, religion & commoditez de ceux du pais.
I. Jean Armand était un Turc nommé Mustapha. Pris sans doute dans quelque croisière, il avait été converti au christianisme et avait reçu au baptême les noms de son parrain le cardinal de Richelieu (\ . VÉpilre dcdiroLoirc'). Il prit part, sans doute comme interprète, aux voyages de Razilly au Maroc en 1629 et i03o (V. p. 3ii, note i). A son retour, il professa les langues orientales à Paris (V. infra. p. 33i). Dans l'édition de i03i Jean Armand est qualifié « chirurgien de Mgr. le comte de Soissons ». — On attribue quelquefois abusivement à Jean Armand Mustapha la présente relation, alors que celui-ci n'a fait que fournir au libraireéditeur des notes pour la partie géographicpie du récit (^ . infra, pp. 33o-33i). Malgré les indications du titre, l'ouvrage est consacré à l'expédition de i63o ; celle de 162g n'est rappelée que pour faciliter
l'intelligence des vicissitudes de la mission de i63o. La relation du voyage de i63o a été rédigée avec des sources originales, c'est-à-dire avec le journal de Razilly, ainsi qu'.Xndré Chemin l'a fait pour le voyage do lOay (V. infra, p. 33o et note i). A en juger même par la composition, par la disposition des pièces reproduites, il ne serait pas étonnant que celui-ci fût le principal auteur des Voyaijes d'Afrique Le libraireéditeur aura simplement fait quelques remaniements au texte en vue de la vente et il confesse lui-même avoir retranché de cette narration, pour le plaisir de l'ami lecteur, « beaucoup de missives » qui donnaient à l'ouvrage l'aspect d'un « recueil de lettres ». Or c'est précisément cet aspect qu'a le journal d'André Chemin.
2. Le titre de la couverture diffère un peu du titre do départ. V. infra. p. 336, note 2.
RELATIO:^ DITE DE JEAN ARMAND MLSïAFliA 3o5
Il ne sufTit pas au Roy Très-Clirestieu Louvs XIII de donner la paix à ses sujets par les efTorls de sa valeur accouslumée, si encore par un seing plus que paternel il ne leur en fait gouster les fruits. II ne veut pas que son peuple jouisse tant seulement des biens que la France produit abondamment, mais en outre, assisté du conseil de monseigneur l'illustrissime cardinal de Uichelieu (^(juon peut nommeràbondroitlesage&lefidellc JNestordece royaume), il entend que les François joignent aux commoditez qui croissent chez eux les richesses qui viennent es terres estrangeres. A ces fins il lasche de rendre tous les jours libre aux siens la navigation des mers, & oster les empeschemens qui peuvent rompre ou arrester le cours d un commerce non moins honorable que profitable. L'intelligence que Sa Majesté entretient avec le Grand Seigneur, à l'avantage de la Chrestienté, rend assez marchande la mer Méditerranée. laquelle en seroil encore plus fréquentée, si les ravages & linfidelité des corsaires ne donnoient quelque crainte à ceux qui n'en ont point ny de la furie, ny de l'inconstance de cet élément. En vertu de cette confédération renouvcllée particulièrement en l'an 1629 avec la milice ^^ et les galères d'Alger' soubs le bon plaisir i^ authorité du monarque des Ottomans, les ports de l'Afrique, de l'Asie & de cette portion de l'Europe qui obéit aux Turcs se trouvent ouverts À: asseurez, non seulement pour nos François, mais aussi pour tous ceux que l'espérance du profit ou la simple curiosité ont rangé sous leurs bannières.
L'humeur farouche & peu civile de ceux qui habitent le long de la coste occidentale de la Barbarie, battue par les flots de rOcean Atlantique. ^: qui recognoissent pour souverain le roy de Fez & de Marroc, faisoit perdre à nos gens l'envie d'aborder en ces lieux, d'où la courtoisie semble estre bannie. Toutesfois, en l'an 1629, monsieur le chevalier de Razilly (personnage des plus recommandables de la France, tant pour la grandeur de son courage, que pour son expérience au fait de la marine) ayant eu commandement de Sa Majesté & et reoeu l'ordre de monseigneur le Cardinal, après avoir rompu la glace cinq ans aupara-
I. Allusion au traité signé entre le roi et non en 1629, par l'intermédiaire de du Krance cl le diiari d'Alger en 1638, Samson Xapollon. V. p. ■i.'iA't, note i. De Casikiks. III. — 30
3o6 JUlN-\OVEMBKE I 63o
vanl', entreprit ce chemin pour la seconde fois, &, accompagné des sieurs de La Touche, qui portoit le pavillon de vice admirai, »k Trillebois, des chevaliers de Jallesmes, de Guitaut & Des Roches, alla mouiller l'ancre à la rade de Salle, ville appartenante auxroysde Marroc, mais occupée maintenant par les Mores Grenadins, qui se sont cantonnez là dedans & révoltez contre leur prince légitime. L'arrivée de nos soldats, jointe à leur resolution, espouventa tellement ces rebelles, qu'après avoir esté maltraitiez en plusieurs escarmouches (où ils eurent tousjours du pis), ils furent contraints défaire trefves avec le sieur de Uazilly, lequel estant sur le point d'entrer en quelque sorte d'accommodement avec les députez de l'empereur de Marroc, qui 1 estoient allé trouver dans ses vaisseaux, se veid contraint par la force de la tempeste et du mauvais temps de retourner en France. Oîi, après avoir rendu compte de son voyage & fait entendre 1 importance du traffic de ces costes qu il venoit de quitter, en conséquence duquel on pourroit moyenner facilement la liberté de beaucoup de François détenus en un misérable esclavage, tant dans la ville de Salé, qu'en plusieurs autres du royaume de Marroc, vSa Majesté Très-Cheslienne trouva bon que le mesme sieur de Razilly, comme gênerai de sa flotte, s'y en allast l'année ensuivante & mît peine de parachever ce que desja il avoit commencé. Pour ceslefiect furent equippez trois bons vaisseaux, 1 un desquels nommé « la Licorne » estoit commandé par ledit chevalier. L'autre appelé « la Renommée » portoit le sieur Du Chalard, vice-admiral. Le sieur Pâlot estoit dans le troisiesme, qui fut choisi entre les pataches de S. Jean de Luz.
Ces trois vaisseaux quittèrent la rade de Sainct Martin de Ré le 2o. jour de juin iC3o, pour faire la route de Barbarie ; auxquels se voulurent joindre de compagnie plusieurs navires marchands qui passoient en Espagne. Le calme dura six jours, après lesquels l'orage et la violence des vents les contraignirent à relascher au mesme lieu d'oîi ils estoient partis auparavant.
Peu de temps après, cette mesme flotte, ayant derechef mis les voiles au vent, se trouva le vendredy 12 de juillet à dix lieues du cap Finisterrœ (nommé des anciens Celiicum & Neriuin promon-
I. Allusion au voyage du cliovalicr de Razilly en 1O24. V. Doc. XX, pp. io5-li:.
RELATION DITE DE JEAN AUMAND MCSTAPHA So"
lorium). lequel fait rextremité plus occidentale du royaume de Galice en Espagne. A la pointe du jour, des vaisseaux turcs vindrent recognoistre la flotte, &. après avoir veu lestendard de France, s'enfuirent. Toutesfois, faisans leur retraicte, ils donnèrent la chasse à quelques navires marchands, qui eurent loisir de ranger la coste »^ se sauver par bonheur soubs le pavillon. On trouva par après que c'estoient six vaisseaux françois, qui du depuis ont parachevé leur voyage en toute scurelé, bien aises d'avoir rencontré si à propos un azylc pour se garantir du danger, qui sans cela leur estoit inévitable. Les ennemis, ayant failly leur coup, furent poursuivis, mais il fut impossible de les attraper, à cause qu'ils estoient trop bons voiliers.
Le mardy 28. dudit mois, le chevalier de Razilly, après avoir passé le long des costes de Portugal & d'Andalousie qu'il laissoit à main gauche & gagné l'océan de Barbarie, ai'riva avec les vaisseaux du Roy en la rade de Salé, & mouillant l'ancre fist prise d'un vaisseau dudit lieu qui pensoit estre en la barre.
Le 2l\. ia. 10. du mesme mois, jours consécutifs de son arrivée, furent encore pris deux autres vaisseaux appartenants aux habitans & corsaires dudit Salle'. Ce qui obligea messieurs du Divan & gouverneurs de la ville de penser soigneusement à leur defence >Sc se défaire de nos gens. L'exécution leur en sembloit facile, par le moyen de dix -sept navires qu'ils avoient dans leur havre, avec lesquels ils esperoient surprendre à la faveur de la nuict & se rendre maistres des vaisseaux françois. Deux fois on assembla le Conseil pour deliljerer ce qu'on devoit faire. Neantmoins après s'cstre inslruicls ik deuemcnt informez du bon ordre que monsieur de Razilly avoit estably dans lesdits vaisseaux, qui se tenoient nuict et jour sur leurs gardes, ils jugèrent cette entreprise autant hardie que malaisée ; &, changeans d avis, conclurentqu il estoit beaucoup meilleur pour le bien de leur i\cpubli(|ue d entrer en quelque sorte d'accommodement. Celte voye sembla la [)lus asseuréc >k la moins hazardeuse de toutes : voila pourquoy, la proposition en cslmit faite, on jugea qu'il estoit expédient de la suivre. A quoy les fist
I. 11 s'agit probablement des deux vais- en réalité à des Français, mais ils avaient seaux ramenés jiar l'allut; ils apjiarlenaient été capturés parles Salétins. V. p. 297-301.
3o8 JUIN-NOVEMBRE I 63o
condescendre un de leurs alcaïdes nommé Ccron '. homme de considération & de créance parmy eux, leur remonslrant : « Qu en Testât où ils cstoient réduits, le party de la douceur estoit préférable à tout autre ; qu'ils trouveroienl hlen plus dadvantage en l'amitié des François qu'ils ne rencontreroient de satisfaction en leur haine propre : qu il estoit nécessaire d'entrer en confédération avec eux pour donner naissance à un commerce réciproque ; qu'il estoit expédient de leur ouvrir les portes de la ville pour s'ouvrir à eux-mêmes celles de leur asseurance ; qu'il estoit très à propos d'avoir esgard au bien de toute la communauté, à laquelle il importe grandement que les particuliers puissent negotier librement, sans courir risque de leurs vies et mo^ens : que, tandis qu'ils auroient guerre avec les François, ceste liberté leur seroit ostée, là oîi au contraire, s'ils faisoicnt paix avec eux, ils pourroient avoir libre l'entrée & sortie de leur port, comme encore de toutes les villes maritimes de la France ; qu'ils ne sçauroient faire rien ou plus profitable au public, ou plus dommageable aux ennemis; que le secours qu'ils pourroient retirer des François osteroit à leur mal vueillans l'en^ ie de les attaquer d'ores en avant, ou rendroit à tout le moins foibles les efforts de leur puissance : qu'on sçavoit assez le courage de ceux de celte nation & la promptitude avec laquelle ils avoient accoustumé d'assister leurs alliez ; qu'eux-mesmes avoient par cy-dcvant esprouvé à leurs despens ceste force, qui les avoit privé de beaucoup de leurs vaisseaux ; bref, qu'ils estoient à la veille de souffrir de plus notables pertes, s'ils refusoient de suivre le conseil qu'il leur donnoit. non par crainte ou lasclieté aucune, ny pour aucun intercst particulier, mais poussé du seul zèle de la vérité & de l'affection qu'il avoit tousjours tesmoignée au bien & service de sa ville & et de ses citoyens. »
Tandis qu'on estoit ainsi en délibération dans la ville, quelques corsaires de Salé, qui pouvoient estre en tout une vingtaine, favorisés du vent qui leur estoit propice, entrèrent dans le port. Mon-
I. Motiammed ben Abdel-Kader Ceron. ncur de la Kasba pour les Hornacheros.
Il était vraisemblablement originaire de la Remplacé par Ahmed bcn Ali Bcxer, l'un
ville de Seron, place importante des Moris- des signataires de la trêve de i63o, il
ces entre Murcie et Baza. En lôîg Moliam- revint au pouvoir le 4 février i63i. V.
med ben Abd el-Kader Ccron était gouver- infra, p. 3-0.
RELATION DITE DE JEAN ARMAND MUSTAPHA Sog
sieur Du Chalard leur fist tirer quelques coups de canon, desquels fut tué un de leurs principaux capitaines & cinq soldats blessés. Ce qui donna subjet aux plus apparens de la ville de poursuivre le traité de paix 6c s'y résoudre cnlicrement. De quoy ayant donné rognoissance aux nostres & promis de bailler des ostages pour plus grande asseurance, il y eut cessation d'armes & de tous actes d'hostilité, tant d'un costé que d'autre.
Le vendredy 3. du mois d'aoust, fust envoyé pour cest effet par ceux de la ville Araby Garcia, l'un des premiers secrétaires de leur Divan, pour ostagc de ccluy qui seroit mis à terre de la part de monsieur de Razilly. alTin d avancer les affaires ' .
Ce mesme jour Moral Rays ', admirai de leurs vaisseaux. & plusieurs capitaines de la ville, ayans obtenu toutes les asseurances qu'ils demandèrent pour venir saluer monsieur le commandeur de Razilly, se firent porter dans nos vaisseaux, où ils furent receus honnorablemenf. Après les compliments receus de part & d'autre, ils protestèrent au nom de leurs gouverneurs qu ils n'avoient pas de plus grand désir que de rendre des tesmoignages d'affection à Sa Majesté Très-Clireslienne, avec laquelle ils seroient très-aises de vivre en bonne paix & amitié, & qu'ils metroient peine de l'entretenir ponrtuellement. Après ces protestations, Moral Rays supplia monsieur de Razilly de luy expédier un passeport pour faire sortir en mer un de ses vaisseaux, qu'il avoit tout prest, à la
I . L'agent anglais .luliii Harrifon so Iroii- Harrison. Pour les autres détails, ils concorvail à Salé-lc-Xeuf pendant CCS négociations dent avec la relation de l'agent anglais, surlerachatdcsrsclavesfrançais. Déjàconn\i Celui-ci ajoute que Razilly et Du Chalard des pirates par ses séjours antérieurs dans lui écrivirent pour le remercier et lui donla ville (itïîD et 1O27), ilfutclioisi dans la nèrenl une fêle à bord. Cf. /'"■ i'én'c. Angleprésente circonstance comme médiateur par ivxTi; . Relation de J . Harrison, 8 octobre i63o. le Divan, à la requête des captifs, des niar- 2. Moral Rays, appelé le caïd Morato, chands français et du 1'. d'Athia lui-même. Moralto .Vrracz, le capitaine John, etc., 11 alla avec ce religieux et l'otage dos Moris- était un renégat hollandais de Harlem; cos à bord de « la Licorne », puis il revint son vrai nom était Jean Janssen. l'ris à à terre, ramenant au Divan le capitaine Du Lanzcrote en i6l8 par les corsaires barbal'ré Ililary, porteur des lettres de Louis XIII resques, il avait apostasie à .Vlger ; il devint aux gouverneurs, et qui devait rester à terre un des plus hardis pirates de Salé et c'est à tant pour les négociations que comme otage hii que cette ville dut en partie sa renomdu coté do Razilly. Les documents français mée. V. i"' Série, .Vnglelcrre, ibidem et gardent le silence sur l'intervention de Pavs-13as, t. HI, passim.
3lO .TUIN-NOVEMBRE I fiSo
charge qu'il no feroit aucunes courses sur les François & n'attaqueroit leurs vaisseaux, ny mesmes ceux des alliés de la Couronne à dix lieues près des costes de France, ains plustost les protegeroit contre tous pirates turcs ou autres, indilTcremment & sans exception ; ce qui lui lust octroyé soubs ces conditions. Cecy estant fait, Morat Rays & sa compagnie retournèrent dans la ville, & avec eux y alla le sieur Hilary ', tant pour apporter une lettre du Roy que pour y demeurer en ostage pendant le traicté, qui commença par une publication portant commandement à tous leurs citoyens & subjets de leur Divan de produire tous les esclaves françois & iceux mettre en liberté, moyennant rançon & composition honneste qu'on delivrcroit à ceux qui s'en trouveroienl saisis, »k menace aux contrevenans d'estre recherchés tk rigoureusement punis. En suite de cecy, plusieurs marchands anglois & flamands, qui estoient eji traicte audit Salé, demandèrent permission à monsieur de Razilly d'en poursuivre la conclusion, le prians en outre de leur donner passeport ; ce que ledit sieur ne leur accorda pas tant seulement, mais encore leur oflVil en cas de besoing toute sorte de protection & assistance.
Despuis ce jour jusques au 9 du mois susdit, on ne peut rien faire ny avancer, à cause de la barre qui rendoit la sortie dangereuse. Mais, le 9 du mois, ceux de Salé ameinerent à bord quantité desclaves, en eschange desquels leur fust faite délivrance de quelques marchandises, ÎS. ce h proportion des esclaves qu'ils avoient mis en liberté : ce qui continua jusques à tant (ju'il ne s'y en trouva plus, sçavoir jusques au 12 du mois.
Le i5 du mesme, monsieur de Razilly fist assembler le Conseil, où il fut résolu d'envoyer le sieur Pâlot en la rade d AzafTy. pour donner advis au roy de Marroc du retour des vaisseaux de Sa Majesté Très-Chrcstienne es costes d'Aflrique.
Ledit sieur Pâlot fist voile ce mesme jour avec trois vaisseaux" chargés des esclaves à qui on venoit tout fraichement de rendre la liberté ; & luy furent ù mesme temps baillées deux lettres, l'une
1 . Hilary. C'est le personnage appelé patache « la Petite Marguerite » et les deux plus haut Du Pré Hilary. V. p. îqS. prises qu'il avait faites en rade de Salé. V.
2. Les trois vaisseaux de Pallot étaient sa su/)ra, pp. 297-301.
RELATION DITE DE JEAN ARMAND MUSTAPHA OU
pour le roy de Marroc, & l'autre pour le gouverneur d'Azafiy, toutes deux de la part de monsieur de Razilly. On ne peut mieux comprendre à quelle fin elles furent escrites que par la teneur d'icelles. La lettre du roy de Maroc estoit telle :
Lettre de Razilly a Moulay Abd el-Malek.
Les vents contraires l'ont oblir/e à retàcher à Salé avant de se rendre à Saji. — // a profilé de cette escale pour réclamer contre rançon la mise en liberté des esclaves français détenus dans cette pince. — Sur le refus des Salélins, il s'est emparé de quelques-uns de leurs navires et les a amenés à composition. — Des que le rachat sera terminé, il ira à Safi, mais il fait partir immédiatement pour ce port trois navires avec le sieur Pallot et le F. Rodolphe. — // prie Moulay Abd el-Malek d'envoyer un passeport à ce dernier, chargé de lui remettre la lettre de Louis XIII, et de faire amener à Safi /o(w les esclaves français qui se trouvent à Merrakech .
[Rade de Salé, i5 août i63oJ.
Sire,
Si les vents & la mer recognoissoicnt la puissance des monarques de la terre, il n'y a point de doubtc qu'avec les vaisseaux du lloy nostre inaistre nous ne fussions plustost allés en la rade d'AzalTy, suivant notre dessein, qu'en ces costes où nous sommes pour le présent. Mais estant fort dilFicile (pour ne dire impossible) de s'opposera l'eflort des marées, nous avons esté contraints de mouiller lancre en la rade de Salé ; là où, pour ne perdre tout le temps, nous avons voulu sommer les hahitans du lieu à nous rendre les esclaves françois qu'ils detenoient, eu leur payant neanlmoins les droits de racliaj)l. Sur le refus qu'ils ont fait du commencement d'acquiescer à nos justes demandes, nous leur avons dénoncé la guerre, assailly leur port »k pris quelques-uns de leurs navii'cs ; ce qui les a obligez de nous (louncr contentement & nous remettre lesdits esclaves, que nous avons à l'instant embaiquez. Nous espérons recouvrer bienlost ceux cpii restent ik incon-
3 I 2 JUIN-NOVEMBRE 1 63o
tinent après aller en vostre rade d'Azaffy. Cependant, pour avancer temps, nous y envoyons trois de nos vaisseaux soubs la conduite du sieur Pâlot, lequel a charge de demander passeport à Vostre Majesté pour le R. Père Rodolphe' & deux ou trois autres François, affin qu'en toute asseurance ils puissent rendre la despesche du Roy nostre maistre à Vostre Majesté. Et d'autant que nous avons ordre de ne demeurer que peu de jours en vos Estats, & que d'ailleurs la saison de lliyver s'approche, nous supplions trèshumblement Vostre Majesté d'envoier le plus promptement qu'il sera possible ledit passeport, & commander que tous les esclaves françois détenus dans vostre ville de Marroc soient prests pour estre amenés audit Azafl'y.
Il plaira encore à Vostre Majesté députer telles personnes qu'elle aura agréable, pour recevoir le présent que le Roy nostre maistre nous a chargés de luy envoyer, ensemble pour éviter que les afTaires n aillent en longueur & que par ainsi le temps nous force de retourner en France sans rien conclurre, comme il arriva l'année passée. De nostre costé nous y apporterons toute la diligence qu'il nous sera possible, & demeurerons, &c.
La suscription de la lettre esloit : A très-haut, très-puissant & très-victorieux Prince, Muley Abdelmelech, roy de Fez, Marroc, Sus & Gago, Grand Xerif de Mahomet & empereur d'Affrique.
La lettre du gouverneur d'AzalTy estoit couchée en ces termes
Lettre de Razilly au gouverneur de Safi. // lui demande de Jaire parvenir sa lettre à Moulay Abd el-Malek.
[Rade de Salé, i5 août i63o.]
Monsieur, Le mauvais temps nous força l'année passée de quitter la rade
I. Le F. Rodolphe ne partit pas avec Salé le 32 août. V. ci-dessous. Doc. XI^IV, le capitaine Pallot ; il se trouvait encore à p. 34o.
HELATin>- niTE DK .lEAN VBMAND MUSTAPHA 3 1 .3
d'AzafTy à nostre grand regret, sans avdir eu le bonheur de parachever l'afTaire pour laquelle le Roy nosfre maistre nous envoyé derechef, avec la dépêche pour l'empereur de Marroc, vostrc prince, affîn de retirer les François détenus en esclavage. Sur quoy nous escrivons à Sa Majesté Impériale, à ce qu'il luy plaise de nous donner un passeport, parle moyen duquel nous puissions luy faire porter ladite depesche en toute asseurance. JNous vous prions par celle-cy d'onvoicr nosfre dite lettre à la Cour, seurement & en diligence, d autant que nous espérons d'estre, avec l'aide de Dieu, dans peu de jours en la rade d'Azafl'y & là recevoir les passeports qui nous sont nécessaires. Asseurez-vous que vostre soing et l'autorité que vous cmploierés pour nous faire obtenir l'effet de nos demandes ne demeureront pas sans recognoissance, outre l'obligation que nous en aurons toute nostre vie, qui sera telle que nous en demeurerons à jamais, (kc.
De la rade de Salé, d'aoust ifi^o.
Le samedy i". du mois, comme encore le i8. >k 19. la barre fut dangereuse pour sortir jusqu'au mardy 20., auquel jour ceux de Salé envoyèrent devers monsieur de Razilly les sieurs Monjet Santiago & El Capitan Blanco. Hornal Héros', de la part du gouverneur du Chasteau ", Caya Rios «Se j\arvais\ Andaloux, pour commissaires & députés, ensemble Morat Rays, cy-dessus nommé, & Clavicho, tous habitans de Salé & des principaux du Divan, pour conclure la paix. Ils furent reçus comme ils meritoient, & entrèrent en conférence, dû, après avoir demeuré assés longtemps, ils prindrent congé, emportans avec eux les mémoires que les sieurs de Razilly & Du Challard leur donnèrent, pour arrester seulement une espèce de trefve ' sous le bon plaisir du Roy. Or, pour tesmoigner ([ue ceste visite ne luy avoil point este désagréable, ledit sieur de Razilly pria les RR. PP. capucins & le R. P. Dalias, accompa-
1. Hornal Héros, il faut ntablir : Ilorna- ptlail AIuiiliI Xarvaoz. V. i" Série, Anglcchcros. V. supra, pp. 187-198. torrn, juillet 1637.
2. Le caïd do la h'mbn. Alimod lien Ali ^1. Cotte trêve devait être primitivement Boxer. do six aiis(V. supra, p. 3f!3, notes 2 et 6).
3. \arvais. Ce commissaire andalou s'ap- EUo fut réduilo à doux ans.
3l4 .TUIN->"OVEMBRE I 63o
gnez d'un ofTiciei', daller conjoinctement avec les députés de Salé saluer de sa part »S; de monsieur Du Challard les gouverneurs de la ville & les asseurer de leurs bonnes volontés envers eux. Ce qu'ils firent, non sans estre grandement caressés des gouverneurs susdits, qui les conduisirent au Cliasteau, avec un applaudissement gênerai de tout le peuple ; &, après quelques compliments & cérémonies, qu'on pratique ordinairement en semblables occurrences, ordonnèrent que Morat Rays leur prepareroit son logis & leur fourniroit tout ce qui seroit nécessaire pour leur entretien.
Le 21. du mois, les PP. capucins & le P. Datias célébrèrent la saincte messe au logis du sieur Moiet'', marchand françois, laquelle estant parachevée, ils furent trouver messieurs les gouverneurs de la ville à la sortie du Conseil, pour sçavoir la délibération par eux prise sur les mémoires qu'on leur avoit baillé. Leur responce fut qu'ils avoient lait commandement à leur secrétaire' de la mettre au net, & que sur le soir lecture leur en seroit faicte. Ce qui fust ainsi exécuté. Les nostres, y ayans trouvé quelques articles à contester, prièrent les députés de leur en laisser copie, afin d'avoir le loysir d'examiner le tout & changer ce qui leur sembleroit estre nécessaire pour l'honneur tS; service des armes du Roy Très-Chrestien.
Le lendemain 22. du mois, le tout ayant esté bien considéré par nos gens, \ quelques additions faites aux précédents articles pour ladvanlage des sujets de Sa Majesté Très-Chrestienne, ils les remirent entre les mains des gouverneurs de la ville, & peu de temps après se retirèrent dans nos vaisseaux, fors le sieur Hilary. qui demeura comme ostage.
Le mesme jour, Haly Blanco ' & Santiago vindrent à bord & rapportèrent lesdicts articles pour estre approuvés par monsieur de Razilly, lequel ne les trouvant pas à son gré ny en la forme qu il desiroit, y voulut derechef adjouter quelque chose, par le conseil mesme de monsieur Du Chalard. Mais d autant que ce qu'on y
I . Cet officier, appelé plus loin : le secrc- 'i . Moiet ; 11 faut probablement rétablir ;
taire de Razilly (p. 3âo, note i), était peut- Mazet. Cf. plus loin, p. 3i8.
être le Turc Jean Armand Mustapha qui, 3. Leur secrétaire, Mohammed Blanco.
d'après le titre de la Relation (éd"" de 4- Huly Blanco, probablement ce capi-
1682 et de i633)aurait « eu employ auxdits taine Blanco, représentant de Ahmed ben
voyages ». V. p. 336 note 2. Ali Bexer, dont il a été parlé p. 3i3.
RELATION DITE DE JEAN ARMAND MUSTAPHA 3lO
avoit adjousté de nouveau sembloil cstre au desadvantage des habitans de Salé, les gouverneurs refusèrent de les signer. D'ailleurs jugeans bien que le sieur de Razilly ne doinordroit pas facilement, ils voulurent (avant que déclarer leur dessein) pourvoir à leur seureté, faisant sortir leurs vaisseaux sous prétexte de la trefve qui durcit encore. Puis, ayans déclaré leur volonté & remonstré les raisons quils avoicnt pour n accorder point les articles susdits, les affaires se virent quasi réduites aux mesmes termes où elles estoient du commencement, les ostages ayans esté renvoyés de part et d'autre. Neantmoins, comme on estoit sur le point de rompre, le traicté fut renoué par l'entremise de l'alcaïde Ceron (duquel il a esté parlé cy-devant), lequel représenta aux gouverneurs le tort qu'ils se faisoient. refusans de signer les articles jn-oposés. 11 leur fist toucher au doigt la nécessité d'en user de la sorte, & après leur avoir persuadé par bonnes raisons que ceste capitulation ne leur pouvoit estre si préjudiciable que la guerre qui estoit aux portes de leur ville, leur fist changer de resolution. De sorte que sur l'heure ils donnèrent charge au sieur Mazet d'en escrireà monsieur de Razilly ; à quoy consentit encore par dessous main Morat Rays, bien qu'ouvertement il fist semblant d'y contredire, afin de faire valoir la réputation de leur Republique.
Les lettres estant receues, les sieurs de Razilly & Du Challard, avec le conseil des RR. PP. capucins, trouvèrent bon d'accorder la trefve pour un an seulement ' . afin d'ostcr aux Mores tous moyens de courre le reste de l'année sur les marchands fiançois. Ce qu'ils firent d'autant plus volontiers qu'ils se voyaient forcés d'aller à Azaffy pour traiter avec les députés du roy de Marroc. Ce conseil fust trouvé à propos & arresté que le sieur Du Challard demeureroit en la rade de Salé pour donner fin à ce traicté, tandis que le sieur de Razilly s'acliemineroit A^ers Azail'y pour y devancer les affaires, sans attendre que les tourmentes contraignissent nos vaisseaux à faire retraicte. A ces fins fust laissée audit sieur Du Challard procuration avec ample pouvoir d'agir & signer les articles qu'il jugeroil estre pour le bien du service du Roy ^: accomplissement des ordres de monseigneur le Cardinal.
I. La trêve fut conclue pour ileus an?. V. p. a83. note •{ et p. jyS.
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Le 2". du mois ledit sieur commandeur de Razilly fist voile pour aller à AzafFy (ainsi qu'il a voit esté résolu) & cependant recognoistre sur sa route une ville dépeuplée qui est le long de la coste. La ceinture de ses murailles est aussi grande que pourrolt cstre le circuit de La Rochelle. On y void encore quantité de maisons assés bien baslies, avec les ruines de quelques mosquées & d'un arsenac très-propre à loger nombre de galères. Ce qui tesmoigne assès que ce lieu a esté d'autrefois en considération. Mesmes à présent les marchands y vont pour trafiquer avec les Arabes des montagnes voisines, d'autant qu'il y a une bonne rade, ainsi qu'on pourra voir un jour par le plan que le sieur de Razilly en a pris ', lequel arriva à AzafTyle dernier jour du mois d'aoust, oîi il trouva quelques vaisseaux flamands & anglois qui saluèrent le pavillon royal.
Le lendemain i. de septembre, ledit sieur de Razilly commanda à un de ses officiers d'aller de sa part baiser les mains au gouverneur du lieu, & sçavoir de luy quelle estoit la responce des lettres cy-devant escrltes à l'empereur de Marroc. Ledit gouverneur dépêcha à l'instant un Juif vers le sieur de Razilly pour luy apporter quelques rafraichissemens & luy dire que n'ayant eu encore nouvelles aucunes de la cour du Roy son maisire. il le supplioit d'escrire derechef, luy mandant en outre qu'il nattendoit que sa dépêche pour y envoyer un courrier. Cela fut cause que ledit sieur escrivit la lettre suivante :
Lkttre de Razilly a Moulay Abd EL-^L\LEK.
lls'élonne de ne pas avoir trouvé à son arrivée à Safi le passeport qu'il avait demandé à Moulay Abd el-Malek pour le F. 'Rodolphe. — 7/ ne pourra séjourner sur les côtes du Maroc que vinqt Jours au plus. — // frie instamment le Chérif de donner délégation au caïd de Safi pour négocier le traité et de faire réunir à Safi tous les esclaves français de Merrakech. afin qu'on puisse s'entendre sur leur rachat.
[Racle lie Sali, sriilciubrc i6,'!o.|
Sire, Je croiois, à mon arrivée devant vosire ville d'Azaffy, trouver un
I II s'agll tin ja ville rie Tit. V. infra, p. 867, note I.
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passeport de Yostre Majesté, y aiant desja vingt jours que j'avois fait avancer trois vaisseaux sous la conduite du sieur Pâlot pour ce seul efTel. Maintenant, aiant pris l'avis de tous les gens de mer qui sont sous ma charge, j ay recogneu ne pouvoir séjournerez costes de Vostre M que i5 ou 20 jours au plus : d'aulant que dans peu de temps les tourmentes seront si grandes, que, si les vaisseaux ne sont en brief de retour, ils courent risque de se perdre. L'année passée, il se perdit soixante et dix naNiros. ^: la flotle (|ue j'avois l'honneur de commander cuida lairo naufrage plusieurs fois. Cette expérience me fait supplier Vostre Impériale Majesté d'envoier en sa ville d'AzalTy quelqu'un de ses alcaïdcs, avec ordre & commission au gouverneur d'icclle de traicter des articles de paix, ainsi que j'ay pouvoir à; conunission, conjoinctement avec monsieur Du Challard, de traicter & convenir pour toutes négociations nécessaires eu ce subjet. Je la prie encore Ircs-humblement de faire en sorte qu'en mcsme temps tous les esclaves françois arrivent en la mesme ville, afin qu on puisse moyenner leur délivrance.
Pour moy, je meltray de ma part les présents que le Roy mon maistre envoie à Vostre Majesté entre les mains des alcaïdes qu'il luy plaira ordonner pour cet effet. Au reste, il me deplaist infiniment que la saison me presse de si près & ne me permette point de séjourner plus longtemps en ces costes, mais vous sçavez, Sire, que la mer n'a point d'esgard à la volonté des navigants. Cela n'empêchera pas pourtant qu'en quel lieu que je puisse estre, je ne m'efforce de rendre toute sorte de service à V. M., comme dès à présent je luy fais offre de tous les vaisseaux que j'ay sous ma charge, & ce de la part du Roy mon maistre ; la priant au surplus de croire que, poui' mon particulier, je désire demeurer toute ma vie A:c.
Par la mesme voie, ledit sieur escrivit aux esclaves de Marroc en rcsponce de celle (ju'il avoit receue de leur part à son arrivée, les exhortant surtout à ser\ ir Dieu & avoir une très-estroite confiance en sa miséricorde, qui ne permettroil pas qu'ils demeurassent tousjours en un estât si misérable comme estoit celuy oîi ils se trouvoient rcduicts pour le présent: quant à luy. qu'il n'espargne-
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roit rien de ce qu'il jugeioit estre nécessaire pour leur faire recouvrer la liberté tant désirée. Il fist aussi responce par mesme moyen à la lettre du sieur Pallache. Juif, que le roy de Marroc emploioit en la conduite de ceste negoliation'.
Le samedy septiesme dudit mois de septembre, monsieur Du Cballard arriva en la rade d'Azally, où, ayant salué le pavillon, il s'en vint trouver le commandeur de Razilly, auquel il fist rapport de ce qui s'estoit passé au traicté faict avec les habitans de Salle, & lui bailla les capitulations accordées avec eux, ensemble une commission de consul des François audit lieu pour le sieur Mazet, en attendant que le Roy & monseigneur le Cardinal y eussent autrement pourvcu. Voici la teneur des articles de ladite capitulation ^
La commission pour la création d'un consul fust telle
Commission de consul pour Pierre Mazet '
Uadc de Salé, 3 septembre i63o.
Isaac de Razilly, chevalier de l'ordre de S. Jean de Hlerusalem, premier capitaine de l'admirauté de France, chef descadre des vaisseaux du Roy en sa province de Bretagne, & admirai de la flotte de Sa Majesté en la coste de Barbarie, «kc, au sieur Pierre Mazet, marchand françois, natif de la ville de Marseille.
1. Moïse Pallache. \. Introduction cri- les manuscrits. \. p. 33o.
tique, pp. 39i-3g6. 3. Tandis que Du Clialard, agissant au
2. Comme on a publié ci-dessus le pro- nom de Razilly, conférait par cetti^Gommisjet en espagnol de cette capitulation (Doc. sion le consulat de Salé à Pierre Mazet, le XXWI, pp. 282-286) et la traduction secrétaire d'Etat Bouthillier signait des française oPRcielle du texte définitif (Doc. lettres-patentes attribuant les consulats de XXXIX, pp. 292-296), on a jugé inutile d'en Salé et Tétouan à un autre Marseillais reproduire la copie donnée par l'éditeur de nommé André Prat. V, pp. 273 et 373. Lors la Relation de Jean Armand Mustapha. Les de son voyage de i63i, Razilly arrangea, variantes que l'on rencontre dans les textes ou tout au moins essaya d'arranger l'affaire, sont de pure forme. « Les paroles seules y en attribuant à Pierre Mazet un autre poste, ont acquis tant soit peu de changement », V. infra, p. 434. En l635 Pierre Mazet dit cet éditeur, qui, pour donner à des était devenu fou, et un vice-consul, Gaspard documents autbcntitpies « la perfection re- de Rastin,se trouvait seul à Salé rcprésenquise », a cru devoir « passer la lime » sur tant .\ndré Prat. V. pp. 5i I et 537.
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Estant nécessaire pour le bien du service du Roy nosire maistre, asseurance >k liberté de tous ik chacuns ses sujets trafiquans au port ik ville de Salé, forteresses & lieux de sa jurisdiclion en la coste d'Afrique (en conséquence des articles de la trêve par nous accordée, au nom de Sa Majesté Très-Clircslicnne, à messieurs les gouverneurs ik Divan de Salé pour le temps & espace do deux ans prochains & consécutifs, à commencer du premier jour du présent mois de septembre) de nommer & laisser audit lieu de Salle un personnage lidelle Os: capable d'y exercer la charge de consul de la nation francoise, & d'y pratiquer les fonctions deues & attribuées audit consulat, attendant que par Sa Majesté, et à la nomination de monseigneur l'illustrissime cardinal de Richelieu, y soit autrement pourveu :
Nous deuement informés de vostre bonne vie, probité, mœurs \ religion catholique, apostolique & romaine, & en outre acerteinés de vostre preud'homie, expérience & parfaite intelligence au fait de la negoliation & commerce, en vertu du pouvoir à nous octroyé par Sa Majesté & mondit seigneur le Cardinal, & sous son bon plaisir, vous avons commis & député, commettons & députons par ces présentes en ladicte charge de consul de la nation françoise audit Salé, pour y avoir la direction, protection, negotiation & administration de la justice aux marchands françois qui trafiqueront audit lieu & places de sa juridiction; ensemble pour jouir & user de ladicte charge de consul, honneurs, privilèges, préséances, franchises, exemptions, droits & libertés dont jouissent & ont deu jouir les consuls françois en tous les autres ports & eschelles de Barbarie ik Levant, suivant qu'il est porté par la Irefve susdicte. A l'entière exécution desquels droicts & prérogatives vous tiendrez bien soigneusement la main, en vous opposant à toutes les contreventions & cmpeschcmeiis qui pourroient estre faits ou formés doresnavant. De quoy vous dresserés bons & amples procès-verbaux sur les occurrences qui se présenteront, lesquels vous envoierés de mois en mois (si faire se peut) à mondit seigneur le Cardinal, conformément aux adresses qui vous en ont esté données, afin d'y estre pourveu ainsi qu'il appartiendra.
Fait en la rade de Salé, dans le vaisseau du Roy « la Renommée », ce 3. de septembre i63o.
SaO .lUIPi-NOVEMBRE 1 63o
Signé: Du Chaliard, vS: au nom de monsieur le chevalier de Razillv.
Le jeudy onziesme de septembre, le conseil fut assemblé dans le vaisseau de monsieur le commandeur de Razilly, pour adviser à ce qu'on jugeroit plus expédient et plus nécessaire, veu les longueurs cnnuicuses \ rctardemens du roy de Marroc ; \ fust arresté que le sieur Palol relourncroit en France avec une partie des esclaves i|u'on avoit délivrés, ik ce pour la crainte du mauvais temps 6t perte des vaisseaux qui nestoient capables de soustenir les efforts de la mer. Ce sont les termes de la délibération :
PUOCÈS-VERBAL DE LA DÉLIBÉRATION A BORD DE « LA LiCORNE ».
Rade de Safi, il septembre i63o.
Ce jourd'huy onziesme de septembre i63o, après avoir assemblé dans le vaisseau du Roy nommé « la Licorne » tous les capitaines ik officiers qui sont sous nostre charge en la coste d AlTrique, nous leur aurions représenté que le roy de Marroc, nous ayant ja tenu longtemps en doute de ses volontés, & sans avoir fait responce aux lettres par nous envoyées, »^ que d'ailleurs les esclaves par nous racheptés à Salé nous estans à charge, aussi bien cjue les navires que nous avons pris (lesquels, pour estre mal garnis de cables, ancres & cordages nécessaires, ne sçauroient demeurer en ceste rade, la saison de l'hyver s'approchant, & lesdits vaisseaux ne se trouvans pas en estât pour soustenir la furie de la mer), il ne seroil pas hors de propos de renvoyer lesdites navires pr;s, avec les esclaves par nous racheptés, sous la conduite de sieur Pâlot. Sur quoy lesdits sieurs capitaines et officiers ont avec nous délibéré iS; arresté que ledit sieur Pâlot (incontinent que le vent le luy permettra) prendra la route à la traverse de France avec lesdits navires pris, pour iceux & leurs hommes meiner & conduire à La Rochelle ou Brouage, suivant Tordre 6c commandement à nous fait
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par monseigneur le Cardinal. Ce ([uc nous luv avons enjoint, >k signe la présente avec lesdits sieurs capitaines à la rade d'AzalTy, le jour À: an que dessus.
Le chevalier de Razilly.
Du Challard.
Pâlot. &c.
Le douziesme dudit mois, a[)rès le départ des vaisseaux susdits, le vent d'aval contraignit les autres de se mettre à la voile, pour s'eslogner de la coste, qui est grandement périlleuse. Ce qui continua jusqu'au mardy 17. du mois, qu'ils retournèrent en la rade, où ils estoient attendus avec impatience. Car on fist courre le bruit de l'arrivée des esclaves, sur ce que le gouverneur d'AzalTy avoit depesché un vaisseau anglois pour en donner advis au sieur de Razilly (k luy rendre les lettres qui luy estoient envoyées par les François détenus esclaves dans Marroc. Ce bruit toutesfois fust trouvé faux ; ce qui donna occasion audit sieiu' (incontinent après avoir mouillé l'ancre), de détacher une chalouppe, avec commandement à ceux qui estoient dedans de prendre terre pour apprendre la vérité. Estans de retour, ils rapportèrent le contraire de ce que desja on leur avoit fait entendre, de sorte que monsieur de Razilly trouva bon d'escrire au gouverneur la lettre suivante :
Lettre de Razilly au gouverneur de Safi.
Il ii/nore les intentions du Chcrif nu sujet des esclaves français de Merrakech. — Il prie le Gouverneur de lever son incertitude.
Rade de Sali, septembre i63o.
Monsieur,
.J'avois appris à mon retour en ccste rade que les esclaves françois estoient déjà arrivés à AzafTy ; mais les lettres qu'eux-mesmes m ont escrites ik que j'ay receues par vostre moyen me rendent tesmoignage du contraire. Je ne sçay quel jugement je dois fonder sur tant d'incerlilude, veu mesme que je n'apprends nulles nou-
De Casthies. 111. 2 1
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velles des intentions de l'Empereur touchant la liberté desdicts esclaves. C'est pourquoy je vous supplie m'esclaircir de lestât de nos affaires, afin que je puisse me disposer au retour, auquel je suis plus forcé par 1 apparence de mauvais temps que par ma propre volonté.
Sur ce, je vous baise les mains et suis, &c.
A grand peine le porteur de ceste lettre estoit-il en chemin, lorsque le Gouverneur envoie de rechef un Juif nommé Judas Levy (qui a charge des affaires de la mer ^: et du commerce) avec commandement très-exprès d'asseurer monsieur de Razilly des bons desseins du roy de Maroc son maistre. & par ainsy luy dissuader son retour en France, menaçant ledit Juif de luy faire trancher la teste, au cas que la chose réussist autrement. Ce Juif, estant arrivé dans nos vaisseaux, exécuta ponctuellement sa commission. & rendit au sieur de Razilly des lettres tant du Gouverneur que du Juif Pallaclie ', principal entremetteur de ceste negotiation, duquel il a esté parlé cy-dessus.
Le i8. de septembre, monsieur de Razilly, sur les asseurances du gouverneur d'Azaffy & les protestations de ce Juif qui luy avoit esté envoyé, d'ailleurs persuadé par les serments de ces Barbares, qui apprehendoient son départ, se résolut de mander au roy de Marroc la lettre que Sa Majesté Très-Chreslienne luy escrivoit. A ces fins, elle fut mise & enveloppée dans des estoffes précieuses (comme c'est la coustume du pays) \ adressée au gouverneur d'Azaffy, qui fist partir en mesme temps six chevaliers des principaux de la ville pour l'apporter en Cour avec les cérémonies requises ; tS: par la mesme voye ledit sieur de Razilly escrivit pour la troisiesme fois la lettre suivante au mesme empereur de Marroc. pensant 1 obliger par ce moyen à faire response.
Lettre de Razilly a Moulay Abd el-Malek.
a fait partir pour la France quatre vaisseaux et est resté à Safi avec